Timothé, 20 mois, mort par la faute d’un médecin : huit ans pour obtenir un procès

L’affaire du chirurgien pédophile Joël Le Scouarnec fait beaucoup de bruit depuis cet été, et tellement depuis l’annonce lundi qu’après vérifications par les gendarmes chargés de l’enquête, les actes pédophiles rapportés dans ses carnets intimes par le médecin s’avèrent bien réels, que même le site pro-pédophile 20minutes.fr a dû se fendre d’un article à ce sujet :

https://www.20minutes.fr/justice/2653935-20191118-affaire-pedophilie-jonzac-250-victimes-potentielles-evoquees-parquet-rochelle

Pour mémoire :

http://petitcoucou.unblog.fr/2019/08/23/le-site-20minutes-fr-en-symbiose-totale-avec-les-pedocriminels/

Après l’émoi suscité par cette affaire dans le Finistère où le pédophile a exercé et bien fait des victimes, à Quimperlé, notamment sous la direction d’Etienne Morel, ancien directeur de l’hôpital psychiatrique de Bohars et du Centre René Fortin se trouvant dans la même enceinte hospitalière du CHU de Brest, plusieurs médias se sont mis à révéler à leurs publics respectifs d’autres faits graves impliquant des médecins hospitaliers de ce département.

Il s’agit de ces deux affaires concernant l’hôpital de Morlaix, où apparaissent déjà de grosses embûches pour les victimes désireuses de se faire entendre ou de savoir ce qui leur est tombé dessus :

http://petitcoucou.unblog.fr/2019/09/19/a-morlaix-un-medecin-hospitalier-accuse-de-viols-sur-personnes-vulnerables/

http://petitcoucou.unblog.fr/2019/11/07/cas-de-maltraitance-a-lhopital-psychiatrique-de-morlaix/

http://petitcoucou.unblog.fr/2019/11/16/maltraitance-a-lhopital-psychiatrique-de-morlaix-deni-total-de-ladministration/

Cet hôpital pourtant de très funeste réputation était pour la toute première fois publiquement mis en cause.

Et aujourd’hui, Le Télégramme publie l’article suivant, concernant le procès qui a finalement été organisé par le Tribunal de Grande Instance de Brest pour demain, jeudi 21 novembre 2019, à la suite du décès de Timothé par la faute d’un médecin au mois d’octobre 2011 (voir ci-dessous).

Il semblerait qu’un tabou soit en train de tomber à la suite de l’affaire du chirurgien Joël Le Scouarnec, qui apparaît d’ores et déjà comme l’une des plus importantes affaires de pédophilie française et n’en serait encore qu’à ses débuts selon l’avocate de plusieurs victimes (voir ci-dessous) : 250 victimes pour un seul homme, c’est déjà beaucoup, et cette fois-ci la justice ne passera pas outre; de plus, elle pourrait bien dans la foulée ou sous une pression médiatique nouvelle s’intéresser à d’autres cas de médecins fautifs qui jusque-là avaient toujours bénéficié d’une impunité totale.

Une expertise psychologique décrit précisément le chirurgien pédophile Joël Le Scouarnec comme un être à l’intelligence supérieure et à la personnalité « perverse », « habité par un sentiment d’impunité et de toute-puissance ». « Il ne reconnaît pas l’autre comme un sujet mais comme un objet sur lequel il cherche à avoir une emprise », assène l’expert.

Cette perversion narcissique est malheureusement assez fréquente chez les médecins, surtout en milieu hospitalier, et quasi systématique en psychiatrie.

Elle est très largement entretenue par leur notabilité et l’impunité totale qui en découle encore bien trop souvent.

Il était temps que cela cesse.

 

https://www.letelegramme.fr/finistere/landerneau/un-proces-huit-ans-apres-le-deces-de-timothe-20-11-2019-12436826.php

Un procès, huit ans après le décès de Timothé

 

Publié le 20 novembre 2019 à 07h00

Yohann et Dominique Roudaut se battent depuis huit ans pour la mémoire de Timothé.

Yohann et Dominique Roudaut se battent depuis huit ans pour la mémoire de Timothé.

 

L’abnégation de Yohann et Dominique Roudaut obtient une première récompense. Huit ans après le décès de leur fils Timothé (20 mois), le tribunal correctionnel de Brest jugera, ce jeudi, le médecin d’astreinte à Ty Yann, la nuit du drame, pour non-assistance à personne en péril.

 

« Timothé n’est pas mort de sa maladie (de Hirschprung, qui paralysait son système digestif, NDLR). Notre fils est décédé des suites d’une septicémie. Par la négligence d’un médecin. Pas par la faute de ses parents qui ont confié leur enfant à Ty Yann. C’est ce que nous espérons entendre jeudi au tribunal correctionnel ».

Cette audience, Yohann et Dominique Roudaut l’attendent depuis huit ans. Depuis le décès de Timothé, 20 mois, en octobre 2011. Huit années à ne pas écouter ceux qui leur conseillaient d’abandonner une procédure visant « à amener un médecin à répondre de sa responsabilité ».

Trois appels téléphoniques

Le couple landernéen n’a pas davantage baissé les bras lorsque, trois ans après le drame, la justice sanctionnait d’un non-lieu leur plainte pour homicide involontaire. Les parents l’ont requalifiée en « non-assistance à personne en péril ».

Cette fois-ci, la Justice a donné suite. Ce jeudi, le tribunal cherchera à savoir pourquoi le médecin pédiatre libérale d’astreinte, cette nuit-là, à la maison de repos pédiatrique Ty Yann (aujourd’hui fondation Ildys), n’a pas estimé indispensable de se déplacer au chevet de l’enfant suite à trois appels.

« Il lui fallait des antibiotiques »

« Le protocole était connu. Nous l’avions communiqué à l’équipe médicale de Ty Yann. Au-delà de 38,2 ° de température, il fallait lui administrer des antibiotiques. Il est monté jusqu’à 40,2 °. Le médecin d’astreinte n’est venu qu’à 9 h, le lendemain. Trop tard ». Timothé s’est éteint en soirée à l’hôpital Morvan.

La triste nouvelle a accablé le formidable réseau de soutien formé à Landerneau pour apporter du réconfort et des ressources financières au couple.

 

Dominique et Yohan avaient médicalement aménagé une pièce de leur maison et appris les techniques de soin pour garder Timothé à domicile et vivre comme n’importe quelle famille.

À lire sur le sujetTimothé. Le combat continue

 

En totale confiance

Cette attention de chaque instant se transformait en lueurs : « Le médecin spécialiste qui suivait Timothé nous avait même confié l’espoir de pouvoir enlever son cathéter un an et demi plus tard ». Le couple landernéen s’était légitimement autorisé à souffler, en confiant Timothé à l’institut Ty Yann pendant quinze jours : « Il y avait déjà séjourné pendant une nuit. Cela s’était très bien passé. Chaque jour, un membre de la famille ou un ami passait le voir. Sauf ce dimanche… Pourquoi ne pas avoir appelé le SAMU ? Ou nous avoir appelé, nous ? Un coup de fil et on déclenchait la prise en charge. Timothé serait encore en vie », restent persuadés ses parents.

Nous avons joint la prévenue et son avocate. Ni l’une ni l’autre n’a souhaité s’exprimer avant l’audience.

 

https://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/morbihan/maladie-genetique-timothe-attend-du-soutien-01-09-2010-1034755.php

Maladie génétique. Timothé attend du soutien

 

Publié le 01 septembre 2010
Depuis le 7 août, Timothé vit avec toute la famille. Ses parents ont été formés pour lui prodiguer ses soins. Photo Y. C.

Depuis le 7 août, Timothé vit avec toute la famille. Ses parents ont été formés pour lui prodiguer ses soins. Photo Y. C.

 

Âgé de six mois, Timothé est né à Landerneau(29) avec une paralysie de l’intestin. À la maison, ses parents, Yohann et Dominique, ont tout fait pour rendre possible une hospitalisation à domicile.

 

On l’appelle la maladie de Hirschsprung. Un mot barbare pour désigner un mal qui l’est tout autant. Une graphie impossible comme un signe annonciateur de la souffrance à venir. Branché 14h sur 24 h Pour faire court, on pourrait juste dire que l’intestin de Timothé ne fonctionne pas. Pourtant, si l’on voulait témoigner plus justement de la réalité vécue dans sa chair par ce bébé, il faudrait en dire plus. Dire les cinq mois d’hôpital sur les six d’une existence à peine entamée et pourtant déjà si tourmentée. Prononcer ces termes médicaux comme autant d’interventionschirurgicales subies par Timothé: colectomie (ablation du colon), iléostomie (pose d’un anus artificiel). Parler enfin de ce cathéter directement relié à la veine cave du coeur et qui alimente l’enfant. Un dispositif nécessaire (branché 14h sur 24 h), l’intestin amputé du bébé étant désormais trop court pour assimiler la nourriture ingérée. Timothé est donc atteint d’une maladie génétique rare, dans sa forme la plus grave, indécelable lors des examens prénatals. Elle a été découverte deux jours après sa naissance. Pessimiste, le corps médical prépare alors la famille au pire. Retour du miraculé Mais au bout de cinq mois, l’espoir renaît. Le retour à la maison est envisagé. Inespéré pour notre petit miraculé. Le 7août, c’est le grand jour. Laura, âgée de 10ans, et Melvyn, âgé de 4 ans et demi, accueillent leur petit frère à la maison. De leur côté, les parents se sont formés pour lui prodiguer les soins. La famille a déménagé et Dominique a lâché son boulot. Dans la nouvelle maison, une pièce a été transformée en salle de soins. Épée de Damoclès «Timothé n’est pas sorti d’affaire. Nous avons toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête. À chaque manipulation, on doit veiller à ce qu’il n’y ait pas de microbe et éviter tout risque de septicémie ou d’infection. On n’a pas le droit à l’erreur. Tout est stérile, les gestes sont rigoureux», explique Dominique. Les examens se poursuivent et déjà trois autres interventions chirurgicales sont programmées dans un proche futur. Mais si l’enfant souffre de troubles moteurs et de problèmes à l’oeil droit, c’est qu’il est aussi atteint de la monosomie partielle du chromosome 13. Une deuxième pathologie – peut-être liée à la première- qui laisse des questions en suspens. Dont la plus importante: quelle est l’espérance de vie de Timothé? Sept ans pour grandir Pour mobiliser des soutiens, Dominique et Yohann ont créé «L’association Timothé, 7 ans pour une vie». Sept ans, le temps qu’il faudra à l’intestin du bébé pour grandir suffisamment et assimiler normalement les aliments. Timothé pourra alors peut-être se passer du cathéter. En attendant, le couple, qui déplore l’absence de prise en charge globale de l’hospitalisation à domicile, raconte sa nouvelle vie sur son blog.Pratique Associationtimothe.over-blog.com

 

https://www.letelegramme.fr/local/finistere-nord/brest/landerneau/timothe-le-combat-continue-29-02-2012-1616560.php

Timothé. Le combat continue

 

Publié le 29 février 2012
Le logo de l'association «Timothé et compagnie».

