Claude Hermant, trafics d’armes et attentats : l’enquête se poursuit à Lille

 

 

http://www.huffingtonpost.fr/2015/12/15/claude-hermant-attentats-de-janvier-amedy-coulibaly-arsenal-trafic-armes-terrorisme-extreme-droite-identitaires_n_8810698.html

Qui est Claude Hermant, détenu pour trafic d’armes et soupçonné de liens avec l’arsenal d’Amédy Coulibaly

 

Le HuffPost  |  Par
Publication: 15/12/2015 17h34 CET Mis à jour: 15/12/2015 17h34 CET

 

TERRORISME – Il s’agit d’une figure connue de l’extrême droite nordiste. Déjà en détention dans une affaire de trafic d’armes, Claude Hermant a été placé en garde à vue avec sa femme ce mardi 15 décembre dans l’enquête sur les attentats de janvier à Paris.

Les enquêteurs les ont interrogés car des armes découvertes dans l’arsenal d’Amédy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher, ont transité par une société gérée par la compagne d’Hermant, a expliqué une source proche de l’enquête. Il s’agit d’un fusil d’assaut et quatre pistolets Tokarev retrouvés dans l’épicerie casher, théâtre d’une prise d’otages meurtrière le 9 janvier, et dans l’appartement occupé par Coulibaly à Gentilly, près de Paris, a ajouté cette source.

Comme le précisait Le Monde, « les bases documentaires d’Europol et d’Interpol ont permis d’établir que l’arsenal du terroriste a été « acheté par une société slovaque et vendu sur Internet, avant d’arriver entre juillet et novembre 2014 jusqu’à la société gérée par la compagne » de Claude Hermant. Ce dernier a été mis en examen début 2015 à Lille dans un dossier distinct de trafic d’armes en bande organisée.

« Carrure de catcheur » et « look de videur »

En mai dernier, La Voix du Nord avait révélé les soupçons des enquêteurs sur de possibles liens entre ce trafic d’armes et les attentats de janvier, mais aussi que Claude Hermant avait lui-même servi d’ »indic’ » pour la gendarmerie et les douanes. Le quotidien, qui publiait des échanges de mail avec un gendarme, se demandait si les forces de l’ordre n’ont pas « laissé filer un gros poisson au risque d’alimenter une filière d’armes parisienne ».

Décrit par Libération comme un homme « encombrant » à la « carrure de catcheur » et au « look de videur » – il exerce officiellement la profession de veilleur de nuit -, Claude Hermant est un ancien militaire et ancien champion de boxe. Il a aussi été l’animateur de la Vlaams Huis (Maison Flamande), un groupuscule identitaire.

Par ailleurs, Claude Hermant a aussi été membre du DPS (Département protection sécurité), service d’ordre du Front national, dans les années 90. Selon Marianne, il y a servi six ans puis aurait agi en tant que barbouze, notamment au Congo. En 2001, Claude Hermant avait parlé à Libération de ses activités clandestines au sein des « fantômes », « groupe de choc » du DPS regroupant 200 anciens militaires et autres « baroudeurs sur la touche ».

« Expéditions punitives »

Le rôle de ce groupe? « Infiltrer des associations ou mener des ‘expéditions punitives’ dans des banlieues », des faits qui avaient été relatés en 1999 dans le rapport d’une commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale, pointant du doigt « un mouvement aux accents paramilitaires ». Cette structure, dont le coût s’élevait à « plusieurs millions de francs annuels », aurait couvert ses frais grâce à « des opérations internationales de mercenariat ou de vente d’armes » via la Croatie.

Marianne, qui qualifie Claude Hermant de « chef de file nordiste du Bloc identitaire », raconte que l’homme est un passionné d’armes qui s’est spécialisé dans la remilitarisation de pièces neutralisées, bien qu’il ait démenti ces informations dans un droit de réponse transmis à l’hebdomadaire par son avocat. Le Dauphiné Libéré note qu’il travaillait avec « un trafiquant de Charleroi (Belgique) chez qui Amédy Coulibaly s’est fourni.

