Syrie : de l’hypocrisie habituelle du NPA

Le site wsws.org publie régulièrement des articles intéressants sur la politique du NPA en Syrie.

En voici quelques-uns qui décrivent en fait la politique habituelle de Josette Brenterch du NPA de Brest dans tous les domaines où elle intervient : d’extrême-droite, ultra-violente, fasciste, mensonges, sournoiserie et manipulations en plus, des psychopathes extrêmement dangereux étant toujours utilisé d’une manière odieuse.

 

https://www.wsws.org/fr/articles/2015/sep2015/npar-s15.shtml

La crise des réfugiés révèle le coût humain des guerres « humanitaires » du NPA

 

Par Anthony Torres
15 septembre 2015

 

La crise des réfugiés en Europe a mis en lumière le rôle criminel des partis de la pseudo-gauche qui ont défendu les guerres impérialistes sous des prétextes « humanitaires ». Défenseur acharné des guerres en Libye, en Syrie et en Ukraine, le NPA en France a oeuvré constamment pour étouffer l’opposition populaire à des guerres qui ont provoqué la pire crise des réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale et la mort de 3.000 d’entre eux.

Après avoir exprimé sa « colère » et sa « rage face au cynisme et à l’hypocrisie des dirigeants européens, » le NPA écrit dans son article « Bienvenue aux réfugiéEs » que la responsabilité de la mort de ses migrants retombe sur « les frontières qui tuent. Et plus les frontières sont hautes, plus les risques pris par les migrantEs sont mortels. Alors, la réponse est aussi simple que le constat : ouvrons les frontières et l’hécatombe s’arrêtera».

Cette réponse cynique est dépourvue de tout contenu sérieux. Le NPA n’a pas plus l’intention que les gouvernements européens d’abolir les frontières. En fait, l’Union européenne renforce les frontières européennes et accélère les préparatifs pour une escalade de la guerre en Syrie, qui ne ferait qu’intensifier la crise des réfugiés.

Quand le NPA se pose en défenseur internationaliste du droit de libre circulation et se prononce pour l’abolition des frontières, ses slogans sont frauduleux. Le NPA soutient les mouvements séparatistes bourgeois en Ecosse et en Catalogne. Ceux-ci veulent créer des frontières et des autorités nationales nouvelles pour entretenir des liens plus directs avec l’UE et avec le capital financier international, afin de mieux exploiter leur propre classe ouvrière.

Par contre, le NPA maintien un silence absolu sur la responsabilité de ses guerres dans les souffrances de millions de personnes et la mort de milliers de réfugiés innocents, noyés en Méditerranée ou étouffés dans les camions des trafiquants. Depuis 2011, selon les statistiques officielles, 300.000 personnes ont fui la Libye, 4 millions la Syrie (plus les 7 millions qui sont des réfugiés à l’intérieur du pays) et 2 millions l’Irak.

Dans tous ces pays, l’hécatombe sociale résulte d’interventions impérialistes que le NPA a bruyamment soutenues, sous le prétexte nauséabond que c’était une défense humanitaire des populations concernées. En fait, le NPA faisait la politique d’une couche pro-impérialiste de la petite bourgeoisie, qui se moquait éperdument des centaines de milliers de vies que coûteraient leurs guerres.

Quand la France et les pays de l’OTAN ont lancé la guerre en Libye en 2011, l’universitaire Gilbert Achcar a donné la ligne du NPA : « Nous sommes dans un cas où une population est vraiment en danger et où il n’y a pas d’autre alternative pour la protéger. L’attaque des forces de Kadhafi est une question d’heures ou de jours. On ne peut, au nom de principes anti-impérialistes, s’opposer à une action qui va empêcher le massacre de civils ».

«Bien sûr nous savons tous que la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne sont pas poussés par une soudaine gentillesse – mais par des intérêts stratégiques dans cette région riche en pétrole », a écrit Bertil Videt, membre dirigeant d’un parti danois lié au NPA. Mais il a ensuite écarté ces considérations et déclaré son soutien à la guerre : « nous devons fournir de meilleures alternatives que l’affichage de blogs de solidarité et d’anti-impérialisme. »

Quant à Olivier Besancenot, il a suggéré tout bonnement que la France procure des armes à l’opposition libyenne : « Notre solidarité pleine et entière va au peuple libyen auquel il faudrait donner les moyens de se défendre, les armes dont il a besoin pour chasser le dictateur, conquérir la liberté et la démocratie ». Quand, après six mois de violents combats qui ont fait plus de 30.000 morts et dévasté le pays, les rebelles libyens ont capturé, torturé, et assassiné Kadhafi, le NPA s’est réjoui de ce qu’il appelait une « bonne nouvelle ».

Une fois que les puissances impérialistes ont vu qu’il était possible de détruire Kadhafi en utilisant le prétexte d’une guerre « humanitaire », Assad était marqué comme la prochaine cible. Le NPA s’est exécuté sans objection pour soutenir ce même genre de guerre en Syrie. Achcar a rencontré des opposants libyens liés à la CIA afin de les conseiller sur comment présenter la campagne pour renverser Assad.

Quand les médias ont avoué le caractère islamiste et terroriste de la rébellion syrienne, ceci n’a pas refroidi l’enthousiasme du NPA. Besancenot a attaqué ceux qui s’opposaient à l’armement par la France de rebelles dits « modérés » en disant : « Ceux qui disent ‘il ne faut surtout pas donner d’armes parce que cela va finir chez les djihadistes’, c’est déjà le cas … », avant d’ajouter, « C’est ma constance en tant qu’internationaliste de faire confiance aux peuples pour décider de leur propre destin ».

A présent, 11 millions de Syriens ont dû fuir une guerre qui a coûté la vie à plus de 200.000 d’entre eux et réduit en ruines de larges portions d’Alep, Homs et d’autres villes. Le NPA n’a commencé à critiquer les milices islamistes en Syrie que lorsque l’une d’entre elles, l’Etat islamique (EI, ou Daech) a commencé à attaquer le régime irakien soutenu par Washington, Paris, et leurs alliés.

Le NPA n’a rien d’un parti révolutionnaire, c’est un parti réactionnaire, pro-guerre, issu d’une mince couche aisée d’universitaires pro-impérialistes, de bureaucrates syndicaux et de magouilleurs politiques promus par les médias. Ils appliquent un mince vernis de « gauche » aux opérations sanglantes de forces d’extrême-droite, pourvu que celles-ci restent alignées sur l’impérialisme français. Il n’a pas défendu les populations d’Afrique et du Moyen Orient contre les puissances impérialistes, mais soutenu le bain de sang qui est en cours.

Le NPA s’est fait l’écho des médias français quand ils ont attaqué Kadhafi, Assad, Daech et finalement Poutine et les séparatistes russophones en Ukraine. Il a raconté les mensonges les plus éhontés et soutenu les guerres les plus pourries, sans s’inquiéter des conséquences pour des millions de gens.

La souffrance des réfugiés et la mort de milliers d’entre eux exposent ceux qui ont attaqué l’opposition du WSWS aux guerres comme un vulgaire soutien de Kadhafi ou d’Assad sans compassion pour les souffrances des peuples libyen ou syrien. En attaquant ces guerres, le WSWS se fondait sur une analyse scientifique des intérêts du prolétariat international.

En dénonçant tout examen du caractère impérialiste des guerres lancées par l’OTAN, avons-nous écrit à l’époque, le NPA « proclame son hostilité ouverte au marxisme qui insiste sur le fait que l’attitude d’un parti de la classe ouvrière à l’égard de la guerre doit se fonder sur le caractère social et de classe des régimes qui la mènent. Les marxistes sont opposés par principe à une guerre menée par des grandes puissances impérialistes telles les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France contre un ancien pays colonial opprimé comme la Libye ».

Ce sont les mensonges « humanitaires » du NPA qui ont préparé le terrain pour le désastre en train de se dérouler. Le WSWS les a critiqués sur la base d’une perspective principielle, trotskyste.

 

http://www.wsws.org/francais/News/2011/dec2011/syri-d01.shtml

France: La « gauche » petite-bourgeoise complote une intervention militaire en Syrie

 

Par Kumaran Ira
1 décembre 2011

 

Tandis que les puissances occidentales s’apprêtent à déstabiliser et à fomenter des rebellions armées contre le régime syrien de Bashir al-Assad, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) français soutient et apporte son aide au projet d’intervention militaire contre la Syrie. Ceci fait suite au soutien du NPA à la guerre de l’OTAN contre le dirigeant libyen Muammar Gadhafi sous le prétexte cynique de « protéger les civils. »

Gilbert Achcar, membre du Secrétariat unifié international pabliste, affilié au NPA, et professeur à l’Ecole d’études orientales et africaines de Londres (School of Oriental and African Studies) a publié un article dans Al Akhbar intitulé « Syrie: Militarisation, intervention militaire et l’absence de stratégie. » L’article raconte sa participation à une conférence du Comité de coordination syrienne et du Conseil national syrien (CNS) à laquelle participait Burhan Ghalioun, dirigeant du CNS les 8 et 9 octobre en Suède. Une traduction en français était affichée sur les site internet du NPA.

Selon Achcar, « Les organisateurs de la conférence m’avaient invité pour parler sur le thème de l’intervention militaire étrangère dans la situation actuelle en Syrie. » Il a souligné que «l’opposition syrienne devait définir une position claire sur la question de l’intervention militaire étrangère, car il est évident que sa position a une influence majeure sur la perspective d’une telle intervention. »

Achcar a fait remarquer que les puissances occidentales ne lanceraient pas d’intervention militaire en Syrie à moins que l’opposition syrienne ne la réclame. Il écrit, « La réticence que nous pouvons voir aujourd’hui de la part des Etats occidentaux et régionaux quant à une intervention directe pourrait changer demain si les demandes d’intervention faites au nom de l’opposition syrienne venaient à se multiplier. »

Une conférence avec le CNS, qui comprend la Déclaration de Damas, soutenue par les Etats-Unis et les Frères musulmans sunnites, soutenus par la Turquie et des Etats Arabes, est le lieu où comploter une stratégie impérialiste. Par sa présence, Achcar a fait office d’agent des puissances occidentales, faisant passer au CNS le message qu’il devrait demander une intervention militaire en Syrie, ce qu’avait fait le Conseil national de transition (CNT) pour commencer la guerre en Libye début mars.

Les Etats-Unis, les puissances européennes et leurs alliés dans la région, telles la Turquie et l’Arabie saoudite, soutiennent l’opposition syrienne formée par le CNS et son aile armée, l’Armée libre syrienne (ALS), soutenue par la Turquie. De nombreux rapports font état de ce que la Turquie et d’autres puissances régionales aident à infiltrer les forces ALS en Syrie. Les puissances occidentales cherchent à se servir du CNS pour s’emparer de l’opposition populaire à Assad, inspirée des luttes de la classe ouvrière de par le Moyen-Orient, pour remplacer Assad par un régime fantoche de droite.

La semaine dernière des diplomates européens se sont mis d’accord pour accroître de façon draconiennes les sanctions contre la Syrie, avec des interdictions d’investissement dans les obligations souveraines syriennes, de prêts bancaires dans le secteur privé et de commerce de l’or syrien.