Le logo de l’association «Timothé et compagnie».

 

La douleur reste immense mais les parents du petit Timothé, décédé en octobre, vont faire vivre sa mémoire. «Timothé et compagnie» soutiendra l’hospitalisation à domicile d’enfants souffrant d’un système digestif déficient.

 

Il aurait soufflé sa deuxième bougie le 23 février. Timothé souffrait de la maladie génétique rare de Hirschprung. À peine né, il a dû subir des ablations d’organes et autres interventions chirurgicales destinées à compenser la paralysie de son système digestif. Le suivi médical est éprouvant. Dominique et Yohann Roudaut, ses parents, ont appris les gestes techniques.

Élan de solidarité

Dans la chambre du nourrisson, une table médicale côtoie le lit. Timothé reste chez lui. Dominique cesse son activité professionnelle pour l’accompagner chaque jour de longues heures durant. L’histoire émeut à Landerneau. Une association se crée pour aider les parents à subvenir aux dépenses des soins (150 EUR hebdomadaire de reste à charge, sans parler des allers-retours réguliers entre le domicile landernéen et l’hôpital parisien). Au-delà de l’aspect financier, «Timothé, sept ans pour une vie» engendre un formidable élan de solidarité. Des restaurateurs du centre-ville organisent une tombola à son profit. Le peintre Christian Mazéas fait don d’une oeuvre en guise de premier lot. Toujours pour Timothé, Merzhin remplit le Family lors d’un après-midi festif. On peut encore citer la Corrida, l’an dernier, qui a reversé une partie de sa recette. En octobre dernier, aux obsèques de Timothé, les proches, les amis et une foule d’anonymes apportent fleurs et témoignages de sympathie à ses parents, son grand frère et sa grande soeur. «Timothé a touché beaucoup de gens pendant sa courte vie. C’est pour sa mémoire, déjà, que l’association continue d’exister». Ça lui tient à coeur: Dominique Roudaut reste présidente d’une association rebaptisée «Timothé et compagnie».

Enfant sous nutrition artificielle

Son but? «Venir en aide aux familles dont un enfant souffre de toute maladie impliquant un dysfonctionnement digestif et qui ont fait le choix d’une hospitalisation à domicile. Des enfants sous nutrition artificielle. Comme Timothé». À force de fréquenter les services hospitaliers spécialisés, la famille Roudaut a établi des contacts dans toute la France. L’association ciblera une famille par an: «Mieux vaut concentrer l’aide. Les besoins sont tellement importants pour un seul foyer». Un vide-greniers, le 8 avril, à Saint-Ernel, et un Tim Musique 2 (date à définir) permettront d’engranger des bénéfices. De poursuivre un combat, de continuer la solidarité, de ne pas oublier un petit bonhomme. Contacts associationtimothe@laposte. net associationtimothe.over-blog.com

 

 
http://www.leparisien.fr/faits-divers/l-effroyable-parcours-de-joel-le-scouarnec-chirurgien-pedophile-aux-plus-de-250-victimes-potentielles-18-11-2019-8196237.php

L’effroyable parcours de Joël Le Scouarnec, chirurgien pédophile aux plus de 250 victimes potentielles

 

Cet ancien chirurgien est soupçonné d’avoir abusé plus de 250 enfants au cours de sa carrière. Un parcours criminel que les enquêteurs retracent à l’aide de ses carnets intimes.

 

 Le médecin de 68 ans est incarcéré à la maison d’arrêt de Saintes.
Le médecin de 68 ans est incarcéré à la maison d’arrêt de Saintes. IP-3/Olivier Marty

 

Par Vincent Gautronneau et Jérémie Pham-Lê

Le 18 novembre 2019 à 21h45, modifié le 19 novembre 2019 à 12h45

Pendant des années, Joël Le Scouarnec s’est astreint au même rituel : consigner par écrit les sévices sexuels qu’il infligeait à ses jeunes patients dans une sorte de journal intime de la monstruosité. Avec un vocabulaire mi-médical mi-enfantin, l’honorable chirurgien de Jonzac (Charente-Maritime) y décrivait comment « il a tripoté le clitoris » de telle petite fille, « léché la chounette (sic) » de telle autre. Le titre de ces deux carnets numériques? « Vulvette » et « Quéquette ». Lorsqu’ils analysent l’ordinateur du sexagénaire, interpellé simplement pour exhibition sexuelle en mai 2017, les enquêteurs n’imaginent pas ouvrir la boîte de Pandore…

Deux ans et demi plus tard, le médecin de 68 ans est incarcéré à la maison d’arrêt de Saintes. Mis en examen, il sera jugé courant 2020 pour des viols et agressions sexuelles commises sur quatre fillettes. Des faits qu’il a avoués partiellement lors de sa première garde à vue. Mais l’exploitation de ses écrits abominables a lancé les gendarmes de la section de recherches de Poitiers sur une enquête d’une dimension inédite. Pas moins de 250 nouvelles victimes potentielles ont été identifiées sur la période 1991-2014. Ce qui ferait potentiellement de Joël Le Scouarnec le plus grand pédophile de l’histoire française.

L’effroyable parcours de Joël Le Scouarnec, chirurgien pédophile aux plus de 250 victimes potentielles

« 184 (victimes) ont souhaité déposer plainte, 181 étaient mineures au moment des faits », a annoncé ce lundi le procureur de La Rochelle, Laurent Zuchowicz. Le magistrat s’est dessaisi au profit du parquet de Lorient au regard du nombre de victimes dans le Morbihan (100) et le Finistère (23). Une partie vivait aussi en Indre-et-Loire à l’époque. Autant de départements où le médecin a exercé entre 1983 et 2008 avant de s’installer à Jonzac.

«La majorité des victimes sont tombées des nues»

« Cela fait froid dans le dos, confie un enquêteur. La majorité des victimes, trop jeunes, n’ont aucun souvenir et sont tombées des nues. D’autres se remémorent des scènes précises. Quelques-unes n’ont pas porté plainte pour tourner la page. »

Trois gendarmes de la SR de Poitiers, aidés de leurs collègues bretons et indrois, ont retrouvé les anciens patients de Le Scouarnec en comparant les noms et dates d’exactions inscrits sur les carnets macabres avec les listings d’admission des hôpitaux. « A.B., 8 ans, 1993 », annote par exemple le chirurgien avant de décrire une masturbation forcée. « Elle ne saura sans doute jamais qu’à l’âge de 12 ans, elle aura été dépucelée au doigt par un homme de 50 ans », écrit-il encore au sujet d’une autre fillette.

Le Scouarnec n’a pas encore été entendu sur ces 250 nouvelles victimes présumées. Lors de sa garde à vue, il avait brièvement admis qu’il était « possible » qu’il ait commis les violences évoquées dans ses journaux intimes, sans toutefois s’en rappeler. Contacté, son avocat Me Thibaut Kurzawa n’a pas souhaité s’exprimer à ce stade.

«Je me filmais nu avec les perruques de femmes»

Comment ce prédateur en blouse blanche est-il passé inaperçu près de trente ans ? D’autant qu’il avait été condamné en 2005 pour détention d’images pédopornographiques. Seule certitude : c’est sous couvert de pratiquer des opérations bénignes telles que l’appendicite que le chirurgien digestif avait accès à autant d’enfants. Et le pédophile présumé n’aurait sans doute jamais été démasqué s’il n’avait pas été dénoncé par la fille de sa voisine en avril 2017.

Ce jour-là, d’après la déposition de la jeune K., 9 ans, Le Scouarnec se masturbe dans son jardin à Jonzac. Puis exhibe son sexe et ses fesses à la fillette avant de lui baisser sa culotte. L’homme est alors placé en garde à vue. Entre-temps, la fillette révèle aux enquêteurs que le médecin lui a aussi introduit un doigt dans le vagin, ce que semble corroborer une expertise gynécologique. L’homme nie, mais admet en revanche des agressions sur trois autres enfants.

