Mort d’un Chinois agressé à Aubervilliers : suites

Les Chinois manifestent derechef aujourd’hui pour dénoncer les agressions dont ils sont victimes.

Par ailleurs, étant rappelé qu’Aubervilliers est une place mondiale du blanchiment d’argent du trafic de stupéfiants, une activité liant les barons marocains du trafic de drogue aux grossistes chinois d’Aubervilliers, on rappelle aussi que des Chinois sont nécessairement impliqués dans les attentats de Paris aux côtés des terroristes islamistes et du malade mental extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi, lequel se revendique régulièrement « islamigré » et a jadis lui-même versé dans le trafic de drogue entre l’Afghanistan et la France.

 

http://www.lepoint.fr/societe/meurtre-d-aubervilliers-ce-que-les-agresseurs-ont-dit-a-la-police-02-09-2016-2065408_23.php

Aubervilliers : ce que les agresseurs de Chaolin Zhang ont dit à la police

 

EXCLUSIF. Les trois adolescents mis en cause dans l’agression mortelle d’un homme de 49 ans ont avoué les faits. Mais le mobile raciste n’a pas été retenu.

 

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Modifié le 02/09/2016 à 12:22 – Publié le 02/09/2016 à 10:29 | Le Point.fr
Les membres de la communauté chinoise d'Aubervilliers manifestent le 14 août, après la mort de Chaolin Zhang.
Les membres de la communauté chinoise d’Aubervilliers manifestent le 14 août, après la mort de Chaolin Zhang. © AFP/ Denis Meyer

 

C’est une affaire qui embrase depuis trois semaines la communauté chinoise. Le 7 août dernier, Chaolin Zhang, un couturier de 49 ans, est agressé à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, par trois hommes qui voulaient voler le sac d’un de ses amis. Les coups pleuvent et Chaolin Zhang s’écroule au sol, avant de percuter violemment le bord du trottoir. Il décède cinq jours plus tard de ses blessures. Les agresseurs, eux, restent introuvables. Ils ne seront interpellés que fin août sur la base d’un renseignement anonyme et après visionnage des images de vidéosurveillance. Selon nos informations, S., 17 ans, Y., 15 ans, et M., 19 ans, militaire dans l’armée de terre jusqu’en juillet, ont tous avoué en garde à vue. Ils ont été placés en détention provisoire pour « vol en réunion avec violence ayant entraîné la mort ». En revanche, les magistrats ont choisi, pour le moment, de ne pas retenir la circonstance aggravante de racisme prévue à l’article 132-76 du Code pénal.

La commune d’Aubervilliers abrite la première plateforme d’import-export de textile d’Europe. Près de 10 000 personnes d’origine chinoise y travaillent. Les transactions en cash y sont extrêmement courantes et les travailleurs asiatiques sont victimes de préjugés, selon lesquels ils seraient en permanence détenteurs de liquide. Aussi, les délinquants les considèrent-ils comme des cibles faciles. Depuis le début de l’année 2016, 105 plaintes ont ainsi été déposées pour vol avec violence à l’encontre d’un membre de la communauté chinoise. Dans un contexte de crispation identitaire très fort, et après une polémique de plusieurs semaines sur le burkini et l’islam, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a immédiatement annoncé que les effectifs de police à Aubervilliers seraient « renforcés ».

Aubervilliers, place mondiale du blanchiment de l’argent de la drogue

Le Sirasco (Service d’information, de renseignement et d’analyse sur la criminalité organisée de la police nationale) considère Aubervilliers comme une place mondiale du blanchiment d’argent du trafic de stupéfiants. Un réseau démantelé en 2015, et impudemment surnommé « Fièvre jaune » par les policiers, avait mis en lumière une étroite collaboration entre les barons marocains du trafic de drogue et les grossistes chinois d’Aubervilliers. Les policiers s’étaient aperçus que des commerçants récupéraient d’énormes liquidités des trafiquants de drogue, et grâce à des fausses factures, multipliaient les virements vers la Chine. Les policiers soupçonnaient ensuite ces « banquiers noirs chinois » de réinvestir l’argent dans le sud de l’Espagne ou au Maroc, les fiefs des trafiquants de drogue.

Cette nouvelle porosité entre les différents milieux criminels a notamment poussé le ministère de l’Économie, en septembre 2015, à interdire le paiement en espèces au-delà de 1 000 euros. Reste que la communauté chinoise souffre de ces amalgames. 2 000 personnes d’origine chinoise se sont rassemblées le 21 août à Aubervilliers et une nouvelle manifestation est prévue dimanche entre les places de la République et de la Nation. Selon nos informations, Chaolin Zhang n’avait, au moment de son agression, qu’un paquet de bonbons et des cigarettes sur lui. Et en aucun cas de l’argent liquide.

Des petites frappes

Retenus en garde à vue les 29 et 30 août dernier, Y. et S., les deux mineurs, ont rejeté la faute sur M., leur aîné, affirmant qu’il les avait convaincus de passer à l’action, et que c’était lui qui avait porté les coups. Ce dernier conteste fermement et renvoie ses camarades à leurs responsabilités. « Quand nous avons appris que le Chinois était mort, S. et moi avons vraiment pris peur et paniqué et nous avons voulu casser la caméra (qui avait filmé leur fuite, NDLR) », a confié Y. Les deux adolescents affirment ne pas avoir prémédité leur geste : « On s’est dit : y a une sacoche, y a une sacoche ! (…). Direct, nous avons décidé de prendre cette sacoche sans même nous concerter », ont-ils affirmé.

Aucun antécédent de racisme n’a été observé par les forces de l’ordre. « Y. et moi avons pour habitude de voler des femmes et non des hommes parce que c’est plus simple et moins risqué pour nous, a soutenu S. en garde à vue. Comme Y. et moi ne voulions pas le faire, M. a commencé à nous chauffer et nous chambrer. Il nous disait : arrêtez de faire les tapettes ! » Des déclarations qui contribuent à façonner le profil de « petites frappes » retenu par les enquêteurs. « J’ai vu à la télé comme quoi il y avait des Chinois qui s’étaient fait agresser et que l’un d’entre eux était dans le coma », poursuit l’un des adolescents. « J’ai pris peur, je n’arrivais plus à dormir », confie son acolyte.

Une dernière question, posée en garde à vue au jeune S., révèle en revanche à quel point les préjugés culturels sont tenaces dans les cités.

- « Pourquoi viser ces personnes en particulier ? demande l’enquêteur.

- Il (M., NDLR) croyait qu’ils avaient de l’argent sur eux, répond S.

- Pourquoi M. pensait-il que ces personnes avaient de l’argent sur eux ?

- Parce que les personnes d’origine asiatique ont plus d’argent.

- C’est ce que vous en déduisez ou c’est M. qui vous en a parlé ?

- On entend souvent dire que les Chinois ont beaucoup d’argent. »

 

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Aubervilliers : trois suspects arrêtés après le meurtre du couturier chinois

 

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) Nathalie Revenu|30 août 2016, 7h00 | MAJ : 30 août 2016, 7h06|10
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Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 21 août. Après le meurtre de Chaolin Zhang (à g.), roué de coups, 2 000 à 3 000 personnes ont manifesté pour dénoncer les agressions dont la communauté asiatique est victime.

(LP/Aurélie Lebelle.)

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Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) Nathalie Revenu

 

Soupçonnés d’avoir tué le couturier chinois, trois jeunes de 15 à 19 ans ont été interpellés grâce à la vidéosurveillance.

C’est une étape décisive dans l’enquête sur le meurtre sauvage du couturier chinois. Trois jeunes gens âgés de 15 à 19 ans ont été interpellés lundi matin cité de la République à Aubervilliers et à Bobigny (Seine-Saint-Denis), soupçonnés d’avoir agressé mortellement, le 7 août dernier, Chaolin Zhang, un ressortissant chinois de 49 ans. L’homme avait été roué de coups avec un ami par trois individus qui réclamaient leur sac à dos. Transporté à la Fondation Rothschild (Paris XIX e), Chaolin n’avait jamais repris connaissance et était décédé le 12 août. Son ami s’en était tiré avec de multiples contusions à la tête. Ce sont les images d’une caméra de vidéosurveillance qui a permis de les identifier, les voleurs ayant opéré à visage découvert.

La mort de Chaolin a provoqué un profond émoi dans la communauté chinoise d’Aubervilliers. Solidement implantée sur la commune depuis le milieu des années 1990, elle compte plus de 1 600 grossistes en textile, ce qui fait de ces professionnels les responsables de l’une des plus grandes plates-formes d’import-export d’Europe. A tel point que la communauté est surnommée le « Sentier chinois ».

Les Asiatiques pris pour cibles depuis une dizaine de mois

Le décès de ce modeste couturier, père de deux enfants, est venu s’ajouter à la longue série d’agressions qui cible depuis une dizaine de mois les Asiatiques de cette ville. Jusqu’à présent, 105 plaintes ont été enregistrées au commissariat local. Un chiffre colossal qui ne reflète cependant pas l’étendue du phénomène, plus profond : « Beaucoup ne déposent pas plainte », souligne un avocat qui défend une trentaine de victimes d’origine asiatique. Barrière de la langue, situation irrégulière, autant de raisons qui n’incitent pas les victimes à franchir la porte d’un commissariat.

Face à ce fléau et après l’agression de Chaolin, les représentants de la communauté sont sortis de leur discrétion légendaire en mobilisant tous azimuts. Point d’orgue de cette exaspération : la manifestation du 21 août, qui a rassemblé entre 2 000 à 3 000 personnes à Aubervilliers. Dans la semaine qui a suivi, la famille de la victime était reçue par Bernard Cazeneuve. Le ministre de l’Intérieur a indiqué qu’il se rendra début septembre à Aubervilliers. « Il nous a dit qu’il mettait tout en œuvre pour retrouver les coupables », ajoute une élue. Sous la pression conjuguée des associations et des élus locaux, le dossier est devenu prioritaire. « L’enquête a été menée avec diligence et moyens », déclare le parquet de Bobigny. La sûreté départementale, chargée de l’enquête, a affecté un groupe de sept personnes sur l’affaire. Des résultats encore insuffisants pour certains : « Cela fait presque un mois que les faits se sont déroulés. On attend avec impatience son épilogue et que la justice passe vite », assène Ling Lenzi, conseillère municipale (LR) à Aubervilliers. Les images vidéo qui ont conduit au coup de filet de ce lundi n’ont pu être exploitées que vendredi dernier.

Des maires du 93 réclament plus de policiers

Les élus de Seine-Saint-Denis font front pour réclamer des effectifs de police. Hier, à la mairie d’Aubervilliers, sur fond de recrudescence des agressions envers la communauté chinoise, les maires d’Aubervilliers, La Courneuve, Stains, Pantin, Saint-Denis et la députée (PS) Elisabeth Guigou ont tapé du poing sur la table. Meriem Derkaoui, maire (PCF), concernée au premier chef, a dénoncé « le ciblage raciste » des violences. Puis elle a plaidé l’argument économique : « L’Etat doit assurer la sécurité de la première plate-forme d’import-export d’Europe. »

La sécurité, selon l’élue, n’est pas seulement défaillante dans ce poumon commercial. « Il existe des rues où les habitants n’ont jamais vu le moindre policier. Il n’est pas normal que la République soit absente de certains quartiers. » Notamment dans le quartier Villette-Quatre-Chemins, où se déroulent les agressions de Chinois. Selon elle, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, « a pris l’engagement d’augmenter significativement les effectifs de police ». A la tête d’une ville de 82 500 habitants, Meriem Derkaoui souhaiterait « passer de 150 à 300 fonctionnaires ». Gilles Poux, maire (PCF) de La Courneuve, où des agressions contre des Asiatiques sont aussi commises, réclame « une égalité républicaine dans nos territoires. A la rentrée, nous avons douze policiers en moins ». Elisabeth Guigou a annoncé « un plan de sécurité renforcé pour les Quatre-Chemins, une dizaine de policiers supplémentaires et des caméras supplémentaires cofinancées par l’Etat ».

VIDEO (le 22 août). Aubervilliers : mabifestation de Chinois contre la violence

Le Parisien

 

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Meurtre d’Aubervilliers : les agresseurs de Chaolin passent aux aveux

 

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) Nathalie Revenu|31 août 2016, 7h00 | MAJ : 31 août 2016, 8h01|1
 dans Corruption
Chaolin Zhang, 49 ans, couturier et père de deux enfants, habitait Aubervilliers.

(DR.)

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) Nathalie Revenu

 

L’enquête avance à grands pas après l’interpellation, lundi, des trois auteurs présumés de la mort du couturier chinois d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Chaolin Zhang, 49 ans. Pendant leur garde à vue, « les suspects ont reconnu les faits », indique une source proche du dossier.

Le 7 août dernier, trois jeunes, originaires de la commune, âgés de 15, 16 et 19 ans, avaient agressé mortellement ce père de deux enfants alors qu’il se promenait avec un ami dans une rue d’Aubervilliers. Les agresseurs les ont attaqués par surprise, en les abordant par-derrière.

L’un d’eux, adepte des arts martiaux, a décoché un violent coup de pied à Chaolin au niveau du larynx, le faisant chuter lourdement au sol. Ensuite, ses complices ont arraché la sacoche de son ami et sont repartis en courant. Comme ils agissaient à visage découvert, ils ont été identifiés sans trop de difficultés par une caméra de surveillance qui n’a filmé que la fuite du trio. L’enquête a démontré que c’est l’assaillant de 19 ans qui a porté le coup de pied fouetté à Chaolin. L’autopsie a relevé une trace très nette au niveau du cou. « Le coup n’était pas mortel mais il a fait chuter au sol la victime, qui a heurté le bitume. »

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Un paquet de friandises  et des cigarettes comme butin

En garde à vue, l’intéressé n’a pas nié les faits. « Mais les participants ont minimisé la violence de l’agression, ne reconnaissant qu’un seul coup asséné. » Une version mise à mal par l’examen médico-légal. Il a révélé « des polytraumatismes au crâne et plusieurs hémorragies cérébrales, indique une autre source. Des constatations peu compatibles avec un coup unique ». En clair, le malheureux a certainement été roué de coups.

Chaolin est décédé le 12 août après cinq jours de coma. Keshou, l’autre victime, s’en est sorti avec des contusions et un profond traumatisme. « Chaolin était l’un de ses meilleurs amis. Il est terrorisé à l’idée que l’on puisse s’en prendre à d’autres Asiatiques ou à ses proches », confie Me Vincent Fillola. Depuis le début de l’année, les vols visant la communauté sont en recrudescence : 105 plaintes ont été déposées à Aubervilliers par des Chinois. Prudent, l’avocat des parties civiles souligne : « Ces trois interpellations ne sont que le point de départ de l’enquête. » Le rôle et les intentions de chacun restent à préciser et la défense fera valoir ses arguments.

« C’est un crime crapuleux sous-tendu par un préjugé raciste, résume l’avocat. Ils pensaient qu’ils (NDLR : les victimes) avaient beaucoup d’argent sur eux. » En lieu et place de liasses de billets, il n’y avait qu’un paquet de friandises et des cigarettes dans la petite sacoche de Keshou.

Les trois suspects devaient être déférés en fin de journée devant un juge d’instruction de Bobigny. Une information judiciaire a été ouverte pour vol avec violence ayant entraîné la mort.

  Le Parisien

 

http://www.leparisien.fr/aubervilliers-93300/aubervilliers-l-incarceration-requise-pour-les-trois-agresseurs-de-chaolin-31-08-2016-6083933.php

Aubervilliers : les trois agresseurs de Chaolin incarcérés

 

N.R.|31 août 2016, 21h32 | MAJ : 01 septembre 2016, 10h36|13
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Aubervilliers. Les trois auteurs présumés de l’agression mortelle du ressortissant chinois ont été présentés devant un juge d’instruction ce mercredi. (LP/FL.)
 
N.R.

Les trois jeunes soupçonnés de l’agression mortelle de Chaolin Zhang à Aubervilliers ont été incarcérés ce mercredi soir après avoir été présentés au juge d’instruction. Ils ont été mis en examen pour «vol avec violence ayant entraîné la mort». La circonstance aggravante du racisme n’a pas été retenue par le juge.

Les trois jeunes soupçonnés de la mort du couturier chinois  avaient été déferrés mercredi matin à l’issue de leur garde à vue. Le parquet de Bobigny avait requis leur placement en détention. Ils sont passés aux aveux, tout en minimisant leur implication. « Aucun des trois n’avait fait l’objet d’une condamnation pénale », indique une source judiciaire.

Deux ne sont encore que des adolescents, âgés de 15 et 17 ans. Amateur pour l’un du FC Barcelone, de rap et aussi de films de Disney. Le plus âgé n’a que 19 ans. Seul le mineur de 17 ans a indiqué qu’il était toujours scolarisé. Ses deux autres complices ont mentionné qu’ils étaient « sans profession ».

Ces trois garçons ont été interpellés lundi matin à leur domicile à Aubervilliers, cité de la République et à Bobigny. Ils ont été confondus par les images d’une vidéo et des témoignages. Le 7 août dernier, ils ont agressé sauvagement Chaolin Zhang pour le voler. Ce ressortissant chinois de 49 ans se promenait avec un ami dans une rue d’Aubervilliers. D’un coup de pied asséné au niveau du cou, le plus âgé de la bande a envoyé Chaolin au sol. Le coup porté par cet adepte de boxe anglaise a été très violent. En chutant à terre et en se cognant la tête, la victime a sombré dans le coma. Chaolin est décédé le 12 août. Son ami a été blessé plus superficiellement.

En mémoire de la victime, une nouvelle marche sera organisée ce dimanche entre République et Bastille à Paris par la communauté asiatique bouleversée par la disparition de leur compatriote.

leparisien.fr

 

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Comment la police a retrouvé les meurtriers de Chaolin

 

Carole Sterlé|02 septembre 2016, 7h00|0
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Aubervilliers, le 14 août. Hommage a Chaolin Zhang, mort dans une agression. (LP/F.L.)

 

Carole Sterlé

AUBERVILLIERS. Depuis l’agression du couturier de 49 ans, les enquêteurs ont remonté toutes les pistes jusqu’à tomber sur une vidéo où l’on voit trois adolescents se cacher…

Vingt-et-un jours pour mettre un nom et un visage sur les agresseurs de Chaolin Zhang, couturier de 49 ans, mortellement agressé à Aubervilliers, le 7 août. L’enquête de la sûreté territoriale a pris un tournant plus que décisif avec des vidéos, a priori inexploitables. Retour sur une enquête éclair.

Dimanche 7 août :une chute fatale

Vers 18 h 30, Chaolin Zhang tente de s’interposer lorsqu’un ami se fait agresser pour sa sacoche par un trio masculin. Le plus âgé des agresseurs lui assène un coup de pied fouetté à la gorge, si violent qu’il en a le larynx brisé. Mais c’est sa chute au sol qui sera fatale. Chaolin Zhang décédera après cinq jours de coma. Les agresseurs, qui pensaient sans doute avoir laissé leurs victimes commotionnées mais vivantes, découvrent au fil des jours et de la médiatisation de l’affaire que l’issue est tout autre. A tel point que leur entourage aurait été surpris du soudain intérêt de ces adolescents pour la presse et les informations télévisées.

Jeudi 11 août :la caméra dégradée

Les policiers de la sûreté territoriale sont à la recherche d’images de vidéosurveillance. Ils frappent en vain aux portes d’une dizaine d’entreprises. Jusqu’à ce patron qui se souvient qu’une de ses caméras a été vandalisée… quatre jours après l’agression. Une piste précieuse qu’ils s’empressent de suivre.

Mais la police devra encore déjouer la malchance puisque les vidéos de la fameuse caméra ne sont pas lisibles. Il faut confier les enregistrements aux experts de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale) à Pontoise (Val-d’Oise). Ils se lancent dans un travail de fourmi : remettre plus d’une centaine d’heures d’images dans l’ordre chronologique.