Il devient de plus en plus évident que la Turquie, qui héberge l’Armée libre syrienne prépare une intervention militaire directe. Selon l’Observer EU, «Muhammed Tayfur membre du CNS est déjà en pourparlers avec la Turquie sur la question d’une zone de sécurité de 8 km à l’intérieur du territoire syrien qui donnerait dans les faits à l’Armée libre syrienne une base d’opérations sûre. »

Ces démarches contre Damas font partie de la campagne de Washington contre les luttes révolutionnaires de par le Moyen-Orient et ses préparatifs pour un conflit plus large avec l’Iran, soutien clé du régime d’Assad. En présentant la politique interventionniste des puissances impérialistes sous un jour positif, Achcar oeuvre pour donner à l’intervention impérialiste un visage humanitaire. En cela, Achcar et le NPA continuent à soutenir l’impérialisme occidental, comme ils l’ont fait durant la guerre contre la Libye de cette année.

Achcar et le NPA ont acclamé la guerre conduite par l’OTAN contre le régime Gadhafi, déclarant de façon trompeuse que le but en était la protection des civils et non la promotion des intérêts impérialistes en Libye. Le NPA avait même demandé que les puissances impérialistes arment le CNT. Achcar pour sa part avait écrit: « Nous avons ici une situation où une population est véritablement en danger et où il n’y a pas d’alternative plausible pour la protéger… On ne peut pas, au nom de principes anti-impérialistes, s’opposer à une action qui éviterait un massacre de la population civile. »

Dans un article publié par le NPA peu avant la chute de Tripoli, Achcar accusait l’OTAN de ne pas bombarder la Libye suffisamment fort. Il citait d’un air approbateur le chroniqueur d’extrême-droite du Wall Street Journal, Max Boot, qui se plaignait que l’OTAN aurait dû effectuer plus de sorties que les 11 107 sorties de bombardiers de l’OTAN sur la Libye, du fait notamment qu’ils avaient effectué 38 004 sorties lors du bombardement du Kosovo en 1999.

Dans son discours en Suède, Achcar a dissimulé les atrocités impérialistes commises contre la population libyenne, disant, « L’intervention a permis aux rebelles libyens de libérer leur pays des griffes de leur dictateur brutal… » Il a de façon absurde déclaré que « C’est aussi ce qui a rendu le soutien aérien étranger très efficace pour la protection des zones rebelles et la limitation du mouvement des forces du régime en dehors des zones habitées, le tout à un coût en pertes civiles relativement limité. »

En fait, les avions de l’OTAN ont bombardé de nombreuses villes libyennes et tué aveuglément des milliers de civils. Selon des estimations de représentants du CNT, 30 000 personnes au moins ont perdu la vie et 50 000 ont été blessées durant la guerre.

Tandis que le Conseil national syrien réclame une zone d’exclusion aérienne, Achcar fait à présent remarquer qu’ « une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie n’aurait que des effets très limités si elle devait se limiter à l’exclusion aérienne au sens strict; ou elle aurait des conséquences dévastatrices en vies humaines et destructions, si elle devait prendre la forme d’une guerre aérienne générale contre le régime. » Il ajoute qu’«une intervention militaire étrangère en Syrie enflammerait toute la région, qui est hautement explosive. »

Néanmoins, avant qu’une telle intervention n’ait lieu, Achcar avance la stratégie de construire le CNS et de gagner à l’opposition les rangs de l’armée syrienne.

C’est là une combine cynique cherchant à dissimuler le soutien d’Achcar pour une action armée contre la Syrie derrière son conseil de ne pas commencer tout de suite une campagne de bombardement massif par l’OTAN. Ceci ne reflète pas une opposition d’Achcar à des bombardements de masse, mais reflète plutôt le débat qui est en cours parmi les stratèges de l’impérialisme français. Ils préfèrent obtenir d’abord le soutien des forces droitières de terrain en Syrie même, et qui leur sont inféodées, comme prélude à une possible intervention de l’OTAN.

Mercredi dernier, le ministre français de Affaires étrangères Alain Juppé a rencontré à Paris le dirigeant du CNS Burhan Ghalioun. Il a dit à la presse, « Le Conseil national syrien est l’interlocuteur légitime avec lequel nous souhaitons continuer à travailler. » Il a proposé, «nous allons demander à nos partenaires européens la possibilité de lancer des opérations humanitaires pour alléger les souffrances de la population qui sont considérables…Faut-il créer des corridors humanitaires, ou des zones humanitaires? »

L’Observer EU écrit: « En termes de tactiques, la création d’une « zone humanitaire » sûre est en accord avec la conception militaire française quant à la manière de renverser le président syrien Bashar Assad…. »

L’Observer EU cite une source militaire française: « Il n’y a pas la volonté d’une zone d’exclusion aérienne ou d’une zone tampon. Il est impossible de reproduire la Libye en Syrie, du fait d’un terrain qui rendrait une opération aérienne très difficile. Mais les paroles exactes que j’ai entendues [de mes collègues] sont les suivantes: ‘Si les rebelles syriens réussissent à tenir une position (un peu comme Benghazi en Libye) alors toutes les cartes sont sur la table. »

C’est précisément parce que l’impérialisme français veut que le CNS fonctionne comme un intermédiaire de terrain en Syrie qu’ Achcar est allé les rencontrer. Achcar leur a même donné des conseils: « Renverser un régime, quel qu’il soit, est un objectif stratégique pour lequel les moyens diffèrent selon les cas et les pays. La stratégie dépend de la composition du régime que les révolutionnaires essayent de mettre à bas. »

Mais ce CNS n’est pas révolutionnaire; il ne représente pas non plus les intérêts des travailleurs et des masses opprimées de Syrie. La promotion par Ashcar du CNS comme étant révolutionnaire est entièrement réfutée par les liens que le CNS entretient avec les puissances impérialistes occidentales et les régimes islamistes d’Ankara et de Riyad. C’est Ashcar lui-même qui fait office de stratège et de garçon de courses de l’impérialisme.

 

http://www.wsws.org/fr/articles/2012/aou2012/pers-a07.shtml

La guerre par procuration de la CIA en Syrie et la « gauche » pro-impérialiste

 

Par Alex Lantier
7 août 2012

 

Des rapports selon lesquels les services renseignement américain fournissaient une aide secrète aux milices « rebelles » en Syrie marquent la dernière étape dans l’intensification d’une campagne américaine pour obtenir un contrôle entier du pays.

Hier, alors que l’apparition de séquences vidéo montrant que les « rebelles » syriens procédaient à des exécutions de masse de soldats capturés à Alep, l’on a rapporté que le président américain Barack Obama avait signé, en début d’année, une ordonnance autorisant les services de renseignement américain à aider les forces anti-Assad. Washington a aussi aidé à distribuer des armes et de l’argent donnés par ses alliés de droite au Moyen-Orient, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.

Ces puissances ne mènent pas une lutte pour la démocratie dans le cadre du « Printemps arabe », cette vague de soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière qui a renversé l’année dernière les dictatures soutenues par les Etats-Unis en Tunisie et en Egypte et qui a affolé Washington et ses alliés au Moyen-Orient. Ces puissances font une guerre réactionnaire pour évincer le président syrien Bachar al-Assad et mettre en place à Damas un régime fantoche pro-américain.

Washington a installé un « centre névralgique » pour l’insurrection syrienne à Adana, en Turquie, la base aérienne Incirlik Air Base, une importante installation de l’armée et des services de renseignement américains, située à une soixantaine de kilomètres seulement au nord de la frontière syrienne. Cette région au Sud de la Turquie est maintenant un point de transit essentiel pour les armes et les combattants étrangers pro-américains qui vont combattre en Syrie.

Les « rebelles » syriens agissent en grande partie selon des instructions opérationnelles données par Washington. Les forces américaines communiquent régulièrement avec les forces « rebelles » à l’intérieur de la Syrie par le biais de leurs alliés et leur fournissent des rapports sur les mouvements des troupes syriennes dans le but de les guider sur le terrain.

Pour se joindre aux combats en Syrie, des combattants islamistes affluent de tout le Moyen-Orient, de l’Afghanistan et de l’Irak occupés par les Etats-Unis et des régimes fantoches américains en Libye, ainsi que de l’Algérie, de la Tchétchénie et du Pakistan. D’anciens responsables des opérations spéciales américaines ont dit à la presse que beaucoup arrivent grâce à l’aide d’Al Qaïda en Syrie,qui s’appuie sur les services de « trafiquants – certains poussés par des motifs idéologiques, d’autres motivés par l’argent ».

Dans le monde orwellien des médias américains, aucune tentative n’est faite pour concilier les affirmations américaines que les Etats-Unisoccupent l’Afghanistan dans le simple but de mener une « guerre contre le terrorisme » à l’encontre d’Al Qaïda, avec l’acte de recourir à une alliance de fait avec Al Qaïda en Syrie.

Les efforts rassurants d’Obama pour affirmer que les Etats-Unis ne fournissent qu’une « aide non meurtrière » aux forces anti-Assad constituent un mensonge cynique. Les Etats-Unis mènent une guerre civile brutale qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes eta déplacé des centaines de milliers d’autres.

L’objectif des Etats-Unis est d’installer à Damas un régime fantoche américain pour isoler et planifier une guerre contre l’Iran, pour écarter un ennemi potentiel d’Israël, et pour promouvoir un programme plus général de domination totale du Moyen-Orient par l’impérialisme américain. Ce programme – poursuivi au cours d’une décennie de guerres américaines en Irak et en Afghanistan et renforcé par les guerres en Libye et en Syrie après les soulèvements de masse qui ont eu lieu l’année dernière en Afrique du Nord – est profondément impopulaire tant internationalement qu’au sein de la classe ouvrière aux Etats-Unis.

Le soutien secret accordé par Washington aux « rebelles » syriens étale au grand jour le rôle joué par les groupes pseudo-gauches pro-impérialistes – comme l’International Socialist Organisation (ISO) aux Etats-Unis, le Socialist Workers Party (SWP) en Grande-Bretagne et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en France – qui ont encouragé à la guerre en Syrie. Leur « gauchisme » ne consiste qu’à apporter des arguments de « gauche » pour justifier les crimes commis par l’impérialisme américain et français.

L’ISO a déclaré ouvertement son soutien pour l’intervention. Dans un article écrit par Yusuf Khalil et Lee Sustar et paru dans sa publication Socialist Worker, on peut lire: « Le rôle croissant de la lutte armée soulève la question de savoir s’il faut accepter des armes et du soutien de l’Occident… Bien que beaucoup de personnes au sein du mouvement révolutionnaire syrien soient contre une intervention des Etats-Unis et de l’Occident, ils acceptent toute aide qu’on leur donne. »

De tels arguments, qui n’analysent jamais les forces dites « révolutionnaires », sont incroyablement cyniques. Depuis quand la CIA, le fondamentalisme islamique et les haut gradés de l’armée turque sont-ils devenus des forces de libération ? En écrivant ainsi, l’ISO montre clairement qu’elle parle pour la faction pro-impérialiste de la petite bourgeoisie de « gauche ».

Ses tentatives de se présenter comme une organisation de gauche sombrent dans l’absurdité. La principale préoccupation qu’elle exprime au sujet de l’intervention américaine en Syrie est que « le soutien américain visera à promouvoir leurs gens et à marginaliser les autres, même si cela signifie émietter les forces révolutionnaires ».

De quelles « forces révolutionnaires » parle Sustar ? Elles représentent un assemblage de milices comprenant les « gens » de la CIA, comme il les appelle, divers agents d’Al Qaïda, et le bric-à-brac de la société syrienne que ces forces ont attiré à elles. En cherchant à dissimuler le caractère réactionnaire de ces forces sous le manteau de la révolution, Sustar opère simplement comme l’un des agents du Département d’Etat dont le discours est plus gauchiste.

Sustar continue en faisant l’éloge de l’ISO comme étant des « anti-impérialistes intègres qui ont réussi à faire deux choses à la fois – soutenir les révolutions en Libye et en Syrie contre des régimes dictatoriaux tout en s’opposant à une intervention des Etats-Unis et de leurs alliés impérialistes ».