Claude Hermant aurait importé « plus d’une centaine » d’armes neutralisées, qu’il aurait « remilitarisées et revendues ensuite dans les milieux délinquants » même si le lien entre l’ancien militaire et l’arsenal de Coulibaly reste à préciser. « Dans ce genre de trafic, il y a toujours un ou des intermédiaires. Claude Hermant ne connaissait pas forcément la destination finale des armes, souligne un enquêteur qui relève « la porosité entre certains milieux islamistes et du banditisme ».

 

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Attentats de janvier : Claude Hermant et sa compagne en garde à vue

 

Publié le 16/12/2015

PAR BENJAMIN DUTHOIT

Figure de l’ultra-droite lilloise, il est déjà détenu pour trafic d’armes. Depuis hier, il est entendu dans un autre dossier par les services antiterroristes. En cause, la provenance de l’arsenal d’Amédy Coulibaly.

 

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L’étau se resserre sur Claude Hermant, figure de l’ultra-droite lilloise de 52 ans, et sa compagne. Depuis hier, ils sont en garde à vue dans les locaux de la SDAT (sous-direction antiterroriste), à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Leur garde-à-vue a été prolongée une première fois ce mercredi matin et peut durer 96 h au maximum. Ils sont entendus dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Paris, en janvier. La SDAT veut établir la provenance de l’arsenal d’Amédy Coulibaly, tueur de Montrouge et de l’Hyper Cacher.

Des armes auraient été achetées par une société gérée par la femme de Claude Hermant entre juillet et novembre 2014. Il s’agit d’un fusil d’assaut et de quatre pistolets semi-automatiques Tokarev. Ils ont été retrouvés sur les lieux de la prise d’otages meurtrière du supermarché casher, et dans l’appartement occupé par Amédy Coulibaly à Gentilly (Val-de-Marne).

Ce rebondissement survient alors que Claude Hermant est déjà détenu pour trafic d’armes dans un dossier distinct, mais aux similitudes troublantes. Il est mis en examen depuis fin janvier par un juge lillois, ainsi que sa compagne, sous contrôle judiciaire. Dès les premiers jours de sa garde à vue, nous avions évoqué l’hypothèse d’un lien avec les armes d’Amédy Coulibaly.

Cette piste s’est confirmée au fil des mois. L’éventuel circuit d’écoulement n’était toutefois pas clair. « Dans ce genre de trafic, il y a toujours un ou des intermédiaires, nous confiaient en mai des proches de l’enquête. Claude Hermant ne connaissait pas forcément la destination finale des armes. Ça montrerait en tout cas la porosité entre certains milieux islamistes et du banditisme. »

Au départ, les investigations portaient sur un trafic alimentant les milieux de la délinquance lilloise et d’ailleurs. Claude Hermant est soupçonné d’un rôle de grossiste. Il aurait acquis beaucoup d’armes de guerre neutralisées sur le site Internet de la société slovaque AFG. Selon des enquêteurs, il y en aurait eu près de 200. Certaines seraient passées par un contact à Charleroi (B). Claude Hermant aurait remilitarisé la marchandise avant de la revendre.

Pour colorer un peu plus l’affaire, il était indic des douanes et de la gendarmerie : un douanier a été mis en examen. Claude Hermant aurait contesté le nombre d’armes achetées et affirmé avoir agi comme informateur pour remonter des filières. Des proches du dossier estiment qu’il a joué double-jeu et trafiqué pour son propre compte.

 

http://www.nordeclair.fr/info-locale/trafic-d-armes-garde-a-vue-levee-pour-claude-hermant-jna49b0n969854

Trafic d’armes : garde à vue levée pour Claude Hermant

 

Publié le 17/12/2015 – Mis à jour le 17/12/2015 à 22:04

Nord Eclair

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La garde à vue de Claude Hermant, figure de l’ultra-droite lilloise, et de sa compagne a été levée dans la nuit de mercredi à jeudi. Ils étaient auditionnés depuis mardi par la sous-direction antiterroriste dans l’enquête sur les attentats de Paris en janvier.