Jeudi 25 août : les images reconstituées

L’agression n’y figure pas. Y apparaissent en revanche des jeunes gens qui semblent se cacher à un angle de rue. Puis, les mêmes s’enfuyant avec un sac. Pour les policiers, il s’agit du trio recherché. Mais conviction ne vaut pas preuve. Pas plus que cette rumeur locale selon laquelle l’un des jeunes du quartier République est surnommé « le Meurtrier ». Les policiers de la ville prêtent main-forte aux enquêteurs départementaux. Mais ce sont d’autres images, qui arrivent le 26 août, qui précipitent les interpellations. Elles mettent en évidence la fameuse dégradation de la caméra, le 11 août, et trois jeunes gens, visage découvert. Des noms sont mis sur ces visages. Le compte à rebours est lancé.

Lundi 29 août : arrestation à l’aube

Les trois adolescents sont surpris dans leur sommeil. On retrouve chez eux des bijoux semblables à ceux que portait un vandale du 11 août, ainsi qu’un short, et un tee-shirt remarqués sur les suspects le 7 août. En garde à vue, ils auraient admis qu’ils voulaient « juste piquer un sac », commente une source proche de l’affaire. Les trois jeunes, de 15 ans, 17 ans et 19  ans, sont originaires du quartier République. Les deux plus jeunes étaient scolarisés, dont un en bac professionnel. Celui de 15 ans était sous contrôle judiciaire depuis cet été, après l’agression d’un commerçant chinois.

Le Parisien

 

http://www.leparisien.fr/faits-divers/les-asiatiques-s-etaient-fait-justice-02-09-2016-6087647.php

Seine-Saint-Denis : les Asiatiques s’étaient fait justice

 

Bobigny (Seine-Saint-Denis) Nathalie Revenu|02 septembre 2016, 7h00 | MAJ : 02 septembre 2016, 7h34|47
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Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 21 août. Dans cette ville, où a eu lieu l’agression mortelle du commerçant Chaolin Zhang, quelque 2 000 membres de la communauté asiatique ont manifesté pour protester contre les violences dont ils sont victimes.(LP/Aurélie Lebelle.)

Bobigny (Seine-Saint-Denis) Nathalie Revenu

 

Cible régulière d’agressions crapuleuses, notamment en Seine-Saint-Denis, les membres de la communauté asiatique sont exaspérés. A La Courneuve, ils avaient même sorti des couteaux…

Il ne se passe plus un jour sans que des Chinois soient la cible d’une nouvelle agression. Cent cinq plaintes ont été enregistrées rien qu’à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) — lieu de l’agression mortelle du commerçant Chaolin Zhang — depuis le début de l’année. Mais hier, devant le tribunal correctionnel de Bobigny, la communauté asiatique est passée du statut de victime à celui d’agresseur. Sept hommes d’origine chinoise comparaissaient pour des violences avec armes. Cette affaire, jusqu’ici passée sous silence, a été renvoyée au 1er juin 2017. Mais elle rend compte de l’exaspération et du désarroi de cette diaspora devenue une proie de choix pour les délinquants. Face à un phénomène qui ne connaît pas d’accalmie, certains ont voulu faire justice eux-mêmes.

Ils passent à tabac et poignardent leur agresseur

Le 29 avril dernier, vers 2 heures du matin, à La Courneuve, les sept prévenus, défendus par Me François Ormillien, avaient passé à tabac et lardé de coups de couteau un homme qui s’apprêtait à dépouiller l’un des leurs. L’agresseur agressé avait été sérieusement blessé de trois coups de couteau dans le dos et s’était vu prescrire quatorze jours d’ITT (interruption temporaire de travail). Cette nuit-là, il se trouvait à bord d’une camionnette, en compagnie de deux autres hommes, à l’arrêt dans un parking des 4000 à La Courneuve. Au même instant, une famille asiatique regagne son domicile. Le fils raccompagne ses parents à leur appartement. En descendant dans le parking, il remarque cette camionnette blanche et dévisage ses trois occupants. Inquiet, il prend la précaution d’alerter des amis sur l’application WeChat, le Twitter chinois. Dans ce climat d’agression à répétition, la communauté a pris l’habitude d’utiliser ce réseau social très réactif pour demander une escorte ou signaler un délit.

Une demi-douzaine de compatriotes répondent à l’appel. Alors que l’Asiatique pénètre à nouveau dans le parking, il croise la camionnette qui en sort. L’un de ses occupants bondit hors du véhicule. Mais il se retrouve nez à nez avec les renforts appelés à la rescousse. Ils l’empoignent et lui assènent plusieurs coups de couteau. Les deux autres comparses parviennent à s’échapper. Tout en tenant en respect leur victime, les Asiatiques vont appeler la police. Ils passeront quarante-huit heures en garde à vue. La plupart sont des commerçants de La Courneuve, pères de famille, tous inconnus de la justice. Le blessé, absent hier au tribunal, est originaire du Val-de-Marne.

Huit heures plus tard, à la barre du même tribunal, un dossier plus classique est venu à l’audience. Une jeune femme de 25 ans est tombée entre les mains de trois hommes sur un parking de Bobigny. Dans le box, trois prévenus de 22 et 23 ans. Ils demandent le renvoi de leur affaire, « à cause de la pression médiatique », glisse leur avocat. En effet, lundi, les trois auteurs de l’agression mortelle du commerçant Chaolin Zhang à Aubervilliers ont été incarcérés. Hier, deux des prévenus savaient qu’ils risquaient gros. Ils sont déjà incarcérés pour deux autres agressions visant des Asiatiques, commises en avril et en juin. De ce fait, le parquet leur a précisé qu’il retiendra une circonstance aggravante : le caractère raciste de l’agression.

Le Parisien

 

https://fr.sputniknews.com/international/201608231027421445-chine-reaction-assassinat-zhang-chaolin-france/

La Chine réagit à l’assassinat de Zhang Chaolin

 

© AFP 2016 ALAIN JOCARD International 20:07 23.08.2016(mis à jour 20:52 23.08.2016) URL courte 518037693

On assistait dimanche à la troisième des manifestations en réaction à la mort le 7 aout, de Zhang Chaolin, 49 ans, d’origine chinoise, des suites d’une agression à caractère raciste.

Exigeant plus de protection, des Chinois de France victimes de nouvelles agressions Si les deux premières étaient silencieuses et plus de l’ordre de l’hommage, celle de ce weekend end voulait dire une colère, et lancer un cri d’alerte sur la situation plus générale de l’insécurité pour la communauté chinoise en France.

« Liberté, Egalité, Fraternité, et la Sécurité pour tous », pouvait-on lire sur les banderoles portées par près de 2000 personnes dans les rues d’Aubervilliers…

Et en Chine qu’en pense-t-on?

Nos collègues de Sputnik Chine ont eu l’occasion de poser la question au porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, et Lu Kang a tenu à leur faire part de l’importance accordée à la situation en France:

« Nous avons prêté une grande attention à cet incident. Le gouvernement chinois accorde beaucoup d’importance à la sécurité et au respect des droits des citoyens chinois à l’étranger. Nous suivons avec attention la mesure dans laquelle sont garantis dans tels ou tels Etats les intérêts légitimes des expatriés chinois et des Chinois ethniques. Nous sommes attentifs à de tels incidents. Les expatriés chinois et les Chinois ethniques doivent exiger du gouvernement français, et en particulier des forces de l’ordre, qu’ils établissent au plus vite les conditions ayant pu conduire à l’incident et punissent le ou les criminels. A notre avis, c’est un appel équitable et bien-fondé ».

 

Et le gouvernement n’est pas le seul à réagir à la mort de Zhang Chaolin, ou plus généralement au climat d’insécurité en question…

Sur le réseau social chinois Weibo, souvent appelé le « Twitter chinois », on pouvait lire toutes sortes de réactions au post du China Daily dont voici quelques exemples:

« C’est la discrimination des chinois » pour l’utilisateur 丑八怪的初见.

D’autres comme 琰啊琰啊琰 font part de leur affliction.

Certains n’hésitent pas à utiliser des termes fort, à l’instar de我我我老爸姓莫qui parle d’une société française en plein plongeon « dans le chaos »…

D’autres s’étonnent que les français réputés « gentlemen » et « romantiques » aient de tels comportements, comme 1234我们都是木头人 par exemple qui ajoute que « Cependant, il y a toujours une brebis galeuse dans un troupeau »…

Et pour Mela-s, il devient étrange d’entendre le désir de beaucoup de partir vivre en Europe…

D’autres comme 土豆子_阿斗 tentent d’approcher la question avec philosophie: on n’échappe pas à sa « condition » de chinois, il faut donc faire en sorte de mériter le respect qui semble manquer pour l’instant en construisant un état fort.

Et la presse alors?

Le journal The Global Times, réputé proche du parti communiste chinois, expliquait dans sa dernière édition que l’ambassade de Chine en France aurait fait état de sa préoccupation à la police de Paris, qui aurait promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour identifier, et arrêter, les responsables de la mort de Zhang Chaolin, 49 ans. Victime d’une agression à caractère raciste, en 2016, à côté de Paris…

 

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Agressions de Chinois à Aubervilliers : nouvelle manifestation dimanche, réponse du ministre de l’Intérieur

Les Chinois d’Aubervilliers sont décidés à se faire entendre sur la question des violences dont ils sont régulièrement victimes dans l’indifférence générale.

Après une nouvelle manifestation dimanche, 21 août 2016, ils ont obtenu une première réponse du ministre de l’Intérieur et prévoient de descendre de nouveau dans la rue le 4 septembre prochain.

La presse se fait l’écho de leurs doléances et publie des interviews de leurs représentants.

Par ailleurs, ils n’intéressent toujours pas les professionnels de l’antiracisme à la française qui méprisent aussi les victimes françaises dites « de souche ».

Je rappelle à cet égard mes commentaires depuis le début de mes publications le 14 août dernier sur ces agressions de Chinois qui ressemblent à bien des égards à celles dont je suis moi-même victime depuis maintenant bien plus de vingt ans sans avoir jamais pu les faire cesser, chacune de mes plaintes n’ayant toujours été suivie que de nouvelles violences à mon encontre, lesquelles sont vivement encouragées par des autorités judiciaires incarnées par des hommes et des femmes tous rongés par la même haine des ingénieurs que mes agresseurs.

Dans une interview publiée hier par l’Obs, un jeune étudiant de 22 ans ayant manifesté dimanche raconte comment il a pris l’habitude de se faire le plus discret possible pour éviter les agressions, et à cet effet, bannit notamment les marques de son habillement, car il s’agit d’un signe extérieur de richesse susceptible de déclencher le passage à l’acte des agresseurs.

Il ne s’agit là que d’un cliché qui ne correspond pas forcément à la réalité et n’est d’ailleurs pas partagé par tous.

J’en veux pour preuve le fait que les amis proxénètes de Josette Brenterch du NPA de Brest auxquels j’ai toujours eu affaire depuis les années 1990 me soutenaient quant à eux que la preuve irréfutable que j’étais bien une richissime héritière en mesure de leur céder toutes les richesses qu’ils me réclamaient était que je portais facilement des jeans au lieu d’être toujours tirée quatre épingles, car « les riches portent des jeans pour cacher qu’ils sont riches » (sic) !

Les aphorismes de ces proxénètes à l’intellect et la psychologie tout à fait semblables à ceux du malade mental extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi ne s’oublient pas.

C’est donc sur cette base qu’ils exigeaient que je leur remette une somme de dix millions de francs (les francs des années 1990) que je n’avais pas et ne leur devais pas, ainsi que tous les biens de mes parents, toujours vivants et en possession de leurs biens.

Mes dénégations avaient été très rapidement suivies de leurs premières agressions graves à mon encontre.

 

https://fr.sputniknews.com/france/201608181027353225-chinois-agression-france/

Un Chinois mort à Aubervilliers, au tour du gouvernement d’agir

 

© AP Photo/ Michel Euler

France

22:57 18.08.2016

 

Et voilà les premières gouttes de sang ont été versées: un Chinois de 49 ans est mort violemment agressé à Aubervilliers, une agression loin d’être un cas isolé. Et ce alors qu’on aurait pu éviter le drame, déplore la conseillère municipale Les Républicains d’Aubervilliers Ling Lenzi dans un entretien à Sputnik.

 

Migrants à Calais, France
© AFP 2016 Philippe Huguen

 

« Nous ne voudrions pas que demain, d’autres personnes subissent le même sort », a fustigé Rui Wang, porte-parole de l’Association des jeunes Chinois de France (AJCF). Pour lui, il est temps d’agir après la mort à Aubervilliers de Chaolin Zhang. Depuis, la communauté asiatique se mobilise pour assurer son autodéfense mais aussi pour que l’on prenne conscience des violences et des discriminations dont elle est de plus en plus victime en France.

Hospitalisé à la Fondation Rothschild avec un pronostic vital engagé suite à sa violente agression, Chaolin Zhang, un couturier chinois de 49 ans travaillant en France, a été déclaré en état de mort cérébrale quelques jours plus tard.

Or, bien que les autorités aient fini par réagir face aux agressions qui se sont multipliées, trop de temps a déjà été perdu, estime Ling Lenzi, conseillère municipale Les Républicains d’Aubervilliers, qui s’était saisie de l’affaire dès janvier lorsque les premiers cas d’agressions violentes ont été recensés dans la commune.

Un migrant
© REUTERS/ Darrin Zammit

 

Entre le 27 décembre 2015 et l’agression de Chaolin Zhang, le Président de l’association de l’amitié chinoise en France Hua Qin Cao a recensé près de 105 agressions de ce type au sein de sa communauté, dont la plupart dans le quartier des Quatre chemins.

Ling Lenzi a parlé au moins cinq fois au Conseil municipal, au moins une fois par mois, ne manquait aucune occasion de signaler la gravité de l’insécurité aux Quatre Chemins, ainsi que dans d’autres quartiers de la ville, mais n’a pas été entendue.

Submergée par l’émotion, elle condamne ce délai qui a coûté la vie à Chaolin Zhang, elle qui avait rendu visite à la famille de la victime à l’hôpital.

« Je ressens une sorte de colère profonde, ce sentiment coléreux, vient des nombreux signalements que j’ai fait à différents organismes et qui n’ont pas eu de résultat pendant six mois. On n’a pas fait le nécessaire pour éviter le drame qui s’est produit, en perdant une vie pour rien », martèle-t-elle.

 

Olivier Wang, porte-parole du collectif des associations asiatiques de France, pointe lui aussi une dégradation de la situation sécuritaire dans le pays. Dans le même temps, il a l’impression que les agressions se déplacent: en 2010 et 2011, il y avait plus d’agressions dans le quartier de Belleville, à Paris. Depuis les manifestations qui ont eu lieu dans ces années-là, la police a augmenté ses effectifs et on a pu constater une amélioration dans le quartier de Belleville.

« Néanmoins les agresseurs ont toujours cette tendance à croire que les asiatiques, les Chinois, ont de l’argent sur eux et donc ont tendance à les agresser plus », explique-t-il. « Aubervilliers a constamment vu le nombre de commerces chinois augmenté, les agresseurs se déplacent et ciblent les commerçants et les habitants ».

Si on parle aujourd’hui de ces agressions, personne n’évoque en revanche ceux qui en sont responsable, pourtant certains ont déjà été traduits devant la justice, souligne Olivier Wang.

 

« Il y a plusieurs cas qui ont été jugés, de bandes de jeunes délinquants qui font ce type d’agression contre la communauté chinoise: des jeunes de 15 à 25 ans, des jeunes de banlieue, qui sont à l’origine de cela ».

Si la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) a condamné l’agression, pour Olivier Wang, beaucoup d’associations antiracistes manquent à l’appel.

« Aujourd’hui, moi je vois simplement quelques communiqués de presse par exemple de la LICRA qui dénonce, je ne vois pas SOS racisme qui dénonce ça. Je trouve ça vraiment dommage. Alors que lors de la marche silencieuse en hommage à la victime il y’a eu des associations d’origines diverses qui sont venues nous soutenir, on se félicite par rapport à ça. Par contre les grosses structures comme SOS, comme le MRAP on ne les voit pas trop, c’est dommage », résume M. Wang.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/08/21/a-aubervilliers-le-mecontentement-de-la-communaute-chinoise-s-organise_4985818_3224.html

A Aubervilliers, le mécontentement de la communauté chinoise s’organise

 

LE MONDE | 21.08.2016 à 19h28 • Mis à jour le 22.08.2016 à 10h32 | Par Nicolas Scheffer

Manifestation à Aubervilliers le 21 août à l’appel de plusieurs associations de la communauté chinoise contre l’insécurité.

 

La colère de la communauté chinoise s’organise depuis le décès de Chaolin Zhang, mort des suites d’une agression à caractère « raciste », selon la maire d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Meriem Derkaoui (PCF). Après deux manifestations silencieuses en hommage à la victime, jeudi 11 et dimanche 14 août, est venu le cri d’alarme.

 

Près de 2 000 personnes d’origine chinoise (1 800 selon la police) ont exprimé dimanche à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) leur ras-le-bol des violences répétées dont ils se disent victimes et réclamé des mesures de sécurité renforcées. Dans les rangs serrés, plus de portrait de ce père de famille de 49 ans, plus de bougies, mais plutôt des pancartes et des slogans, comme « liberté, égalité, fraternité et la sécurité pour tous ! », appelant à plus de sécurité.

« Tout le monde connaît quelqu’un qui s’est fait agresser »

De nombreux Chinois se disent victimes d’agressions qui se multiplient alors que les forces de l’ordre sont trop peu présentes dans les banlieues. « Tout le monde connaît quelqu’un qui s’est déjà fait agresser », raconte Léo, un habitant de La Courneuve.

De nombreuses Chinoises confessent ne plus porter de sac à main dans certains quartiers de peur de se le faire voler. Les Chinois ont la réputation de porter sur eux beaucoup d’argent en liquide. « Un préjugé totalement idiot et infondé, juge Léon, qui tient un magasin à Aubervilliers : 99 % des Asiatiques qui sont à la manifestation sont modestes. » Il regrette que la mobilisation ne soit que communautaire : « Beaucoup de gens dans les quartiers populaires se font agresser et pas seulement des Chinois. »

Dans la manifestation à Aubervilliers.

 

Deux heures avant la manifestation, Popo s’est installé place de la Mairie pour distribuer des drapeaux tricolores et des t-shirts. Côté face, on peut voir un drapeau chinois dans un drapeau français, côté pile, on peut lire « agression : qui sera le prochain ? ». Si la plupart des manifestants portent ce t-shirt, c’est grâce à la mobilisation des habitants et de la communauté chinoise qui ont prêté main-forte.

Popo raconte la spontanéité du geste : « Les gens ont apporté de l’aide volontairement. L’information a circulé rapidement sur les réseaux sociaux, notamment grâce à l’application WeChat qui nous a permis de nous organiser. » L’application, à la manière de Whatsapp, permet de créer des discussions à plusieurs et de diffuser rapidement des informations.

Plus âgé, Junjun préfère huarenjie.com, un site dédié à l’information de la diaspora et aux échanges entre les Internautes. « L’émotion a fait que le bouche-à-oreille a bien fonctionné, cette manifestation s’est décidée très rapidement », explique Rui Wang, qui a organisé le collectif en hommage à Chaolin Zhang. Fort de cette mobilisation, le comité de soutien de la famille de Chaolin Zhang a déjà annoncé une autre marche, le 4 septembre, à Paris.

  • Nicolas Scheffer
    Journaliste au Monde

 

https://fr.sputniknews.com/france/201608211027383554-communaute-chinoise-france/

Exigeant plus de protection, des Chinois de France victimes de nouvelles agressions

 

© Sputnik.

France

19:49 21.08.2016

 

Suite à de multiples cas d’agression contre des Chinois dernièrement à Paris, la communauté chinoise a manifesté à Aubervilliers pour obtenir plus de protection. Au lieu de cela, certains de ses représentants ont été victimes de nouvelles agressions. La dégradation de la situation sécuritaire dans le pays bat son plein.

 

Pendant une manifestation organisée ce dimanche à Aubervilliers par la communauté chinoise de France pour protester contre les violences dont elle est victime, plusieurs cas d’agressions et de vols se sont produits, suite à quoi le rassemblement a pris fin. D’après une des victimes, « des gens d’apparence africaine » les auraient agressées.