Ce commentaire repoussant touche directement le fond de la politique de l’ISO et de l’ensemble de la petite bourgeoisie pseudo-gauche. Pour Sustar, l’ISO est capable de « faire deux chose à la fois » parce ce qu’elle sait soutenir les guerres impérialistes tout en adopter en même temps une position de « gauche ».

L’orientation de classe d’une organisation trouve toujours son expression la plus claire dans sa politique internationale. En Syrie, l’ISO et ses condisciples internationaux ne sont rien de moins que des agents politiques de l’impérialisme.

(Article original paru le 3 août 2012)

 

https://www.wsws.org/fr/articles/2012/aou2012/npal-a11.shtml

Le NPA et LO défendent les opérations de la CIA en Syrie

 

Par Anthony Torres
11 août 2012

 

Les dernières révélations sur le soutien apporté aux forces « rebelles » en Syrie par les agences américaines de renseignement démontrent clairement le rôle pro-impérialiste du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et de Lutte ouvrière (LO). En présentant les forces armées par la CIA et hostiles au président syrien Bachar al-Assad comme des forces « révolutionnaires », le NPA et LO ont agi en tant qu’outils de l’impérialisme.

La semaine dernière, la presse a rapporté que le président américain Barack Obama avait signé un document secret autorisant l’aide aux rebelles syriens. Ce document permet aux services secrets américains d’agir clandestinement pour armer et ravitailler les forces anti-Assad et les guider sur le terrain. La presse a rapporté que la CIA et ses alliés, la monarchie saoudienne, l’armée turque et les puissances impérialistes européennes, faisaient aussi venir des forces islamistes étrangères liées à Al Qaïda qui lutteraient férocement contre le régime laïc d’Assad.

Pendant ce temps, le NPA saluait l’entrée de forces « rebelles » anti-Assad dans les villes de Damas et d’Alep, par l’intermédiaire de la déclaration du soi-disant Courant de la gauche révolutionnaire en Syrie (CGRS).

Le CGRS écrit: « L’élan révolutionnaire qui a touché ces derniers jours les grandes villes de Damas et d’Alep et leurs périphéries révèle une infime portion de l’énergie révolutionnaire des masses populaires syriennes. Et les actions liées à la confrontation révolutionnaire dans la banlieue de Damas et leur propagation dans toutes les directions apparaissent comme des prémices à la prise d’assaut du palais présidentiel ».

En publiant ce document, le NPA cherche à envelopper une opération de la CIA de l’auréole de la révolution. « L’élan révolutionnaire » était en fait un assaut livré à des villes de millions d’habitants par des milices sunnites, dirigées par des intégristes d’Al Qaïda et téléguidées par les services de renseignement américains (voir aussi : La guerre par procuration de la CIA en Syrie et la « gauche » pro-impérialiste).

Ceux-ci coordonnent leurs opérations d’Adana en Turquie, ville où se trouve la base aérienne américaine d’Incirlik—haut lieu de la planification militaire et politique des Etats-Unis au Moyen Orient. Ils sont en communication régulière avec les rebelles, leur communiquant les détails sur le déplacement des forces armées d’Assad. Washington a aussi aidé à distribuer des armes et de l’argent donné par ses alliés de droite au Moyen-Orient, en Turquie, en Arabie saoudite et au Qatar.

Loin d’être des forces « révolutionnaires », ce sont en fait les régimes les plus profondément hostiles aux luttes de masse qui se sont développées en Tunisie et en Egypte l’année dernière.

Les dirigeants du NPA sont bien sûr au courant de ces réalités politiques. Au mois de novembre, ils ont envoyé Gilbert Achcar représenter leur tendance auprès d’une réunion du Congrès national syrien (CNS), organisme dirigeant des « rebelles » anti-Assad. (Voir aussi : France: La « gauche » petite-bourgeoise complote une intervention militaire en Syrie)

LO a publié sur son site internet un article paru dans le trimestriel britanniques de Workers’ Fight, mouvement proche de LO, intitulé « Syrie – La population prise au piège entre les calculs des grandes puissances et la menace de guerre civile. » L’auteur écrit concernant Al Qaïda : « Les porte-parole de l’opposition ont attribué ces attentats aux forces de sécurité baasistes, les accusant de tenter ainsi de corroborer les allégations ridicules selon lesquelles Al Qaïda serait le cerveau du mouvement de protestation. »

LO tente ici de défendre l’image médiatique de la CIA et de ses alliés terroristes qui mènent les guérillas urbaines à Damas et à Alep. Les rapports entre les « rebelles » syriens et les forces terroristes comme Al Qaïda ont été abondamment documentés dans la presse des puissances impérialistes anti-Assad.

Ces reportages sont entièrement crédibles, étant donné que la guerre en Syrie est devenue une guerre confessionnelle contre un régime laïc dont les cadres dirigeants sont en grande partie d’origine chiite. Ceci attirera naturellement le soutien des forces d’Al Qaïda, résolument anti-laïques et violemment hostiles aux chiites.

Le document publié par LO avoue même partiellement cette réalité. Citant le programme économique néo-libéral des « rebelles » islamistes et les craintes populaires d’une épuration confessionnelle après la victoires des rebelles, il explique : « Il est donc plausible qu’une partie de la population pauvre syrienne reste, sinon loyale au régime, au moins passive vis-à-vis du mouvement de contestation, voire soupçonneuse à son égard, de crainte de devoir payer sa victoire éventuelle au prix fort ».

Ceci démontre que LO défend les « rebelles » anti-Assad tout en étant parfaitement au courant de leur caractère réactionnaire et du manque de soutien parmi la classe ouvrière. LO continue cependant de nier que ces forces agissent pour le compte de l’impérialisme.

L’auteur de l’article affiché par LO prétend même que les puissances impérialistes n’osent pas aider pleinement les forces anti-Assad à cause de « leurs craintes de perdre un serviteur somme toute loyal de leur ordre régional ».

Ce passage grotesque tente d’obscurcir le fait pourtant évident que Washington et ses alliés européens et du Moyen-Orient tentent ensemble de renverser Assad en armant des milices qui lui sont hostiles. En Syrie comme en Libye—où les Etats-Unis et leurs alliés, dont la France, ont détruit le régime existant et assassiné le Colonel Mouammar Kadhafi—les puissances impérialistes détruisent des régimes qui ont entretenu de longues relations avec eux.

Ayant pilonné les villes libyennes et fait des dizaines de milliers de morts en Libye, avec le soutien de la « gauche » petite-bourgeoise française, les forces de l’OTAN ont abattu Kadhafi et installé un régime plus docile à leurs intérêts.

Avec la plus parfaite mauvaise foi, les tendances petite-bourgeoises affectent une attitude « anti-impérialiste » tout en parant les opérations de la CIA des couleurs d’une révolution.

Ainsi dans un article du 13 juillet, le NPA écrit à propos des négociations : « Dans ce manège de tractations des puissances impérialistes, les intérêts du peuple syrien révolté et massacré sont les grands absents. Un fait majeur s’est fait jour ces derniers mois : la conscience révolutionnaire de masse … s’est débarrassée d’une illusion de salut par une intervention militaire extérieure ».

Ici le NPA tente d’avancer l’illusion qu’il défend un processus révolutionnaire contre l’impérialisme français ou américain en Syrie, alors que ce n’est pas le cas. Il participe à sa manière à la campagne de presse qui agite en faveur d’une intervention militaire extérieure.

Ce faux-semblant d’anti-impérialisme affecté par la « gauche » petite-bourgeoise est particulièrement nauséabond. Il est impossible d’être anti-impérialiste et de participer aux opérations de la CIA, qui a fait des millions de morts au cours du 20e siècle dans sa lutte meurtrière contre les mouvements anticoloniaux. C’est avec les forces les plus réactionnaires que le NPA et LO s’unissent à présent en chantant les louanges des opérations militaires de l’Otan en Syrie.



Un Biterrois interpellé pour apologie du terrorisme

Depuis le temps qu’on vous dit qu’il y a bien des relations entre terroristes toulousains et biterrois…

 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/beziers-l-homme-interpelle-pour-apologie-du-terrorisme-tenait-un-drole-de-kebab_1716841.html

Béziers: menus AK47 et M16 au kebab, le gérant accusé d’apologie du terrorisme

 

Par LEXPRESS.fr avec AFP , publié le 17/09/2015 à 15:44 , mis à jour à 16:43

Capture d'écran d'une photo publiée sur le compte Facebook du Toubib burger de Béziers
Capture d’écran d’une photo publiée sur le compte Facebook du Toubib burger de Béziers

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Le suspect, arrêté mercredi à Béziers, serait, selon Europe 1, le gérant d’un établissement qui proposait des menus aux noms de fusils d’assaut.

 

Un homme considéré comme une connaissance des frères Merah à Toulouse a été interpellé mercredi pour apologie du terrorisme à Béziers et placé en garde à vue. Selon Europe 1, l’homme est le gérant d’un kebab un peu particulier, le « Toubib burger ». La barre du « T » du logo est représentée par un fusil. Il y proposait des formules « Rafales » avec, par exemple, pour 7 euros, le « menu AK47″, le « menu M16″, du nom de fusils d’assaut ou encore le « menu Grenade », à 6,50 euros.

Sur les photos publiées sur Facebook, on peut apercevoir des copies d’armes affichées aux murs, au côté de représentations du Coran. Selon Europe 1, son fils a ôté depuis son arrestation « toutes les décorations et les menus évocateurs du restaurant familial ».

Un fusil découvert à son domicile

L’homme devrait être déféré devant la justice jeudi, a-t-on précisé de même source. Un fusil a été découvert à son domicile après son interpellation devant son magasin, sur l’allée Paul-Riquet à Béziers, a encore indiqué cette source.

Cet homme a déjà été condamné à deux ans de prison dont un an avec sursis pour la détention de six kilos de cannabis, de deux fusils d’assaut et d’une arme de poing. Il faisait l’objet d’une fiche S et d’une enquête du SRPJ de Montpellier qui a finalement procédé à son interpellation.

En outre cet homme, un catholique converti à la religion musulmane, avait également déjà été interpellé à Toulouse puis éloigné de la ville. Le dossier en l’état ne devrait pas être transmis au parquet anti-terrorisme à Paris, a précisé la même source.

« La menace la plus dure à Béziers est portée par les convertis »

Contacté par L’Express, le maire de Béziers, élu avecle soutien du Front national, a précisé qu’il connaissait ce kebab mais ignorait qu’il proposait ces menus aux noms musclés. « La menace la plus dure à Béziers est portée par les convertis », réagit l’édile qui promet d’être « encore plus prudent » à l’avenir.



Des statistiques de Justinpetitcoucou pour le mois d’août 2015

http://justinpetitcoucou.unblog.fr/2015/08/31/des-statistiques-de-justinpetitcoucou-pour-le-mois-daout-2015/

Nous venons de voir les statistiques de Petitcoucou pour le mois d’août 2015.

Voici celles de Justinpetitcoucou, pas moins instructives :

 

graph_month justin 9

 

Ce graphe des statistiques « basiques » montre comme pour Petitcoucou une belle pointe le 3 août, puis d’autres plus discrètes le 8 août, puis le 11 août, du 14 au 19 août, surtout les 17 et 19 août, le 22 août et le 26 août, avant la reprise de grosses pointes du 27 au 30 août 2015.