Des armes utilisées par Amédy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher, auraient été achetées par une société de la femme de Claude Hermant. Le circuit serait indirect. «  On n’a pas la chaîne entre cette société et Coulibaly, souligne Maxime Moulin, avocat de Claude Hermant. On peut penser qu’il y a eu suffisamment d’intermédiaires pour que nos clients ne soient pas mis en cause à l’issue de la garde à vue. » Pour l’instant, aucune poursuite n’est engagée.

En revanche, le couple est mis en examen depuis janvier, à Lille, dans un dossier distinct – malgré des liens – de trafic d’armes. Détenu dans cette affaire, Claude Hermant est reparti en prison. «  Il est innocent  », clame Maxime Moulin. Indic des gendarmes, Hermant affirme avoir acheté des armes neutralisées, sous leur couvert, pour infiltrer des filières. Le secret défense a été opposé aux juges lillois.

 

http://www.lavoixdunord.fr/region/attentats-de-paris-trafic-d-armes-le-point-sur-ia0b0n3228561

Attentats de Paris, trafic d’armes: le point sur l’affaire Claude Hermant

 

Publié le 19/12/2015

PAR BENJAMIN DUTHOIT

Deux dossiers distincts, mais avec des liens. Dans le premier, les juges lillois ont placé en détention Claude Hermant, figure de l’ultra-droite locale, pour trafic d’armes. Dans le second, l’antiterrorisme l’a entendu cette semaine à propos de l’arsenal de Coulibaly, tueur de l’Hyper Cacher en janvier à Paris.

 

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1 Claude Hermant a-t-il vendu des armes à Coulibaly ?

Mardi, l’ex-mercenaire d’extrême droite Claude Hermant et sa compagne ont été placés en garde à vue par la SDAT (sous-direction antiterroriste). Ils ont été entendus dans l’enquête sur les attentats de Paris, en janvier. Cinq armes découvertes dans l’arsenal d’Amédy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher, auraient été achetées sur un site slovaque par une société de la femme de Claude Hermant. Selon Mediapart, les autorités slovaques avaient transmis cette information à la justice française dès janvier. De Hermant à Coulibaly, le lien serait indirect. « On peut penser qu’il y a eu beaucoup d’intermédiaires », souligne Maxime Moulin, avocat de Claude Hermant. « Il ne connaissait sans doute pas la destination finale des armes », confirme un proche du dossier. La garde à vue du couple a été levée, sans poursuites. Mais il peut à nouveau être auditionné.

2 Indic et trafiquant d’armes ?

Après sa garde à vue à la SDAT, Claude Hermant est reparti en prison. Car il est écroué depuis janvier dans une affaire de trafic d’armes instruite à Lille, en partie liée avec le dossier parisien. Il aurait acheté sur un site slovaque de nombreuses armes de guerre neutralisées, certaines seraient arrivées dans les mains de Coulibaly. « Mais il ne les a jamais remilitarisées », martèle Maxime Moulin. Les enquêteurs pensent le contraire et auraient découvert un atelier de remilitarisation. L’avocat évoque de simples « outils ». Indic des douanes, puis des gendarmes, Claude Hermant affirme avoir agi sous leur couvert, afin d’infiltrer la délinquance. Les magistrats lillois estiment qu’il a joué double jeu et trafiqué pour son compte. Ils ont aussi mis en examen sa femme, un douanier et une figure roubaisienne du banditisme.

3 Les gendarmes ont-ils failli ?

Claude Hermant était informateur de la section de recherches de Lille. Ces gendarmes ont-ils laissé des armes infiltrer des réseaux, notamment celles parvenues à Amédy Coulibaly ? Selon Mediapart, ils ont nié. Mais les juges lillois se sont heurtés au secret défense pour la déclassification de rapports. « Ils n’ont pas accès à des éléments qui permettraient d’éclairer la vérité », constate Maxime Moulin.