Selon le communiqué de presse du comité « Stop à la violence, sécurité pour tous », la communauté chinoise insiste sur le fait qu’ »aucune action concrète n’a été proposée, aucune +fiche-action+ n’a été communiquée ». Et de poursuivre:

« Nous attendons des réponses plus concrètes concernant l’action policière, judiciaire, mais aussi la prévention, la médiation et le soutien aux victimes, notamment lors de l’accueil dans les commissariats. »

Police à Aubervilliers
© AP Photo/ Michel Euler

 

Il est à noter qu’auparavant, Olivier Wang, porte-parole du collectif des associations asiatiques de France, avait déjà pointé une dégradation de la situation sécuritaire dans le pays.

« La sécurité est l’affaire de tous. Le Comité invite ainsi tous les habitants, toutes les associations, tous les citoyens de tout horizon et de toutes origines à marcher ensemble contre la violence. Sécurité pour tous, » lit-on dans le communiqué qui va encore organiser une grande manifestation à Paris le 4 septembre.

La mort de Zhang Chaolin, un Chinois de 49 ans, est loin d’être un cas isolé parmi les agressions contre les Chinois en France. Entre le 27 décembre 2015 et l’agression de Chaolin Zhang, le président de l’Association de l’amitié chinoise en France Hua Qin Cao a recensé près de 105 agressions de ce type au sein de sa communauté, dont la plupart dans le quartier des Quatre chemins à Aubervilliers.

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/08/21/01016-20160821ARTFIG00177–aubervilliers-2000-chinois-manifestent-contre-les-violences.php

À Aubervilliers, 2.000 Chinois manifestent contre les violences

 

  • Par lefigaro.fr , AFP, AP, Reuters Agences
  • Publié le 21/08/2016 à 21:08
«Je suis Chaolin», ont scandé certains manifestants, en hommage au Chinois décédé à la suite de son agression.
 

Après l’agression mortelle de Zhang Chaolin, la communauté chinoise a défilé dans les rues de la ville de Seine-Saint-Denis pour demander plus de protection de l’État.

C’est le meurtre de Zhang Chaolin, il y a quelques jours, qui les a fait descendre dans la rue. Près de 2.000 personnes d’origine chinoise ont exprimé dimanche, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), leur ras-le-bol des violences répétées dont ils se disent victimes et réclamé des mesures de sécurité renforcées. Aux cris de «Liberté, égalité, fraternité et la sécurité pour tous!», 1.800 personnes, selon la police, ont défilé dans les rues de cette ville de banlieue populaire, où Zhang Chaolin, un couturier de 49 ans, a été agressé le 7 août par trois hommes, qui voulaient voler le sac d’un ami, lui aussi d’origine chinoise. Il était décédé le 12 août des suites de ses blessures. «Les agressions sont fréquentes, mais comme on ne parle pas bien français, on ne porte pas plainte. Et puis on travaille, on n’a pas le temps pour ça», a expliqué Cai Jiang, 26 ans, employé dans un bar-tabac à Paris.

Alors que les vols avec violence visant la communauté chinoise à Aubervilliers ont triplé en un an, le commissariat a obtenu des renforts policiers et une étudiante franco-chinoise a été recrutée dans le cadre du service civique pour améliorer l’accueil des victimes. La préfecture s’est également engagée à étendre le système de vidéosurveillance. «On fait appel à l’État car on est des citoyens français, même si on ne se sent pas assez considérés comme tels», explique Marina, 23 ans, qui tient une boutique au Fashion Center, le plus grand centre commercial de vente en gros d’Europe.

«Je suis Chaolin, où êtes-vous?»

Dans la foule, de nombreuses mains agitent de petits drapeaux français. «J’étais Charlie comme vous. Je suis Chaolin, où êtes-vous?», peut-on lire sur une banderole. «Ils sont en train de nous donner une leçon d’organisation et de République», dit, admiratif, Laurent, qui habite Aubervilliers depuis 30 ans. «Ça fait des années qu’ils subissent le racisme, même les gosses se font agresser!», regrette cet enseignant.

Réputées détenir sur elles de l’argent liquide, les personnes d’origine asiatique sont des «proies faciles», reconnaît la maire PCF de la ville, Meriem Derkaoui, résolue à «faire reculer ces préjugés et sensibiliser la population» à ce sujet. «Quand je vois que les uns les autres montent au créneau, parce que deux trois femmes ont porté un burkini sur une plage, là il y a mort d’homme, alors j’attends que l’État fasse preuve d’un minimum de considération et reçoive la famille», a-t-elle ajouté.

À la fin de la manifestation, un voleur présumé à la tire a été pris à partie par la foule, avant d’être exfiltré par des gendarmes mobiles, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes.

 

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/aubervilliers-la-communaute-chinoise-ne-decolere-pas_1600047.html

Aubervilliers : la communauté chinoise ne décolère pas

 

4 000 personnes ont manifesté ce dimanche 21 août à Aubervilliers après la mort d’un des leurs il y a deux semaines. La communauté chinoise dénonce des agressions récurrentes et des vols et demande plus de protection.

 

Franceinfo

Mis à jour le 22/08/2016 | 10:44, publié le 22/08/2016 | 10:44

Place de la mairie à Aubervilliers, il reste encore quelques fleurs en mémoire de Zhang Chaolin, 49 ans, lâchement tué le 7 août dans une rue de cette ville de Seine-Saint-Denis. Ce dimanche, la communauté chinoise manifeste sa colère et se demande qui sera le prochain. Tous réclament davantage de caméras et de policiers. Dans le cortège, la maire de la ville Meriem Derkaoui demande l’aide de l’État.

Une centaine d’agressions en 2016

Depuis le début de l’année, c’est plus d’une centaine d’agressions qui a eu pour cible les Chinois d’Aubervilliers. Après les paroles, les manifestants attendent aussi des actes. « Je veux que les autorités arrêtent de se renvoyer la balle », affirme au micro de France 3 Rui Xang, coordinateur de la manifestation. Face à ce racisme crapuleux, le danger serait que la communauté chinoise finisse par se faire justice elle-même.

 

http://lci.tf1.fr/france/societe/violences-contre-les-chinois-d-aubervilliers-les-questions-8774504.html

Violences contre les Chinois d’Aubervilliers : les questions qui se posent

 

par

le 22 août 2016 à 15h17 , mis à jour le 22 août 2016 à 16h11.

 

Notre société

ÉCLAIRAGE – Messages d’alerte en cas d’agression, escortes autour du métro, manifestations : la communauté chinoise d’Aubervilliers se mobilise face à des actes de violence répétés qui ont coûté la vie à l’un de ses membres le 12 août dernier. Mais depuis combien de temps observe-t-on une escalade de la violence ? Que peut faire la municipalité ?

Agressions de Chinois à Aubervilliers : nouvelle manifestation dimanche, réponse du ministre de l'Intérieur dans AC ! Brest empty

Victime de violences répétées, la communauté chinoise d’Aubervilliers s’organise. Dimanche, près de 2000 personnes d’origine chinoise ont exprimé leur ras-le-bol et réclamé des mesures de sécurité renforcées après l’agression mortelle dont a été victime l’un des leurs. Quelques jours plus tôt,  plusieurs associations avaient été reçues par la préfecture de Seine-Saint-Denis pour évoquer des solutions pour « mettre un terme à ces agressions« . Mais que se passe-t-il exactement à Aubervilliers ? Pourquoi la communauté chinoise est-elle visée ? Et le phénomène est-il concentré en région parisienne ? MYTF1News fait le point.

Que se passe-t-il à Aubervilliers ?

Le 7 août dernier, deux membres de la communauté chinoise ont été violemment agressés à Aubervilliers par trois hommes qui voulaient voler le sac d’un homme. L’un deux, M. Zhang, un couturier de 49 ans et père de deux enfants, est décédé des suites de ses blessures cinq jours après l’attaque. Depuis le drame, plusieurs rassemblements ont été organisés à Aubervilliers pour dénoncer les violences répétées envers la communauté chinoise. « La mort M. Zhang a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase », explique à MYTF1News Tamara Lui, présidente de l’association des Chinois de France. Le sentiment d’insécurité s’accompagne aujourd’hui d’un changement de nature des agressions, précise Ling Lenzi, conseillère municipale Les Républicains. Auparavant dirigées contre « le secteur des commerçants », elles se concentrent désormais « sur les habitants, les petites gens ».

Peut-on quantifier ces agressions ?

A Aubervilliers, les services de police ont recensé sur les sept premiers mois de l’année 105 vols avec violences sur les Chinois ou personnes d’origine chinoise sur un total de 666 vols avec violences dans la commune, contre 35 sur 466 sur la même période l’année dernière, selon la préfecture. Sur l’ensemble de la Seine-Saint-Denis, 3,9% des victimes de vols avec violences sont des membres de la communauté chinoise, selon des chiffres établis sur les sept premiers mois de l’année (2,4% sur la même période en 2015). « La ville est plus touchée en raison du grand nombre de résidents et de travailleurs ponctuels d’origine chinoise qu’elle comporte », a-t-on expliqué à la préfecture.

Pourquoi la communauté chinoise est-elle visée ?

Réputées détenir sur elles de l’argent liquide, les personnes d’origine asiatique sont des « proies faciles », reconnaît la maire PCF de la ville, Meriem Derkaoui, résolue à « faire reculer ces préjugés et sensibiliser la population » à ce sujet. Des préjugés qui agacent la communauté chinoise d’Aubervilliers. « Regardez, je n’ai ni bijou, ni sac à main, ni même un euro dans ma poche », s’est exclamé à l’AFP Hélène Lyang, 33 ans vendeuse dans un magasin d’Aubervilliers. La Licra a de son côté pointé du doigt un « racisme anti-asiatique » qui « a pris une ampleur inédite dans certains quartiers ». Tamara Lui ajoute qu’une mauvaise maîtrise de la langue française peut également être en cause. Elle explique que les Asiatiques n’iront pas forcément au commissariat afin de porter plainte.

Comment la municipalité compte-elle renforcer la sécurité ?

Le comité de soutien à la famille de M. Zhang a réclamé « au moins 10 caméras supplémentaires dans les rues sensibles » et un renfort de policiers. La préfecture s’est également engagée à étendre le système de vidéo-surveillance. Dénonçant un « crime au ciblage raciste », elle a assuré que le fonctionnement de la police municipale serait « revu » à la rentrée. Le commissariat a également obtenu des renforts policiers et une étudiante franco-chinoise a été recrutée dans le cadre du service civique pour améliorer l’accueil des victimes. « Un point essentiel », selon Tamara Lui : « Il ne faut pas faire de double victime », explique-t-elle en référence au « mépris de la part de certains policiers dans les commissariats vis-à-vis des Chinois ».

Le phénomène s’est-il nationalisé ?

Les violences contre la communauté chinoise sont concentrées en banlieue parisienne, notamment dans le département de Seine-Saint-Denis. En effet, près de 60% des Chinois vivraient dans la région francilienne. Selon Tamara Lui, les attaques ont lieu principalement dans les communes d’Aubervilliers, La Courneuve ou encore Pantin. « Il y a un très grand nombre d’asiatiques en région parisienne et notamment dans le 93″, nous explique-t-elle. On recense parfois trois ou quatre cas de violences dans la même journée et dans la même rue. Mais je ne pense pas que d’autres villes recensent autant d’agressions contre les Asiatiques ». Contacté par MYTF1News, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales a affirmé ne pas avoir « d’éléments d’information sur la thématique relative aux agressions visant la communauté chinoise ».

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160822.OBS6664/meurtre-a-aubervilliers-la-violence-s-intensifie-contre-la-communaute-asiatique.html

Meurtre à Aubervilliers : « La violence s’intensifie contre la communauté asiatique »

 

Meurtre à Aubervilliers : "La violence s'intensifie contre la communauté asiatique"
Tamara Lui, présidente de l’association Chinois de France – Français de Chine (CFFC). (Tamara Lui)

 

Visé parce que Chinois, Zhang Chaolin est mort dans une agression le 7 août. 2.000 personnes ont manifesté dimanche pour protester contre ces violences. Tamara Lui, présidente de l’association Chinois de France – Français de Chine, réagit.

 

 

Plus de 2.000 personnes d’origine asiatique ont défilé dimanche à Aubervilliers pour exprimer leur colère face aux violences répétées dont elles sont les victimes, après l’agression mortelle de Zhang Chaolin. Une première manifestation avait eu lieu le 14 août. Ce couturier chinois de 49 ans a été agressé le 7 août par trois hommes qui voulaient voler le sac d’un ami, lui aussi d’origine chinoise. Extrêmement répandus depuis des années dans le quartier de Belleville, à Paris, les vols avec violence visant la communauté chinoise à Aubervilliers ont triplé en un an.

Tamara Lui, présidente de l’association Chinois de France – Français de Chine (CFFC) et journaliste, lance un appel au sursaut.

Pourquoi de telles manifestations ?

- Parce que la colère monte. Les gens ont le sentiment d’être abandonnés par les autorités. Cette agression a fait un mort. Et les problèmes de sécurité ne datent pas d’hier. En 2009, en 2011, il y a d’ailleurs eu de grandes manifestations au cœur de Paris pour les mêmes raisons. Ces drames deviennent presque prévisibles. Le ministère a été alerté, mais rien n’a bougé.

Pourquoi sont-ce les personnes d’origine asiatique qui réagissent ?

- Dans la nuit du 13 au 14 juillet, à la Courneuve, a eu lieu une fusillade dirigée contre la communauté asiatique pendant 3 heures. Les CRS sont venus deux fois et l’enquête a été confiée à la Sûreté territoriale, mais la communauté a commencé à avoir peur qu’un drame se produise.

S’agissait-il d’un règlement de comptes ?

- Non, ça n’était pas un règlement de comptes. Des familles d’origine asiatique ont commencé à organiser des rondes afin de surveiller leurs voitures dans les parkings d’une résidence car il y avait des vols, des détériorations. Les enfants, les personnes âgées, aimeraient pouvoir profiter des espaces verts, mais ils n’osent plus.

Seules les personnes d’origine chinoise sont-elles ciblées ?

- Non. En général, les agresseurs confondent les Chinois, les Vietnamiens, les Cambodgiens… La maire d’Aubervilliers [Meriem Derkaoui, franco-algérienne, NDLR] a également été agressée, deux fois. La violence est dirigée contre tout le monde. Et les Chinois ne sont pas les seuls visés. Mais nous constatons qu’il y a une forme de violence gratuite qui s’intensifie contre des personnes de la communauté asiatique.

S’agit-il d’agressions racistes ?

- Non, pas forcément. Il s’agit d’une délinquance qui concerne tout le monde. Mais il y a aussi un certain nombre de préjugés sur les Asiatiques, de racisme, de méconnaissance. Et cela alimente certaines agressions. On agresse des Chinois parce qu’on pense qu’ils ont du liquide.

Tous les clichés ne sont pas faux. Il est vrai que certains immigrés n’ont pas de compte en banque. Dans ces cas-là, ils ne paient pas le McDonald’s en carte bleue. Et certaines personnes préfèrent le liquide, question d’habitude. Les Asiatiques semblent, pour certains ravisseurs, représenter des proies faciles, en raison de leur corpulence, de leur discrétion. On pense qu’ils ne portent pas plainte. Il est vrai que certains n’ont pas de papiers. Tout cela est lié à l’histoire de ces personnes, à la façon dont elles ont immigré, à la barrière de la langue, aussi.

Pourquoi ce sentiment d’abandon ?

- Parce que nous ne savons plus vers qui nous tourner. Des réunions ont eu lieu avec les commerçants, les associations, à la mairie d’Aubervilliers. Mais celle-ci est désemparée. Installer des caméras de surveillance prend du temps. Et l’Etat ne parvient pas à renforcer les effectifs policiers.

Il arrive aussi que certains soient mal accueillis dans les commissariats, qu’on leur réponde que la police ne peut rien faire. Et les gens ne comprennent pas toujours. Notamment quand on leur dit qu’un des agresseurs, mineur, a été relâché juste après l’agression. Certains finissent par vouloir se faire justice eux-mêmes. D’autres ont dit au ministère : vous attendez qu’il y ait un mort pour envoyer un responsable ? Et maintenant, cela s’est produit. Il y a un grand sentiment d’impuissance.

Et la suite ?

- Le 4 septembre, il y aura une manifestation à Paris avec toutes les composantes de la communauté asiatique. On espère une réaction du monde politique. Jusqu’ici, personne ne s’indignait. Que dirait-on si c’était une personne d’une autre minorité ?

Propos recueillis lundi 22 août par Donald Hebert

 

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/la-famille-du-chinois-mort-apres-une-agression-a-aubervilliers-recu-par-cazeneuve_1600591.html

La famille du Chinois mort après son agression à Aubervilliers reçue par Cazeneuve

 

Zhang Chaolin, 49 ans, avait été agressé le 7 août par trois hommes. Il avait succombé à ses blessures cinq jours plus tard.

 

Des membres de la communauté chinoise d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) manifestent le 14 août 2016 après la mort d'un de leurs membres, agressés quelques jours plus tôt.
Des membres de la communauté chinoise d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) manifestent le 14 août 2016 après la mort d’un de leurs membres, agressés quelques jours plus tôt. (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

 

Franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le 22/08/2016 | 21:54
publié le 22/08/2016 | 21:50

Sa mort a provoqué une manifestation de colère de la communauté chinoise d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), excédée par les violences à son encontre. Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a reçu lundi 22 août la famille de Zhang Chaolin, mort après avoir été agressé quelques jours plus tôt.

Mesures de sécurité renforcées

Cet homme de 49 ans avait été agressé le 7 août par trois hommes et avait succombé à ses blessures cinq jours plus tard. Le ministre a assuré des membres de sa famille  »de toute sa sympathie et de son entier soutien dans cette épreuve si douloureuse », selon un communiqué.

Répondant à la demande des membres de la communauté chinoise d’Aubervilliers qui avaient manifesté dimanche, Bernard Cazeneuve a promis « de renforcer davantage les effectifs de police à Aubervilliers ». « De nouveaux policiers seront affectés après leur sortie d’école en octobre », a-t-il assuré. Et il a indiqué à la maire communiste de la ville, Meriem Derkaoui, présente lors de l’entretien, « sa disponibilité pour cofinancer sur les fonds de l’Etat l’installation de caméras de vidéo-protection ».

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1552655-rentre-chez-toi-manger-des-nems-mon-quotidien-de-chinois-a-aubervilliers.html

« Rentre chez toi manger des nems. » Mon quotidien de Chinois à Aubervilliers

 

Publié le 23-08-2016 à 17h26 – Modifié le 24-08-2016 à 10h22

 

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Par 
Étudiant

LE PLUS. Le 14 août, un rassemblement silencieux était organisé à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), en hommage à un Chinois de 49 ans mort à la suite d’une agression. David Liu [nom d'emprunt], un jeune étudiant de 22 ans, y était. « C’était une première à Aubervilliers. » Il raconte au Plus à quoi ressemble le quotidien d’un jeune Asiatique dans la ville du nord-est de Paris.

 

Édité par Julia Mourri

6991471963354 dans Action DirecteDes habitants d’Aubervilliers d’origine chinoise rendent hommage à Chaolin Zhang, mort après une agression. (A. Jocard/AFP)

 

La marche en hommage à Chaolin Zhang, qui a eu lieu le 14 août à Aubervilliers, était une grande première. Les précédentes manifestations organisées par des personnes d’origine asiatiques avaient eu lieu à Paris, à Belleville en 2010 et Place de la République en 2011.

Cela fait un moment que nous demandons plus d’effectifs policiers et de caméras de surveillance dans notre ville, sans avoir de réponse de madame la maire.

J’étais en tête du cortège. On m’a certainement reconnu : le soir-même, l’une des voitures de mes parents était vandalisée ; trois jours plus tard c’était au tour de la deuxième.

Aubervilliers, c’est pas très grand.

« C’est bon, les chiens ? »

Je suis né à Paris, mais ma famille a aménagé à Aubervilliers lorsque j’avais 7 ans.