Voici le détail des visites :

 

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Le statistiques « avancées » du blog montrent des visites réelles assez différentes de celles présentées dans le graphe des statistiques « basiques », avec de grands nombres de visites les 3 et 4 août 2015, surtout le 3 août, puis à nouveau le 26 août, mais pas les derniers jours du mois :

 

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31/08/2015 8 7 5
30/08/2015 16 16 13
29/08/2015 10 8 6
28/08/2015 15 12 10
27/08/2015 12 11 9
26/08/2015 23 20 17
25/08/2015 9 9 8
24/08/2015 13 13 12
23/08/2015 6 6 4
22/08/2015 11 11 11
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20/08/2015 7 7 5
19/08/2015 5 5 5
18/08/2015 14 13 12
17/08/2015 14 10 9
16/08/2015 9 9 8
15/08/2015 9 9 8
14/08/2015 13 13 11
13/08/2015 6 6 6
12/08/2015 10 9 5
11/08/2015 17 17 15
10/08/2015 10 9 6
09/08/2015 6 6 4
08/08/2015 13 12 9
07/08/2015 9 9 7
06/08/2015 7 6 4
05/08/2015 7 7 6
04/08/2015 25 25 21
03/08/2015 54 53 46
02/08/2015 5 4 3
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Des statistiques du Petitcoucou pour le mois d’août 2015

Depuis que les cyberdélinquants de la bande de Cyprien Luraghi ont commencé à me jouer les Chinois de Thaïlande le 25 juillet de l’année dernière, je publie régulièrement de mes statistiques de blog attestant de ce phénomène et quelques autres.

Voici donc celles du jour, donnant aussi un bon aperçu de celles du mois d’août 2015 :

 

graph_month 36

 

Apparaissent nettement sur ce graphe des statistiques « basiques » trois belles pointes, les 3, 16 et 25 août, ainsi qu’une remontée des clics du Chinois à compter du 17 août 2015 après quelques jours d’accalmie.

Le détail de ces visites pour aujourd’hui montre l’intérêt de mes lecteurs pour les tout derniers articles que j’ai publiés, ce qui est tout à fait normal tant qu’ils portent comme ceux-ci sur un sujet d’actualité faisant couler beaucoup d’encre :

 

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Les statistiques « avancées » mettent en évidence de grands nombres de visites réelles les 3 août, puis 17 et 18 août, et enfin ces derniers jours, mais dans ce dernier cas cela n’a rien d’étonnant, comme nous l’avons déjà fait observer plus haut :

 

Visiteurs – 30 derniers jours

Date Visites Unique Rebonds
31/08/2015 47 45 34
30/08/2015 37 32 30
29/08/2015 40 32 30
28/08/2015 43 37 33
27/08/2015 37 34 28
26/08/2015 32 31 26
25/08/2015 32 32 26
24/08/2015 38 34 29
23/08/2015 30 30 22
22/08/2015 31 30 18
21/08/2015 22 22 18
20/08/2015 34 32 31
19/08/2015 28 26 22
18/08/2015 64 60 56
17/08/2015 42 38 35
16/08/2015 27 25 20
15/08/2015 27 27 20
14/08/2015 32 29 23
13/08/2015 28 28 24
12/08/2015 20 20 16
11/08/2015 31 31 25
10/08/2015 30 27 24
09/08/2015 35 32 25
08/08/2015 22 22 19
07/08/2015 28 27 24
06/08/2015 31 29 23
05/08/2015 24 18 19
04/08/2015 37 32 21
03/08/2015 58 54 46
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Chantage contre le roi du Maroc : la risée ou la curée ?

Les journalistes n’avaient semble-t-il pas écrit une ligne du livre qu’ils préparaient sur le roi du Maroc et son entourage, mais seulement réuni informations et documents.

Selon les extraits de leurs discussions avec l’émissaire du roi publiés ce dimanche dans le Journal du Dimanche, ils ont dû lui en montrer avant de signer une transaction jeudi, 27 août.

Donnant sa version des faits dans une interview publiée dans la soirée par Le Monde, Eric Laurent dit avoir maintenant envie d’écrire ce livre et de le sortir.

Reste qu’il reconnaît s’être réellement engagé à ne jamais partager ses informations avec qui que ce soit en l’échange d’un million d’euros et sa consoeur de même, ce qui est une vraie trahison de leurs sources et tout à fait crapuleux à l’égard de celles-ci.

 

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/08/30/des-enregistrements-semblent-confirmer-le-chantage-de-deux-journalistes-envers-le-roi-du-maroc_4740488_1653578.html

Des enregistrements semblent confirmer le chantage de deux journalistes envers le roi du Maroc

 

Le Monde.fr avec AFP | 30.08.2015 à 08h28

En l'échange de trois millions d'euros, les deux journalistes auraient accepté de ne pas publier un ouvrage à charge contre le roi du Maroc.

Ils sont soupçonnés d’avoir voulu faire chanter le royaume du Maroc. Et des enregistrements clandestins de conversations entre le journaliste Eric Laurent – mis en examen samedi avec sa collègue Catherine Graciet  –, et un avocat du royaume chérifien, publiés dimanche 30 août par le Journal du dimanche, semblent aller dans ce sens. Le journaliste français y réclamerait trois millions d’euros en échange de la non-publication d’un ouvrage à charge contre le roi du Maroc.

« Je veux trois. – Trois quoi, Trois mille ?, interroge l’avocat. – Non, trois millions. – Trois millions de dirhams ? – Non, trois millions d’euros », aurait déclaré Eric Laurent lors de la première rencontre avec l’avocat, qui a enregistré l’échange avec son téléphone, dans un palace parisien le 11 août.

Lire aussi : Le Maroc entre stupeur et réjouissance devant « l’affaire des journalistes français »

Après la première rencontre, le Maroc porte plainte, et la deuxième se fait sous la surveillance de la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), mais c’est toujours l’avocat marocain qui effectue les enregistrements à l’insu des journalistes.

Une lettre engageant à « renoncer à la publication » signée

Il y résume la situation : « vous et madame Graciet, [êtes] disposés à renoncer à la publication de cet ouvrage, et de façon plus générale, [que] les informations sensibles que vous avez, vous étiez disposés à prendre l’engagement de les oublier », rapporte le JDD. A la demande de l’avocat, le journaliste assure que sa co-auteure Catherine Graciet sait pour « les trois millions ».

L’hebdomadaire évoque la troisième rencontre et la méfiance de la journaliste, présente pour la première fois, qui fait changer le lieu de rendez-vous et demande à l’avocat de ranger son téléphone, alors posé sur la table.

Dans une lettre que s’est procurée le JDD, les deux journalistes s’engagent à « ne plus rien écrire sur le roi du Maroc, en contrepartie du versement de la somme de deux millions d’euros », et réclament une avance. L’avocat leur aurait remis une enveloppe de 40 000 euros chacun et la journaliste rédige alors un protocole manuscrit. A leur sortie du palace où a lieu la réunion les deux journalistes sont interpellés. Il ont été mis en examen dans la nuit de vendredi à samedi pour chantage et extorsion de fonds et laissés libres sous contrôle judiciaire.

Les journalistes « piégés » selon leur avocat

Selon une source proche du dossier, Eric Laurent a reconnu durant sa garde à vue, entamée jeudi soir, avoir formulé une offre de 3, puis 2 millions d’euros au Maroc pour le renoncement de la publication de leur livre.

L’avocat de Catherine Graciet, Me Eric Moutet, a confirmé vendredi soir l’existence d’un « deal financier », dans un « contexte très troublant ». « Le royaume marocain a des comptes évidents à solder avec Catherine Graciet, et un nouveau livre sur l’entourage du roi est en préparation au moment où le deal financier se met en place », a-t-il déclaré à l’AFP. Pour lui, « c’est précisément l’avocat mandaté par le roi qui piège les journalistes par des enregistrements sauvages ». « Il y a dans cette affaire une logique de stratagème qui s’est mise en place », a-t-il jugé et « l’instruction devra déterminer le rôle de chacun ».

L’avocat d’Eric Laurent, William Bourdon, qui a également reconnu auprès de l’AFP l’existence d’un « accord financier », a réfuté tout chantage ou extorsion de fonds, dénonçant un « traquenard » et une « manipulation » des autorités marocaines.

 

http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Chantage-contre-le-roi-du-Maroc-le-JDD-revele-des-enregistrements-748547

Chantage contre le roi du Maroc : le JDD révèle des enregistrements

 

ENQUETE – Le JDD révèle des enregistrements clandestins accablants pour les deux journalistes mis en examen samedi de « chantage et d’extorsion de fonds ». Le roi du Maroc est partie civile. Extraits.

Mohammed VI A paraitre dans leJDDChantage contre le roi du Maroc : la risée ou la curée ? dans Attentats blank Le roi du Maroc aurait été victime de chantage par deux journalistes français. (Reuters)

Un très mauvais polar. Deux journalistes arrêtés dans un palace en flagrant délit pour chantage sur le roi du Maroc. Dans leurs poches, une  enveloppe, de 40.000 euros… « en petites coupures de 100 euros », à leur demande.  Dans leur poche encore, une lettre manuscrite à l’encre pas encore sèche scellant un « accord » pour « ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc », en « contrepartie du versement de la somme de deux millions d’euros ». Le JDD a eu accès aux enregistrements de rendez-vous clandestins. En trois séances avec un avocat marocain, les journalistes Éric Laurent et Catherine Graciet (elle n’était là qu’au dernier rendez-vous) ont scellé ce « pacte » qui leur vaut aujourd’hui d’être mis en examen pour « chantage et extorsion de fonds » et placés sous contrôle judiciaire. Récit d’une folle entreprise.

« Je veux 3″

Éric Laurent et Catherine Graciet connaissent bien le Maroc. Le premier, âgé de 68 ans, a déjà écrit un livre d’entretien, hagiographique, avec l’ancien roi, Hassan II. Catherine Graciet, plus jeune, a travaillé au sein d’un hebdo marocain d’opposition, le Journal hebdomadaire. En 2012, les deux journalistes co-signent au Seuil Le roi prédateur, un livre d’enquête à charge sur Mohammed VI. Avec le même éditeur, une « suite » est prévue pour le début de l’année 2016… « On est au courant de rien d’autre », confie au JDD l’avocat de la maison d’édition, Me Bénédicte Amblard. Et pour cause, la suite est restée cachée jusqu’à cette semaine.

Le 23 juillet dernier, Eric Laurent appelle Rabat et demande à parler à Mounir M., le directeur de cabinet royal. Le 27, il rappelle. Le palais décide de confier à un avocat marocain le soin d’aller aux nouvelles. L’avocat contacte Eric Laurent et convient d’un rendez-vous à Paris le 11 août. Cette première rencontre a lieu au bar du Royal Montceau. L’avocat a, dans sa poche, un Iphone en mode enregistrement. Eric Laurent explique son projet de livre, avec sa jeune consoeur, « qui est mordante »…  La bande est entre les mains de la police qui a dû en booster le son… « Vous voulez quoi? » demande l’avocat.

- Je veux 3.
- Trois quoi, Trois mille? interroge l’avocat.
- Non, 3 millions.
- Trois millions de dirhams?
- Non, 3 millions d’euros ».

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Laurent Valdiguié – Le Journal du Dimanche

samedi 29 août 2015

 

http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Maroc-un-biscuit-a-deux-millions-pour-les-journalistes-soupconnes-de-faire-chanter-Mohamed-VI-748581

Chantage contre le roi du Maroc : un « biscuit » à deux millions pour les journalistes

 

Le JDD révèle des enregistrements clandestins accablants pour les deux journalistes mis en examen hier pour « chantage et extorsion de fonds ». Le roi du Maroc est partie civile. Les avocats d’Éric Laurent et de Catherine Graciet crient au « traquenard ».