 

http://www.lavoixdunord.fr/region/attentats-de-paris-dans-l-affaire-hermant-un-journal-ia19b0n3267152

Attentats de Paris : dans l’affaire Hermant, un journal croate s’intéresse au «vétéran»

 

Publié le 12/01/2016

PATRICK SEGHI

Le Slobodna Dalmacija tente d’établir un lien non seulement entre Claude Hermant et Amedy Coulibaly mais encore avec les récents attentats qui ont endeuillé Paris. L’hypothèse repose sur le fait que la kalachnikov utilisée lors de la tuerie de l’Hyper Casher faisait partie d’un arsenal laissé à l’abandon après la guerre de l’ex-Yougoslavie ; que, d’autre part, les terroristes, qui ont frappé Paris le 13 novembre dernier, « ont utilisé des armes fabriquées avant la guerre au sein de l’usine Crvena Zastava de Kragujevac (ville serbe) », révèle le grand quotidien croate.

 

Si la relation entre les deux tueries n’est pas établie, le Slobodna Dalmacija évoque une double coïncidence. Claude Hermant, « vétéran de guerre croate » et poursuivi dans le cadre d’un vaste trafic d’armes en bande organisée, connaissait le pays et les réseaux pour y avoir combattu comme engagé volontaire.

Le prévenu (présumé innocent) a toujours précisé, pour sa part, que les armes qu’il achetait sur un site slovaque « étaient démilitarisées ». Le journal croate contredit cette version. « U ne analyse microscopique a prouvé que des traces présentes sur le fusil d’Amedy Coulibaly correspondent aux traces laissées par les outils retrouvés dans l’atelier de Claude Hermant ». Maxime Moulin, l’avocat de Claude Hermant, tombe des nues : « C’est un tissu d’inepties au moment où l’on va se pencher sur la question de la détention provisoire de mon client. L es armes de Coulibaly ont été expertisées ». Aucune nouvelle pièce n’aurait été, « à sa connaissance », portée à ce dossier que Maxime Moulin espère voir « s’accélérer ».

Piste kurde ?

Entendu avec son épouse en décembre dernier par la cellule antiterroriste de Levallois-Perret, Claude Hermant a, de nouveau, clamé, qu’il n’existait « aucun lien direct » entre lui et les terroristes. Il n’a pas été mis en examen du chef d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste à la suite d’une garde à vue de 48 h contre les 96 h autorisées. Il reste un peu de mou aux enquêteurs. D’autant qu’une piste belge pourrait refaire surface. Les Croates affirment que le barbouze aurait « vendu une partie de ses armes grâce à un intermédiaire kurde lié aux extrémistes islamistes basés à Bruxelles ». Plausible ou non ? La question est posée dans le cadre d’un dossier si sensible qu’il est couvert par le secret défense.

 

http://www.lequotidien.lu/politique-et-societe/exclusif-le-luxembourg-plaque-tournante-du-trafic-darmes-de-guerre/

[Exclusif] Le Luxembourg, plaque tournante du trafic d’armes de guerre

 

Dans Dossiers, Kalachgate, Politique et société, 09/03/2016

Une photo diffusée en juin 2015 par la gendarmerie française des 546 armes saisies, dans le cadre d'une vaste opération touchant le territoire national français mais aussi le Luxembourg et les Pays-Bas. Trente armes ainsi que des machines-outils avaient été saisies au Grand-Duché. (photo gendarmerie nationale française)
Une photo diffusée en juin 2015 par la gendarmerie française des 546 armes saisies, dans le cadre d’une vaste opération touchant le territoire national français mais aussi le Luxembourg et les Pays-Bas. Trente armes ainsi que des machines-outils avaient été saisies au Grand-Duché. (photo gendarmerie nationale française)

Les ministres de la Sécurité intérieure et de la Justice affirment que le Luxembourg ne joue pas de rôle dans le trafic international d’armes de guerre. C’est faux. Un réseau en partie implanté au Grand-Duché et démantelé en février 2015 alimentait le grand banditisme français mais aurait peut-être aussi fourni les terroristes de janvier 2015 à Paris.

  • Ces armes ne sont pas destinées au «marché» national mais transitent par le Luxembourg pour alimenter les filières internationales du grand banditisme auprès desquelles se fournissent aussi les terroristes.
  • Le trafic d’armes de guerre touche le Grand-Duché en raison de sa position géographique, mais peut-être aussi à cause de sa législation.
  • L’exemple du démantèlement d’un atelier de remilitarisation d’armes de guerre au Luxembourg, en 2015, permet de mieux cerner les contours de ce trafic.
  • Notre entretien avec la journaliste Vanessa Kanban, dont le documentaire La Route de la kalachnikov provoque des remous au Luxembourg.