L’affaire prend un tournant inquiétant. Les gendarmes découvrent au domicile du sexagénaire de nombreux contenus pédopornographiques, des godemichés, des perruques et… 20 poupées. Dont l’une avec des chaînes aux poignets. « (Elles servaient) à remplacer une vraie petite fille lors d’un acte sexuel, la masturbation », raconte le médecin lors d’un interrogatoire devant la juge d’instruction. Et d’ajouter : « Je m’étais créé un monde où je cultivais ma solitude […]. Je me filmais nu avec les perruques de femmes. C’est le contexte de cette sexualité peu normale. »

Des poupées dans les bureaux de ses hôpitaux

En auditions, Joël Le Scouarnec livre des confidences sans tabou. Sur cette attirance pour les jeunes enfants qu’il situe entre 1985 et 1986 après une dégradation de ses relations avec son épouse -unique femme de sa vie. Avant l’ère d’Internet, le médecin satisfait ses fantasmes en dessinant des enfants nus. Ou en lisant des textes pédophiles dénichés dans des librairies parisiennes. Quand il ne s’adonne pas à des plaisirs solitaires avec ses poupées, dissimulées dans les bureaux de ses hôpitaux…

Sa rencontre avec sa nièce A.M. la même époque aurait déclenché ses pulsions pédophiles. « Ce qui m’a troublé, c’est qu’elle était très câline. Elle venait sur mes genoux, glisse-t-il au juge. J’ai reporté ma sexualité sur cette petite fille. ». Le médecin jure n’avoir jamais touché ses trois propres enfants avec qui il entretient des relations cordiales, y compris après son incarcération.

D’après le chirurgien, ses premiers attouchements visent des fillettes de son entourage dans les années 1980 : des nièces, des enfants d’amis ou gardés par son épouse… Mais aussi des patients. Reconnaissant uniquement « quatre faits » de ce type à la clinique de Loches (Indre-et-Loire) avant la découverte de ses carnets intimes, Le Scouarnec explique être passé à l’acte quand ses victimes « étaient alitées », faisant passer ses agressions pour « un examen médical ».

Avant de travailler à Jonzac (photo), le chirurgien a exercé à Loches, Vannes, Quimperlé et Lorient./ABACA/Moritz Thibaud
Avant de travailler à Jonzac (photo), le chirurgien a exercé à Loches, Vannes, Quimperlé et Lorient./ABACA/Moritz Thibaud  

« Mon attirance sexuelle se dirige plutôt vers les petites de 9-10 ans. C’est plus facile de séduire à cet âge-là. À partir de 12 ans, il y a le chamboulement de la puberté, où les choses sexuelles peuvent faire davantage plus violence. » L’enfant, poursuit-il, l’intimide beaucoup moins que l’adulte, « plus compliqué sur le plan relationnel ». Et selon son interprétation, tant qu’un enfant ne réagit pas, reste « inerte », il ne fait rien de mal… Mais quid des conséquences pour le développement futur ?

«Habité par un sentiment de toute-puissance»

Interrogé sur son manque d’empathie pour les victimes, le chirurgien se dépeint comme « quelqu’un de froid ». De fait, l’expertise psychologique diligentée pendant l’instruction est accablante. Le Scouarnec est décrit comme un être à l’intelligence supérieure et à la personnalité « perverse », « habité par un sentiment d’impunité et de toute-puissance ». « Il ne reconnaît pas l’autre comme un sujet mais comme un objet sur lequel il cherche à avoir une emprise, assène l’expert. Il prend un plaisir évident à détailler (son) parcours. La transgression est-elle même érotisée et il jubile à l’idée d’échapper à la psychiatrie. »

En prison à l’isolement, Joël Le Scouarnec, qui prévoyait d’exercer son métier jusqu’à 68 ans, jure avoir tourné la page de la pédophilie. « Quand je voyais un enfant dans la rue ou à la télévision, avant, la pensée qui me venait était directement : comment il était, il ou elle, quand il est nu. Depuis je ne les regarde plus de la même façon. Ils sont l’innocence. J’ai souillé cette innocence », glisse-t-il lors d’un interrogatoire.

Pour Me Francesca Satta, avocate de plusieurs victimes, le chirurgien digestif n’a pas livré tous ses secrets. « Nous ne sommes qu’au début d’un dossier déjà impressionnant par le volume de plaignants, observe la pénaliste. Et la liste n’est sans doute pas exhaustive, car je suis en contact avec des victimes qui n’apparaissent nulle part pour le moment. »

 

https://www.letelegramme.fr/morbihan/affaire-le-scouarnec-le-parquet-de-la-rochelle-se-dessaisit-au-profit-de-celui-de-lorient-18-11-2019-12435405.php

Ce qui fait de l’affaire Le Scouarnec un dossier judiciaire sans précédent

 

Publié le 18 novembre 2019 à 09h53 Modifié le 18 novembre 2019 à 19h32

Le Dr Le Scouarnec a travaillé dans les hôpitaux de Quimperlé (ci-dessus) et Lorient ainsi qu’à la clinique du Sacré-Coeur à Vannes.
Le Dr Le Scouarnec a travaillé dans les hôpitaux de Quimperlé (ci-dessus) et Lorient ainsi qu’à la clinique du Sacré-Coeur à Vannes. (Le Télégramme)

 

L’affaire Le Scouarnec, du nom d’un chirurgien suspecté de nombreux viols et agressions sexuelles sur de jeunes patients, a pris un nouveau tour. En, effet, le parquet de La Rochelle s’est dessaisi d’un pan entier de l’affaire au profit de celui de Lorient. On s’oriente donc vers deux procès. 123 plaintes ont été déposées en Bretagne.

 

C’est, Laurent Zuchowicz procureur de la République à La Rochelle qui, lundi, a annoncé ce dessaisissement dans un communiqué. « Dans le cadre du dossier d’information judiciaire, clôturé en mars 2019, et qui fera l’objet d’une audience courant 2020 devant la cour d’assises de la Charente-Maritime du 13 au 17 mars (quatre cas de viols et d’agressions sexuelles sur des enfants : une petite voisine, deux nièces et une patiente NDLR), un certain nombre d’éléments n’ont pu être exploités compte tenu des délais contraints de procédure, écrit le procureur. Une enquête préliminaire distincte a dès lors été confiée à la section de recherche de Poitiers, qui a contacté et auditionné des personnes qui apparaissent sur différents supports retrouvés au domicile de M. Le Scouarnec ».

Selon le procureur de la Rochelle, il ressort de ces investigations que 250 potentielles victimes de faits « non prescrits » ont été identifiées. Parmi lesquelles, 209 ont pu être auditionnées, plusieurs d’entre elles faisant état de souvenirs précis. « 184 ont souhaité déposer plainte précise Laurent Zuchowicz, 181 étaient mineures au moment des faits, parmi lesquelles 138 sont actuellement domiciliées sur le ressort de la cour d’appel de Rennes, dont 100 dans le Morbihan et 23 dans le Finistère ». Précisons que la cour d’appel de Rennes s’étend également à la Loire-Atlantique et que Joël Le Scouarnec est intervenu à plusieurs reprises à l’hôpital d’Ancenis (44) ces dernières années. Cet établissement pourrait donc être aussi concerné par les agissements de l’ancien chirurgien.

« Le délai d’enquête s’annonce long »

Compte tenu du résultat de ces investigations, le parquet de la Rochelle s’est dessaisi pour les raisons suivantes : les lieux de commission des faits, les investigations restant à conduire (recueil de dossiers médicaux, auditions de personnels hospitaliers), mais aussi la domiciliation des victimes.

 

En soirée, la procureure de Lorient Laureline Peyrefitte, expliquait dans un communiqué que les investigations « s’attacheront notamment à poursuivre l’identification et l’audition de l’ensemble des personnes victimes des faits portés à la connaissance des autorités judiciaires, et de vérifier leur réalité. Des auditions, notamment du personnel hospitalier et des différents employeurs, des réquisitions et expertises seront ainsi diligentées sous l’égide du parquet de Lorient, avant d’envisager l’ouverture d’une information judiciaire. Compte tenu du nombre de faits et de victimes potentielles recensées, le délai d’enquête s’annonce encore long et l’ouverture d’une information judiciaire n’est pas encore d’actualité ». Ce volet breton de l’affaire est donc au stade de l’enquête préliminaire.

Des moyens supplémentaires demandés

La procureure de Lorient explique, qu’au regard de la tâche qui incombe désormais au parquet de Lorient, elle a demandé des moyens supplémentaires

Les faits concernant la Bretagne devraient donc être jugés dans quelques mois devant la cour d’assises de Vannes. Y compris ceux qui auraient pu être commis à l’hôpital de Quimperlé, ville qui se trouve dans le Finistère.

« C’est une bonne nouvelle commentait hier une jeune Morbihannaise qui a porté plainte. On s’oriente vers un procès qui durera très longtemps. Moralement ça va être très difficile. J’ai l’intention d’assister aux audiences. Je compte sur le soutien de ma famille que je pourrai revoir, tous les soirs, en rentrant chez moi. ».

 

https://www.letelegramme.fr/dossiers/pedophilie-affaire-le-scouarnec/affaire-le-scouarnec-plus-de-250-victimes-potentielles-18-11-2019-12436223.php

Affaire Le Scouarnec. Plus de 250 victimes potentielles

 

Publié le 18 novembre 2019 à 18h05 Modifié le 18 novembre 2019 à 18h27

Le docteur Le Scouarnec a travaillé dans les hôpitaux de Quimperlé (ci-dessus), Lorient et Vannes.

Le docteur Le Scouarnec a travaillé dans les hôpitaux de Quimperlé (ci-dessus), Lorient et Vannes. (Archives Le Télégramme)

 

L’affaire Le Scouarnec, si les faits sont attestés, restera sans nul doute, une des plus importantes affaires de pédophilie en France. En effet, pas moins de 250 victimes ont été identifiées, la plupart en Bretagne.

 

Mai 2017, Joël Le Scouarnec, chirurgien né à Paris en 1950, est mis en examen et placé en détention provisoire à Saintes, dans le cadre d’une affaire de viol et d’agression sexuelle. Faits qui auraient été commis à Jonzac (Charente Maritime) sur sa voisine de 7 ans. Suite au témoignage de la fillette, une perquisition sera menée au domicile du médecin. Les gendarmes trouveront à son domicile plusieurs carnets sur lesquels le praticien, spécialisé dans la chirurgie digestive, aurait noté avec force détails des actes d’agressions sexuelles, d’attouchements et de viols, commis, depuis les années 90, dans le cadre de ses activités de chirurgien dans plusieurs établissements hospitaliers. À Loches, en Indre et Loire, à Jonzac, mais aussi dans les hôpitaux de Lorient et Quimperlé ainsi qu’à la clinique du Sacré-Coeur à Vannes.