Un très mauvais polar. Deux journalistes arrêtés dans un palace en flagrant délit. Dans leurs poches, une enveloppe de 40 000 euros… « en petites coupures de 100 euros », à leur demande. Dans leur poche encore, une lettre manuscrite à l’encre pas encore sèche scellant un « accord » pour « ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc », en « contrepartie du versement de la somme de deux millions d’euros ». Le JDD a eu accès aux enregistrements de rendez-vous clandestins. En trois séances avec un avocat marocain, les journalistes Éric Laurent et Catherine Graciet (elle n’était là qu’au dernier rendez-vous) ont scellé ce « pacte » qui leur vaut aujourd’hui d’être mis en examen pour « chantage et extorsion de fonds » et placés sous contrôle judiciaire. Récit d’une folle entreprise.

Deux journalistes qui connaissent bien le Maroc

Éric Laurent et Catherine ­Graciet connaissent bien le Maroc. Le premier, âgé de 68 ans, a déjà écrit un livre d’entretiens, hagiographique, avec l’ancien roi, Hassan II. Catherine Graciet, plus jeune, a travaillé au sein d’un hebdo marocain d’opposition, Le Journal hebdomadaire. En 2012, les deux journalistes cosignent au Seuil Le Roi prédateur, un livre d’enquête à charge sur Mohammed VI. Avec le même éditeur, une « suite » est prévue pour le début de l’année 2016… « On n’est au courant de rien d’autre », confie au JDD l’avocat de la maison d’édition, Me Bénédicte Amblard. Et pour cause, la suite est restée cachée jusqu’à cette semaine.

Le 23 juillet, Éric Laurent appelle Rabat et demande à parler à Mounir M., le directeur du cabinet royal. Le 27, il rappelle. Le palais décide de confier à un avocat marocain le soin d’aller aux nouvelles. L’avocat contacte Éric Laurent et convient d’un rendez-vous à Paris le 11 août. Cette première rencontre a lieu au bar du Royal Monceau. L’avocat a dans sa poche un iPhone en mode enregistrement. Éric Laurent explique son projet de livre, avec sa jeune consœur, « qui est mordante »… La bande est entre les mains de la police, qui a dû en booster le son…

« Vous voulez quoi? » demande l’avocat.
– Je veux trois.
– Trois quoi, Trois mille?, interroge l’avocat.
– Non, trois millions.
– Trois millions de dirhams?
– Non, trois millions d’euros. »

L’enregistrement décrypté, l’avocat marocain rentre à Rabat. « Cela paraissait énorme comme demande, et au départ, nous avons même envisagé un piège tendu… Il a donc été décidé au plus haut niveau de déposer plainte à Paris », confie un avocat français du dossier. « Cela semblait d’entrée hallucinant, avec tous les ingrédients du chantage et de l’extorsion de fonds », tonne Me Éric Dupond-Moretti, un des défenseurs du Maroc.

Des policiers en planque pour le deuxième rendez-vous

Le 20 août, la plainte est sur le bureau du procureur de Paris, François Molins, qui découvre « une affaire d’État », avec un dossier de « chantage, extorsion de fonds, et association de malfaiteurs ». Le procureur saisit sur-le-champ la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Il y a urgence. Le lendemain, l’avocat marocain a un deuxième rendez-vous avec Éric Laurent au bar du Royal Monceau.

Cette fois-ci, les policiers sont en planque autour de la table, et disposent même d’images prises par les caméras de surveillance de l’hôtel. « Le parquet a préféré, puisqu’il s’agissait d’écouter un journaliste, que ce soit l’avocat qui enregistre, et pas la police », indique une source judiciaire. L’avocat, cette fois-ci, place son iPhone sur la table. Du coup, la conversation est « nette »… Après les préliminaires sur la météo, les liaisons aériennes avec le Maroc, et la Normandie où Éric Laurent a une maison, l’avocat récapitule leur précédente conversation, telle qu’il en a rendu compte, dit-il, à Rabat : « Vous avez des informations très importantes, très sensibles, et qui peuvent avoir un impact important sur le Maroc et sont de nature à déstabiliser le régime de Sa Majesté […] et [dit] que vous étiez, vous et madame Graciet, disposés à renoncer à la publication de cet ouvrage, et de façon plus générale, [que] les informations sensibles que vous avez, vous étiez disposés à prendre l’engagement de les oublier », résume l’avocat. Réponse d’Éric Laurent sur la bande : « Définitivement, exactement. » Le marché est clair. « Personne ne veut, ne souhaite qu’un deuxième livre paraisse », embraye l’avocat. Il réclame ensuite des « garanties » de « Mme Graciet ». « Vous pouvez les avoir », lui répond son interlocuteur. L’avocat sollicite alors « un biscuit », c’est-à-dire des éléments un peu concrets sur la nature des « infos » gênantes que pourraient avoir les journalistes. La conversation s’éternise sur des sujets plus ou moins sensibles liés au Maroc, les relations de François Hollande avec le régime, l’affaire HSBC… Rien de très « explosif ». Les deux hommes tournent autour du pot. L’objectif de l’avocat, ce jour-là, est de cerner l’implication de la coauteure d’Éric Laurent. Il insiste : « Elle sait qu’on se voit? », « Elle est au courant des détails », assure le journaliste, qui confirme aussi qu’elle sait pour « les trois millions ». « J’ai besoin de savoir ce qu’elle a en tête, réclame l’avocat, dans quel état d’esprit elle est, et avoir la certitude que si on accepte les termes de votre proposition… » Éric Laurent enchaîne : « C’est très clair, elle vous dira elle-même… » L’avocat insiste ensuite pour « juger sur pièces », et pour que les « choses aillent vite », il réaffirme qu’il n’a « pas le mandat » pour discuter du « montant aujourd’hui » : « Je l’aurai quand vous m’aurez remis les éléments que je pourrai partager soit physiquement soit verbalement. » En clair, il veut voir des documents, « pas nécessairement repartir avec »… « Ensuite, on parlera de vos chiffres », dit-il. Éric Laurent promet qu’en cas d’accord, sa coauteure, qui a pour « passion l’équitation », « se consacrera à l’équitation en même temps qu’elle écrira une biographie historique. […] On en a discuté, elle a dit que si vous arrivez à un accord elle arrête tout, le livre, les articles, les interventions publiques »… Éric Laurent glisse même en partant qu’il peut tout aussi bien faire « Le Roi prédateur ou ‘Une affaire de famille’ tous les deux ou trois ans… » Une phrase lourde de sous-entendus.

Une avance contre une garantie

Sur la base de cet enregistrement et du rapport des policiers, le procureur ouvre le 26 août une information judiciaire et trois juges d’instruction sont désignés, dont Isabelle Rich-Flament. Elle va coordonner l’opération de flagrant délit du jeudi 27 août.

Le rendez-vous a été pris à 11 heures avec Catherine Graciet, Éric Laurent au Peninsula, un hôtel de luxe de l’avenue ­Kleber, où l’avocat marocain a une chambre. Les trois se retrouvent au bar. Puis Catherine Graciet, après avoir refusé que le rendez-vous ait lieu dans la chambre de l’avocat, propose de changer d’endroit et d’aller plutôt au Raphael, l’hôtel en face. Prudente. Discrètement, les policiers en planque suivent. Une fois au nouveau bar, l’avocat place une nouvelle fois son iPhone sur la table. La jeune femme lui demandera de le ranger. Prudente encore. Il s’exécute, et place l’appareil dans sa poche. Du coup, la conversation est moins « nette »… Elle va pourtant durer jusqu’à 16 heures. Par étapes. Dans un premier temps, les journalistes ont imaginé la création d’un trust à l’étranger pour toucher les fonds. La journaliste confie qu’elle dispose d’un rapport de la DGSE, les services secrets français, sur Mohammed VI, « lors de ses venues en France ». De son côté, l’avocat réclame « une garantie », c’est-à-dire un papier signé de leur main. Eux, veulent « une avance ». L’avocat leur propose « un million et demi d’euros », et ils transigent finalement « à deux », « un chacun », après avoir mis en avant l’à-valoir important qu’ils devront rembourser à leur éditeur…
L’avocat s’absente cinquante minutes pour, dit-il, « discuter avec son client », et retourne dans sa chambre du Peninsula. Selon nos sources, c’est avec les policiers et la juge, informés de l’avancement des discussions, que se décide la suite de ce mauvais polar. Pour leur « avance », les deux journalistes ont exigé des « petites coupures, pas de billets de 500 euros ». La juge donne son feu vert. Quand il revient au bar du Raphael, qui est resté sous surveillance discrète de la police, l’avocat a deux enveloppes de 40.000 euros chacune.

Dans une lettre que s’est procurée le JDD, les deux journalistes s’engagent à « ne plus rien écrire » sur le roi du Maroc, « en contrepartie du versement de la somme de deux millions d’euros ».

Le protocole recopié en trois exemplaires

De son côté, Catherine Graciet a recopié, à la main, en trois exemplaires, un protocole dont le JDD a une copie : les deux journalistes prennent l’engagement de « ne plus rien écrire » sur le royaume du Maroc, « directement ou indirectement »… et de ne « partager en aucune façon les documents et informations » en leur possession. « La somme de deux millions d’euros leur sera versée » selon « des modalités que nous fixerons », signent-ils. Catherine Graciet précise même qu’elle a travaillé à un documentaire pour France 3… qui sera diffusé « après le présent accord », pour s’assurer que sa diffusion postérieure ne le rendra pas caduc. Prudente encore. Les signataires admettent avoir touché, ce jour, une « avance de 80 000 euros ». « Ma cliente est allée au rendez-vous pour voir, en tant que journaliste », confie son avocat Me Éric Moutet, qui dément « tous chantage et extorsion de fonds »… Ce jeudi, il est presque 16 heures. L’avocat marocain ressort seul du Raphael. Les deux journalistes, pendant quelques minutes, finiront leurs verres, et… se croiront riches. Une fortune bien éphémère. À leur sortie du Raphael, ce n’est pas une limousine qui les attendait, mais des voitures de police.

Laurent Valdiguié – Le Journal du Dimanche

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dimanche 30 août 2015

 

http://www.bfmtv.com/societe/exclusif-soupcons-de-chantage-du-maroc-la-lettre-contractuelle-signee-par-les-journalistes-910647.html

EXCLUSIF – Soupçons de chantage du Maroc: la lettre contractuelle signée par les journalistes

 
29/08/2015 à 12h33
 

BFMTV s’est procuré le contrat signé entre les journalistes mis en examen et le Maroc. Dans cette lettre manuscrite, Catherine Graciet et Eric Laurent s’engagent à « ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc » en contrepartie « du versement de la somme de 2 millions d’euros ».

 

Le document a été versé au dossier d’instruction. BFMTV s’est procuré en exclusivité la lettre contractuelle signée par les deux journalistes soupçonnés d’avoir tenté de faire chanter le roi du Maroc avec des informations supposées gênantes.

Vendredi, l’avocat de la journaliste Catherine Graciet, Eric Moutet, avait confirmé qu’un « deal financier » avait bien eu lieu dans un « contexte très troublant » et avait évoqué « un piège » dans lequel serait tombé sa cliente.

80.000 euros d’avance

Dans cette lettre manuscrite, écrite le 27 août dernier par la journaliste Catherine Graciet au bar de l’Hôtel Raphael à Paris, les deux journalistes s’engagent à « ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc » et à « ne plus jamais s’exprimer publiquement sur ce pays directement ou indirectement ou par personnes interposées », « ni à faire quelques révélations (…) sur ce sujet ».