Enquête : Fabien Grasser

Le 7 janvier dernier, le député socialiste Yves Cruchten s’inquiète du rôle du Luxembourg dans le trafic international d’armes auprès des ministres de la Sécurité intérieure, Étienne Schneider, et de la Justice, Félix Braz. Une question parlementaire réitérée le 12 février par la députée chrétienne-sociale Octavie Modert.

Les deux élus réagissent à la diffusion par les chaînes française Canal+ et allemande ZDF de La Route de la kalachnikov, un documentaire où l’on voit un trafiquant masqué acheter à deux vendeurs, également masqués, des kalachnikovs dans un coin perdu près de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). L’arsenal, dit-il, sera livré au Luxembourg.

«Le gouvernement ne dispose pas d’informations ou éléments permettant de conclure […] que le Luxembourg servirait de pays de transit pour les activités de trafic d’armes illicites», répondent les deux ministres le 12 février à Yves Cruchten. Faut-il en douter? À la lumière de ce qui s’est passé le 10 février 2015, peut-être bien.

Sur le même sujet : Dans les rues de nos villes [éditorial]

 

Ce jour-là, à Rumelange, la police démantèle un atelier clandestin de remilitarisation d’armes de guerre préalablement neutralisées. Ce n’est pas banal. Dans la cave d’une maison, les policiers tombent sur des machines-outils de bonne facture, des tours, des fraiseuses et un imposant stock de pièces détachées, destinés à rendre à nouveau utilisables des armes mises hors d’usage selon des techniques variant au gré des législations en vigueur dans chaque pays.

Des fusils d’assaut acquis en Slovaquie

Agissant sur commission rogatoire internationale française, les policiers luxembourgeois perquisitionnent cette « maison mitoyenne, avec un jardinet, dont la cave abritait l’atelier », raconte le colonel Franck Auneau, commandant la section de recherches de la gendarmerie de Rouen, qui pilote alors l’enquête sous l’égide de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lille.

Pour mener à bien son opération de Rumelange, la police grand-ducale limite les risques et déploie en appui les hommes de l’unité spéciale. Un couple et plusieurs individus, quatre ou cinq, sont interpellés. En fouillant la maison, les policiers mettent la main sur des pistolets et des fusils d’assaut acquis en Slovaquie, pays dont la législation sur la neutralisation des armes est précisément réputée souple.

Fusils d'assaut et kalachnikovs saisis par la police grand-ducale. (photo JC Ernst)

Fusils d’assaut et kalachnikovs saisis par la police grand-ducale. (photo JC Ernst)

La situation n’est pas plus reluisante au Luxembourg, car il n’y existe aucune loi sur le sujet. Le Grand-Duché se montre tout de même plus regardant sur les ventes et les exportations d’armes que ne l’est la Slovaquie.

Quoi qu’il en soit, l’affaire de Rumelange trouve un premier épilogue le 2  juin 2015. Après plusieurs mois d’investigations, la gendarmerie française déclenche une vaste opération simultanée dans 18  départements hexagonaux.

Des types «au beau pedigree»

Au total, dans cette affaire, les gendarmes saisissent 546 armes (dont 251 fusils d’assaut), 30 000 munitions et une poignée de grenades. Outre la dizaine de trafiquants arrêtés en février dans le volet luxembourgeois de l’enquête, ils interpellent 70 clients du réseau.

Des collectionneurs, mais surtout des gros poissons du banditisme, des types au « beau pedigree, membres des milieux corse, marseillais ou parisien », égrène le colonel Franck Auneau.

Au début de leur business illégal, les trafiquants écoulent une grosse part de leur marchandise sur la toile. « D’abord sur des sites connus comme naturabuy.fr », avant d’emprunter des voies plus discrètes, relate encore l’officier de gendarmerie. Le principal protagoniste du réseau est arrêté dans les Pays de la Loire, en France, le jour même où la police luxembourgeoise perquisitionne la maison de Rumelange. «Le responsable présumé de ce trafic est mis en examen puis écroué par le magistrat instructeur», rapportent les gendarmes de Rouen dans un communiqué daté du 3  juin 2015.