 

Les enquêteurs retrouvent sur ces journaux intimes sordides les noms de quelque 200 enfants accompagnés de détails scabreux. Pour son avocat, Me Thibault Kurzawa du barreau de Saintes, il s’agirait de fantasmes. Outre ces carnets, les gendarmes découvrent le même jour nombre d’éléments troublants au domicile du chirurgien : des perruques, des poupées gonflables et des objets sexuels cachés sous le parquet.

Dans les mois qui suivent, munis des carnets du chirurgien, les gendarmes mènent l’enquête, contactant les anciennes victimes présumées de Joël Le Scouarnec. De la Charente Maritime, les investigations se poursuivent en Bretagne où la majorité des délits et crimes imputés à l’ancien chirurgien, semblent avoir été commis.

À lire sur le sujetDes témoignages accablants

 

En août dernier, Sabine (*), une jeune femme qui réside près de Vannes, raconte au Télégramme qu’elle a été convoquée par la gendarmerie, son nom étant inscrit sur un des carnets. « Dès que j’ai vu le visage du médecin sur une photo, j’ai su pourquoi j’étais là. J’avais 11 ans à l’époque, j’avais été hospitalisée pour une péritonite. J’y suis restée dix jours. À plusieurs reprises, j’ai été victime des agissements du docteur Le Scouarnec. Je les qualifie de viols ». Ces témoignages, qui font froid dans le dos, les enquêteurs en recueilleront des dizaines et des dizaines.

À lire sur le sujetDe graves dysfonctionnements

 

Le temps passant, on apprendra que Joël Le Scouarnec, père de trois enfants, avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques par le TGI de Vannes le 17 novembre 2005.

Fin août, le Conseil de l’Ordre des médecins du Morbihan nous confiait qu’il n’avait jamais été informé de cette condamnation. Dans le Finistère – département également concerné, le chirurgien ayant officié à Quimperlé – en revanche, le Conseil avait eu vent de cette condamnation. Le 6 juin 2006, l’Ordre s’était rapproché du greffe du TGI de Vannes pour obtenir une copie du jugement. Cette copie ne lui était parvenue que le 9 novembre 2006, après plusieurs relances. Dans la foulée, le président de l’Ordre en avait informé la DDASS dont dépendaient les médecins hospitaliers. Organisme de tutelle, qui aurait pu suspendre le praticien, oud u moins l’écarter des patients mineurs et qui ne l’a pas fait.

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14 novembre 2019 à 12h58


Roman Polanski, défendu bec et ongles par Cyprien Luraghi, une nouvelle fois accusé de viol…

Le 23 août dernier, j’avais rapporté dans l’article suivant des propos de Cyprien Luraghi intervenant au mois d’octobre 2009 dans les commentaires du site Rue89 pour défendre le cinéaste pédophile :

http://petitcoucou.unblog.fr/2019/08/23/le-site-20minutes-fr-en-symbiose-totale-avec-les-pedocriminels/

Il faut bien dire que j’avais aussi remarqué durant l’été toutes les séries « coquines » ou « érotiques » du site pro-pédophile 20minutes.fr, dont sa rétrospective sur l’année 1969 qui fut l’occasion pour ses auteurs de publier en date du 9 août 2019 une photographie de Roman Polanski avec cette seule légende : « Roman »…

J’avais ainsi bien relevé ce qui m’avait valu la publication calomnieuse d’Hélène Sergent du 28 janvier 2019 : une sympathie certaine pour les adeptes de pratiques sexuelles non « bourgeoises »…

Si Libération reconnaît bien depuis longtemps avoir eu tort de soutenir des pédophiles dans les années 1970 et jusqu’au début des années 1980, d’autres ont encore à effectuer ce travail d’auto-critique.

En attendant, notons que les médias qui, à l’inverse, n’hésitent pas à relayer les témoignages de personnes se disant victimes de viols ou de pédophilie, ne le font pas sans avoir au préalable recueilli suffisamment d’éléments de preuve pour s’assurer que ces témoignages soient tout à fait crédibles.

Cela n’a évidemment rien à voir avec le soi-disant « témoignage » à mon encontre de la fausse victime de cyberharcèlements Pascal Edouard Cyprien Luraghi, publié le 28 janvier dernier par la journaliste pro-pédophile Hélène Sergent sur le site pro-pédophile 20minutes.fr.

Je rappelle qu’en réalité ce sont mes proches et moi-même qui sommes victimes des harcèlements multiformes de ce pervers narcissique et de ses divers complices depuis maintenant plus de onze ans.

 

http://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/roman-polanski-le-j-accuse-de-valentine-monnier-11-11-2019-8190936.php

Roman Polanski : le «J’accuse» de Valentine Monnier

 

PODCAST. La photographe dit avoir été violée par le cinéaste à Gstaad, en Suisse, pendant l’hiver 1975. Code source raconte le travail de vérification qui a permis la publication de son témoignage par le Parisien.

 

 « Je sors bouleversée de la lecture de son témoignage. Je la crois », nous indique Adèle Haenel, à propos des révélations de Valentine Monnier.

« Je sors bouleversée de la lecture de son témoignage. Je la crois », nous indique Adèle Haenel, à propos des révélations de Valentine Monnier. DR

 

Par L’équipe de Code source

Le 11 novembre 2019 à 18h02

Ecoutez Code source, le podcast d’actualité du Parisien

Roman Polanski est accusé de viol pour la première fois par une Française. Vous avez sans doute entendu parler de cette affaire révélée par Le Parisien le vendredi 8 novembre.

L’actrice Adèle Haenel soutient Valentine Monnier et se dit bouleversée par son témoignage. Le cinéaste dément fermement et envisage des suites judiciaires, alors que sort le 13 novembre son film « J’accuse », sur l’affaire Dreyfus, symbole en France de l’antisémitisme et de l’injustice.

La publication de ce témoignage est le résultat d’une longue enquête que raconte, dans cet épisode de Code source, Catherine Balle, journaliste au Parisien depuis 2003.

Un commentaire? Écrivez-nous par courriel à codesource@leparisien.fr ou interpellez-nous sur Twitter (@codesource)

A propos de Code source

Code source est le podcast quotidien d’actualité du Parisien. Des histoires racontées par les journalistes de la rédaction ou par celles et ceux qui les ont vécues directement. Un rendez-vous porté par le présentateur Jules Lavie et la reporter Clawdia Prolongeau, à retrouver du lundi au vendredi à partir de 18 heures sur LeParisien.fr ou sur les principales plateformes d’écoute.

Crédits

Direction de la rédaction : Pierre Chausse – Rédacteur en chef : Jules Lavie – Reporter : Clawdia Prolongeau – Production : Marion Bothorel – Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol – Musiques : François Clos – Identité graphique : Upian.

 

http://www.leparisien.fr/faits-divers/une-francaise-accuse-le-realisateur-roman-polanski-de-viol-08-11-2019-8189568.php

La nouvelle affaire Polanski : une Française l’accuse de viol

 

Valentine Monnier assure que le cinéaste l’a violée en 1975. Plusieurs témoins nous confirment son récit. C’est la première Française à accuser ainsi le réalisateur, qui conteste les faits.

 

 Valentine Monnier, 18 ans en 1975, accuse Roman Polanski de l’avoir violée à Gstaad il y a plus de 44 ans.

Valentine Monnier, 18 ans en 1975, accuse Roman Polanski de l’avoir violée à Gstaad il y a plus de 44 ans.  AFP/Thomas Samson et DR

 

Par Catherine Balle

Le 8 novembre 2019 à 19h30, modifié le 9 novembre 2019 à 09h36

Elle s’est tue pendant quarante-quatre ans. Et puis, elle a écrit un texte. Un « cri », dans lequel elle dénonce : « En 1975, j’ai été violée par Roman Polanski. Je n’avais aucun lien avec lui, ni personnel, ni professionnel et le connaissais à peine, décrit Valentine Monnier. Ce fut d’une extrême violence, après une descente de ski, dans son chalet, à Gstaad (Suisse). Il me frappa, roua de coups jusqu’à ma reddition puis me viola en me faisant subir toutes les vicissitudes. Je venais d’avoir 18 ans. »

Dans ces lignes, cette photographe, qui a été mannequin à New York et a joué dans quelques films, comme « Le Bar du téléphone » ou « Trois hommes et un couffin » explique que c’est la sortie au cinéma du « J’accuse » de Polanski, en salles le 13 novembre, qui lui impose de parler.

VIDÉO. Valentine Monnier, la Française qui accuse Roman Polanski de viol

Mi-septembre, Valentine Monnier nous contacte pour publier son texte. Ses accusations sont graves. Elle n’a jamais déposé plainte et les faits sont prescrits. Depuis 2017, encouragée par le scandale Weinstein, Valentine a raconté son histoire dans des lettres à la police de Los Angeles, à Brigitte Macron, Franck Riester et Marlène Schiappa… Elle a reçu quelques réponses que nous avons pu consulter.

Marlène Schiappa lui répond notamment : « Ces faits sont aujourd’hui prescrits pour la justice française, et il m’est impossible d’intervenir dans des procédures judiciaires engagées dans un autre pays. Je souhaite néanmoins témoigner de mon soutien entier à l’égard de votre démarche courageuse. »

« Le viol est une bombe à retardement »

Lorsqu’on la rencontre, cette femme réfléchie et directe sait que son initiative est délicate. Elle nous explique alors les raisons de son long silence. Ou comment, au choc, ont succédé l’instinct de survie, le déni, puis la reprise de conscience. « Le délai de réaction ne vaut pas oubli, le viol est une bombe à retardement, explique-t-elle. La mémoire ne s’efface pas, elle se fait fantôme et vous poursuit, vous altère insidieusement. Le corps finit souvent par relayer ce que l’esprit a relégué, jusqu’à ce que l’âge ou un événement vous remette en face du souvenir traumatique. »

Depuis quelques mois, cet événement a un nom : « J’accuse ». Dans ce film, Polanski met en scène l’une des erreurs judiciaires les plus célèbres de l’histoire française. Et a pu comparer, dans une interview, l’acharnement dont a été victime Dreyfus à celui que lui-même aurait subi… Lui qui est poursuivi par la justice américaine depuis 1977 pour avoir violé une mineure de 13 ans. « Est-ce tenable, sous prétexte d’un film, sous couvert de l’Histoire, d’entendre dire J’accuse par celui qui vous a marquée au fer, alors qu’il vous est interdit, à vous, victime, de l’accuser? », interroge Valentine.