Les journalistes s’engagent également à « ne partager en aucune façon les documents et informations en (leur) possession avec qui que ce soit ». En contrepartie du silence des deux journalistes, le Maroc s’engage à verser « la somme de deux millions d’euros ». « Nous confirmons avoir reçu à ce jour une avance de 80.000 euros », écrit encore Catherine Graciet dans le document signé de sa main.

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Document BFMTV –

 

Lettre signée en trois exemplaires

Cette lettre, qui a été versée au dossier d’instruction, a été signée pendant le rendez-vous entre les journalistes et le représentant du Maroc, jeudi, à l’issue duquel Catherine Graciet et Eric Laurent ont été interpellés et placés en garde à vue.

Selon nos informations, ce rendez-vous avait été initialement prévu à l’hôtel Peninsula à Paris, organisé main dans la main avec la police. Mais Catherine Graciet, méfiante, aurait demandé à changer d’hôtel. Les journalistes et le représentant du Maroc se seraient alors installés au bar de l’Hôtel Raphael, situé en face du Peninsula.

Un « piège » selon l’avocat des journalistes

Pendant ce rendez-vous, les journalistes auraient dans un premier temps refusé de signer le document, avant de se laisser convaincre et de le signer en trois exemplaires. Une partie de la conversation a été enregistrée avec un smartphone.

Pour l’avocat de Catherine Graciet, Me Éric Moutet, il y a bien eu un « deal financier », dans un « contexte très troublant ». « Le royaume marocain a des comptes évidents à solder avec Catherine Graciet et un nouveau livre sur l’entourage du roi est en préparation au moment où le deal financier se met en place », a-t-il estimé vendredi soir. Il a également évoqué « un piège » dans lequel serait tombée sa cliente.

Par C. P. avec Dominique Rizet

 
 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/08/30/eric-laurent-et-le-roi-du-maroc-c-est-une-tentation-pas-un-chantage_4740788_3212.html

Entretien

Eric Laurent et le roi du Maroc : « C’est une tentation, pas un chantage »

Propos recueillis par Charlotte Bozonnet et Serge Michel

Le Monde.fr Le 30.08.2015 à 20h59 • Mis à jour le 30.08.2015 à 21h17

 
Eric Laurent, journaliste et auteur français accusé de chantage par la monarchie marocaine.

 
Le journaliste Eric Laurent a été mis en examen pour chantage et extorsion de fonds dans la nuit du 28 au 29 août. Avec sa consoeur Catherine Graciet, il est soupçonné d’avoir tenté de faire chanter le roi du Maroc, Mohammed IV, en menaçant de publier un livre à charge contre la famille royale. M. Laurent donne pour la première fois, au Monde, sa version des faits.

Selon Eric Dupont-Moretti, avocat de Rabat, les deux journalistes français ont proposé à un collaborateur du roi du Maroc de renoncer, contre rémunération, à la parution d’un livre contenant des informations gênantes pour le royaume. Ils auraient formulé une offre de trois, puis deux millions d’euros.

« Le Palais a alors décidé de porter plainte auprès du parquet de Paris. Les policiers ont décidé d’organiser un flagrant délit », a assuré Me Dupond-Moretti, qui a révélé l’affaire, jeudi.

Une version que semble corroborer des extraits d’enregistrements dont des retranscriptions ont été publiées par le Journal du dimanche. C’est l’un des envoyé du royaume chérifien, un avocat, qui a négocié avec les journalistes lors de trois rencontres dans des hôtels parisiens.

Tout en reconnaissant l’existence de la transaction, Eric Laurent assure au contraire qu’elle lui a été « proposée » par un émissaire de Mohammed VI, et qu’il l’a acceptée à la fois pour des raisons personnelles, et pour ne pas « déstabiliser le Maroc ». Il assure aujourd’hui avoir l’intention de terminer et de publier l’ouvrage.

Le déroulé des faits exposé par les avocats du Royaume est à la fois très complet et accablant. Qu’avez-vous à y ajouter ou à retrancher ?

Eric Laurent : Je vais retrancher énormément de choses. Mais je vais faire un premier commentaire sur la totale indécence de la part de l’avocat du royaume, Me Dupond-Moretti, qui a dépassé toutes les limites en matière non seulement de présomption d’innocence mais aussi en matière de déformation ou même d’invention des faits.

Le 23 juillet, d’après lui, j’appelle le secrétariat particulier du roi. Jusqu’ici c’est exact. Je demande à parler à Mounir El Majidi, qui est le secrétaire de Mohamed VI. C’est encore exact. Selon lui, je déclare préparer un livre explosif, un brûlot et c’est trois millions [pour ne pas le publier, NDLR].

Je mets au défi Dupond-Moretti et le Maroc de produire le moindre élément attestant cela. Je n’ai jamais tenu ces propos. Il n’y a jamais eu de tentative de chantage. J’ai appelé Mounir El Majidi pour une raison très simple : dans ce livre que nous avions en préparation, il y avait des éléments concernant la famille royale que nous voulions croiser avec le Palais. Au lieu de cela, le lendemain, j’ai reçu un appel d’un homme qui s’appelle Hicham Naciri, qui est un avocat du Palais, que je ne connaissais pas. Il me dit : « Je suis mandaté par le Palais, est-ce que ça peut attendre quelques jours, je pars au Japon. » Nous nous retrouvons le 11 août à sa demande, c’est lui qui fixe le lieu, au Royal Montceau [hôtel parisien de luxe, NDLR].

A ce moment-là, qui formule la demande d’argent ?

« On pourrait peut-être envisager une rémunération, une transaction, en contrepartie d’un retrait écrit »

Il n’y a pas de formulation de demande d’argent. Je lui explique que nous préparons un livre, que c’est la raison pour laquelle nous voulions voir M. Majidi, un livre sur la famille royale avec un certain nombre de sujets sensibles concernant la succession d’Hassan II. Il me dit : « C’est pas vraiment un livre qu’on souhaite voir sortir ». Je lui dis : « Ah bon, ça c’est autre chose ».

Et là, on voit très bien dans les procès-verbaux tirés des enregistrements : il n’y a aucune demande de ma part. Il y a encore moins de menace de chantage. Nulle part. A un moment donné, il me dit : « On pourrait peut-être envisager une rémunération, une transaction, en contrepartie d’un retrait écrit ». C’est lui qui m’amène à cette idée. A aucun moment il n’y a dans ces enregistrements une volonté de ma part de faire chanter le roi du Maroc à travers un de ses avocats. Puis ses questions vont porter sur un autre problème, celui des sources. Il va insister tout au long des réunions suivantes pour que nous livrions nos sources. Bien sûr, nous refusons. Je refuse. Ma co-auteure, que je consulte, refuse aussi.

A quel moment est-il question d’argent, alors ?

Au moment de la première rencontre, il amène cette idée. Et là, je dis, mais sans y croire : « Si vraiment on arrête de faire le livre, étant donné le sujet, écoutez… trois [millions d’euros] ». Il dit : « Ok mais il me faut les sources ». Je ne suis pas venu avec l’idée d’une transaction. Je suis venu avec l’idée d’une interview.

Qu’est-ce qui vous amène à accepter d’entrer en matière sur une transaction ?

D’abord le sujet. Il est extrêmement sensible, très délicat. J’ai exercé ce métier pendant 30 ans et j’avoue que là, j’en ai un peu assez. C’est un sujet très complexe concernant la famille royale et certains comportements. Donc je me dis : après tout, on n’a pas envie, quelles que soient les réserves que l’on peut avoir sur la monarchie, que s’instaure une république islamique. S’il propose une transaction, pourquoi pas.

Votre avocat a également parlé d’une situation personnelle difficile…

Ma femme est extrêmement malade. C’est une situation personnelle très dure. Elle a un cancer généralisé. Son état s’aggrave de jour en jour malgré les opérations, des chimiothérapies très lourdes.

Donc, si on résume : vous souhaitiez rencontrer M. Naciri pour une interview et vous ressortez avec un accord de principe sur une transaction financière ?

Je ne ressors avec rien. C’est une suggestion qui m’est faite. Mais il n’y a pas d’accord. Je suis surtout tellement étonné. Je me dis : « Quelle étrange démarche », car la démarche venait de lui. En même temps, je suis un peu sur la réserve, surtout parce qu’il insiste sur la possibilité d’avoir accès aux sources. Je suis tellement peu dans l’état d’esprit d’un chantage que lors du deuxième entretien avec lui, le 23 août, il a son téléphone posé sur la table.

J’ai appris ensuite qu’il enregistrait notre conversation et j’ai vu dans le JDD des extraits tronqués. C’est lui qui me demande : pour combien, si nous arrivons à un accord ? Si j’avais eu la volonté d’exercer un chantage, la première des choses aurait été de lui demander d’arrêter son portable, de sortir la batterie, de le mettre ailleurs. A aucun moment, il n’y a de ma part un seul mot qui relève du chantage.

Qu’est-ce que vous vous dites lors du deuxième rendez-vous, le 23 août ?

« Ils ont voulu me faire tomber, me discréditer professionnellement »

C’est un rendez-vous qui me laisse perplexe parce que je vois un personnage qui commence à reformuler tout ce que nous avions échangé la semaine précédente, y compris cette somme de 3 millions d’euros, qu’il met dans ma bouche. Je suis un peu stupéfait, me disant qu’il doit y avoir quelque chose.

Immédiatement, il enchaîne avec une pression ininterrompue sur les sources : « Si nous passons un accord, il faut que nous puissions identifier vos sources ». Je lui dis que c’est impossible, que je ne mettrai pas en danger des gens qui ont accepté de me parler. Il insistera là-dessus jusqu’à la troisième et dernière réunion. Ils ont voulu me faire tomber, me discréditer professionnellement et éventuellement avoir accès à nos sources, ce qui aurait permis de couper certaines têtes.

Comment se fait-il que vous n’ayez pas un instant pensé que le Palais allait utiliser cette discussion contre vous ?

Si j’étais arrivé avec cet état d’esprit consistant à quémander de l’argent en échange de la non-publication, j’aurais été bien plus méfiant. Mais comme je venais simplement pour avoir la possibilité de rencontrer Mounir Madjidi, et croiser des informations, je n’ai pas vu le coup venir. Cette proposition a été glissée insidieusement par mon interlocuteur : « transaction », « abandon », « accord écrit », ces mots ont été habilement introduits lors du premier rendez-vous.

Tout au long de ces entretiens, votre co-auteure était au courant des termes de ces discussions ?

Elle était au courant. Je la tenais informée de tout, après chaque rencontre. Elle ne peut pas prétendre [le contraire]

La défense de Catherine Graciet est de dire que c’est vous qui avez tout organisé…

C’est bien dommage, parce que c’est faux. Je veux bien avoir organisé des choses. Si j’avais tout organisé, il faudrait de sa part un total aveuglement – pour ne pas dire plus – pour rédiger le texte de l’accord et le signer. Et moi, j’aurais été le meilleur des amis de lui proposer la moitié après avoir tout organisé seul.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le contenu de ce livre ?

Le livre porte à la fois sur l’héritage de Hassan II et les affrontements au sein de la famille royale concernant cet héritage. Avec de nombreuses péripéties. Il y avait aussi des choses concernant le train de vie dispendieux – pour ne pas dire plus – de cette famille, avec un certain nombre de dérives.

Ces informations étaient de nature à faire tomber la monarchie ?

Tomber, non. Ebranler, oui. Quand vous êtes un sujet marocain, et que vous découvrez cette réalité sur le roi, sa famille, son entourage, dans un affairisme ambiant, vous êtes profondément troublé. Je pense que ça aurait érodé la confiance relative que l’on peut encore avoir envers le monarque.