Pour les gendarmes, le dossier est clos. Ce n’est pas le cas au tribunal de grande instance de Lille où l’instruction se poursuit, fait savoir le procureur de la République.

Pas question, en tout cas pour l’instant, de livrer les noms des personnes impliquées. Dans cette affaire de trafic d’armes, comme dans d’autres, la discrétion est absolue depuis que les enquêteurs français traquent aussi les filières ayant approvisionné les terroristes de janvier et novembre 2015.

Les mêmes armes que les Kouachi et Coulibaly

Les réseaux qui alimentent le banditisme sont aussi ceux auprès desquels s’étaient équipés les auteurs des deux vagues d’attentats à Paris, presque tous d’anciens délinquants connaissant des vendeurs d’armes.

Une relation entre l’atelier clandestin de remilitarisation de Rumelange et les attaques de janvier 2015 est-elle dès lors possible? Un proche des milieux judiciaires, rencontré par Le Quotidien, ne l’exclut pas et la juge même « probable ». L’homme, qui s’exprime sous le couvert de l’anonymat, attire l’attention sur les armes saisies à Rumelange et celles utilisées par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, en grande partie des armes remilitarisées.

Les armes dont étaient équipés Coulibaly et les frères Kouachi, correspondent au type d'armes remilitarisées clandestinement à Rumelange. (capture vidéo / AP)

Les armes dont étaient équipés Coulibaly et les frères Kouachi, correspondent au type d’armes remilitarisées clandestinement à Rumelange. (capture vidéo / AP)

Lors de leur perquisition dans l’ancienne cité minière, en février 2015, les enquêteurs luxembourgeois trouvent des pistolets Glock et des AR-15, l’ancêtre du M16 américain. Surtout, ils mettent la main sur des fusils automatiques et pistolets mitrailleurs VZ-58, VZ-59 et VZ-61 de fabrication tchèque, mais aussi des kalachnikovs, ou du moins des pièces permettant leur remise en état. Or l’on retrouve là presque tout l’arsenal utilisé par les tueurs de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, à l’exception des pistolets Tokarev de Coulibaly.

Un garagiste fournisseur d’armes

On sait aussi que ce dernier s’est équipé en Belgique auprès d’un ou plusieurs intermédiaires, dont un garagiste qui s’était lui-même fourni auprès de Claude Hermant. Ce Français de 52  ans, ancien du Front national au passé de barbouze, est l’un des principaux suspects mis en cause dans le réseau ayant alimenté Coulibaly. Incarcéré depuis plus d’un an dans le cadre d’une autre affaire de trafic d’armes, il ne nie pas que cet arsenal soit passé entre ses mains, mais récuse formellement être l’homme qui a remilitarisé les armes.

Des éléments troublants qui ne prouvent cependant rien. La seule certitude à ce jour est que l’atelier de Rumelange nourrissait des bandes de truands français de haut vol.

Cette affaire ajoutée à d’autres plus récentes, comme la saisie cette année de 50  fusils semi-automatiques ou d’un stock de kalachnikovs, attestent que la position du Luxembourg dans le trafic international d’armes de guerre n’est pas si anodine que le prétendent les ministres de la Sécurité intérieure et de la Justice.

Fabien Grasser

Armes saisies et stockées par la police. (photo JC Ernst)

Armes saisies et stockées par la police. (photo JC Ernst)

Deux affaires majeures depuis le début de l’année

Depuis janvier, au moins deux grosses affaires de trafic d’armes ont eu le Luxembourg pour toile de fond. La première était la saisie en janvier, près de Trèves, de 50  fusils semi-automatiques par la douane allemande. Les armes étaient dissimulées dans le coffre d’un véhicule venant du Luxembourg. Les douaniers avaient interpellé deux ressortissants polonais, le conducteur et son passager, qui ont déclaré avoir acheté les armes au Grand-Duché pour les revendre à un client polonais.