« Attention, vous rappelez quelqu’un à Roman »

Valentine Monnier nous raconte alors ce qui se serait passé ce soir d’hiver 1975. Après avoir obtenu son bac dans un lycée privé parisien, elle profite d’une année sabbatique pour sortir et faire la fête. Cette fille d’industriels alsaciens rencontre une jeune fille qui lui propose d’aller skier en Suisse, avec des amis, chez Roman Polanski. Dont elle sait alors seulement qu’il a réalisé « Rosemary’s Baby » en 1968 et que sa femme, Sharon Tate, a été sauvagement assassinée l’année suivante. Passionnée de ski, Valentine accepte.

Ce chalet, où elle partage sa chambre avec son amie, abrite aussi Gérard Brach, fidèle scénariste du réalisateur, sa femme, le cinéaste bien sûr, et Hercules Bellville, son assistant. Qui, énigmatique, glisse à Valentine : « Attention, vous rappelez quelqu’un à Roman »… Après une première nuit, Valentine part skier avec le cinéaste et certains de ses amis dans une ambiance « bon enfant ». Jusqu’à ce que Polanski, seul sur le télésiège avec elle, lui demande : « Do you want to fuck ? » (NDLR : Est-ce que tu veux b… ?). La jeune femme répond « Non » et la conversation tourne court.

Roman Polanski sur les pistes de Gstaad en janvier 1975. Gamma-Rapho via Getty Images/Bertrand Laforet

Roman Polanski sur les pistes de Gstaad en janvier 1975. Gamma-Rapho via Getty Images/Bertrand Laforet  

Le soir, Valentine dîne dans un restaurant d’altitude avec Roman Polanski, celui-ci lui ayant proposé de participer à une descente aux flambeaux. Une fois en bas de la piste, le réalisateur propose de repasser au chalet, avant de retrouver son groupe d’amis dînant de leur côté dans la station. Valentine rejoint sa chambre, se change. Quand Polanski l’appelle à l’étage. « La vie ne m’avait pas encore formée à me méfier », se souvient-elle. Mais une fois arrivée sur le palier, celui-ci, nu, se jette sur elle, la frappe, lui arrache ses vêtements, tente de lui faire avaler un cachet et la viole.

« J’étais totalement sous le choc, assure Valentine Monnier. Je pesais 50 kg, Polanski était petit, mais musclé et, à 42 ans, dans la force de l’âge : il a pris le dessus en deux minutes ». Valentine se souvient de sa peur de mourir. « Je me suis dit : C’est Roman Polanski, il ne peut prendre le risque que cela se sache, alors il devra me tuer ». Puis, après l’agression, des excuses du réalisateur en pleurs. À qui, terrifiée, elle promet de ne rien dire. Elle se rappelle avoir aperçu, en redescendant, certains occupants du chalet, « comme des ombres silencieuses », et quitté la maison. Valentine a ensuite « trouvé refuge » chez un ami de Polanski.

« Il a pris soin de moi », commente celle qui, depuis 1975, a gardé en mémoire le nom de ce « chevalier blanc ». Sans jamais le revoir, comme elle n’a plus jamais croisé ceux qu’hébergeait alors le réalisateur – à l’exception de Gérard Brach qui, des années plus tard, « s’est présenté à (elle) pour lui exprimer ses remords. »

« Un récit très violent, très effrayant »

Cette nuit à Gstaad, Valentine ne l’a racontée que quelques mois plus tard à sa meilleure amie Isabelle S., puis à celui qui deviendra son petit ami pendant quatre ans. Aujourd’hui, les deux se rappellent très bien de ses confidences. Isabelle rapporte un « récit très violent, très effrayant » et l’ancien fiancé son sentiment d’impuissance face à une Valentine qui « un jour, a craqué et raconté l’histoire en larmes. »

En 1993, elle se confiera aussi à son mari, rencontré un an plus tôt : « Ce drame a refait surface dans notre vie à chaque actualité de Polanski », note ce dernier. Vers 2001, la photographe se livre enfin à son frère, Antoine, « épargné » jusqu’alors : « On vient d’une famille assez catho, bourgeoise, tradi… Dans nos milieux, on ne pouvait pas parler de ça », regrette celui-ci.

Tandis que ses proches nous relatent le récit, inchangé, de Valentine depuis 44 ans, nous cherchons à contacter les invités de Polanski ce soir de 1975. Mais Valentine Monnier a oublié le nom de l’amie parisienne. « Le déni n’a pas encore levé tous les black-out », explique-t-elle. Le scénariste Gérard Brach est mort en 2006, sa femme Elizabeth est introuvable et Hercules Bellville, l’assistant du cinéaste, est décédé en 2009. Il y a un mois, Valentine décide alors de contacter, pour la première fois depuis 1975, le « chevalier blanc » de Gstaad. Elle le localise à l’étranger, lui envoie un e-mail et Charles (le témoin a souhaité qu’on utilise un pseudonyme) répond immédiatement : il se souvient d’elle et est prêt à nous parler.

« Elle m’a dit qu’elle venait d’être brutalement violée »

S’il tient à rester anonyme, Charles, comme nos autres interlocuteurs, signera une attestation et témoignera si l’accusation prenait une tournure judiciaire. « J’ai rencontré Roman Polanski à Gstaad en 1969 ou 1970, nous explique-t-il dans le bureau de son avocat. On est devenus amis, on se fréquentait, on skiait ensemble. J’ai rencontré Valentine Monnier en compagnie de Polanski entre fin janvier et début mars 1975. Après avoir dîné et skié ensemble avec un groupe pendant un ou deux jours, elle m’a appelé et demandé si elle pouvait venir chez moi. Elle avait l’air bouleversée. Quand elle est arrivée dans mon chalet, je crois me souvenir qu’elle avait un bleu sur la joue. Puis, elle m’a dit qu’elle venait d’être brutalement violée par Polanski. »

« J’ai demandé à Valentine si elle voulait aller voir la police, poursuit Charles. Sous le choc, elle ne savait pas quoi faire. Elle était si jeune et d’un caractère très positif, elle essayait donc de laisser cette expérience horrible derrière elle. » Charles a tout de suite « cru » Valentine Monnier : « Je trouvais que c’était une personne honnête et qui allait de l’avant et je n’avais aucune raison de douter de ce qu’elle me disait. »

Encouragée par le témoignage de Charles, Valentine nous livre alors le nom d’une autre connaissance de Polanski qui l’a aidée ce soir-là. Cet homme, dont elle n’a jamais eu de nouvelles depuis non plus, s’appelle John Bentley et avait loué à l’hiver 1975 à Gstaad le chalet en face de celui du réalisateur. Lorsque nous retrouvons sa trace, cet ancien producteur âgé de 79 ans se rappelle bien de Valentine. « Alors qu’elle séjournait chez Roman, elle a traversé la rue un soir pour venir chez moi et m’a dit qu’elle avait eu un problème avec Polanski, raconte-t-il, par téléphone, puis dans une attestation signée. Elle m’a demandé si je pouvais la protéger. Elle voulait être loin de Roman. Elle avait l’air bouleversée. »John Bentley assure ne pas se rappeler que Valentine lui ait parlé de « viol ». « Sinon, j’aurais fait quelque chose », jure-t-il. Précisant ensuite : « Roman avait des problèmes psychologiques avec les femmes. Beaucoup de filles tournaient autour de lui dans l’espoir d’avoir un rôle… Valentine était une très jolie fille, mais n’était pas de ce genre-là. »

« Je dénonce le crime sachant qu’il ne peut y avoir de châtiment »

Quarante-quatre ans après s’être réfugiée chez John Bentley puis chez Charles, Valentine Monnier a donc décidé de parler. Une fois pour toutes. « Je ne souhaite plus m’exprimer après, insiste-t-elle. Je dénonce le crime sachant qu’il ne peut y avoir de châtiment, pour tenter d’en finir avec les exceptions, l’impunité. » Si son accusation lui semble nécessaire, c’est parce que Polanski est un emblème : « Les personnes publiques font figure d’exemples. En sacralisant des coupables, on empêche d’autres de mesurer la gravité de leurs actes. »

Joint par notre journal, l’avocat du cinéaste Hervé Témime affirme que « Roman Polanski conteste fermement toute accusation de viol ». « A titre personnel, précise le conseil du réalisateur, je ne peux que constater que les faits allégués datent d’il y a quarante-cinq ans. Qu’ils n’ont, pendant toutes ces longues années, jamais été portés à la connaissance de l’autorité judiciaire ou de M. Polanski. Dans de telles conditions, je déplore gravement la parution, à la veille de la sortie du film, de telles accusations. »

 

https://www.liberation.fr/checknews/2019/11/12/accusation-de-viol-contre-polanski-la-promotion-du-film-j-accuse-est-elle-suspendue_1762868

Accusation de viol contre Polanski : la promotion du film «J’accuse» est-elle suspendue ?

 

Par Robin Andraca 12 novembre 2019 à 14:24
Roman Polanski, le producteur Alain Goldman, et l’équipe du film lors d’une projection de «J’accuse» à Paris, le 4 novembre. Photo Thomas Samson. AFP

 

Alors que la photographe Valentine Monnier accuse Roman Polanski de l’avoir violée en 1975, la promotion du nouveau film du réalisateur franco-polonais, inspiré de l’affaire Dreyfus, est fortement perturbée.