Quand avez-vous commencé votre enquête ?

On a signé en janvier [avec les éditions du Seuil], on a commencé en mars car je devais finir un autre livre.

Avez-vous toujours eu l’intention de publier ce livre ?

« Quelles seront les conséquences ? »

Nous avions signé un contrat avec un éditeur ! Du début à la fin, notre intention était de faire un livre. Sauf qu’il y a eu ces conversations avec ce personnage qui propose un accord, qui dit qu’il faudrait s’engager à ne plus publier sur le Maroc. Je me dis pourquoi pas. Mais il ne s’agit pas de chantage. Ca n’a jamais existé.

Chantage ou non, vous étiez d’accord pour un accord financier dont l’objectif était la non publication de votre enquête ?

Oui, bien sûr. Cette enquête me faisait peur. On se disait « quelles seront les conséquences ? » La proposition que l’on m’a faite me paraissait être un compromis.

Votre co-auteure s’est ralliée aux même arguments ?

Soyons clair : du début à la fin, Catherine Graciet a tout approuvé. Avant cette réunion, nous préparions les choses ensemble. Donc aller dire aujourd’hui que j’ai tout mené en solitaire, c’est absurde.

Ces informations explosives, vous les avez réunies ensemble ?

Ensemble. Elle en obtenu certaines, j’en ai obtenu d’autres. Nous avions des sources différentes, que nous avons croisées. Nous étions embarrassants pour le Maroc, et notre livre précédent, Le roi prédateur, est vraiment resté en travers de la gorge du roi. L’idée d’en voir sortir un autre leur était absolument insupportable. Et surtout, ils se demandaient sur quoi nous nous étions basés, sur qui nous nous étions appuyés pour avoir ces renseignements. L’accès aux sources a été une condition et un moyen de pression constant sur nous.

Votre avocat parle d’un zêle disproportionné de la justice française dans cette affaire? Comment l’avez-vous perçu ?

« J’ai eu l’impression d’être dans une situation à la Ben Barka »

J’ai dit aux policiers en arrivant que j’étais choqué que l’appareil policier et judiciaire français soit mobilisé pareillement pour satisfaire un souverain étranger dont on connaît les pratiques. Les enquêteurs m’ont répondu : « On n’est pas dupe, il y a des marionnettistes au dessus de nous, mais nous sommes obligés de faire notre travail ». Ce sont leurs mots. Quand l’arrestation a eu lieu, la voiture de la police a emprunté le périphérique et l’on se dirigeait vers Orly. Et là, j’étais inquiet, j’ai demandé où nous allions. J’ai eu l’impression d’être dans une situation à la Ben Barka [opposant marocain enlevé le 29 octobre 1965 à Paris et dont le corps n’a jamais été retrouvé, NDLR].

Au fond, le Maroc passe son temps à utiliser le territoire français pour ses coups tordus. Autrefois pour y éliminer physiquement ses opposants, désormais pour discréditer professionnellement ceux qui sont critiques envers le régime et ses dérives. J’ai cru que j’allais être embarqué dans un avion et me retrouver au Maroc. Quant à la juge, elle a été correcte. La mise en examen est l’aboutissement logique de ce qui précède, même si c’est un cadeau au souverain marocain.

Vous êtes libre de vos mouvements ?

Le parquet a demandé l’interdiction de sortie du territoire et un contrôle judiciaire tous les huit jours. La juge a décidé de me laisser mon passeport et d’un contrôle judiciaire tous les quinze jours. Avec interdiction de parler à ma co-auteure. Outre l’emballement policier et judiciaire, avec trois juges d’instruction, il y a l’emballement médiatique, qui a contribué à nous discréditer très vite en produisant des extraits tronqués, détachés de leur contexte. Nous étions encore dans la voiture de la police que tout filtrait déjà sur les chaînes d’infos, sans nuance et sans présomption d’innocence, qui n’a jamais existé dans cette affaire. La seule voix relayée constamment a été celle de Me Dupont Moretti, avec des propos choquants et délirants.

Votre livre d’entretien avec Hassan II, en 1993, a-t-il donné lieu à une transaction financière?

Ah non, absolument pas. A l’époque j’étais éditeur chez Plon, et j’avais un contrat d’auteur pour ce livre. Je n’ai pas reçu d’argent de Hassan II, c’est lui qui en a reçu ! Il a réclamé ses droits d’auteur, pour une fondation, et les a obtenus. Si jamais il y avait eu affairisme de ma part, jamais je n’aurais écrit Le roi prédateur quelques années plus tard.

Vous négociez une transaction financière en échange de la non publication d’un livre. Avez vous conscience d’avoir en cela porté préjudice à l’ensemble de la profession ?

« C’est une tentation, pas un chantage »

Non, pas du tout. Je pense que j’ai fait des livres qui ne souffrent pas la moindre critique éthique et déontologique. Et là en l’occurrence, il y avait à la fois le sujet qui était explosif, il y avait la proposition qui m’a été faite et la situation dans laquelle j’étais. Je me suis dit qu’un livre de plus ou de moins, cela n’enlèverait rien à ma satisfaction personnelle. Comme je n’avais pas l’esprit de vindicte, j’ai dit… voilà. C’est une tentation, pas un chantage.

Vous avez dit quoi?

Je me suis dis après tout, pourquoi pas, passons à autre chose. Je veux bien prendre des risques mais j’étais vraiment dans un état psychologique où je n’avais pas l’énergie nécessaire pour aller jusqu’au bout. Je vous l’ai dit, ce sujet m’effrayait. Et j’ai d’autres centres d’intérêt. Déstabiliser un régime à travers un ouvrage dans un contexte géopolitique très particulier, cela ne me paraissait pas une bonne idée. Mon interlocuteur est arrivé au bon moment. Il a su exploiter cela. Puis il m’a piégé. Vous pouvez ne pas le croire, mais c’est lui qui m’a piégé.

Pour vous, cela ne va pas à l’encontre de la déontologie journalistique ?

Ce qui serait allé à l’encontre de la déontologie, cela aurait été, de dire : j’ai ces éléments, et je vais vraiment vous demander de me payer, sinon je les publie et cela sera très douloureux pour vous. Ce qui n’a jamais été le cas.

Cela met-il un terme de votre carrière d’auteur ?

Je ne sais pas. J’ai un livre qui sort dans huit jours chez Flammarion sur les pratiques et dérives du système financier. Je prends là aussi des risques, il y a des informations sensibles. C’est la preuve que je suis encore capable d’en obtenir et d’en publier.

Le livre, finalement, vous allez le sortir ou pas?

Je vais être franc. Je serais maintenant vraiment partisan de le sortir, et j’en aurais très envie. Pour l’instant, nous ne pouvons pas nous rencontrer avec ma co-auteure, je ne sais pas si elle veut continuer cette collaboration, mais j’ai l’intention de le sortir, bien sûr.

DOCUMENT RTL – L’avocat d’Éric Laurent, le journaliste soupçonné d’avoir fait chanter le roi du Maroc, affirme que le monarque était volontairement entré dans des discussions financières avec son client.

 
La page de l’émission : RTL Week-end
 

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Chantage contre le roi du Maroc : « Un coup monté », selon l’avocat d’un journaliste Crédit Image : FADEL SENNA / AFP Crédit Média : Nicolas Burnens

 
par Nicolas Burnens , James Abbott publié le 30/08/2015 à 09:35 mis à jour le 30/08/2015 à 10:22

 
Une longue bataille juridique commence pour les deux journalistes français, mis en examen samedi 29 août  pour chantage et extorsion de fonds. Ils auraient essayé de faire chanter le roi du Maroc, Mohamed VI. Éric Laurent et Catherine Graciet reconnaissent avoir cherché un accord financier, mais en toute légalité. Leurs avocats s’insurgent contre un coup monté, un traquenard. Maître William Bourdon, l’avocat d’Éric Laurent est particulièrement remonté.

« On est extrêmement loin de ce qui est indispensable pour caractériser, selon le termes du code pénal français, une logique de chantage et d’extorsion de fonds, c’est à dire des pressions, des menaces, de l’intimidation », regrette l’avocat.

On est dans un coup monté (…) nous le démontrerons

William Bourdon, avocat d’Éric Laurent

« Affirmer qu’Éric Laurent aurait initié cette discussion est totalement inexact, poursuit l’avocat. Il y a eu au fil de la discussion, dans un climat très cordial, des échanges concernant un accord un accord financier donc on est très loin de ce que l’on entend. »

L’avocat n’hésite pas à parler d’une « logique de grave désinformation ». « On est dans un coup monté qui a bénéficié de l’apport d’un homme qui était une situation difficile, qui a accepté d’entrer dans ces discussions financières, affirme-t-il. C’est ce qui a permis cette mise en scène, nous le démontrerons. La seule décision qui s’impose pour Éric Laurent est un non lieu. »

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JamesAbbott1234
par

 

http://www.lepoint.fr/justice/chantage-presume-au-maroc-un-enregistrement-accablant-30-08-2015-1960359_2386.php

Chantage présumé au Maroc : un enregistrement accablant

 

Les reporters Éric Laurent et Catherine Graciet sont soupçonnés d’avoir fait chanter le roi du Maroc. Ils auraient réclamé trois millions d’euros.

 

(avec AFP)

Publié le 30/08/2015 à 08:47 – Modifié le 30/08/2015 à 12:56 | Le Point.fr

 

Les deux journalistes Éric Laurent et Catherine Graciet sont soupçonnés d'avoir fait chanter le roi du Maroc.
Les deux journalistes Éric Laurent et Catherine Graciet sont soupçonnés d’avoir fait chanter le roi du Maroc.Copyright (c) 1998 Hewlett-Packard Company©FADEL SENNA

 

« Je veux trois…, trois millions d’euros », aurait déclaré Éric Laurent, l’un des deux journalistes français soupçonnés d’avoir fait chanter le royaume du Maroc, dans des enregistrements clandestins révélés dimanche par le JDD. « Je veux trois. – Trois quoi, trois mille ? interroge l’avocat. – Non, trois millions. – Trois millions de dirhams ? – Non, trois millions d’euros », aurait déclaré Éric Laurent lors de la première rencontre avec l’avocat du royaume chérifien qui a enregistré l’échange avec son téléphone, dans un palace parisien le 11 août.

Le Maroc porte plainte après la première rencontre, la deuxième se fait sous la surveillance de la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), mais c’est toujours l’avocat marocain qui effectue les enregistrements à l’insu des journalistes. On l’entend résumer la situation « vous et madame Graciet [êtes] disposés à renoncer à la publication de cet ouvrage et, de façon plus générale, [que] les informations sensibles que vous avez, vous étiez disposés à prendre l’engagement de les oublier », raconte le JDD. À la demande de l’avocat, le journaliste assure que sa coauteur Catherine Graciet sait pour « les trois millions ».

Ils réclament une avance

L’hebdomadaire évoque la troisième rencontre et la méfiance de la journaliste, présente pour la première fois, qui fait changer le lieu de rendez-vous et demande à l’avocat de ranger son téléphone, alors posé sur la table. Dans une lettre que s’est procurée le JDD, les deux journalistes s’engagent à « ne plus rien écrire sur le roi du Maroc, en contrepartie du versement de la somme de deux millions d’euros », et réclament une avance.