C’est là-bas que j’ai passé ma scolarité. Dès le primaire, on me traitait de « chinetoque ». On me demandait si mes parents étaient restaurateurs, puis : « Ils cuisinent des chiens, des serpents ? Et c’est bon ? »

Régulièrement, j’avais droit à : « Rentre chez toi manger des nems », avec des variantes (« des rouleaux de printemps », « du riz », etc.)

Au collège, ça a continué, les rackets en plus. Des bandes attendaient juste devant l’établissement ou me suivaient sur le chemin du retour.

Heureusement, je portais rarement des choses de valeur, je n’avais pas d’argent et pas encore de téléphone portable. On m’a volé un paquet de bonbons, tout au plus, et deux jeux vidéo de Playstation que je devais rendre à un ami qui me les avait prêtés.

Le mot « Chinois » a perdu tout son sens

J’ai pris l’habitude, depuis cette époque, de détourner systématiquement les yeux lorsque je croise des jeunes en bande, pour éviter le : « Pourquoi tu me regardes, t’as un problème le Chinois ? » Et quand je les aperçois, j’essaye autant que possible de changer ma trajectoire pour passer inaperçu et éviter les embrouilles.

D’ailleurs, le mot « Chinois » a à mon sens perdu toute sa signification. Il ne désigne plus une origine, mais quelqu’un de faible, une victime potentielle. Notre communauté véhicule encore des préjugés qui font de nous des cibles de choix.

Que l’on soit un touriste ou que l’on habite Aubervilliers depuis plus de quinze ans, c’est du pareil au même : dans la tête de l’agresseur, on est Chinois, on se balade donc forcément avec un paquet d’argent liquide dans la poche.

Par ailleurs, la barrière de la langue, pour la première génération de Chinois arrivée ici, les empêche parfois de porter plainte. Ma mère s’est fait dérober son sac à plusieurs reprises, ce qui lui a déjà valu une usurpation d’identité.Pourtant, souvent, elle a négligé de se rendre au commissariat.

Un vieux Nokia à neuf touches

À mes 15 ans, mes parents ont décidé de me mettre dans un lycée privé, à Paris, où l’éducation était stricte mais le climat beaucoup plus rassurant.

Jusqu’alors, je n’avais toujours eu que des amis asiatiques. On vivait la même chose, on se comprenait, on traînait donc naturellement entre nous.

Au lycée, j’ai découvert des gens de tous les horizons, aussi bien des jeunes d’origine africaine, maghrébine que des Français habitant sur Paris depuis plusieurs générations. Moi qui étais très introverti, je me suis ouvert.

Pour autant, je n’ai pas perdu mes vieux réflexes. Aujourd’hui encore, lorsque je rentre de ma fac parisienne jusqu’à Aubervilliers, j’évite de prendre le métro après 22 heures et je contourne les regroupements de trois, quatre individus.

Quand je veux rester plus longtemps sur Paris pour boire un verre avec mes potes, je fourre mon smarphone au fond de mon sac et prend mon vieux Nokia à neuf touches. Sur moi, je n’ai que l’appoint de mes consommations et ma carte d’identité en cas de contrôle.

J’évite aussi de porter des marques, considérés comme des signes de richesse, pour éviter d’attirer les regards sur moi.

Et bien souvent, sur mon passage, j’entends des « Eh, le Chinois ! » Certains se tirent le visage pour imiter les yeux bridés. Ça les fait marrer.

La culture du silence

Le 14 août dernier, mes parents étaient eux-aussi présents à la marche organisée en mémoire à Chaolin Zhang. Mais ils n’étaient pas à mes côtés, en tête de cortège. Ils ont préféré se fondre dans la foule. Ils me supplient, pour la prochaine manifestation, qui aura lieu le 4 septembre à Paris, de ne pas monter sur les camions ni porter de banderole.

Dans la culture chinoise, on ne veut pas d’ennuis. On préfère étouffer les problèmes et minimiser les choses pour ne pas attirer les regards. Éteindre le feu plutôt que l’attiser.

Pendant qu’on marchait, la foule criait : « La communauté chinoise meurt en silence. » C’est un peu ça : quoi qu’il arrive, nous restons discrets et n’intéressons pas grand monde. Cela doit changer.

Propos recueillis par Julia Mourri

Agressions de Chinois à Aubervilliers : les « antiracistes » du NPA restent muets

Quelques médias le font observer depuis lundi, sans avoir encore réussi à réveiller les associations et divers groupuscules prétendument « antiracistes » de l’extrême-gauche française.

Les prétendues « féministes » de même obédience ne se mobilisent pas davantage.

Je rappelle ici être moi aussi victime d’innombrables violences à caractère discriminatoire depuis maintenant bien plus de vingt ans, sans avoir jamais réussi à obtenir qu’une recrudescence de toutes ces violences à chaque fois que je m’en suis plainte.

Je ne connais strictement aucun moyen de faire cesser ces violences, qui sont notamment commises par des individus de l’extrême-gauche et vivement encouragées par une magistrature qui systématiquement adhère à tous les motifs d’agression invoqués par ces agresseurs qu’elle connaît bien et refuse donc catégoriquement de poursuivre.

Je suis ingénieur. C’est le premier reproche qui m’a toujours été adressé. Les ingénieurs seraient antipathiques car matheux, donc forcément calculateurs (ces magistrats confondent tout : mathématiques, comptabilité et perversité), inhumains, insensibles, tels des robots, et aussi très riches, car ils auraient de très gros salaires et n’auraient de toute façon pu suivre des études d’ingénieurs que parce qu’ils étaient déjà très riches ou fils ou filles de riches familles.

Des sbires de Josette Brenterch du NPA de Brest m’ont bien soutenu à plusieurs reprises que je ne pouvais pas souffrir, puisque je n’étais qu’un robot, et qu’il était donc possible de me faire subir absolument n’importe quoi sans qu’il n’y ait jamais aucun mal à me blesser ou me torturer physiquement ou moralement.

Les non matheux sont censés être dotés d’une sensibilité qu’il s’agit de ménager, mais les matheux, non, ce ne sont même pas des être humains, ils ne souffrent pas. Il est vrai qu’en général ils se comportent assez dignement, sans manifestations hystériques ou violentes. Certains en déduisent qu’ils ne souffrent pas…

Je reconnais avoir beaucoup de tenue, de maîtrise, ce qui n’est pas le cas des psychopathes qu’utilise Josette Brenterch pour commettre ses crimes.

En revanche, je n’ai jamais été la richissime héritière que s’imaginaient mes agresseurs.

On me reproche aussi d’être une femme. Femme et ingénieur.

Pour Josette Brenterch et ses amis, y compris les magistrats du Tribunal de Grande Instance de Brest, les femmes ingénieurs ne seraient toutes que de « sales putes volant la place des hommes dans le travail ». Partant de là, il serait parfaitement normal de les traiter en prostituées et en voleuses, et même de les assassiner, puisqu’elles n’auraient jamais dû exister.

 

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/meurtres/aubervilliers-les-chinois-se-sentent-en-insecurite_1592277.html

Aubervilliers : les Chinois se sentent en insécurité

 

Des agressions de personnes d’origine asiatique se multiplient en région parisienne. Une semaine après le meurtre d’un Chinois à Aubervilliers, la communauté chinoise se mobilise et tente de se faire entendre.

 

France 2

Francetv info

Mis à jour le 16/08/2016 | 10:13, publié le 16/08/2016 | 10:13

Hommage et recueillement pour Zhang Chaolin. Ce Chinois de 49 ans est décédé après une violente agression à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Devant la mairie dimanche 14 août, ils étaient nombreux, rassemblés dans l’émotion, mais aussi la colère, car ce crime n’est pas le premier de la sorte dans cette ville. À Aubervilliers, les attaques contre les Asiatiques se multiplient. Ils ne se sentent plus en sécurité.

150 policiers pour 80 000 personnes

« On n’a pas assez d’effectifs policiers. Pour 80 000 habitants, on n’a que 150 agents », vitupère Ling Lenzi, conseillère municipale. La maire de la ville demande aussi plus de forces de l’ordre. Sur Twitter, Meriem Derkaoui dénonce un « crime d’autant plus odieux que son mobile crapuleux se double d’un ciblage raciste ». Sur internet, des pétitions tentent difficilement d’interpeller sur la question. Les associations antiracistes ne se sont pas saisies de l’affaire.

 

http://www.lepoint.fr/societe/aubervilliers-la-communaute-chinoise-s-organise-face-aux-agressions-16-08-2016-2061708_23.php

Aubervilliers : la communauté chinoise s’organise face aux agressions

 

La recrudescence des crimes à caractère raciste oblige les quelque 4 000 Chinois ou personnes d’origine chinoise que compte la ville à se mobiliser.

 

Source AFP

Publié le 16/08/2016 à 19:45 | Le Point.fr
Une cérémonie a eu lieu à Aubervilliers, dimanche, en hommage à Zhang Chaolin.
Une cérémonie a eu lieu à Aubervilliers, dimanche, en hommage à Zhang Chaolin. © ALAIN JOCARD/ ALAIN JOCARD

 

Messages d’alerte en cas d’agression, escortes autour du métro, manifestations… La communauté chinoise d’Aubervilliers se mobilise après des actes de violence répétés qui ont coûté la vie à l’un de ses membres vendredi.

Lors d’un rassemblement organisé dimanche en mémoire de Zhang Chaolin, plusieurs personnes présentes ont ainsi témoigné leur ras-le-bol face aux violences racistes : « j’ai été agressé deux fois cette année », « je ne sors plus avec un sac à main », « aujourd’hui c’était lui, demain, ça peut être moi »…

Une hausse du « racisme anti-asiatique »

Zhang Chaolin, couturier de 49 ans et père de deux enfants, est mort le 12 août, après avoir été agressé cinq jours plus tôt en pleine rue par trois hommes qui voulaient voler le sac d’un ami, lui aussi d’origine chinoise. Un drame « prévisible », qui « aurait pu être évité », estime-t-on au parmi les 3 000 à 4 000 personnes originaires de Chine qui vivent dans cette ville de 80 000 habitants.

Ils dénoncent une « situation qui se dégrade », avec des agressions « de plus en plus violentes » motivées par des « préjugés » selon lesquels les Chinois seraient porteurs d’importantes sommes d’argent liquide. « C’est ce même type de préjugé qui avait conduit à la mort d’Ilan Halimi », a regretté la Licra mardi dans un communiqué, pointant un « racisme anti-asiatique » qui « a pris une ampleur inédite dans certains quartiers ».

Des agressions qui se concentrent sur « les petites gens »

À Aubervilliers, les services de police ont recensé sur les sept premiers mois de l’année 105 vols avec violence sur les Chinois ou personnes d’origine chinoise sur un total de 666 vols avec violence dans la commune. L’année dernière, la préfecture en dénombrait 35 sur 466 sur la même période. Sur l’ensemble de la Seine-Saint-Denis, 3,9 % des victimes de vols avec violences sont des membres de la communauté chinoise, selon des chiffres établis sur les sept premiers mois de l’année (2,4 % sur la même période en 2015). « La ville est plus touchée en raison du grand nombre de résidents et de travailleurs ponctuels d’origine chinoise qu’elle comporte », explique-t-on à la préfecture.

Le sentiment d’insécurité s’accompagne d’un changement de nature des agressions, précise Ling Lenzi, conseillère municipale Les Républicains. Auparavant dirigées contre « le secteur des commerçants », elles se concentrent désormais « sur les habitants, les petites gens ». « Depuis qu’une quarantaine de caméras de surveillance ont été installées devant les commerces, accompagnées de plus de patrouilles policières, les agresseurs se sont retournés vers là où il n’y a pas de dispositif », assure-t-elle.

Les associations se mobilisent

Depuis le début de l’année, l’Association de l’amitié chinoise en France se consacre exclusivement à la prise en charge des victimes d’agressions. Quand certains habitants s’organisent pour faire à plusieurs le chemin du métro à leur domicile, l’association a, elle, mis en place des groupes de discussions sur la messagerie instantanée chinoise WeChat. « Si quelqu’un se fait attaquer, il peut poster un appel au secours », explique le président Cao Hua Qin. « Nous nous chargeons de l’amener à l’hôpital et de prévenir la police ou d’organiser un rendez-vous au commissariat pour déposer une plainte », ajoute-t-il.

Dimanche, le comité de soutien à la famille de M. Zhang a réclamé « au moins 10 caméras supplémentaires dans les rues sensibles » et un renfort de policiers. Une demande également formulée par la maire PCF de la ville, Meriem Derkaoui, qui a écrit en ce sens en juillet au ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Dénonçant un « crime au ciblage raciste », elle a assuré que le fonctionnement de la police municipale serait « revu » à la rentrée. La préfecture a de son côté annoncé la tenue mercredi d’une réunion de travail « avec les associations qui le souhaitent ». Certaines associations soulignent toutefois que l’insécurité touche toutes les communautés. « La violence, c’est un problème pour tout le quartier », souligne Rui Wang, président de l’Association des Jeunes Chinois de France. Il se félicite d’ailleurs d’avoir vu dans le rassemblement en mémoire de M. Zhang « des militants noirs et arabes venus en solidarité ».

 

http://www.bfmtv.com/societe/a-aubervilliers-la-communaute-chinoise-inquiete-apres-la-mort-d-un-commercant-1026811.html

À Aubervilliers, la communauté chinoise inquiète après la mort d’un commerçant

 

17/08/2016 à 11h40
Un rassemblement d'habitants d'origine chinoise devant la mairie d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis

Un rassemblement d’habitants d’origine chinoise devant la mairie d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis – Alain Jocard – AFP

 

Après la mort d’un commerçant chinois violemment agressé à Aubervilliers, la communauté asiatique est inquiète. Et dénonce un racisme dont elle se dit victime.

 

Après l’agression mortelle d’un commerçant à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, la communauté chinoise est inquiète. Elle se dit victime de racisme. Zhang Chaolin, 49 ans, père de deux enfants, est mort après cinq jours de coma à la suite d’une violente attaque.

Un climat qui se dégrade

À l’entrée de cette ville située au nord de Paris, un chinatown du vêtement. Quelque 1.500 grossistes d’origine chinoise travaillent dans ces commerces. Joëlle Zhou y tient une boutique depuis deux ans. Elle a senti le climat se dégrader. Avant même l’agression mortelle de la semaine dernière, cette commerçante avait déjà commencé à prendre ses précautions.

« Je fais plus attention dans les coins de rues, témoigne-t-elle pour BFMTV. Surtout aux feux rouges, je regarde toujours s’il n’y a pas une moto à côté de moi. C’est comme cela que ça se passe les vols à l’arraché. Ma tante était à côté de moi, elle avait son sac sur les genoux. A un feu rouge, une moto à côté a brisé la vitre de la fenêtre et a pris le sac. »

Victimes de préjugés

Selon Rui Wang, à l’origine du comité de soutien à la famille de la victime, les asiatiques représentent une cible facile et sont surtout victimes de préjugés.

« On sait qu’il y a un certain nombre d’asiatiques commerçants. De là, on fait un raccourci très rapide: asiatique égal commerçant égal riche. Des délinquants viennent tenter leur chance, regrette-t-il pour BFMTV. »

« Le commissariat ne peut pas faire face »

La communauté chinoise dénonce l’augmentation de ces agressions, notamment à Aubervilliers. Alors, tout comme la municipalité, elle demande des moyens supplémentaires pour assurer sa sécurité. La maire PCF avait dénoncé un  »crime odieux » doublé  »d’un ciblage raciste ».

« Je le dis à chaque fois, s’il y avait suffisamment de présence policière ans certains quartiers où les habitants n’en peuvent plus, a regretté pour BFMTV l’édile, Meriem Derkaoui. Le commissariat fait un travail considérable mais il ne peut pas faire face à cela. »

Les autorités alertées

Plusieurs centaines d’habitants d’origine chinoise se sont rassemblés dimanche devant la mairie d’Aubervilliers. Une pétition en ligne a également été lancée pour dénoncer ce racisme anti-asiatique. Elle a recueilli plus de 10.000 signatures. Les signataires demandent « au président de la République, au gouvernement, aux parlementaires, aux candidats à l’élection présidentielle et aux élus locaux concernés des propositions et des initiatives fortes ».

Un problème qui n’est pas récent. En 2010, plusieurs milliers de personnes manifestaient à Belleville, dans le XXe arrondissement de Paris, pour protester contre les violences dont la communauté chinoise se disait déjà la cible. L’année dernière, une pétition rassemblant près de 26.000 signatures était envoyée au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur pour alerter une nouvelle fois les autorités sur le climat d’insécurité ressenti par la communauté asiatique.

Par C.H.A. avec Laetitia Soudy et Francis Simoes

 

 

http://www.bfmtv.com/societe/insecurite-la-communaute-asiatique-francaise-interpelle-valls-891898.html

Insécurité: la communauté asiatique française interpelle Valls

03/06/2015 à 10h58 Mis à jour le 03/06/2015 à 13h17

Des membres de la communauté franco-chinoise lors d'une manifestation en 2012.

Des membres de la communauté franco-chinoise lors d’une manifestation en 2012. – Kenzo Tribouillard – AFP

 

Une pétition rassemblant près de 26.000 signatures a été envoyée au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur pour alerter une nouvelle fois les autorités sur le climat d’insécurité ressenti par la communauté asiatique.

 

La colère monte dans la communauté asiatique. Ils sont élus, chercheurs, étudiants, techniciens, ouvriers, cadres, chef d’entreprise… et pourtant, « la société française se borne bien souvent à leur attribuer le seul statut de commerçants, et ne semble les apprécier que dans le folklore lié aux fêtes », regrette Jackie Troy, membre du Conseil représentatif des associations asiatiques de France (CRAAF). Mais ces préjugés ne sont pas le seul motif de gronde dans la communauté: « la sécurité est une préoccupation forte de nos membres », poursuit Jackie Troy, arrivée en France il y a plus de 25 ans.Ainsi, la semaine dernière, une pétition intitulée « Plus de sécurité pour vivre en harmonie », rassemblant plus de 25.000 signatures et près de 1.500 soutiens d’entreprises, a été envoyée à Matignon, au ministère de l’Intérieur, à la mairie de Paris, et à la préfecture de police, révèle mercredi Le Figaro.

Des manifestations depuis 2010

Les auteurs du texte assurent que « dans les quartiers fréquentés par les ressortissants asiatiques, les sites touristiques, ou  les centres commerciaux, les habitants ou touristes asiatiques sont souvent les cibles d’agressions, de nombreux cambriolages et braquages parfois très violents ». Et la pétition de rappeler le terrible fait divers en mars dernier, lorsqu’une restauratrice chinoise a été tuée à coups de marteau, et son époux battu avec une barre de fer, dans leur commerce en Seine-Saint-Denis, pour un motif crapuleux.

Une insécurité et une angoisse dénoncées depuis de nombreuses années par les associations franco-asiatiques: en juin 2010, une première manifestation avait été organisée à Paris pour protester contre les agressions dont ils se disaient victimes, notamment dans l’est parisien et le quartier de Belleville. Depuis, l’opération se renouvelle chaque année, mais la situation et le ressenti de la communauté ne semblent pas évoluer.

« C’est un appel au secours de la communauté asiatique de France, victime de plus en plus d’agressions », indiquait en avril dernier Taki Zhang, porte-parole du CRAAF, sur France Info. « On demande aux autorités de prendre conscience de ce malaise. Aujourd’hui on se fait agresser pour 20 euros ». Selon Le Figaro, Matignon a « accusé réception » de cette pétition. La communauté espère désormais obtenir un entretien avec les autorités.

Par Alexandra Gonzalez

En 2010 et 2011, les Chinois de Belleville ont manifesté pour leur sécurité

Leur première manifestation, le 20 juin 2010, avait dégénéré et rappelé des épisodes violents du passé, notamment entre Juifs et Musulmans en juin 1968.

La seconde, le 19 juin 2011, fut pacifique et semble avoir porté ses fruits.

Mais les représentants de la Chine en furent écartés.

L’on notera au passage que l’extrême-gauche s’est toujours mêlée de tous ces conflits.