 

Question posée par Nicolas le 10/11/2019

Bonjour,

Nous avons élargi votre question, qui était à l’origine : «Jean Dujardin a-t-il stoppé la promotion du film « J’accuse » ?»

Vous évoquez les nouvelles accusations de viol à l’encontre du réalisateur Roman Polanski, qui perturbent la promotion de son dernier film, «J’accuse», dont la sortie est prévue demain, 13 novembre, dans les salles françaises.

C’est précisément la sortie de ce film, consacré à l’affaire Dreyfus, qui a poussé la photographe Valentine Monnier à témoigner auprès du Parisien le 8 novembre dernier. «En 1975, j’ai été violée par Roman Polanski. Je n’avais aucun lien avec lui, ni personnel ni professionnel, et le connaissais à peine. […] Ce fut d’une extrême violence, après une descente de ski, dans son chalet, à Gstaad [Suisse]. Il me frappa, me roua de coups jusqu’à ma reddition puis me viola en me faisant subir toutes les vicissitudes. Je venais d’avoir 18 ans et ma première relation seulement quelques mois auparavant. Je crus mourir», affirme-t-elle au quotidien, qui affirme avoir pu vérifier ce témoignage auprès de plusieurs témoins.

Les faits, aujourd’hui prescrits, se seraient déroulés dans le chalet du cinéaste, en Suisse. Aucune plainte ne fut jamais déposée. Le réalisateur, de son côté, nie et réfléchit à une riposte judiciaire.

La publication de cet article intervenait dans un contexte doublement particulier : outre la sortie du film, le papier du Parisien a été publié quelques jours seulement après une longue enquête de Mediapart, où Adèle Haenel accusait le réalisateur Christophe Ruggia de «comportements sexuels inappropriés entre 2001 et 2004», alors que l’actrice avait entre 12 et 15 ans.

Pas de 20 heures de TF1 pour Dujardin

Depuis les révélations du Parisien, la promotion du film a subi un net coup d’arrêt. Comme l’ont depuis expliqué le Parisien et le Monde, Jean Dujardin a d’abord annulé sa venue, dimanche 10 novembre, au 20 heures de TF1.

France Inter a également annoncé qu’Emmanuelle Seigner, actrice dans le film et épouse de Polanski, s’était «décommandée» de l’émission Boomerang prévue ce mardi. Sur la même antenne, l’émission d’Antoine de Caunes Popopop, enregistrée avec Louis Garrel, autre acteur du film, n’a pas non plus été diffusée lundi 11 novembre, car tournée avant les révélations du Parisien. «La question de cette nouvelle accusation n’était pas posée», a expliqué la directrice de la radio publique, Laurence Bloch, à l’antenne. Ajoutant que France Inter, partenaire du film, continuera d’en faire la promotion, estimant que les «auditeurs sont adultes, et ils feront en conscience ce qu’ils croient devoir faire». Quelle forme, dès lors, prendra cette promotion ? Contactée par CheckNews, Laurence Bloch répond : «Ce que l’on fait toujours lorsqu’il y a des partenariats : la diffusion des messages de recommandation à l’antenne.»

De son côté, France 5 n’a pas non plus diffusé ce lundi l’émission C à vous, enregistrée il y a quelques jours avec Louis Garrel.

Ces annulations en cascade signent-elles la fin de la promotion du film, avant même sa sortie ? Contacté par CheckNews, Dominique Segall, attaché de presse du film, n’a pour l’heure pas répondu à nos sollicitations.

«Dans cette histoire, j’ai retrouvé des moments que j’avais parfois vécus moi-même»

Dans le dossier de presse du film, Polanski faisait lui-même l’analogie entre l’affaire Dreyfus et celles qui le concernent.

C’est son ami, le philosophe Pascal Bruckner, qui l’interroge dans ce document accompagnant la sortie du film. Sa question est la suivante : «En tant que juif chassé pendant la guerre et cinéaste persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au maccarthysme néoféministe actuel qui, tout en vous poursuivant dans le monde entier pour empêcher la projection de vos films, a obtenu votre exclusion de l’Académie des Oscars ?»

Réponse de Polanski : «Travailler, faire des films m’aide énormément. Dans cette histoire, j’ai retrouvé des moments que j’avais parfois vécus moi-même. Je peux voir la même détermination pour nier les faits, et me condamner pour des choses que je n’ai pas faites. La plupart des gens qui me harcèlent ne me connaissent pas, et ne connaissent rien du dossier en question. Mon travail n’est pas thérapeutique. Toutefois, je dois admettre que je suis familier avec un grand nombre de rouages de l’appareil de persécution montré dans le film, et que cela m’a clairement inspiré.»

Depuis 1977, le réalisateur est accusé par la justice américaine d’avoir drogué Samantha Geimer, et de l’avoir violée dans la maison de Jack Nicholson à Los Angeles, pendant que ce dernier était en voyage. Comme le rappelait récemment l’AFP, «il avait alors plaidé coupable de détournement de mineure après avoir eu des relations sexuelles illégales avec Samantha Geimer, âgée de 13 ans. Ce seul chef d’accusation retenu était le résultat d’un accord à l’amiable avec le juge, après que Polanski eut été inculpé initialement de chefs d’accusation plus graves, notamment viol d’une mineure sous l’emprise de stupéfiants. Condamné à 90 jours de prison, il avait été libéré après 42 jours. Mais le juge avait ensuite estimé la sentence insuffisante. Polanski avait choisi de s’envoler pour la France. Il est depuis sous le coup d’un mandat d’arrêt.»

Ces dernières années, plusieurs femmes, toutes mineures au moment des faits évoqués, ont également accusé Polanski de viol. En 2010, en plein festival de Cannes, l’actrice britannique Charlotte Lewis avait accusé le réalisateur d’avoir «abusé [d’elle] sexuellement» à 16 ans lors d’un casting en 1983. Une deuxième femme, identifiée comme «Robin», l’a accusé en août 2017 d’agression sexuelle lorsqu’elle avait 16 ans, en 1973. En septembre 2017, Renate Langer, ancienne actrice, avait déposé plainte, affirmant avoir été agressée en 1972 à Gstaad alors qu’elle avait 15 ans. La plainte a été refusée par la justice suisse, au motif que les faits étaient prescrits. Roman Polanski a toujours nié ces accusations.

Cordialement

Robin Andraca

 

https://www.liberation.fr/checknews/2017/09/24/liberation-a-t-il-soutenu-la-pedophilie-en-1974_1652441

Libération a-t-il soutenu la pédophilie en 1974 ?

 

24 septembre 2017 à 07:37

 

Question posée par le 23/09/2017

Bonjour,

Si on doit répondre par oui ou par non à cette question, il faut répondre oui. Pas seulement en 1974, mais jusqu’au tout début des années 80. En guise de réponse plus détaillée, voici un article écrit dans Libé, par un journaliste de Libé, en 2001. Sorj Chalandon y revient sur la manière dont libé a traité de la question de la pédophilie, ne réfutant rien du passé, et tentant de l’expliquer.

Cordialement

C.Mt

Voici de qu’écrivait Sorj Chalandon :

Dimanche, dans son éditorial, Jean-Claude Guillebaud, journaliste à Sud-Ouest (et au Nouvel Observateur), écrivait à propos des années 70 et de la pédophilie: «Des crétins dans le vent allaient jusqu’à vanter la permissivité en ce domaine, sans que cela ne suscite beaucoup de protestations. Je pense à ces écrivains qui exaltaient dans les colonnes de Libération ce qu’ils appelaient « l’aventure pédophile ».»

«Je faisais un cunnilingus à une amie. Sa fille, âgée de cinq ans, paraissait dormir dans son petit lit mitoyen. Quand j’ai eu fini, la petite s’est placée sur le dos en écartant les cuisses et, très sérieusement, me dit « à mon tour, maintenant ». Elle était adorable. Nos rapports se sont poursuivis pendant trois ans.» C’est un homme qui parle. Il s’appelle Benoît. Son interview, titrée «câlins enfantins», est précédée d’une phrase du journaliste: «Quand Benoît parle des enfants, ses yeux sombres de pâtre grec s’embrasent de tendresse.» C’est terrible, illisible, glaçant. Et publié dans Libération le 20 juin 1981.

Une autre fois, en 1979, défendant à pleines brassées de mots et de pages un moniteur d’éducation physique condamné pour détournement de mineur, Libé titre «baudruche» une affaire qu’il estime se dégonfler. Des journaux avaient mis en scène des accusations de «prostitution enfantine», de «traites d’enfants». Tout cela était faux. Ce qui était vrai, en revanche, c’est que cet homme mêlait des enfants à ses saloperies d’adulte. Le journaliste de Libération interroge le juge d’instruction chargé de l’enquête. «Cet homme était-il violent avec les enfants?» «Non, répond le juge, mais il les faisait pisser et chier dans les partouzes.» «Mais y a-t-il proxénétisme?», continue le journaliste. «Non, mais il leur faisait faire des horreurs, jouer avec leurs excréments, ils en mangeaient.» Presque victorieusement, l’article estime avoir démonté la machination parce qu’aucune violence n’avait été exercée sur les enfants. Voilà. Alors «lâchez-nous les baskets», grondait l’article juste à côté, pour lequel cette «baudruche dégonflée» n’est rien de plus que l’expression d’«une campagne d’ordre moral».