Plus impressionnant, il y a de cela deux ou trois semaines, les forces de l’ordre luxembourgeoises ont saisi un impressionnant stock de kalachnikovs, accompagnées de très nombreux chargeurs et plusieurs caisses de munitions. Mais selon nos informations, le propriétaire de ces armes posséderait les autorisations nécessaires à leur détention.

Les armes saisies au Luxembourg

Les armes saisies au Luxembourg finissent toutes à l’armurerie de la police, à Luxembourg-Hamm. Cela va de la banale bombe lacrymogène au fusil d’assaut, en passant par les couteaux, tasers, matraques, etc. Les armes y sont répertoriées, certaines, conservées, la plupart, détruites.

Chaque entrée est consignée par le service commandé par le commissaire principal Nico Biver, chef de l’armurerie, qui suit et entretient aussi les armes de service des 1 800 policiers luxembourgeois.

Depuis le début de l’année 2016, 94 infractions aux armes prohibées ont été relevées, correspondant à quelque 200 armes saisies, sachant qu’une affaire peut mener à la saisie de plusieurs armes. En 2015, 1 546 armes avaient été saisies (501  affaires).

En 2014, ces chiffres étaient de 986  armes saisies (491 affaires) et en 2013 de 1 808 armes (470 affaires). « Il y a peu d’armes à feu, mais beaucoup de couteaux », précise le commissaire Nico Biver.

Armurerie police grand-ducale armes prohibées saisies

Douilles stockées par la police grand-ducale. (photo JC Ernst)

86 427 armes légalement enregistrées

Par ailleurs, un total de 86 427 armes détenues par 15 670 propriétaires était légalement enregistré au Luxembourg au 31 décembre 2012, selon le service des armes prohibées et de gardiennage du ministère de la Justice. Ces chiffres sont en constante augmentation, enregistrant une hausse de 16 % sur dix ans.

Ils recouvrent aussi bien les armes à feu que certains couteaux requérant une déclaration. Lors de leur publication, François Biltgen, alors ministre de la Justice, avait trouvé ces chiffres «alarmants» et appelé à renforcer la législation.

Du Front national aux armes du jihad

Claude Hermant, un ancien du FN, est suspecté d’avoir vendu les armes avec lesquelles Coulibaly a commis les attaques de Montrouge et de l’Hyper Cacher.

Claude Hermant lors d'un meeting de l'extrême droite, à Lille, en 2011. (photo DR)

Claude Hermant lors d’un meeting de l’extrême droite, à Lille, en 2011. (photo DR)

Claude Hermant est ce que les enquêteurs appellent un «sacré client». L’homme de 52  ans, natif du pays minier du nord de la France, a été tour à tour para dans l’infanterie de marine, membre du DPS, le service d’ordre du Front national avec qui il s’est brouillé, combattant volontaire en Croatie et barbouze au Congo-Brazzaville, avant de devenir un pilier du mouvement identitaire de la région lilloise et adepte du survivalisme d’extrême droite.

Employé officiellement dans la friterie de sa compagne, Claude Hermant est écroué à la prison de Lille depuis janvier 2015 dans une affaire de trafic d’armes. Des armes qu’il vendait notamment sur internet via Seth Outdoor, une autre société gérée par sa compagne et spécialisée dans les articles de paintball, de survie et les équipements militaires, en principe hors armement.

En décembre dernier, les juges l’entendent en raison de son implication présumée dans la filière qui a fourni les armes à Amedy Coulibaly, le terroriste islamiste. Claude Hermant aurait fourni le garagiste belge qui aurait lui-même vendu les armes au tueur de Montrouge et de l’Hyper Cacher.

Les enquêteurs ont remonté la piste sur la foi de renseignements fournis dès le 14 janvier 2015 par les services secrets slovaques, numéros de série de cinq armes à l’appui. A priori, Claude Hermant ne nie pas que ces armes sont passées entre ses mains, mais il refuse de porter le chapeau en ce qui concerne leur remilitarisation.