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/06/20/01016-20100620ARTFIG00171-paris-la-communaute-chinoise-denonce-l-insecurite.php

Paris : la communauté chinoise dénonce l’insécurité

 

  • Par lefigaro.fr
  • Mis à jour le 20/06/2010 à 23:04
  • Publié le 20/06/2010 à 23:03

 

«Sécurité pour tous», ont scandé les manifestants.

Une manifestation organisée à l’appel d’associations franco-chinoises a rassemblé 8500 personnes dimanche dans le quartier de Belleville, où les agressions visant les Asiatiques semblent se multiplier.

C’est la plus grande manifestation de la communauté asiatique jamais organisée en France, selon ses organisateurs. Des milliers de personnes d’origine asiatique, chinoise notamment, ont défilé dimanche dans le quartier de Belleville à Paris, pour protester contre les violences dont ils se disent la cible.

Environ 8500 personnes, selon la police, ont pris part à cette marche organisée par un collectif d’associations franco-chinoises, entre la rue de Belleville et la place du Colonel-Fabien. «Belleville, quartier tranquille», ont scandé les manifestants, alternant slogans en français et en chinois et portant tee-shirts et autocollants siglés «Sécurité pour tous». La fille adoptive de Jacques et Bernadette Chirac, Anh Dao Traxel, d’origine vietnamienne, s’est jointe au cortège.

Depuis plusieurs mois, selon le collectif, les agressions et les vols violents visant les Asiatiques se multiplient dans l’est parisien. En particulier dans le quartier de Belleville, métamorphosé ces dix dernières années par un afflux d’immigrés asiatiques.

Échauffourées en marge de la manifestation

«Nous nous sommes décidés à descendre dans la rue après une agression lors d’un banquet de mariage à Belleville au début du mois», a dit Huong Tan, un porte-parole du collectif, inquiet que la situation ne dégénère «si les autorités ne réagissent pas». Car pour la première fois, explique-t-il, «quelqu’un de la communauté a répondu à la violence par la violence. Nous ne voulons pas que ça se reproduise». «Les agresseurs sont souvent des groupes de jeunes qui habitent ici», affirme-t-il.

Le maire du XXe arrondissement, Frédérique Calandra, a incité la communauté à mieux s’organiser: «Il faut que nous ayons des interlocuteurs». Le collectif , lui, réclame «des actions concertées et coordonnées» entre le préfet de police et les maires, dans ce quartier à cheval sur quatre arrondissements de la capitale, afin «de renforcer les dispositifs de sécurité et de prévention».

En marge de la manifestation, des échauffourées ont éclaté, donnant lieu à l’interpellation de trois personnes. Selon des témoignages recueillis sur place, les incidents auraient été provoqués par le vol du sac d’une manifestante. Intervenues une première fois, les forces de l’ordre ont essuyé des jets de projectiles, auxquels elles ont répondu par des gaz lacrymogènes. Après leur départ, des petits groupes de manifestants ont pris à partie des automobilistes et des cyclistes et ont déplacé des voitures garées afin de bloquer la circulation, ce qui a entraîné une nouvelle intervention des gendarmes mobiles. Peu après 22h00, le calme était revenu.

Avec AFP

 

http://www.marianne.net/Belleville-Chinois-contre-Africains_a194405.html

Belleville: «Chinois» contre «Africains»

 

Vendredi 25 Juin 2010 à 5:01

Arnaud Boisteau et Bénédicte Charles – Marianne

 

Dimanche 20 juin, une manifestation « pour la sécurité » dans le quartier de Belleville rassemblait des milliers d’asiatiques. Ils protestaient contre les vols et agressions dont ils seraient continuellement victimes. Et montraient du doigt une autre communauté, celle des immigrés d’origine africaine… Reportage au coeur d’un conflit inter-ethnique en plein Paris.

Du jamais vu : dimanche dernier, des milliers de Chinois ont manifesté à Paris. 8500 personnes selon la police, deux ou trois fois plus selon les habitants de Belleville, où ils ont défilé avec un mot d’ordre plus surprenant encore : « Sécurité pour tous ». Dans ce quartier populaire à la croisée des XXe, XIXe, XIe et Xe arrondissements parisiens, surnommé « le petit Chinatown » (le « grand » étant dans le XIIIe), la population immigrée d’origine asiatique, essentiellement chinoise, s’estime harcelée par des bandes de jeunes voyous du coin. Vols à la tire et agressions diverses seraient devenus le quotidien des Chinois de Belleville… qui accusent des jeunes souvent d’origine africaine d’être responsables de la majeure partie des faits commis. Bref, après avoir été le théâtre, en 2007, d’affrontements entre jeunes juifs et jeunes d’origine maghrébine, le quartier connaîtrait-il un nouveau conflit ethnique ?

« Vivre en France sans peur », « stop à la violence », « Belleville quartier tranquille », proclamaient les banderoles. Comme pour justifier ces revendications, des échauffourées ont éclaté en fin de journée, entre des manifestants et un groupe d’une dizaine de jeunes. Pourquoi ? Feng, 18 ans, a sa version. La jeune fille, qui révise son bac dans la boutique de traiteur tenue par ses parents rue de Belleville, accepte de nous la raconter, sous l’œil attentif de sa mère : « On manifestait pacifiquement pour dire aux gens notre ras-le-bol par rapport à tous ces actes d’incivilité dont nous sommes victimes, quand une bande de dix jeunes est rentrée dans la manifestation. Ils ont commencé à taper sur des gens. Ils ont aussi volé le sac d’une dame. Les Chinois ont récupéré le voleur et l’ont confié à la police, qui l’a relâché immédiatement. C’est pour ça que nous étions énervés car ça se passe toujours comme ça ».

Le pouvoir économique de la communauté chinoise de Belleville, qui, en un peu plus de cinq ans, a profondément modifié le quartier où fleurissent désormais les enseignes en mandarin, est important et attise les convoitises. D’autant que les Chinois sont réputés préférer les espèces à tout autre moyen de paiement. Ce qui fait d’eux des cibles idéales pour tous les voleurs à la tire et autre braqueurs de caisses enregistreuses à la petite semaine. « Il est pas rare de voir des gamins d’origine africaine voler le sac des femmes asiatiques qui tentent de les rattraper », raconte un commerçant du haut-Belleville.  D’autres riverains affirment « voir souvent des ados africains rentrer dans les épiceries chinoises et jeter des pétards avant de partir en courant ». La plupart du temps, les victimes ne déposent pas plainte. Soit parce qu’elles ne parlent pas le français, soit parce qu’elles sont en situation irrégulière.

Le pire — et le plus mal ressenti par la communauté chinoise — ce sont les vols au cours des mariages. Chaque samedi et dimanche, les Chinois organisent des mariages où les cousins de banlieue affluent au volant de BMW ou de Mercedes, formant des convois tout sauf discrets. Durant les banquets, la tradition veut que les invités remettent aux jeunes mariés des enveloppes rouges (appelées hong bao) contenant de l’argent liquide. Au total, cela peut représenter 7000 à 9000 euros. Ce sont ces sommes que volent régulièrement des jeunes qui viennent rôder autour des mariages. Le plus souvent avec violences. Et devinez qui sont les jeunes accusés de piquer ainsi la dot des mariés chinois ? Les jeunes d’origine africaine.

L’affaire est donc en train de virer sérieusement au conflit ethnique même s’il faut bien rappeler que ce n’est pas la seule raison, la précarité étant la raison première. Il suffit d’ailleurs de se promener rue de Belleville pour sentir ce climat délétère, parfaitement palpable, même en plein après-midi. Les passant marchent et se retournent très régulièrement. Les échanges de regards sont éloquents : un homme d’origine africaine passe devant un Chinois, le premier lui jette un regard insistant et lui fait baisser les yeux. La scène se reproduit à chaque coin de rue. Ambiance. « Je suis attristée de dire ça car je suis de gauche mais il s’agit évidemment d’un conflit inter-ethnique », conclut une riveraine.

Les Chinois ne sont cependant pas les seuls à mettre en cause, et de façon fort injuste, la population d’origine Africaine. Les autres habitants aussi n’hésitent pas à les charger. « Les Chinois sont des travailleurs, ils sont peut-être un peu trop entre eux mais ils ne dérangent personne. Ces jeunes, eux, ne font rien», explique ainsi doctement un kiosquier du quartier. Des considérations qui résument parfaitement l’état d’esprit de bien des riverains.

« Travailleur », c’est sans doute le mot qui revient le plus souvent dans la bouche des riverains lorsqu’il s’agit des Chinois. Un mot qui, cependant, masque mal le malaise : les Chinois ne sont, au fond, guère plus appréciés que les Africains.

« Ils sont mal polis, ne vous disent jamais bonjour même quand vous entrez dans leurs boutiques, ils crachent sans cesse par terre et ils font des trucs bizarres derrière les immeubles », affirme une habitante..

Pourtant, le quartier a déjà été confronté à maintes vagues d’immigration. Ancien faubourg de la ville de Paris, longtemps resté le poumon ouvrier de la capitale, il a accueilli depuis le début du 20ème, dans le désordre, les juifs tunisiens, les Portugais, les Maghrébins, les Africains… Et dès les années 1980, les Asiatiques. Ces mêmes Asiatiques ont peu à peu racheté les commerces du bas Belleville. D’où de nouvelles vagues d’immigration asiatique. La dernière aurait été celle de trop pour les habitants non sinophiles. Elle daterait de 5-6 ans tout au plus. Que ce soit les passants ou les commerçants, tout le monde dans le quartier s’accorde sur un point: « C’était mieux avant ».

Certes, il y avait déjà les petites bandes des rues adjacentes à la rue de Belleville, à commencer par la rue Piat, qui mène directement au Parc de Belleville, avec un panorama incroyable. Là, se massent des groupes de jeunes. C’est leur QG, et le point de départ des expéditions de vols à la tire dans les rues qui longent le parc  de Belleville à l’Ouest. Certes, il y avait déjà du deal, et même beaucoup. Mais l’ambiance n’était pas plombée à ce point.

« Les Chinois cherchent les problèmes, c’est eux qui foutent la merde , ils ne se mélangent pas aux autres habitants. Même quand la police vient ils préfèrent régler leurs comptent entre eux», s’énerve une commerçante. Une rancœur qui s’explique : elle est franco-tunisienne, vit en France depuis 1969… et n’a obtenu ses papiers que l’an dernier. C’est à dire en même temps que son employée chinoise, qui, elle était arrivée seulement quelques mois auparavant. Une histoire bien personnelle mais symptomatique du malaise ressenti par certains riverains, qui parlent de « population avantagée  ». C’est précisément ce que ressentent les bellevillois d’origine africaine, qui reprochent, en sus, aux Chinois de ne faire aucun effort pour s’intégrer… Mais derrière tous ces reproches en pointe un autre, plus difficile à formuler sans doute : pour les autres communautés du quartier, les Chinois ont surtout commis l’erreur d’avoir négligé la règle d’or de l’immigration en France, que résumait ainsi Malek Boutih lorsqu’il était encore président de SOS Racisme : «Le dernier arrivé ferme la porte».

 

http://www.slate.fr/story/23897/belleville-pas-si-explosif

Belleville: un mélange pas si explosif

 

Noémie Mayaudon

France

29.06.2010 – 0 h 00, mis à jour le 30.06.2010 à 14 h 19

En 2010 et 2011, les Chinois de Belleville ont manifesté pour leur sécurité dans Attentats

Malgré les tensions, les habitants de Belleville et les sociologues s’accordent à penser que le quartier n’est pas en danger.

Des milliers de Chinois ont défilé dimanche 20 juin dans le quartier parisien de Belleville. Une première pour cette «communauté» – ou plutôt «ces communautés», habituellement très discrète(s). A l’appel d’associations franco-chinoises, ils ont manifesté au cri de «Sécurité pour tous» et «Belleville, quartier tranquille». Ils se disent victimes d’agressions récurrentes et de vols à l’arrachée de la part de bandes de jeunes. La manifestation s’est terminée par des échauffourées impliquant une cinquantaine de jeunes manifestants asiatiques et une dizaine de jeunes d’origine maghrébine et africaine. Déjà des voix s’élèvent: Belleville la métissée serait touchée par des tensions communautaires. Est-ce la fin d’un modèle de coexistence pacifique?
Ces événements contredisent l’image d’une cohabitation harmonieuse et réussie dans le quartier de Belleville. Mais cette image, qui repose en partie sur l’histoire du quartier, tient plus du fantasme que de la réalité. Il était une fois… dans le passé, Belleville accueillait des grandes fêtes viticoles. Les bourgeois parisiens venaient alors s’encanailler dans ce quartier ouvrier, rattaché à Paris en 1860. Bastion de la Commune de Paris, il véhicule toujours des valeurs de communion et de partage.

Ah l’âme de Belleville!  Le fantasme de la mixité culturelle et sociale comme dans les paroles de la chanson Viens voir Belleville sortie en 1988 et chantée par des enfants du quartier.

On n’est pas de ce pays-là
On vient d’ailleurs, de tout là-bas
D’Afrique, Asie, Portugal
Des Antilles ou de l’Espagne.
On n’a pas les mêmes histoires
Nos langues n’ont rien à voir
Pourtant nous sommes voisins
Même si nos pays, c’est loin.
{refrain :}
Viens voir Belleville, et tu comprendras
Viens voir Belleville, qu’en changeant de maison
Viens voir Belleville, tu changes de pays
Allez viens, tu vois c’est chouette

Une joyeuse mixité? Patrick Simon, un sociologue de l’Ined qui a longtemps travaillé sur le quartier, parle lui d’une «fragile mosaïque», culturelle et sociale, qui s’est construite au rythme des différentes vagues d’immigration. D’abord polonaise, arménienne, turque, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, puis kabyle d’Algérie et séfarade dans les années 1950 et 1960. Les décennies suivantes verront l’installation de la population asiatique.

C’est cette vague d’immigration qui va modifier visiblement la physionomie du quartier. Selon Marie Poinsot, rédactrice en chef de la revue Hommes & Migrations, leur capacité financière étant importante, ils achètent beaucoup de commerces. Les années 1980 voient également un nombre important d’immigrants d’Afrique noire s’installer à Belleville. Derniers arrivants en date, la catégorie un peu floue des «bobos», d’abord des classes moyennes (intermittents du spectacle, travailleurs sociaux), ensuite, depuis dix ans, des catégories supérieures séduites par ce que Patrick Simon dénomme un «effet de décor». Un concept qui renvoie au cosmopolitisme de Belleville, apprécié comme cadre de vie.

Toutes ces communautés cohabitent relativement pacifiquement. Ce qui n’exclut pas, bien sûr, des tensions ponctuelles.

retrouver ce média sur www.ina.fr

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Au-delà des tensions ponctuelles, un événement a cristallisé la peur des Bellevillois. En 1968, alors que les grèves prennent fin, raconte Patrick Simon, «un affrontement entre juifs et arabes marque profondément les esprits». C’est une banale partie de dés entre un juif tunisien et un Algérien qui aurait dégénéré. S’en suit une bataille générale, des boutiques brûlées, l’intervention des CRS pendant 10 jours et une grande émotion. D’après Patrick Simon, cette impression que le quartier était sur le fil a servi durablement d’exemple.

Quarante ans plus tard, comme en 1968, le contexte social est tendu. L’activité économique sur place tend à se réduire. Traditionnellement lieu de résidence et lieu d’activité, Belleville perd progressivement de son dynamisme. Et pourtant, ceux qui connaissent le quartier sont persuadés que, malgré les tensions et les crispations, le modèle de coexistence pacifique va perdurer.

A chacun a son espace

En fait, comme il n’y a pas une communauté chinoise, il n’y a pas un Belleville. Si on s’éloigne de la rue de Belleville, en direction de Ménilmontant, peu de chances de croiser un membre de la communauté asiatique. Globalement, dans le bas Belleville, se situe la population noire africaine. Autour de la station de métro Couronnes, on trouve des bars et des cafés tunisiens, marocains.

Les choses dégénèrent dès lors que l’on empiète sur le territoire de l’autre. Bien sûr, cela n’exclut pas qu’individuellement les membres des différentes communautés entretiennent des relations.

Les associations

La régulation des tensions s’opère grâce au tissu associatif. Le quartier de Belleville est très actif de ce point de vue. L’action sociale, culturelle, sportive est l’une des plus denses de Paris. Selon Mohamed Ouadanne, responsable de coordination de l’association Trajectoires, ce dynamisme correspond à une demande effective de la population. Les initiatives ont tendance à s’amplifier pour générer des débats, des rencontres. Aux sceptiques, Mohamed Ouadanne répond que plus il y a d’initiatives, plus il y a de chances qu’il y ait des résultats. Les conseils de quartier, sans exagérer leur importance, concourent aussi à ce maillage étroit du quartier.

Enfin, créé en 2002 à l’initiative de Danielle Simonnet, adjointe au maire du 20e arrondissement, le Conseil de la citoyenneté des habitant-e-s non communautaires du 20e arrondissement (CCHNC) est un organe qui vise à favoriser la participation des résidents étrangers à la vie municipale.

L’école joue également un rôle de régulateur social. C’est un des lieux de socialisation où les différentes communautés se côtoient. A Belleville, l’histoire du quartier est ancrée dans la mémoire collective. Parmi les manifestants, dimanche 20 juin, certains arboraient un T-shirt «J’aime Belleville», symbole de leur attachement au quartier. Sans doute parce qu’il y a une volonté d’évoluer sans faire table rase du passé. «Contrairement à certaines communes dans lesquelles on rase et démolit des barres d’immeubles, Belleville est un quartier où l’on essaie de conserver l’habitat social», précise Mohamed Ouadanne.

Un  problème de sécurité plus que de communauté?

Interpréter les événements de dimanche 20 juin comme la manifestation de tensions communautaires n’est pas faux, mais c’est une explication partielle. Patrick Simon avait déjà réalisé des entretiens avec des habitants de Belleville dans les années 1980 au sujet de la présence chinoise. A ce moment-là, une partie de la population maghrébine portait déjà un regard critique sur la population asiatique, une «communauté secrète qui ne se mélange pas». Arrivés en même temps que les Chinois, les Africains sont cependant moins visibles. Pas d’implantation commerciale, donc leur présence est moins évidente pour qui observe la vie du quartier.

D’autres facteurs entrent en compte. Les Chinois sont une cible privilégiée car ils ont la réputation de transporter beaucoup d’argent liquide sur eux. Mais la communauté asiatique elle-même est divisée sur les explications. Ils partagent un constat: les agressions se multiplient. Marie Poinsot, rédactrice en chef  de la revue Homme et Migration, rappelle qu’une partie de la communauté chinoise est impliquée dans le trafic de drogue et la prostitution. A ce titre, il peut s’agir de représailles qui rejaillissent sur toute la communauté. Mais reste à savoir s’il s’agit de racisme ou d’une insécurité croissante.

Noémie Mayaudon

L’explication remercie Patrick Simon, sociologue à l’Ined, Marie Poinsot rédactrice en chef de la revue Hommes & Migrations et Mohamed Ouadanne, socioanthropologue et responsable projets et coordination de l’association Trajectoires.

À LIRE ÉGALEMENT SUR SLATE: «Chinois de France» ne veut rien dire

Photo: Paris, Belleville / jane vc. via Flickr License CC by

Noémie Mayaudon

 

http://www.chine-informations.com/guide/quartier-chinois-de-paris-belleville_207.html

Quartier chinois de Paris Belleville

 

© Chine Informations – La Rédaction

 

Belleville est un vieux quartier populaire d’immigration. Il s’apparentait au quartier de « La Goulette » de Tunis. Le boulevard de Belleville a parfois, les soirs d’été, avec ses terrasses de restaurants orientaux, des faux airs de cette banlieue chic de Tunis. Le carrefour de Belleville est formé par quatre quartiers administratifs de quatre arrondissements différents dans lesquels la proportion d’étrangers de toutes origines est plus forte que la moyenne parisienne.