Laboratoire. L’ordre moral. Voilà l’ennemi. Et Libération de cette époque n’est rien d’autre que l’écho particulier du vertige commun. Nous sommes à la fin des années 70. Les traces du mai des barricades traînent sur les murs et dans les têtes. «Interdit d’interdire», «contestons toute forme d’autorité». C’est plus qu’une période, c’est un laboratoire. Accoucheur d’espoirs, de rêves, de combats insensés. Et de mons tres. A Libération comme ailleurs, l’affrontement fait rage sur tout. Une page de courrier pédophile déclenche la polémique. Mais est néanmoins publiée. Il y a panique à revêtir les oripeaux du censeur. Mais dans les locaux, des coups sont échangés. Des coups encore, lorsqu’un chroniqueur de la nuit arbore une croix de fer allemande au comité de rédaction. Celui qui frappe est conspué par de nombreux présents. L’interdiction, n’importe laquelle, est ressentie comme appartenant au vieux monde, à celui des aigris, des oppresseurs, des milices patronales, des policiers matraqueurs, des corrompus. La pensée est en confusion. La violence politique est un autre moyen de la politique. On a raison de séquestrer les patrons, on a raison de traquer les possédants, on a raison de se révolter et de jouir sans entrave. On a raison de soutenir les prisonniers, les homosexuels, les fous, les drogués. Les femmes se révoltent, et les hommes cherchent une nouvelle place. Dans ce tumulte, ce retournement des sens, cet ancrage de repères nouveaux, dans cette nouvelle préhension de la morale et du droit, cette fragilité et cette urgence, tout ce qui se dresse sur le chemin de toutes les libertés est à abattre.

A Libération même, soucieux de traquer en chaque mot l’ordre établi, la déviance libérale ou gauchiste, des journalistes ont pour tâche de contester tout établissement d’une ligne figée. C’est la fièvre. Un homme en jupe, inconnu, ivre, couvert de pisse et de morve, hurlant et pleurant s’invite au comité de rédaction pour dénoncer le reste du monde. Il n’est pas mis à la porte. Les journalistes l’écoutent jusqu’à ce qu’il parte. Il ne faut mépriser personne, entendre toute minorité. Respecter le droit à la différence. La pédophilie, qui ne dit pas son nom, est un simple élément de cette tourmente. Sauf pour ceux qui la revendiquent comme un acte «d’éducation militante», elle ne vient que rarement sur le devant de la scène. Le mot est terrible aujourd’hui. Mais elle n’est pas le problème d’alors. D’elle-même, et seulement, elle s’inscrit dans un bouillonnement chaviré, où chacun puise ce qu’il croit salvateur. C’est ainsi, c’est hier. C’est comme ça.

Pétitions. En janvier 1977, trois hommes comparaissent devant la cour d’assises de Versailles pour «attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de moins de 15 ans». Leurs trois années de détention préventive déclenchent une pétition relayée par Libération. Le texte ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Une fois encore, il affirme que les enfants n’ont subi «aucune violence», qu’ils étaient «consentants». «Si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire?», demande la pétition. Le texte estime qu’il n’y a pas «crime» et que «trois ans pour des baisers et des caresses, ça suffit». Qui signe? Aragon, Bernard Kouchner, André Glucksmann, François Chatelet, Jack Lang et bien d’autres encore, de Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin. Un peu plus tard, une lettre ouverte à la commission de révision du code pénal exigeait que soient «abrogés ou profondément modifiés» les articles de loi concernant «le détournement de mineur», dans le sens «d’une reconnaissance du droit de l’enfant et de l’adolescent à entretenir des relations avec les personnes de son choix». Qui signe? Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Françoise Dolto, Jacques Derrida. Interrogé aujourd’hui, Philippe Sollers, signataire lui aussi de cette supplique, ne se souvient pas. Mais il a une formidable phrase de ce temps: «Il y avait tellement de pétitions. On signait presque automatiquement.»

Du plaisir à la souffrance. Sollers exagère à peine. En cette époque de violence extrême, sociale, politique, humaine, certains ont publié des textes, signé des manifestes, sont descendus dans la rue même, pour sou tenir des actes que parfois ils n’approuvaient pas. D’autres, comme ces pétitionnaires qui demandent la modification de la loi, associent sans malice, sans calcul, sans démagogie le texte protégeant les mineurs aux textes ­ tout juste abrogés ­ réprimant «l’adultère, l’interruption de grossesse et les pratiques anticonceptionnelles». Coucher avec un enfant? Une liberté comme les autres. Sous toutes les plumes, toujours, d’articles en tracts et de prises de parole en tribunes libres, les mêmes mots reviennent : «l’évolution de notre société». «Il faut changer la vie», écrit en 1979 dans Libération, un pédophile emprisonné. «Nos lois sur la sexualité des mineurs ne sont plus en adéquation avec cette époque», écrivent d’autres pétitionnaires. Ils estiment que l’on doit aborder autrement tout le système éducatif. Que nier sa sexualité à l’enfant, c’est nier qu’il est un être à part entière. Et que la société leur donnera bientôt raison. Ils ont eu tort.

«Elle gazouille quand elle éprouve du plaisir», écrit encore Benoît le malade, racontant la petite fille de cinq ans. Et il aura fallu du temps, tout ce temps, pour que le gazouillement ou le silence des enfants souillés se transforment en mots. Puis en colère. En accusation, enfin. Et que les voix d’adultes prétendant que l’enfant trouve du plaisir à ces jeux soient recouvertes par les voix d’enfants qui disent que tout cela n’est que souffrance.

 



Attentat de Karachi : retour de la piste du terrorisme islamiste

Personnellement, je ne sais rien de la validité de la thèse de représailles consécutives à l’arrêt d’un versement de commissions.

En revanche, comme je l’ai toujours soutenu, la piste du terrorisme islamiste ne pouvait être abandonnée tant elle crève les yeux.

C’est l’un des moyens que privilégient toujours la criminelle Josette Brenterch du NPA de Brest et tous ses complices – magistrats et autres fonctionnaires ou élus CORROMPUS y compris – pour toutes leurs vengeances.

Et l’attentat de Karachi du 8 mai 2002 en est bien une de ces gens-là, en relation avec les négociations des contrats Agosta et Sawari II en 1994 et toutes leurs exigences me concernant dès cette époque, exactement comme tous leurs nouveaux attentats commis depuis 2012.

 

 

https://www.lefigaro.fr/flash-actu/attentat-de-karachi-les-enqueteurs-privilegient-la-piste-du-terrorisme-islamiste-20191008

Attentat de Karachi: les enquêteurs privilégient la piste du terrorisme islamiste

 

Par Le Figaro avec AFP
Publié hier à 09:07

 

Dix-sept ans après l’attentat de Karachi, les enquêteurs français continuent de privilégier «la piste islamiste», et non celle de représailles à la décision de mettre fin à un pacte de corruption qui aurait permis de financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, selon une note consultée mardi par l’AFP.

 

Dans ce dossier tentaculaire, l’enquête antiterroriste est toujours en cours, tandis qu’un procès s’est ouvert lundi à Paris pour six protagonistes dans le volet financier de cette affaire. Trois politiques, un industriel et deux intermédiaires sont soupçonnés d’avoir pris part à un système de commissions en marge de contrats d’armement, ayant donné lieu au versement de rétrocommissions -illégales – qui ont pu servir à financer la campagne de Edouard Balladur en 1995.

L’affaire de Karachi doit son nom à l’attentat qui avait fait le 8 mai 2002 quinze morts, dont onze employés français de la Direction des chantiers navals (ex-DCN), et blessé douze autres dans la ville pakistanaise. Tous travaillaient à la construction d’un des trois sous-marins Agosta vendus à ce pays, sous le gouvernement Balladur (1993-1995). Alors que l’enquête antiterroriste privilégiait initialement la piste d’Al-Qaïda, elle a commencé à explorer en 2009 la thèse de représailles à la décision de Jacques Chirac, tombeur d’Edouard Balladur à la présidentielle, d’arrêter le versement de ces commissions.

Or, dans une note de synthèse adressée en avril 2019 au juge d’instruction qui a repris le dossier, la DGSI affirme que « à ce stade des investigations, la piste islamiste comme explication de l’attentat de Karachi reste celle privilégiée ».

«Le contexte de l’après-11 septembre 2001, l’intervention militaire française contre les talibans et plus généralement les menaces contre les intérêts occidentaux à cette époque et dans cette région du monde sont des éléments qui sont susceptibles d’accréditer cette thèse», souligne la DGSI, tout en concédant qu’«aucun élément nouveau n’a pu être recueilli sur les auteurs de cette action terroriste». Avant de parvenir à cette conclusion, la note bat en brèche la pièce maîtresse de la thèse des représailles, les rapports Nautilus (du nom du sous-marin imaginé par Jules Verne), constitués de notes rédigées par un ancien des services de renseignement en 2002.

Pour la DGSI, ces rapports, seuls éléments reliant l’attentat à l’enquête sur la campagne d’Edouard Balladur, s’appuient sur des «sources non identifiées» et une «argumentation sans fondement objectif».

La police souligne que l’auteur des notes «lui-même reconnaît qu’il n’y avait aucune preuve d’un quelconque lien entre rétrocommissions et l’attentat, précisant qu’il s’agissait de son intime conviction, principalement basée sur les confidences d’anciens officiers de renseignement, non identifiés».

 



Christophe Castaner a été condamné en 1995 pour de l’humour à la mode Luraghi

Mais je me demande si le maître lui-même n’a pas été condamné plus récemment.

C’est en tous les cas ce que laisse entendre cette discussion qu’il a eue sur Twitter avec un de ses camarades de jeu le 1er septembre 2019 :

Christophe Castaner a été condamné en 1995 pour de l'humour à la mode Luraghi dans Calomnie Cyprien%2BLuraghi%2Bsur%2BTwitter%2B_%2B_%2540krisz_terik%2B%2540Spleenlancien2%2BInt_%2B-%2Btwitter.com

 

https://www.nouvelobs.com/politique/20190809.OBS16999/marianne-ressort-l-affaire-de-la-bd-pornographique-distribuee-par-castaner-en-1995.html

« Marianne » ressort l’affaire de la « BD pornographique » distribuée par Castaner en 1995

 

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, à Nimes, le 6 août 2019.
Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, à Nimes, le 6 août 2019. (PASCAL GUYOT / AFP)

 

Le journal raconte comment, en 1995, l’actuel ministre de l’Intérieur avait été condamné pour avoir organisé la diffusion sur la voie publique d’une « bande dessinée véritablement pornographique ».