Ce qu’a encore confirmé hier au Quotidien son avocat, Me Maxime Simon, du barreau de Lille. Un avocat qui n’hésite pas à parler d’« affaire d’État » quand il évoque le dossier de son client. Car avec Claude Hermant, rien ne semble vraiment simple. Comme l’ont démontré nos confrères de La Voix du Nord, parallèlement à ses activités de trafiquant d’armes, l’homme était aussi un indic des gendarmes et des douanes qui l’employaient pour démanteler des réseaux de… trafic d’armes.

Il se dit victime d’une machination

Et c’est pour cette raison qu’en septembre dernier, le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, suivant l’avis de la Commission consultative du secret de la défense nationale, a opposé le «secret défense» aux demandes de déclassification de documents des juges lillois qui mènent l’instruction.

Claude Hermant se dit victime d’une machination, lâché par les services de l’État en raison du caractère hautement sensible qu’a pris son dossier. Pour son avocat, la messe est déjà dite  : « L’instruction est asymétrique, laissant présager une affaire d’État où la garantie à un procès équitable passe au second plan. Nous envisageons donc la saisine de la Cour de cassation puis de la Cour européenne des droits de l’homme. »

Pas sûr qu’il se trouve beaucoup d’âmes charitables pour verser une larme sur le sort de Claude Hermant.

Fabien Grasser

Un règlement européen sur les armes de guerre

Des normes plus restrictives pour rendre les armes de guerre inutilisables entreront en vigueur le 8 avril.

Tous types de fusils à recycler, à l'armurerie de la police grand-ducale. (photo JC Ernst)

Tous types de fusils à recycler, à l’armurerie de la police grand-ducale. (photo JC Ernst)

Le Luxembourg ne possède actuellement pas de loi imposant la neutralisation des armes de guerre. Un collectionneur ou un tireur sportif peut ainsi posséder par exemple une kalachnikov en parfait état de marche, à condition qu’elle soit déclarée et qu’il soit détenteur d’un permis de détention, s’il la conserve à son domicile, et d’un permis de port s’il se déplace avec, pour se rendre à un stand de tir, par exemple.

Après les attentats de Paris, la Commission européenne a fait face aux critiques récurrentes sur l’absence d’une harmonisation européenne de la législation sur la neutralisation des armes de guerre. Elle a donc établi un règlement d’exécution qui s’imposera à l’ensemble des pays de l’UE. Ce texte technique définit avec précision les points à neutraliser sur ces armes afin de les rendre inutilisables.

Les collectionneurs rencontrés au Luxembourg sont vent debout contre cette mesure, estimant qu’elle va transformer leurs armes en « simples presse-papiers ». « C’est un peu comme un collectionneur de voitures anciennes, il aime avoir dans son garage des véhicules en état de marche », résume un gendarme français. Si l’on n’est jamais à l’abri « d’un type qui pète les plombs, les collectionneurs présentent généralement peu de danger. Le vrai risque, ce sont les cambriolages, d’autant qu’il n’y a pas de plainte quand les armes sont détenues illégalement », poursuit-il.

Quoi qu’il en soit, le règlement européen doit entrer en vigueur le 8  avril, au Luxembourg comme ailleurs dans l’UE. Il en va tout autrement d’une directive européenne en discussion depuis de longs mois et prévoyant des contraintes qui toucheraient aussi bien les collectionneurs que les organismes à vocation culturelle et historique.

Des États membres qui freinent

Ce texte a fait l’objet de deux réunions d’experts, les 26  novembre et 18  décembre, sous présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne. Mais il ne fait pas l’unanimité. « Un certain nombre d’États ont fait savoir qu’ils ne pouvaient accepter cette réglementation, car les modifications techniques à apporter à ces armes en vue de leur désactivation causeraient une perte de valeur définitive, tant d’un point de vue historique que purement économique », raconte un collaborateur du ministre luxembourgeois de la Justice.

« Selon ces États, la Commission n’a pas démontré de façon convaincante que les armes détenues par les musées posent un problème, notamment dans le contexte du trafic en relation avec le terrorisme », ajoute-t-il. Les discussions se poursuivent sous présidence néerlandaise du Conseil de l’UE et le texte risque fort d’être amendé dans un sens moins restrictif.



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