L’implantation des commerce asiatiques est la plus récente. Elle se concentre principalement dans la partie neuve reconstruite vers le milieu des années 70, délimitée par les rue de Belleville, Rampal, Rebeval et Jules-Romains et depuis peu dans les immeubles de haut standing ouverts à l’habitation depuis 1983 et circonscrits par les rues de Belleville, Jules-Romains, Rebeval et le boulevard de la Villette. C’est dans cet îlot que se sont installés depuis 1985 des Asiatiques exerçant des professions libérales.

Plus près du centre de Paris, dans un quartier de forte tradition commerciale, Belleville est un espace convoité par plusieurs grands groupes d’entrepreneurs Chinois, parmi lesquels le groupe Paris-Store qui est l’un des plus grands restaurants chinois de Paris.

L’évolution du commerce dans le quartier

L’installation de commerces asiatiques est liée à l’arrivée des réfugiés de l’ancienne Indochine. Presque tous les commerçants appartiennent aux minorités d’origine chinoise. Cette implantation a commencé en 1978 avec la création d’un restaurant rue de Belleville dans un îlot reconstruit.
En 1979, un commerce d’alimentation asiatique s’est installé rue Jules-Romains ( transformé depuis en commerce de produits non alimentaires), très vite suivi dans la même année et l’année suivante par quatre autres commerces du même type rue de Belleville.

Le processus d’implantation était entamé. Ce qui est remarquable concerne les premiers établissements qui se sont installés dans des espaces commerciaux neufs et inoccupés depuis une, deux, ou trois années. Ici, comme dans le 13eme, les asiatiques ont bénéficié du semi-échec d’un nouvel urbanisme commercial ; le retard de l’utilisation de ces nouveaux espaces est d’autant plus incroyable qu’à Belleville l’activité commerçante est fébrile.

Au début des année 80, l’implantation se poursuit et s’étand vers des secteurs de bâtis très différents. Puis la barrière des boulevards de la Villete et de Belleville est franchie : des restaurants ouvrent rue Civiale, rue Louis Bonnet, rue de la Présentation, dans un secteur fortement dégradé.

La multiplicité des ancrages

Historiquement marqué par une forte concentration d’immigrés de plusieurs nationalités, Belleville connait depuis les dix dernières années de profonds changements. De vastes programmes immobiliers ont eu pour conséquence directe la hausse du prix des logements et la disparition de certains commerces ethniques en crise. La population du quartier s’est renouvelée avec notamment l’arrivée des Chinois et d’autres asiatiques. La présence pourtant forte des commerçants Chinois du Cambodge n’empêche pas l’implantation d’autres groupes venant de Chine continentale, de Hong Kong et de Thailande.

La cohabitation entre les Asiatiques de différentes ethnies et les habitants immigrés du quartier, dont un grand nombre sont Maghrébins, Africains, Turcs, est une des caractéristiques de Belleville. D’abord les plus grandes surfaces commerciales de Belleville sont progressivement achetées par des Chinois ( le cas du surpermarché Barbès en est un exemple).

Ensuite, l’implantation des familles arrivées récemment de Chine continentale favorise le développement des ateliers de confection. La présence de ces nouveaux arrivants qui représentent un bassin de main d’oeuvre bon marché a des conséquences économiques importantes dans ce quartier où les prix des produits sont particulièrement bas.

 

http://cdlm.revues.org/135

Juifs et musulmans à Belleville (Paris 20e) entre tolérance et conflit

 

Daniel Gordon
p. 287-298

 

Résumés

Belleville, quartier de l’Est parisien, est une implantation dans le Nord de l’ancien cosmopolitisme méditerranéen, avec une forte présence de maghrébins juifs et musulmans. Mais la coexistence n’a pas été toujours été facile, notamment lors des émeutes de juin 1968 qui ont opposé les deux communautés. Cet article interroge cet événement comme révélateur du modèle de cosmopolitisme local. Dans le contexte agité des événements de mai 1968 et du premier anniversaire de la Guerre des Six Jours, les divers observateurs ont attribué l’émeute de Belleville à des tensions entre éternels ennemis, à un complot sioniste, à un complot arabe, ou à un complot capitaliste selon leur goût.

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Texte intégral

 

Introduction

1Le cosmopolitisme, idéal universel, s’inscrit néanmoins dans un cadre local, au sein de quartiers urbains précis. Belleville, quartier très symbolique de l’Est parisien, est un exemple particulièrement fort de ce phénomène, Pour l’essentiel, l’identité bellevilloise repose sur deux bases. Tout d’abord, comme fief ouvrier, ancré à gauche depuis la Commune de Paris et au-delà1, et ensuite comme lieu cosmopolite, terre d’accueil des immigrés, pendant tout le XXe siècle.

2Durant les années 1960, deux migrations trans-méditerranéennes ont peuplé Belleville : les travailleurs immigrés maghrébins, algériens pour la plupart, et les juifs tunisiens arrivés après l’indépendance tunisienne. C’est un exemple relativement rare donc, de coexistence judéo-arabe dans un même quartier pendant la période post-coloniale. Le sociologue Patrick Simon parle même d’un « mythe de Belleville »2, car les habitants perçoivent leur quartier comme exceptionnellement tolérant et cosmopolite. On pourrait qualifier Belleville d’implantation dans le Nord du cosmopolitisme perdu de la Méditerranée d’hier.

3Mais s’agit-il d’un cosmopolitisme « vrai » où la mixité et le métissage deviennent la règle, ou plutôt d’un cosmopolitisme de façade, où les communautés distinctes se côtoient et en général se tolèrent, mais ne se mélangent pas ?

4Nous posons donc la question du communautarisme parce que, lorsque nous nous sommes rendus à Belleville pour la première fois en 1998, ce qui nous a frappé, c’est l’existence d’une très forte ségrégation. Il est souvent dit en France, que le communautarisme est un phénomène anglo-saxon, mais il existait là, sous nos yeux, à Paris. Sur le boulevard de Belleville, il y avait les commerces arabes d’un côté, les commerces juifs sépharades de l’autre, et plus haut, les commerces chinois, comme s’il existait des lignes de démarcation très strictes entre eux. Il n’y avait personne d’apparence européenne. C’est un point de vue superficiel sans doute,3 mais impressionnant tout de même.

L’émeute de Juin 1968

5Le modèle bellevillois de cosmopolitisme repose-t-il sur des fondations fragiles ? Parfois en France on utilise le nom même de Belleville comme synonyme de communautarisme4. Il s’y est produit pendant les événements de mai-juin 1968, une émeute assez grave entre juifs et arabes. Evénement atypique sans doute, mais peut-être révélateur non seulement de la question de l’immigration et de l’engagement politique5 mais aussi de la question du cosmopolitisme. Ce qui caractérise une émeute, ce n’est pas seulement la violence physique en tant que telle, mais également les divergences d’interprétation entre les différents observateurs. Quand la violence commence, des « spécialistes », selon l’historien Paul Brass, la politisent à leurs propres fins, et font d’une simple bagarre une émeute politique6. Nous analyserons ici l’émeute de 1968 comme révélateur du rôle de ces « spécialistes », et les différents points de vue souvent contradictoires sur le cosmopolitisme bellevillois.

6Que s’est-il donc passé ? Le dimanche 2 juin 1968, une discussion autour d’une partie de cartes dans un café oppose deux tunisiens, un juif et un musulman. Le perdant a, semble-t-il, refusé de payer son dû au gagnant l’accusant d’avoir triché. Les autres personnes présentes dans le café se sont jointes à la bagarre qui rapidement a tourné à l’émeute. Les fenêtres des commerces des différentes communautés sont brisées, la police arrive et procède à des arrestations. Les 3 et 4 juin, l’émeute continue : une cinquantaine de commerces sont brûlés ou saccagés, on tente d’incendier la synagogue Julien Lacroix et, selon certains, on déplorerait même un mort.

7Les émeutiers sont des hommes jeunes, juifs tunisiens contre musulmans algériens, marocains et tunisiens. On utilise pour se battre des bouteilles, des pierres, des barres de fer, des couvercles de poubelles; certains parlent aussi de cocktails Molotov, voire de mitraillettes, ce que d’autres démentent7.

8Des appels au calme de divers acteurs extérieurs sont lancés par les députés communistes locaux, les organisations des droits de l’homme, mais plus important, semble-t-il, par ceux qui se considèrent comme « chefs de communautés ». Côté juif, ce sont les autorités religieuses de la synagogue, côté arabe, les représentants des gouvernements maghrébins. Le rabbin de la synagogue visite le quartier aux côtés de l’ambassadeur tunisien8. Les autorités algériennes interviennent via leur l’ambassadeur et via l’Amicale des Algériens en Europe. Cette émeute était considérée comme suffisamment grave pour que Abdelaziz Bouteflika, alors ministre algérien des Affaires Etrangères convoque l’ambassadeur français à Alger pour des entretiens, et pour que le Président Boumedienne lui-même en discute avec le chef de l’AAE9. Un autre groupe de « spécialistes » est intervenu, ce sont les étudiants français d’extrême- gauche, dont une centaine se sont dirigés sur Belleville depuis le Quartier Latin10. Et bien sûr la presse française s’est emparée de cette affaire.

9Chacun de ces acteurs a eu sa propre théorie pour expliquer l’émeute. Il y a eu quatre explications différentes, et toutes seront révélatrices.

I – D’éternels ennemis ?

10La première explication, était exposée dans le journal Le Figaro : les arabes et les juifs sont des éternels ennemis, à Belleville comme ailleurs11. Laissons de côté la question controversée des relations judéo-arabes dans les pays d’origine, et regardons la situation locale, une situation qui, nous semble-t-il, ne permet pas de soutenir la théorie de la rivalité permanente.

11Tout d’abord si les relations sont si détestables que cela, pourquoi choisit-on d’habiter le même quartier? De plus les deux protagonistes dans le café ne faisaient-ils pas preuve d’originalité parmi les tunisiens juifs et musulmans en acceptant de se fréquenter ? (ce n’était pas le cas pour les algériens et les marocains). En effet, d’autres juifs ont même critiqué les juifs tunisiens d’être trop arabophiles, parce que le 2 juin, fête juive, ils ont joué aux cartes avec les arabes plutôt que de se rendre à la synagogue.

12Les deux communautés avaient en commun une langue, l’arabe, et un mode de vie « à l’orientale ». Un mode de vie stigmatisé par les Français, y compris les juifs non bellevillois, mais pas si éloigné de celui de l’autre communauté, avec laquelle on partageait les repas lors des fêtes religieuses.

13A Belleville, beaucoup d’arabes faisaient leurs courses dans les magasins juifs et mangeaient dans les restaurants juifs. Un boucher cacher déclarait que sa clientèle était quasi-entièrement musulmane. Environ 80 musulmans étaient employés dans les entreprises juives, permettant aux restaurants, par exemple, d’ouvrir le samedi12. Néanmoins, beaucoup de travailleurs immigrés habitant Belleville travaillaient plutôt en usine que dans des commerces locaux. Il y avait donc relativement peu de concurrence ou de conflits économiques directs entre les deux groupes.

14Il ne faut pas exagérer non plus l’inégalité entre les deux groupes. Selon Claude Tapia, auteur de nombreux travaux sur Belleville, 66% des juifs tunisiens bellevillois pouvaient être classés comme prolétaires, ayant souffert d’un déclassement par rapport au statut qui était le leur en Tunisie.13 L’hebdomadaire Afrique-Action a publié une photo de deux garçons bellevillois, accompagnée de la légende. « Lequel est juif, lequel est musulman ? La misère est le même. »14

15Ce sont les observateurs extérieurs qui ont attribué à l’émeute des origines conflictuelles lointaines. Pour Le Figaro, l’Etat français était un arbitre neutre entre deux groupes qui se détestaient depuis toujours. C’est un point de vue républicain peut-être, mais aux accents colonialistes : on justifie la présence coloniale par l’incapacité des différents groupes d’indigènes à régler leurs conflits entre eux. Il faut noter les racines coloniales du modèle d’encadrement des immigrés : le 3 juin, Maurice Grimaud s’est rendu à Belleville en compagnie du commandant Brasseur du Service d’assistance technique (SAT). Le SAT avait été l’outil favori de Maurice Papon pendant la guerre d’Algérie pour lutter contre la Fédération de France du FLN,15 et le voilà en opération avec son successeur Grimaud, réputé plus libéral.

16Par contre, les immigrés bellevillois ont minimisé ces tensions et comme l’a déclaré un cafetier juif :

« Nous sommes tous frères. Nous nous connaissions à Tunis et nous vivons ensemble »16.

17On trouvera des échos de ces sentiments dans des récits d’histoire locale, comme par exemple, « Belleville mon village » de Clément Lepidis. Pour Lepidis, Belleville est avant tout cosmopolite et tolérant, et ce sont les autorités extérieures qui sont intolérantes. Les souffrances des juifs de Belleville pendant le gouvernement de Vichy et des arabes pendant la guerre d’Algérie s’inscrivent pour lui dans un héritage commun17. Sans doute y a-t-il ici beaucoup de romantisme, du mythe de Belleville, car Lépidis écrivait pour défendre Belleville contre les promoteurs immobliers qui menaçaient ce quartier populaire pendant les années 198018. On ne souffle d’ailleurs pas mot de l’émeute de juin 1968 dans le livre de Lepidis.

18La réalité bellevilloise se trouvait sûrement entre le « conflit permanent » du Figaro et le « lieu cosmopolite » du mythe local.

II – Un complot sioniste ?

19La deuxième explication est donnée par les autorités algériennes. L’émeute serait une provocation des sionistes pour fêter le premier anniversaire de la fin de la Guerre des Six Jours et de la victoire israélienne. El Moudjahid, journal du FLN, évoquait des « sionistes armés ». Si l’Amicale des Algériens en Europe était d’accord, elle refusait de faire l’amalgame entre les juifs de Belleville et les groupes sionistes.19

20Pourquoi a-t-on parlé de conspiration sioniste ? Après 1967, les idées sionistes trouvent un écho parmi les juifs maghrébins de France, qui, jusque là, n’étaient pas vraiment des sionistes enthousiastes. A l’époque de l’indépendance algérienne, la presse israélienne avait reproché aux juifs maghrébins d’émigrer en France plutôt qu’en Israël. Mais dans les années 1967, le sionisme se développe : les associations juives d’assistance sociale se transforment de plus en plus en organisations politiques.20 A Belleville, on ne relève que 61 émigrants en Israël en 1967, mais 220 en 1968 et 232 en 1969, et pour la plupart des jeunes de 18 a 20 ans,21 ayant le même âge que les émeutiers de juin 1968.22

21Si certains jeunes gens d’origine juive, et même juive maghrébine, se rapprochaient des positions pro-palestiniennes des groupuscules d’extrême- gauche, comme en témoigne l’autobiographie de Benjamin Stora,23 il s’agissait là de jeunes qui s’éloignaient de leur racines juives pour rejoindre le monde internationaliste du gauchisme.24 Pour ceux qui restaient attachés au judaïsme, être juif signifiait, de plus en plus souvent, être partisan d’Israël, ce qui n’était pas le cas auparavant.

22Il n’existe bien sûr aucune preuve d’un quelconque complot, téléguidé depuis Israël, visant à déclencher l’émeute de Belleville, mais il est certain qu’existait côté juif une forme d’organisation, révélant l’aspect non spontané des événements une fois l’émeute commencée. Le Jewish Chronicle de Londres a fait allusion à une réunion privée où l’on reconnaissait que, les jeunes juifs ayant participé a l’émeute, avaient été placés sous le commandement de jeunes cadres, expérimentés et organisés, dans des unités d’autodéfense25.

III – Un complot arabe ?

23Une troisième explication était à l’opposé de la seconde : selon certains porte-paroles juifs de Belleville, l’émeute aurait été fomentée par des arabes de l’organisation palestinienne Al Fatah, pour venger la défaite de 1967. On parlait d’un mot d’ordre qui circulait verbalement et dans un tract, appelant les musulmans à éviter les juifs à l’approche du premier anniversaire de la guerre26. Des reportages à sensation suivirent dans la presse conservatrice, avec des titres du type : « A Belleville, un tract arabe appelle à la ‘‘guerre sainte’’ contre les juifs »27.

24Comme pour la piste précédente, le contexte international explique en partie pourquoi on en est arrivé à cette théorie de complot. Al Fatah a attiré l’attention du monde en mars 1968, lors de son premier combat contre les forces israéliennes à Karameh dans la vallée du Jourdain. L’organisation a commencé également, dès cette année, à établir des contacts en France, avec des intellectuels tel Maxime Rodinson, et des hommes politiques tel Michel Rocard28. On peut donc comprendre pourquoi les juifs de Belleville ont perçu Al Fatah comme une menace, présente partout, tout comme les algériens voyaient des sionistes partout.

25Mais encore une fois, il n’y a probablement pas eu de complot. La presse n’a rendu compte de ce fameux tract que le 5 juin, trois jours après le début de l’émeute, ce qui peut être expliqué par la controverse survenue le 4 juin dans la Sorbonne occupée. Il y a eu, semble-t-il, un incident au sujet de tracts, entre les réprésentants d’Al Fatah et ceux du MAPAM, parti sioniste de gauche29, ce qui aurait provoqué l’affaire des tracts, attribués a Al Fatah, les étudiants algériens ayant démenti avoir écrit ces tracts30.

26Il se pose également pour ces deux explications –complot sioniste, complot arabe– un problème de dates. Les émeutes ont commencé 3 jours avant l’anniversaire de la guerre, et se sont achevées avant l’anniversaire lui-même, malgré un supplément spécial d’El Moudjahid sur la guerre le 5 juin, avant l’aggravation de la tension au Moyen-Orient, avec les batailles aériennes du 4 juin et les émeutes de Jérusalem le 5 juin et malgré l’assassinat de Robert Kennedy, candidat à l’élection présidentielle aux Etats-Unis, apparemment par un palestinien qui lui reprochait son soutien à Israël.

27Pour les deux camps, cependant, l’insécurité a été bien réelle. Les algériens redoutaient une montée des activités sionistes en France, perçues comme une menace dans le contexte de l’après-Guerre des Six Jours, où Israël s’était révélé comme la puissance numéro un au Moyen-Orient et les Etats arabes voisins impuissants. Les juifs tunisiens quant à eux redoutaient une montée de l’antisémitisme, tout d’abord avec la volte-face de la politique étrangère française, jadis pro-israélienne, après les déclarations de de Gaulle en 1967 sur Israël « peuple dominateur », et ensuite les tentatives d’accuser mai 68 d’être une conspiration juive31. Dans ces circonstances confuses, l’émergence d’Al Fatah fournissait un très bon bouc émissaire pour expliquer les émeutes de Belleville.

28De plus, pour les chefs des deux communautés, il était plus facile d’accuser l’autre plutôt que de critiquer le gouvernement français. D’un côté, les résidents juifs ont acclamé l’arrivée des renforts policiers à Belleville le 3 juin aux cris de « Vive la France! »32 voulant ainsi apparaître comme de vrais Français, se distinguant des arabes qui sont des étrangers. De l’autre, les responsables tunisiens ont mis l’accent sur l’idée que les immigrés arabes étaient les « hôtes » de la France33, voulant par un comportement responsable, démontrer que l’on sait bien se tenir chez les autres. Dans les deux cas, c’était le signe d’un communautarisme naissant mais plutôt « soft » et qui ne cherchait pas à remettre en cause les règles françaises.

IV – Un complot capitaliste ?

29Par contre, pour la gauche et l’extrême gauche française, les émeutes de Belleville n’avait rien à voir avec le Moyen Orient. Il s’agissait plutôt d’un complot du gouvernement gaulliste pour diviser les travailleurs. Selon cette quatrième piste, suivie par L’Humanité et également par des tracts et affiches des mouvements gauchistes, il existait plusieurs signes révélateurs d’une conspiration du pouvoir.

30Les émeutiers juifs portaient des brassards, pour que la police puissent les identifier. On évoquait également la présence d’ex-harkis, armés de barres de fer, ayant reçu carte blanche des forces de l’ordre. Il a été souligné également que les émeutiers se dirigeaient directement vers les vitrines des commerces, comme si l’on cherchait à créer le maximum de désordre. Il a été fait allusion à des agents gaullistes, présents dans le quartier, qui auraient menacé des facteurs en grève avec un revolver. Il a également été noté l’importance et la brutalité de la réponse policière a cette émeute34.