 

Par L’Obs

Publié le 09 août 2019 à 14h51

C’est la fois où Christophe Castaner a été condamné pour « diffamations et injures publiques envers particulier, fonctionnaire ou citoyen chargé d’un service public par parole, écrit, image ou moyen audiovisuel ».

L’histoire se déroule en 1995 à Avignon, raconte « Marianne » qui est allé fouiller dans les archives pour narrer cette ancienne bavure du ministre de l’Intérieur. A l’époque, Christophe Castaner a 29 ans, il est adjoint au directeur général des services de la mairie, son premier poste important, et il œuvre, avec d’autres, pour la campagne municipale du maire socialiste Guy Ravier.

Pour mettre toutes les chances de leur côté et mieux atteindre le camp adverse, une poignée de militants socialistes distribuent dans les boîtes aux lettres des habitants 35 000 tracts à travers la ville sous forme d’une bande dessinée, titrée « la Dinde enchaînée » et « Erections municipales ». Sur la couverture pastichant le célèbre « Canard enchaîné «, raconte « Marianne » :« sont dépeints, animalisés, la candidate RPR Marie-Josée Roig et le sénateur Alain Dufaut, en train de s’accoupler. Lui est grimé en vautour, elle en dinde, enchaînée et extatique, tous deux bavant de plaisir.Le scénario est simple : Alain Dufaut (alias “Duf-duf”) manque de courage pour prendre la mairie lui-même et fait appel au représentant du “F-Haine” local, chauve et bardé d’un brassard noir, qui lui fait rencontrer Marie Josée-Roig.Celle-ci est croquée déambulant dans une voiture noire dont le pare-chocs a laissé place à une bouche aux lèvres bombées façon imagerie coloniale. Et au cas où tout le monde n’aurait pas saisi la finesse de la blague, un personnage la décrit, dans un parler petit nègre, comme arrivant au volant de sa “wingo noi’e’”… »

Contactée par « Marianne », Marie Josée-Roig se souvient :

« J’ai été très interloquée en découvrant ce tract, mais ayant une bonne connaissance de la population avignonnaise, j’étais aussi persuadée que cela ne prendrait pas, et ce fut largement le cas. »

« Je me rhabille, je débarque et je dis stop ! »

En effet, le tract n’empêchera pas Marie-Josée Roig d’être élue à Avignon, où elle restera maire jusqu’en 2014, précise encore « Marianne ». Mais la justice, elle, ne laisse pas passer l’affaire. Elle se saisit alors rapidement des plaintes déposées. Cinq hommes l’intéressent, parmi eux, Christophe Castaner.

Les autres : trois personnes, Michel Becker, Alain Moretti et Thomas Pierre, qui jettent les bases du tract, raconte « Marianne ». Et « un quatrième, Michel Coviaux, sera le dessinateur, tandis qu’Alain Moretti se chargera du scénario. Reste maintenant à trouver la personne idoine pour faciliter la diffusion des quelque 35 000 tracts. Ce sera Christophe Castaner. ».

En 2018, Castaner évoquait l’affaire au « JDD » en ces termes.

« Un militant m’appelle vers minuit. Il me réveille et me dit : “Casta, je crois qu’on a fait une connerie.” Je n’avais pas vu la BD. Je me rhabille, je débarque et je dis stop ! »

« A l’époque des faits, il sert la même version à la justice, reconnaît avoir “péché”, tout en invoquant auprès du tribunal une “inattention pendant une durée de vingt minutes”, rapporte « Marianne ». Mais déjà en 1995 le TGI d’Avignon n’est pas convaincu. Il estime également qu’il s’agit « non pas d’une brochure satirique » mais bien d’« une bande dessinée véritablement pornographique ». Sa décision tombe le 10 octobre 1996 :

« Christophe Castaner a été chargé de la distribution des brochures tirées à 35 000 exemplaires pour le prix de plus de 50 000 francs ; il est aussi peu pensable qu’après avoir permis cette diffusion, il en eut arrêté celle-ci seulement vingt minutes après, en raison du nombre d’exemplaires répandus dans la ville d’Avignon. »

Conclusion :

« M. Castaner ne peut bénéficier d’une équivoque quelconque car lui a eu en sa possession l’ouvrage en son entier et en couleur, et c’est par son intermédiaire que ces brochures ont été distribuées. »

Christophe Castaner sera finalement condamné à payer 50 000 francs d’amende pour « diffamations et injures publiques envers particulier, fonctionnaire ou citoyen chargé d’un service public par parole, écrit, image ou moyen audiovisuel. Auxquels s’ajoutent 51 000 francs de dommages et intérêts à régler avec ses camarades éditeurs improvisés de bande dessinée à l’attention d’Alain Dufaut et Marie-Josée Roig », poursuit « Marianne ».

L'Obs

 



Le procureur de Nice bientôt muté

Quels que soient les problèmes que pose un magistrat, la solution envisagée par son administration n’est quasiment toujours, au mieux, qu’une simple mutation…

Lamentable.

 

https://www.liberation.fr/france/2019/08/05/le-procureur-de-nice-va-etre-mute_1743794

Le procureur de Nice va être muté

 

Par Julie Brafman — 5 août 2019 à 13:30
Jean-Michel Prêtre à Nice, en janvier 2017. Photo Valery Hache. AFP

Selon nos informations, Jean-Michel Prêtre sera proposé au poste d’avocat général près la cour d’appel de Lyon par la chancellerie. Cette nomination sera examinée par le Conseil supérieur de la magistrature en septembre.

  • Le procureur de Nice va être muté

Le dernier faux pas du procureur de la République de Nice aura signé la fin de sa carrière à la tête de ce parquet. Selon nos informations, Jean-Michel Prêtre, 61 ans, va être muté à Lyon, où il deviendra avocat général près la cour d’appel. Cette proposition devrait être examinée par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) début septembre. Autrement dit, il s’agirait d’une rétrogradation puisqu’il ne sera plus à la tête d’un parquet, mais désormais soumis aux ordres d’un procureur général. «Sa position était intenable», glisse une source proche du dossier.

Dans le cadre de l’affaire Geneviève Legay (cette septuagénaire blessée lors d’une charge policière pendant une manifestation interdite des gilets jaunes le 23 mars), Jean-Michel Prêtre avait initialement dédouané les forces de l’ordre. Avant d’être obligé de reconnaître leur implication : «Au regard des images extrêmement détaillées, on peut dire d’une manière certaine que le policier a bien poussé Mme Legay.» Lors d’une audition, en avril, menée par Robert Gelli, le procureur général d’Aix-en-Provence (demandée par le directeur des services judiciaires), le magistrat a avoué avoir menti. Et a avancé une explication déconcertante de franchise, qui s’est retrouvée dans la presse le 24 juillet, après que le Monde l’a révélée : il ne voulait pas mettre le chef de l’Etat dans l’embarras puisque ce dernier affirmait que la manifestante n’avait pas été touchée par la police. Quelques heures avant la conférence de presse du parquet, Emmanuel Macron avait en effet enjoint Geneviève Legay à faire preuve «d’une forme de sagesse» à l’avenir.

Restaurer l’image de l’institution

De sa propre initiative, Jean-Michel Prêtre aurait donc transformé les déclarations présidentielles en une vérité judiciaire. Avant d’être obligé de rétropédaler publiquement. Ce n’est pas tout : il avait confié l’enquête à la concubine du commissaire qui sera mis en cause… En juillet, le ministère de la Justice s’était contenté d’une brève assertion : Jean-Michel Prêtre «est totalement indépendant, et décide souverainement de la communication qu’il souhaite mener dans chaque affaire». Aucune poursuite disciplinaire n’avait alors été engagée, mais la chancellerie n’a visiblement pas passé l’éponge sur la communication trop zélée du magistrat. Il écope aujourd’hui d’une «mutation dans l’intérêt du service». Contacté par Libération, le ministère de la Justice se refuse à tout commentaire. On imagine volontiers que c’est pour restaurer l’image de l’institution, et contrer toute suspicion dans les enquêtes à venir que Jean-Michel Prêtre, procureur de Nice depuis 2015 (après être passé par le parquet d’Aix-en-Provence, de Pointe-à-Pitre ou de Vesoul), est prié de faire ses valises.

Durant quatre ans, à Nice, il aura eu à connaître plusieurs dossiers emblématiques comme l’affaire Omar Raddad, dont il prononcera l’épilogue : «Pour moi l’affaire est finie.» Ou encore l’attentat du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais, qui a fait 86 morts et une centaine de blessés. Chargé des premières investigations sur le dispositif de sécurité, il a très vite – trop vite, lui reprochera-t-on – classé l’enquête pour mise en danger de la vie d’autrui.

Les controverses ou critiques autour de Jean-Michel Prêtre ne sont pas récentes. Mediapart révélait qu’en 2009, alors qu’il était en poste en Guadeloupe, il a été soupçonné d’avoir fait de fausses déclarations au sujet d’une perquisition survenue dans une enquête sur le meurtre d’un syndicaliste. Et ce, juste après avoir annoncé l’identité d’un premier suspect (qui sera innocenté). Le site rappelait également cet épisode : en 2018, son bureau et son domicile ont été perquisitionnés dans l’affaire de la succession de l’hôtel Negresco. Les enquêteurs cherchaient à savoir quel rôle il avait pu jouer dans cette transaction de plusieurs millions d’euros, et s’il avait pu favoriser un repreneur en saisissant le tribunal de commerce. L’enquête est toujours en cours. Contacté par Libération, Jean-Michel Prêtre n’était pas joignable dans l’immédiat.

Julie Brafman

 



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