L’avocat leur aurait remis une enveloppe de 40 000 euros chacun et la journaliste rédige alors un protocole manuscrit. À leur sortie du palace où a lieu la réunion, les deux journalistes sont interpellés. Ils ont été mis en examen dans la nuit de vendredi à samedi pour chantage et extorsion de fonds et laissés libres sous contrôle judiciaire. « C’est précisément l’avocat mandaté par le roi qui piège les journalistes par des enregistrements sauvages », a affirmé de son côté le conseil de Catherine Graciet. « Un traquenard », résume William Bourdon, qui dénonce une « opération politique » de Rabat contre deux journalistes critiques, « dont l’enquête est de nature à révéler de lourds secrets ».

« Contournement de procédure »

L’enregistrement de ces entretiens constitue un « contournement de procédure », s’est insurgé dimanche l’avocat de Catherine Graciet, pour qui il revenait aux enquêteurs de s’en charger. « C’est un contournement de procédure. Quand on demande à un avocat de faire des écoutes sauvages à la place de la police, il y a un problème », a affirmé Me Éric Moutet . « Je ne peux que dénoncer cette pratique de recollement des preuves se faisant de manière aussi déloyale, voire totalement illégale », affirme-t-il dans un communiqué. L’avocat se « réserve donc la possibilité de déposer toute requête en nullité de la procédure relative à ces écoutes sauvages ».

Pour Laurent Fabius, cette affaire « est un mauvais film. Cela ne secoue pas du tout les relations entre nos deux pays (…), c’est une affaire de droit commun. » « La coopération marche très bien, on a eu l’an dernier une difficulté, mais les choses sont rentrées dans l’ordre », a précisé le ministre des Affaires étrangères. Cette affaire survient alors que le président français François Hollande doit effectuer une visite officielle au Maroc à la mi-septembre afin de sceller la réconciliation entre les deux pays après une brouille diplomatico-judiciaire qui a duré près d’un an. Le réchauffement bilatéral s’est traduit par la signature il y a quelques mois d’une nouvelle convention d’entraide judiciaire, qui a suscité l’inquiétude des organisations de défense des droits de l’homme.

 

http://www.liberation.fr/monde/2015/08/28/un-roi-un-livre-et-des-ennuis_1371465

Un roi, un livre et des ennuis

 
Emmanuel FANSTEN , Luc MATHIEU et Anna RAVIX Correspondante à Rabat 28 août 2015 à 19:46

Une affiche représentant Mohammed VI, à Agadir, le 10 décembre 2013. 
Une affiche représentant Mohammed VI, à Agadir, le 10 décembre 2013.  (Photo Amr Abdallah Dalsh. Reuters)

 
DÉCRYPTAGE

Maroc. Deux journalistes français ont été placés en garde à vue à Paris, accusés d’avoir voulu extorquer 3 millions d’euros à Mohammed VI.

 
Tentative d’extorsion ou coup monté ? La question agite le landerneau politico-médiatique depuis que deux journalistes français sont accusés d’avoir fait chanter le roi du Maroc. Auteurs de plusieurs livres, Eric Laurent et Catherine Graciet auraient demandé à l’entourage de Mohammed VI trois millions d’euros contre le retrait d’un ouvrage compromettant pour le régime. Interpellés jeudi, ils étaient toujours en garde à vue au siège de la PJ parisienne vendredi.

Que s’est-il passé ?

Le 23 juillet, Eric Laurent contacte le cabinet royal marocain pour solliciter un entretien avec un représentant du Palais. Le journaliste, qui dit préparer un livre, explique avoir «des choses importantes à demander». Jusqu’ici, rien d’incroyable : les éditions du Seuil confirment l’existence de cet ouvrage consacré à «M6», dont la sortie était prévue début 2016.

Le 11 août, une première rencontre est organisée à Paris avec un avocat marocain proche du régime. C’est là qu’Eric Laurent aurait proposé à son interlocuteur de ne pas publier le livre en échange de trois millions d’euros. La réaction marocaine ne se fait pas attendre : dix jours plus tard, une plainte est déposée pour le compte du roi au parquet de Paris, qui ouvre aussitôt une enquête préliminaire et confie les investigations à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

Les policiers vont alors organiser un nouveau rendez-vous afin de piéger le suspect. Sans se douter que la rencontre est enregistrée, le journaliste réitère son offre auprès de l’émissaire marocain. Une preuve suffisante pour le parquet, qui ouvre dans la foulée une information judiciaire pour tentative d’extorsion de fonds et tentative de chantage, confiée à trois juges d’instruction parisiens.

A ce stade de l’enquête, plusieurs éléments accablent Eric Laurent mais rien ne permet de mouiller sa coauteure, Catherine Graciet. Les policiers veulent en avoir le cœur net. Quelques jours plus tard, un ultime rendez-vous est fixé dans un hôtel parisien en compagnie des deux journalistes.

Ce jour-là, selon une source proche du dossier, il y a bien une «remise et acceptation d’une somme d’argent». Le tandem aurait accepté de se partager deux millions d’euros avec une avance reçue de 80 000 euros. «Les deux journalistes ont en outre signé un contrat dans lequel ils s’engagent à ne pas publier leur livre», précise Me Eric Dupond-Moretti, avocat du Maroc, qui dénonce un «racket digne de voyous».

Aussitôt interpellés à leur sortie de l’hôtel, les deux journalistes ont été placés en garde à vue dans les locaux de la BRDP. Sur leurs motivations, Me Dupond-Moretti reste des plus énigmatiques : «D’après les éléments dont nous disposons, nous pouvons penser que les deux auteurs ont été instrumentalisés par un groupe, un mouvement terroriste, pour déstabiliser le régime», explique-t-il, évoquant des «implications géopolitiques immenses». «On est dans l’ordre du fantasme le plus absolu», a réagi de son côté Me Eric Moutet, avocat de Catherine Graciet, expliquant que sa cliente avait le «sentiment d’un vrai coup monté».

Qui sont les journalistes suspectés ?

Titulaire d’une maîtrise de droit, Eric Laurent, 68 ans, est un auteur prolifique. Depuis 1984, il a publié une vingtaine d’ouvrages, sans compter des thrillers signés Philip Kramer. Ses livres sont le plus souvent présentés comme des enquêtes révélant les «secrets» et «mensonges» qui sous-tendent une actualité, en général géopolitique. Dans cette veine, il a écrit Guerre du Golfe, le dossier secret (Orban, 1991) avec Pierre Salinger, Le grand mensonge, le dossier noir de la vache folle (Plon, 2001) ou Guerre au Kosovo, le dossier secret (Plon, 1999). Celui qui fut directeur de collection chez Plon se fera surtout connaître après les attentats du 11 septembre 2001, grâce à deux livres consacrés à la famille Bush, et à un troisième, centré sur les attaques elles-mêmes : la Face cachée du 11-Septembre (Plon, 2004). Un titre largement repris par les complotistes qui refusent la thèse d’un attentat planifié et exécuté par Al Qaeda.

Eric Laurent ne va pas aussi loin. Mais lors de passages à la télé, il laisse planer le doute, affirmant par exemple que des agents israéliens auraient applaudi alors qu’ils assistaient à New York à l’effondrement des tours, sans affirmer pour autant que le Mossad savait que des attaques auraient lieu. «Il n’est pas dans un délire à la Thierry Meyssan. Il est plus habile, il reste à la lisière du complotisme. Mais au final, il ne fait rien d’autre que malaxer des informations connues avec des clichés et des lieux communs pour tenter de démontrer ses thèses», explique un ancien membre des services de renseignements, spécialiste du jihadisme.

Chroniqueur sur France Culture, Eric Laurent pratique aussi à l’occasion les hagiographies de puissants. Il a ainsi publié en 1999 les Chemins de ma vie (Plon), un recueil d’entretiens avec celui qui était alors président de Côte-d’Ivoire, Henry Konan Bédié. Il a aussi publié deux titres consacrés à Hassan II lorsqu’il était roi du Maroc : la Mémoire d’un roi (Plon, 1993) et le Génie de la modération. Réflexions sur les vérités de l’islam (Plon, 2000).

D’après un bon connaisseur des arcanes du pouvoir marocain, Eric Laurent aurait tenté de convaincre Mohammed VI, fils et successeur d’Hassan II, de se livrer au même exercice. Mais le monarque aurait fait traîner avant de refuser. En 2012, Eric Laurent publie finalement avec Catherine Graciet le Roi prédateur. Main basse sur le Maroc (Le Seuil). Mohammed VI y est dépeint en prédateur économique, aspirant la fortune du royaume au profit d’une petite oligarchie. Jugé par le ministère marocain de la Communication «diffamatoire et sans preuves», l’ouvrage a été interdit au Maroc.

Journaliste moins controversée, Catherine Graciet a travaillé entre 2004 et 2007 pour le Journal hebdomadaire, une revue marocaine indépendante critique à l’égard du pouvoir, avant d’intégrer l’équipe de Bakchich, un site d’enquête français. Elle a publié en parallèle deux livres sur le Maghreb avec Nicolas Beau, un ancien du Canard enchaîné. En 2013, elle sort, sous son seul nom, Sarkozy-Kadhafi. Histoire secrète d’une trahison (Le Seuil). L’ouvrage accrédite la thèse d’un financement de Sarkozy par l’ancien régime libyen, sans toutefois apporter de preuve.

Comment cette affaire est-elle perçue au Maroc ?

A Rabat, les autorités du royaume n’ont pas réagi officiellement à l’arrestation des deux journalistes français, laissant le soin à Eric Dupond- Moretti de commenter l’affaire. Plusieurs médias marocains ont en revanche relayé l’information. Au quotidien généraliste la Vie éco, c’est l’indignation : «Eric Laurent se présentait comme écrivain et grand reporter. On lui découvre aujourd’hui un autre titre : grand maître chanteur», écrit le journal avant de conclure, mystérieux : «Il existe des mercenaires de la plume auxquels font probablement appel les milieux français hostiles à ce Maroc qui les dérange par ses positions toujours transparentes et légalistes. Maintenant que ces milieux sont démasqués, on comprend mieux comment s’organisent épisodiquement ces campagnes médiatiques acharnées contre le Maroc, ses institutions et son roi.» Ambiance.

L’histoire des enquêtes journalistiques françaises sur le royaume marocain est mouvementée, depuis qu’en 1990, l’écrivain Gilles Perrault a publié chez Gallimard Notre ami le roi, qui documente la répression et l’autoritarisme du régime d’Hassan II. Le livre est encore aujourd’hui interdit au Maroc. Gilles Perrault se souvient que le royaume avait monté en France une opération secrète pour empêcher sa parution : «Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Basri, est allé voir Pierre Joxe [son homologue français à l’époque, ndlr] et lui a dit : « Nous sommes informés qu’un livre doit paraître chez Gallimard, de Gilles Perrault, il va beaucoup nuire aux relations franco-marocaines. Il ne faut pas qu’il paraisse, nous sommes prêts bien entendu à dédommager les éditeurs et l’auteur »», raconte l’écrivain.

Plus récemment, en septembre 2014, l’éditeur parisien Nouveau Monde publie le livre-enquête d’un journaliste marocain, Mohammed VI, derrière les masques, qui décrit la monarchie et les élites gravitant autour comme les acteurs d’un régime autoritaire. L’ouvrage est interdit à la vente au Maroc. Son auteur, Omar Brouksy, ancien correspondant de l’AFP, a connu Catherine Graciet, avec qui il travaillait au Journal hebdomadaire. «Ça ne lui ressemble pas, s’étonne-t-il. C’est une journaliste sérieuse et rigoureuse, pas une débutante. Si les faits qui lui sont reprochés sont avérés, ça serait très décevant, et déplorable pour la profession.»

Emmanuel FANSTEN, Luc MATHIEU et Anna RAVIX Correspondante à Rabat



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