31Certaines de ces observations étaient plus fondées que d’autres. Comme L’Humanité l’a noté, le fait qu’il n’y avait pas eu de violence à Belleville pendant la guerre de 67, suggère qu’il faudrait plutôt chercher une explication dans le contexte français de mai 68. Mais, pour établir l’existence d’un complot, il n’y a pas de preuve. Quant au comportement bizarre des émeutiers, il est assez habituel, dans les émeutes, de s’attaquer aux biens plutôt qu’aux personnes35.

32Pour ce qui est de la « répression », plusieurs témoignages confirment que la réponse policière a été forte, avec usage de grenades lacrymogènes et matraquages. La présence de 5000 CRS a été bien sûr excessive, pour une bagarre dans un café36, mais, il y a exagération : le premier jour, il n’y a eu qu’entre 10 et 20 arrestations, donc rien de vraiment comparable aux répressions de la guerre d’Algérie, comparaison faite par les maoïstes Alain Geismar, Serge July et Erlyne Morane37.

33Il faut noter qu’après mai 1968, les maoïstes de la Gauche Prolétarienne ont placé les luttes des travailleurs immigrés au premier plan dans leur stratégie révolutionnaire. Ils ont donc voulu interpréter les émeutes de Belleville comme le signal d’une révolte massive des immigrés contre l’Etat français, ce qui n’a pas été tout à fait le cas. L’année suivante, les étudiants maoïstes ont choisi d’investir Belleville pour leur defilé du 1er mai, sans consultation des bellevillois, un mauvais choix, qui a conduit à un véritable fiasco et un à harcèlement accrue des maghrébins de Belleville par la police. Une autocritique maoïste, a attribué la responsabilité de ce fiasco au « mythe de la résistance prolétarienne à Belleville », né pendant les émeutes de juin 6838.

34Les immigrés n’étaient donc pas les seuls à chercher dans le complot l’explication à ces événements, les Français aussi. Mais le nouveau contexte, avec le succès de la manifestation gaulliste du 30 mai, l’ébauche d’un retour au travail après la grève générale, voyait pour la première fois, depuis plusieurs semaines, la gauche sur la défensive. On peut comprendre qu’elle redoutait une tentative de division des travailleurs, mais on peut se demander pourquoi utiliser une bagarre entre deux groupes d’immigrés, quand il aurait été plus efficace de provoquer une émeute entre Français et immigrés, ce qui n’a pas eu lieu.

Conclusion

35On a vu a quel point un simple fait divers, dans un quartier aussi cosmopolite que Belleville, peut servir de symbole pour des conflits qui dépassent largement ces limites géographiques. Aucune des quatre explications, suggérées pour expliquer l’émeute de juin 1968, ne suffit à elle seule. Mais, cela ne veut pas dire qu’elles soient sans valeur. Chacune montre les espoirs et les désespoirs de ceux qui les ont énoncées, dans un contexte de bouleversements local, national et international, où le cosmopolitisme a été mis en question.

36Aujourd’hui, les relations judéo-arabes sont à nouveau sur le devant de l’actualité. Depuis le début de la deuxième Intifada et le 11 septembre 2001, on s’inquiète que ce difficile contexte international ne suscite un nouveau communautarisme en France. Mais, force est de constater, néanmoins, que si des incidents graves sont survenus récemment en banlieue, ils ne se sont pas reproduits à Belleville.39

37De retour dans ce quartier en 2004, nous avons remarqué une absence quasi-totale de slogans concernant le conflit israélo-palestinien. Le communautarisme existe à Belleville sur le plan culturel, mais pas forcément sur le plan politique. Il existerait en effet une sorte de pacte implicite afin d’éviter de faire entrer dans l’espace local le conflit du Proche-Orient. On peut donc conclure, peut-être, sur une note optimiste : le modèle bellevillois de cosmopolitisme n’est pas mort.

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Notes

1 - G. Jacquemet, Belleville au XIXe siècle, Paris, EHESS, 1984.
2 - P. Simon, « La société partagée. Relations interethniques et interclasses dans un quartier en rénovation. Belleville, Paris XXe », Cahiers internationaux de sociologie, XCVIII, (janvier-juin 1995), pp. 180-183; P.Simon et C.Tapia, Le Belleville des juifs tunisiens, Paris, Autrement, 1998, p. 167.
3 - Ces impressions initiales ne tiennent pas compte, par exemple de la présence dans le quartier des « petits blancs » français – parisiens ou provinciaux – ainsi que les juifs ashkenazes et autres.
4 - Voir par exemple D. Riot et D. Ajbali, Ben Laden n’est pas dans l’ascenseur … L’immigration, miroir des peurs de la société, Strasbourg, Desmaret, 2002, p. 174.
5 - Ces recherches ont été réalisées dans le cadre d’une étude sur les immigrés et mai 68 (Immigrants and the New Left in France, 1968-1971, thèse de doctorat soutenu a l’Université de Sussex en 2001).
6 - P. Brass, Riots and Pogroms, Basingstoke, Macmillan, 1996, pp. 12-15.
7 - Le Figaro, 3 juin 1968; Le Figaro, 4 juin 1968; L’Aurore, 4 juin 1968; France-Soir, 4 juin 1968; Le Monde, 4 juin 1968; France-Soir, 5 juin 1968; Paris-Presse L’Intransigeant, 5 juin 1968; Jeune Afrique, 10-23 juin 1968; Jewish Chronicle, 14 June 1968; Jeune Afrique, 22-29 juillet 1968; Simon et Tapia, Le Belleville des juifs tunisiens, cité, pp. 168-171.
8 - L’Aurore, 4 juin 1968 ; France-Soir, 5 juin 1968 ; Le Monde, 5 juin 1968.
9 - Arab Report and Record, 1-15 juin 1968 ; El Moudjahid, 5 juin 1968.
10 - France-Soir, 4 juin 1968 ; Le Nouvel Observateur, 7 juin 1968 ; Spectator, 7 juin 1968; A.Geismar, S.July et E.Morane, Vers la guerre civile, Paris, Editions Premières, 1969, p. 340; M.Grimaud, En mai, fais ce qu’il te plait, Paris, Stock, 1977, p. 301.
11 - Le Figaro, 4 juin 1968.
12 - Jeune Afrique, 1-7 juillet 1968 ; C. Tapia, « North African Jews in Belleville », Jewish Journal of Sociology, 16,1 (juin 1974), p. 14, 18; P. Simon, « La société partagée », cité, p. 178; P. Simon et C. Tapia, Le Belleville des juif tunisiens, cité, pp. 100-101, 112-113, 149-150, 169.
13 - Tapia, « North African Jews in Belleville » , pp. 18-20.
14 - Jeune Afrique, 1-7 juillet 1968.
15 - Voir N. McMaster, Colonial Migrants and Racism: Algerians in France 1900-1962, Basingstoke, Macmillan, 1997.
16 - Jeune Afrique, 1-7 juillet 1968.
17 - C. Lepidis, « Belleville, mon village », dans C. Lepidis et E. Jacomin, Belleville, Paris, Henri Veyrier, 1980, pp. 57-64, 73.
18 - C. Lepidis, « Belleville mon village », cité, p. 82.
19 - El Moudhjahid, 6 juin 1968 ; Amicale des Algériens en Europe, « Halte! A la provocation », communiqué reproduit dans El Moudjahid, 8 juin 1968. Selon A. Schnapp et Pierre Vidal-Naquet, Journal de la commune étudiante: textes et documents, novembre 1967 – juin 1968, Paris, Seuil, 1969, p. 640. cette théorie a été partagé en France par « quelques associations d’étudiants étrangers connus pour leur verbalisme (étudiants d’Afrique noire, grecs, arabes, etc) ».
20 - M. Abitbol, « The integration of North African Jews in France », Yale French Studies, 85 (1994), pp. 259-260.
21 - C. Tapia, « North African Jews in Belleville » , op. cit., p. 143.
22 - Voir les photos en France-Soir, 5 juin 1968 et Paris-Presse L’Intransigeant, 5 juin 1968.
23 - B. Stora, La dernière generation d’octobre, Paris, Stock, 2003.
24 - Voir Yaïr Auron, Les juifs d’extrême gauche en mai 68 : Cohn-Bendit, Krivine, Geismar … une génération révolutionnaire marquée par la Shoah, Paris, Albin Michel, 1998.
25 - Jewish Chronicle, 14 juin 1968 ; témoignage d’un militant juif dans Simon et Tapia, Le Belleville des juifs tunisiens, cité , p. 173.
26 - L’Aurore, 4 juin 1968; France-Soir, 5 juin 1968; Paris-Presse L’Intransigeant, 6 juin 1968.
27 - Le Figaro, 5 juin 1968.
28 - A.Gowers et T.Walker, Behind the Myth : Yasser Arafat and the Palestinian Revolution, Londres, W.H.Allen, 1990, p. 67; H.Hamon et P.Rotman, Génération : 2. Les années de poudre, Paris, Seuil, 1988, pp. 89-94.
29 - Combat, 5 juin 1968; Bibliothèque Nationale, Les tracts de mai 1968, n°. 4577, Le Comité de gauche pour la paix négociée au Moyen-Orient, « 20 ans ça suffit!! ».
30 - Le Figaro, 5 juin 1968 ; Le Figaro, 6 juin 1968 ; Paris-Presse L’Intransigeant, 6 juin 1968.
31 - Combat, 6 juin 1968 ; D. Bensimon, Les juifs de France et leur relations avec Israël (1945-1988), Paris, L’Harmattan, 1989, pp. 166-168.
32 - L’Aurore, 4 juin 1968 ; cf. la déclaration d’un parmi eux que « Nous sommes en France parce que nous sommes Français », Le Figaro, 4 juin 1968.
33 - Le Monde, 5 juin 1968.
34 - L’Humanité, 3 juin 1968 ; L’Humanité, 4 juin 1968; « Travailleurs arabes et juifs démasquent les vrais responsables des troubles de Belleville », tract reproduit dans J-P. Simon, La révolution par elle-même : tracts révolutionnaires de la crise de mai à l’affaire tchécoslovaque, Paris, Albin Michel, 1969, pp. 155-156 ; Bibliothèque Nationale, Les tracts de mai, cité, tract n°. 5234, «Halte à la provocation policière » ; tract du MRAP, reproduit dans Droit et Liberté, juin 1968.
35 - S. Tambiah, Levelling Crowds: ethnonationalist conflicts and collective violence in South Asia, Berkeley, University of California Press, 1996, p. 215.
36 - France-Soir, 4 juin 1968 ; Le Monde, 5 juin 1968 ; Le Figaro, 4 juin 1968 ; L’Aurore, 4 juin 1968 ; Paris-Presse L’Intransigeant, 5 juin 1968; A. Geismar, S. July et E. Morane, Vers la guerre civile, Paris, Editions Premières, 1969, p. 339 ; « Belleville: une partie de cartes = 5000 flics », affiche reproduite dans V. Gasquet, Les 500 affiches de mai 68, Paris, Balland, 1978, p. 158.
37 - L’Aurore, 4 juin 1968 ; Le Figaro, 4 juin 1968 ; France-Soir, 4 juin 1968 ; A. Geismar, S. July et E. Morane, Vers la guerre civile, cité, p. 339.
38 - Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Nanterre, F DELTA RES 612/12, ‘Texte de «Vive le communisme » – Mai 68 émergence des luttes / mai 69 trahison révissioniste impréparation – erreurs / Vive le ler mai 70 ; Y. Gastaut, L’immigration et l’opinion en France sous la Vème République, Paris, Seuil, 2000, p. 157; La Cause du Peuple, 17 mai 1969; Rouge, 8 mai 1969.
39 - F. Baroukh, « Belleville, la coexistence pacifique », dans Cohabitation, quartiers sous tension, http://www.uejf.org/tohubohu/dossier/cohabitation.html

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Pour citer cet article

Référence papier

Daniel Gordon, « Juifs et musulmans à Belleville (Paris 20e) entre tolérance et conflit », Cahiers de la Méditerranée, 67 | 2003, 287-298.

Référence électronique

Daniel Gordon, « Juifs et musulmans à Belleville (Paris 20e) entre tolérance et conflit », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 67 | 2003, mis en ligne le 25 juillet 2005, consulté le 25 juillet 2016. URL : http://cdlm.revues.org/135

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Auteur

Daniel Gordon

Edge Hill College of Higher Education

 

http://www.laviedesidees.fr/Les-manifestations-des-chinois-de.html

Essais & débats Société

Les manifestations des Chinois de Belleville

 

Négociation et apprentissage de l’intégration


par Ya-Han Chuang , le 15 juillet 2013

 

Pourquoi les Chinois de Paris se sont-ils mobilisés dans la rue à deux reprises ces dernières années ? Cet essai propose une étude de la communauté chinoise et de son évolution récente.

On trouvera l’ensemble des notes de bas de page dans la version PDF de cet essai

 

Dans de nombreux pays d’immigration, les migrants chinois sont souvent considérés comme une « minorité silencieuse » – une minorité qui s’adapte bien, mais dont la participation politique est faible. Si cette image est également présente en France, elle évolue depuis la manifestation du 20 juin 2010. Ce jour-là, pour la première fois dans l’histoire de la communauté chinoise de France, environ 20 000 Chinois de tout âge marchent dans le boulevard de la Villette en scandant le slogan : « Non à la violence, sécurité pour tous ». Paradoxalement, la manifestation se termine par des échauffourées avec la police que l’on pourrait qualifier de « mini-émeute ». Presque exactement un an après, le 19 juin 2011, une nouvelle manifestation est organisée par les représentants de la communauté chinoise de Belleville, entre République et Nation, le chemin classique des manifestations parisiennes. Cette fois, le mot d’ordre est « sécurité, un droit », et la manifestation s’achève en toute tranquillité. Les deux manifestations partagent plusieurs caractéristiques communes : toutes les deux sont des mobilisations ponctuelles faisant suite à des bagarres à Belleville entre des ressortissants chinois et d’autres populations ; toutes les deux revendiquent une augmentation des effectifs policiers et exigent que soit facilitée la procédure de dépôt de plainte pour les immigrés sans papiers ; les participants sont majoritairement immigrés chinois ou Français d’origine chinoise. Néanmoins, les deux manifestations se présentent et se déroulent de manière différente : en 2010, presque tous les slogans et banderoles étaient en chinois, les manifestants exprimaient une certaine fureur, et la manifestation s’est terminée violemment. En 2011, les slogans ont épousé les valeurs républicaines, l’ambiance était paisible, voire imprégnée par la fierté d’être un Chinois de France.

Certes, ce n’est pas la première fois que des groupes migrants manifestent pour dénoncer une discrimination ethno-raciale . Cependant, dans ce cas précis, c’est l’insécurité urbaine qui est dénoncée, tout en étant cadrée comme un problème ethnique dont les victimes sont uniquement des immigrés Chinois. À travers cette protestation, et ses évolutions au cours d’un an, on peut émettre l’hypothèse qu’on assiste là à un processus d’apprentissage politique par un groupe minoritaire. À partir d’une enquête ethnographique , il s’agit donc non pas de revenir sur la réalité de l’insécurité urbaine, mais bien de penser l’action collective comme une façon pour les Chinois de s’accommoder et de s’intégrer au modèle politique français.

Adopter tel ou tel code militant témoigne de la façon dont les Chinois répondent aux injonctions à l’intégration, qui les conduisent à utiliser et mettre en scène les symboles même de la République française lors des manifestations. L’intégration des immigrés demeure pour les institutions françaises une question de premier plan, face à laquelle les immigrés sont obligés de se positionner, même si la problématique de l’intégration est disqualifiée dans le champ académique à cause de la tension entre son caractère normatif et sa validité empirique, ou bien apparaît comme « une convergence uniforme » ne rendant pas compte de l’influence des traditions du pays d’origine.

Il importe de souligner que les migrants chinois de Paris sont loin de composer une communauté homogène. De l’inégalité de statut – travailleurs/entrepreneurs, situation régulière/irrégulière – aux différences générationnelles, tout tend à la divergence de position et de conscience politique, et à différents rapports de forces avec des acteurs institutionnels. Ainsi, ces approches variées sur la société française ont des incidences sur la perception de l’insécurité urbaine et le cadrage de la manifestation. Pour illustrer cette dynamique, nous allons mettre en regard les causes, l’organisation et la présentation des deux manifestations ainsi que le changement de la dynamique associative. Si les deux manifestations sont des mobilisations communautaires, elles n’ont pas la même signification : la première manifestation révèle surtout le désir de protection venant des travailleurs et jeunes immigrés qui ont des difficultés d’insertion et d’intégration. Désir d’un repli communautaire et besoin de l’unité cohabitent alors dans le discours de la manifestation. Suite à la nouvelle dynamique établie en 2010, la manifestation de 2011 symbolise un besoin de reconnaissance qui passe par l’assimilation du code de discours républicain. À travers ce processus, la protestation contre l’insécurité urbaine sert à forger une communauté politiquement visible.

Lutter pour l’unité

De la question sociale à la question raciale[[ Nous empruntons ce titre au livre coordonné par Eric et Didier Fassin, De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française, Paris, La Découverte, 2006.
Le 1er juin 2010, une bagarre entre un Chinois et un groupe de jeunes du quartier de Belleville enclenche un processus débouchant sur la première manifestation. Ce soir-là, suite au vol d’un sac lors d’un mariage, A-Wu, un jeune Chinois, tire avec un pistolet sur les agresseurs. Il est immédiatement arrêté par la police. L’arrestation de ce jeune homme provoque l’indignation de la communauté. Dans la discussion, les internautes n’hésitent pas à le décrire comme un héros de la communauté chinoise . Pendant la nuit, des milliers d’appels sont publiés en ligne pour demander de « sauver notre héros A-Wu ». Les commerçants de Belleville lancent également une pétition. Le 9 juin, dans « Nouvelle Europe », un journal financé par le gouvernement chinois, un reportage annonce le projet d’une manifestation pour le 20 juin pour « défendre [les] droits » des immigrés chinois . Les associations représentatives des commerçants chinois s’organisent donc en collectif pour préparer la manifestation. En parallèle, d’autres associations locales de Belleville se mobilisent de leur côté.

La décision de manifester est prise : comment l’organiser et quelles sont les revendications ? C’est à ce moment-là que deux approches se confrontent. D’un côté, Huiji – une association fondée en 2003 suite au mouvement de sans-papiers chinois, qui rend service aux travailleurs immigrés au statut précaire en leur donnant des cours de français et un service de conseil juridique – considère les agressions à Belleville comme un problème dû à la ségrégation urbaine et à l’échec du vivre ensemble . Elle suggère d’organiser la manifestation avec l’ensemble des associations à Belleville en se liant aux ONG françaises antiracistes.

D’autre part, les associations des commerçants chinois, représentées par l’ARCF et soutenues par l’ambassade de Chine en France , souhaitent une manifestation ne regroupant principalement que des ressortissants chinois. Peu familières avec la loi française et les pratiques de la société civile, elles confient à P.C. , avocat français et président d’une association à Belleville, le soin de déposer la demande de manifestation à la préfecture et de s’occuper de la procédure administrative. Opposé à la gauche et peu favorable aux immigrés sans papiers , il affirme en substance que l’insécurité est « un problème en France depuis trente ans à cause de l’inertie des politiciens », et insiste ainsi sur le fait que « la manifestation [doit] être apolitique ». Par « apolitique », il entend le rejet de la participation des associations franco-chinoises et des mairies de gauche :

« Je voulais une manif’ purement « citoyenne » (accentué). […] Il y a des associations comme le Mrap, SOS Racisme, ce sont les filières, des sous-marins du PS. Ça, on n’en voulait pas, c’est pour amuser les gens, c’est pour dormir… Ce sont de grands amis du Parti socialiste et de la Mairie de Paris, ils sont donc très mal à l’aise avec nous, car nous sommes apolitiques. »

Pour la même raison, il exclut Huiji dans l’organisation lors de la dernière réunion de préparation . P.C. parvient ainsi à exclure les associations de gauche de la manifestation. Ce faisant, il construit davantage une image des commerçants chinois comme les victimes d’agressions commises par des jeunes issus d’autres migrations, en particulier des pays du Maghreb ou d’Afrique noire, et forge ainsi une vision ethnique du problème. De plus, en raison de la sensibilité du sujet des « droits de l’homme » en Chine, les commerçants chinois évitent de formuler leurs revendications en y faisant référence, de peur que les reportages sur la manifestation dans les médias chinois n’évoquent la question des droits de l’hommes et de la liberté politique en Chine. En conséquence, la rhétorique sociale est totalement absente dans les tracts et les revendications de la manifestation de 20 juin 2010. L’insécurité est ainsi présentée comme une expérience subie par des ressortissants chinois.

De l’indignation à l’échauffourée
En posant l’insécurité comme une expérience partagée par l’ensemble de la communauté chinoise, la manifestation du 20 juin 2010 part dans une ambiance de « lutte de territoire » entre les Chinois et d’autres populations de Belleville. Avec des participants scandant le slogan « Fan baoli, yao anquan ; Zhongguoren, Yao Tuanjie ! (Non à la violence, Oui à la sécurité. Chinois, soyons unis !) », des provocations à la fin de la manifestation paraissent inévitables. Nous pouvons également observer les comportements provocateurs des jeunes qui ont le drapeau chinois à la main et le sourire fier. À 16h30, les manifestants reviennent au carrefour de Belleville. Un témoigne partage sa vision des faits avec plusieurs participants :

« À la fin du cortège, plusieurs jeunes restaient et ne voulaient pas partir. Ils montraient le portable dans leurs mains en disant ‘viens prendre ce portable ! À la fin, ils ont même pris à partie physiquement des jeunes adolescents d’origines arabes/noirs en les accusant de vol. En même temps, un autre habitant d’origine africaine voulant partir avec sa voiture, la foule commence à pousser sa voiture. À ce moment-là, la police commence à intervenir. Certains manifestants avaient apporté 3 000 œufs pour les balancer sur les policiers. La confrontation devient plus violente ».

Si les accrochages avec les personnes d’origine africaine ne sont pas surprenants, le dérapage envers les forces de l’ordre paraît incompréhensible pour certains . En fait, pour les jeunes adultes et adolescentes dans des situations précaires, l’identité chinoise est vécue comme une marque d’humiliation et la cible de répressions . Ainsi, cette manifestation devient l’occasion de transformer ce sentiment en exaltation de l’affirmation de leur origine. Comme le décrit un adolescent arrivant en France à l’âge de onze ans : « C’est comme si une personne très pauvre avait soudainement gagné au Lotto ! ». Un autre jeune adulte exprime son désir de se projeter dans une collectivité plus large : « En voyant toutes ces personnes présentes à Belleville, j’étais très fier. Je me suis dit : enfin on peut se battre pour que les Chinois soient reconnus ! » Tous ces propos nous montrent que les expériences quotidiennes et les émotions face aux policiers sont des « matériaux bruts » d’actions violentes, qui motivent les jeunes adultes à se battre au nom d’un groupe. Les échauffourées à la fin de la manifestation ne sont donc pas un dérapage hasardeux. Au contraire, ils sont, comme les émeutes urbaines de 2005, la marque d’un besoin de se défouler et du sentiment vécu d’injustice, dans un contexte plus large que la cause de la manifestation : une frustration accumulée dans le vécu quotidien des jeunes.

La recomposition du paysage associatif

La manifestation de 2010 a eu des conséquences sur le milieu associatif chinois de Belleville. Traditionnellement, il existe de nombreuses associations de commerçants, dont l’objectif est essentiellement de structurer les réseaux professionnels. Même si un très faible nombre de commerçants y adhèrent ou sont directement impliqués, elles sont considérées comme des interlocuteurs légitimes pour des institutions telles que l’ambassade de Chine, laquelle cherche à exercer une influence politique à travers ces associations. Les travailleurs récemment immigrés et précaires ne peuvent, quant à eux, accéder aux institutions qu’à travers des associations franco-chinoises telles que Huiji. Après la manifestation de 2010, le paysage associatif se reconfigure : dans un premier temps, déçue par le résultat de la manifestation, l’association Huiji décide de cesser son activité. Ensuite, les entrepreneurs de Belleville et les immigrés de fraîche date se mobilisent chacun de leur côté pour créer des associations afin d’établir les liens avec les institutions françaises.

Alerté par l’influence de l’ambassade de Chine sur ses diasporas, les mairies de gauche autour de Belleville incitent les commerçants du quartier à s’associer. Un salarié de la mairie du 20e arrondissement raconte son expérience avec des commerçants chinois avant la manifestation :

« Il y a une préoccupation de la Chine pour savoir ce qui se passe dans les associations chinoises, qui n’est pas forcément une préoccupation de la vie du quartier. Ce qu’on veut, c’est que les Chinois deviennent, je ne dis pas Français, mais Parisiens. Certains se sentent déjà autant Bellevillois que Chinois. Et, apparemment, ce que l’ambassade chinoise veut, c’est qu’ils soient plus Chinois que Bellevillois ».

Le dérapage de la manifestation de 2010 a rendu cette tension tangible. Il devient ainsi urgent pour les mairies de trouver des interlocuteurs légitimes . En novembre 2010, une centaine de commerçants fondent « l’association des commerçants bellevillois », avec une majorité de membres d’origine chinoise. Selon M. Ch ., son président, l’objectif de l’association est « sécurité, sécurité, et encore sécurité ». L’année suivante, les mairies du 19e et 20e arrondissements travaillent en collaboration avec l’association des commerçants pour l’organisation des festivités du Nouvel An chinois, une étape qui marque la volonté d’incorporer les commerçants dans la collectivité locale et de réinstaurer une image cosmopolite du quartier de Belleville.

D’autre part, une autre association nommée Association Chinoise pour le Progrès des Citoyens (l’ACPC ci-dessous) a également rouvert ses portes à Belleville, après plusieurs années d’inactivité, pour aider les travailleurs chinois précaires qui parlent peu le français. La première tâche de l’ACPC est d’aider les immigrés à porter plainte . D’autres services sont ensuite proposés, tels que la traduction, le soutien scolaire ou encore une assistance juridique via une permanence. Cependant, l’ACPC gagne sa visibilité surtout par sa revendication identitaire. Son président, Y , tient un discours nationaliste pour articuler la vulnérabilité des migrants chinois et le trauma historique de la Chine.

« Pourquoi est-on brimé partout ? Je t’explique : en 1937, 300 000 Chinois ont été tués par les Japonais. On les a oubliés. En 1990, 6 000 Chinois ont été tués en Indonésie avec plein de femmes violées. On les a oubliés encore facilement. On est méprisés et brimés partout ! En Chine, on est brimés par les compatriotes, ce n’est pas encore très grave ; mais si ici on est brimés par les groupes d’autres ethnies, c’est une insulte à une nation entière. Il faut mettre la pression sur le gouvernement et l’ambassade chinoise pour s’occuper de notre sécurité ».

En faisant le parallèle entre les attaques dont les chinois ont pu être victimes au cours de l’histoire et les agressions quotidiennes subies par des migrants, Y. opère un glissement du sentiment d’insécurité vers une thématique d’identification nationaliste. Ainsi, à chaque controverse diplomatique impliquant la Chine, l’ACPC se mobilise pour protester . Il s’agit d’une organisation de jeunes adultes et adolescents qui ont des difficultés d’intégration et qui cherchent à souder la communauté en embrassant le nationalisme chinois. Or son image nationaliste fait peur à la plupart des associations de commerçants.

L’influence directe de la manifestation de 2010 est l’émergence de ces deux acteurs indépendants de l’ambassade de Chine. Malgré les statuts sociaux variés des fondateurs et leurs différences idéologiques, tous deux cherchent à établir un lien avec l’institution française pour faciliter l’intégration des migrants chinois. Ceci permet, peu avant l’anniversaire de la manifestation du 20 juin 2010, un point de départ différent pour la reprise de la manifestation contre l’insécurité.

Lutter pour la reconnaissance

L’histoire se répète … mais ne va pas dans même sens

Le 31 mai 2011, une nouvelle agression a lieu à Belleville lors d’un mariage. En combattant avec les agresseurs, le fils d’un restaurateur, est roué de coups et tombe dans le coma. La nouvelle circule immédiatement sur le forum Huarenjie. Ensuite, tout comme en 2010, les internautes se mobilisent et appellent à une autre manifestation contre l’insécurité à Belleville. M. Ch., président de l’association de commerçants Bellevillois, se sent obligé de réagir après l’agression du 31 mai 2011. C’est à ce moment-là que l’ACPC propose de refaire une manifestation le dimanche 19 juin 2011 à l’occasion de l’anniversaire de la manifestation de 2010 .

Alertés de la position nationaliste de l’ACPC, d’autres associations de commerçants proches de l’ambassade ne souhaitent pas participer de crainte que se répète l’épisode de 2010. C’est alors que les jeunes générations représentées par l’Association de Jeunes Chinois de France (l’AJCF ), une association composée par la deuxième génération d’immigrés chinois et travaillant sur l’image positive des Chinois de France, sont sollicités pour aider la préparation de la manifestation. « On a appris qu’il y a des choses qui sont très mal passées l’année dernière. » raconte W, un des membres de l’AJCF qui devient le porte-parole de la manifestation de 2011. « C’était trop communautaire. Il faudrait changer l’image… de toute façon la manif’ a été lancée, on peut plus reculer donc, même si on n’est pas d’accord avec la manif… » Un collectif d’organisation se forme ainsi au nom du « collectif des associations asiatiques de France et leurs amis français ». Plusieurs lignes cohabitent dans sa composition : d’une part, l’ACPC, l’Association des commerçants bellevillois avec plusieurs associations de commerçants indépendantes de l’ambassade qui s’occupent des matériaux et financements ; d’autre part, l’AJCF s’occupe de la communication avec les médias français. Sa composition se distingue ainsi fortement de la première manifestation, grâce à la participation des associations bellevilloises et des jeunes générations francisées.

Devenir citoyens : des symboles flottants dans la manifestation
Co-organisée par les jeunes générations qui ont pour but de modifier l’image communautaire de la première manifestation, le scénario de manifestation du 19 juin 2011 ressemble beaucoup plus à une manifestation « française ». Malgré la présence d’individus qui en ont profité pour distribuer des tracts d’extrême droite , un effort considérable est fait pour incorporer les valeurs républicaines. Dès que les cortèges partent, les organisateurs font répéter les slogans : « Liberté, oui ! Égalité, oui ! Fraternité, oui ! Et … sécurité ! » Par leur rhétorique, les manifestants récupèrent les valeurs républicaines françaises afin d’identifier la sécurité à un droit fondamental des citoyens. De plus, tandis que les slogans et drapeaux chinois ont totalement disparu, le drapeau français est omniprésent : les manifestants le tiennent à la main, le portent sur l’épaule, et de nombreuses banderoles sont marquées des couleurs bleu, blanc, rouge. M.Ch. s’en explique :

« Nous vivons sur le territoire français. Nous aimons ce pays, et nous voulons vivre ici. Nous demandons un traitement égal à celui de tous les Français. Pour nous, les diasporas chinoises, où vivons-nous ? Où vivront nos descendants dans l’avenir ? Nous devons nous battre pour nos droits, et ça n’a rien à voir avec la position de l’ambassade. »

Cependant, pour W, c’est plutôt une mauvaise surprise. Il explique que lors de la réunion de préparation, il a été décidé qu’aucun drapeau – ni chinois ni français – ne devait être distribué, mais l’ACPC avait déjà commandé 10.000 drapeaux français et insistait pour les distribuer. Ainsi, il doit improviser face aux questions des journalistes :

« Ils ont sorti des drapeaux, et alors on a dû faire avec. Et voilà, ce jour-là, la manifestation était très bien, et il y avait des questions, « pourquoi vous avez sorti des drapeaux français ? » (Rire) donc j’ai répondu, ‘C’est pour signifier qu’on est Français. On est Français et donc on voulait s’accaparer le symbole français.’ »

En articulant « citoyenneté » et « symbole français », ces propos révèlent le désir d’être incorporés dans la république française, ainsi que la capacité d’adopter les codes politiques français – surtout de la part des « demi-zens » comme M.Ch. et Y., qui n’ont pas encore été naturalisés.

Ce message semble avoir été bien reçu par les acteurs des institutions françaises. Comme l’a commenté une salariée de la préfecture de police de Paris, tandis que la première manifestation n’avait fait qu’attirer l’attention des journalistes, la deuxième manifestation a réussi à faire passer un message et montre la capacité d’intégration des commerçants . Ainsi, M.Ch. n’hésite pas à considérer la réussite de manifestation comme une victoire vis-à-vis d’autres associations de commerçants proches de l’ambassade et qui ont peu de contact avec l’institution française. Il souligne la reconnaissance acquise de la manifestation :

« À mon avis, notre manifestation a été une grande réussite. Pourquoi ? Cela a fait venir le préfet de Paris et le ministère de l’Intérieur à Belleville pour discuter avec les ressortissants de chinois. C’est la première fois. […] Les associations doivent rendre service aux immigrés chinois ; nous ne pouvons pas cesser de nous intégrer à la société française. Il faudrait continuer à trouver des jeunes cultivés, qui parlent bien français, pour entrer au centre de la société française. Si notre génération ne le fait pas, cela va être encore retardé d’une génération. »

Ces propos révèlent un changement d’aspirations des migrants chinois : au-delà de leur demande de protection et de sécurité, naît un désir de reconnaissance. Peu importe la variété de leur statut– résidents légaux, immigrés sans papiers, français d’origine chinoise etc. – ils ont une attente commune être reconnus comme des citoyens légitimes de la France. Autrement dit, la problématique de l’insécurité devient une occasion pour des immigrés chinois d’exprimer leur espoir d’être intégrés dans la communauté politique.

Conclusion

La comparaison entre les deux manifestations de 2010 et 2011 illustre un processus d’intégration d’un groupe migrant par l’apprentissage politique. Même si les deux manifestations portent des revendications similaires, un ensemble de facteurs permet une meilleure organisation de la deuxième manifestation. Tout d’abord, le rapport avec les institutions françaises a considérablement évolué. Avant 2010, la plupart des immigrés avaient une attitude distanciée avec ces institutions et privilégiaient surtout leurs liens avec la représentation de la diaspora chinoise. La manifestation de 2010 met en lumière cette distance, donnant lieu à une reconnaissance par la préfecture et les mairies des agressions dont les Chinois sont victimes ; cela incite les mairies de gauche à chercher des interlocuteurs directs. Après la manifestation de 2011, les préfectures et les commissaires de police sont ainsi d’autant plus à leur écoute.

Ce rapprochement est accompagné par un apprentissage d’auto-mobilisation. Venant d’une société autoritaire, où la tradition d’auto-organisation est faible, les immigrés chinois ayant peu de savoir-faire pour l’organisation d’une manifestation et plus largement pour la vie associative. L’émergence de deux associations après 2010 montre une première étape d’apprentissage qui fait pénétrer les immigrés plus avant dans la société civile française ; de plus, la deuxième génération d’immigrés Chinois marque une deuxième étape dans la manière d’encadrer la manifestation. Sans écraser la légitimité des autres associations de commerçants, ces nouveaux acteurs facilitent des contacts directs avec les institutions françaises. Ils contribuent ainsi à étoffer, au fil du temps, le répertoire d’actions militantes de la population d’origine Chinoise.

Enfin, il en résulte une évolution des sentiments d’appartenance des immigrés chinois. En 2010, formulant l’insécurité comme un risque exclusif pour les immigrés chinois, la manifestation permet de créer une « communauté d’expériences » autour d’un imaginaire et de sentiments d’insécurité, et, sur cette base, appelle à constituer un sujet politique mobilisable. En 2011, la communauté étant politiquement visible, l’objectif de l’action collective s’est transformé : il s’agit de modifier l’image des Chinois, et de montrer leur capacité d’intégration à travers l’adoption des codes politiques français. Nous constatons ainsi un passage de la lutte pour l’unité à l’intérieur à la lutte pour une reconnaissanceà l’extérieur.

Toutes ces évolutions montrent à quel point l’intégration politique est une négociation permanente entre le « là-bas » et l’« ici » des immigrés, entre les valeurs de la société d’origine et la perception de la société d’accueil. C’est grâce à ces apprentissages politiques à travers les institutions que les « Chinois à Paris » pourraient se transformer en « Chinois deParis ».

Pour citer cet article :

Ya-Han Chuang, « Les manifestations des Chinois de Belleville. Négociation et apprentissage de l’intégration », La Vie des idées , 15 juillet 2013. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Les-manifestations-des-chinois-de.html

Nota bene :

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par Ya-Han Chuang , le 15 juillet 2013

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/06/22/a-belleville-la-communaute-chinoise-exprime-son-mecontentement_1539077_3224.html

A Belleville, les Chinois critiquent l’inaction de la police

 

Le Monde.fr | 22.06.2011 à 18h39 • Mis à jour le 23.06.2011 à 08h59 | Par Thomas Baïetto

La rue de Belleville, dans le 20e arrondissement de Paris.

 

« Qui est allé à la manifestation dimanche ? » Donatien Schramm inscrit les mots au feutre vert sur le petit tableau blanc de sa salle de classe à mesure qu’il les prononce. Il se tourne vers la quarantaine d’élèves, serrés dans le petit local de l’association Chinois de France-Français de Chine, et reprend la phrase en mandarin. Quelques mains, hésitantes, se lèvent parmi les rangs. Le professeur insiste, interpelle tel ou tel en lui rappelant qu’ils se sont croisés sur place. Chaque jour, le quinquagénaire enseigne les rudiments de la langue française à ces élèves qui n’ont plus l’âge d’aller à l’école. Ils sont d’origine chinoise et appartiennent pour la plupart à la communauté Wenzhou, du nom de cette ville située au sud de Shanghaï.

 

Mardi 21 juin, la présence d’un journaliste dans l’assistance a perturbé le programme du dernier quart d’heure de cours. Il y sera question de la manifestation du 19 juin, où plusieurs milliers de personnes d’origine asiatique sont descendus dans les rues de Paris pour protester contre l’insécurité qu’ils ressentent, en particulier à Belleville. D’après M. Schramm, plus de la moitié des élèves y ont participé.

« Pourquoi es-tu allé(e) à la manifestation ? » Une deuxième question est inscrite au tableau et la discussion s’emballe. « Pour la sécurité, pour que tout le monde ait la sécurité », lance Mme Li en chinois. « Je suis vieille, et quand je fais mes courses, je me fais souvent agresser », poursuit-elle. Au fond de la salle, une deuxième élève, particulièrement vindicative, prend le relais : « Ce sont les arabes et les noirs. » M. Schramm la reprend, indiquant que ces jeunes agresseurs sont avant tout Français. De l’autre côté de la pièce, Bernard Dinh, l’autre cadre de l’association, tempère ces accusations. « Il y a des préjugés de part et d’autre », explique-t-il.

« IL Y A PLUS DE SÉCURITÉ EN CHINE »

La discussion se poursuit sur les autorités publiques, accusées de délaisser cette question, et pas seulement à Belleville. Ces problèmes d’insécurité, « c’est un sujet qui leur tient à cœur » résume le professeur. Le cours se termine et une bonne partie des élèves, en majorité des femmes âgées, se dispersent dans la rue Rébeval. Il ne reste qu’une dizaine d’entre elles. Elles veulent manifestement poursuivre la conversation. « Nous ne parlons pas bien français et ils le savent », indique Mme Li. Elle montre les petites cicatrices de son poignet, et raconte avoir été agressée à deux reprises au cours des trois derniers mois. « Nous avons peur quand nous marchons dans la rue », renchérit sa voisine. L’inaction de la police française est vivement critiquée. « Il y a plus de sécurité en Chine » martèle Mme Li. Une habitante d’Aubervilliers, plus jeune, ajoute qu’elle ne transporte plus de papiers importants ni d’argent liquide dans son sac à main.

Assise à côté de Mme Li, Zheng Shaoyan, une petite femme aux cheveux auburn, montre sa cuisse, et explique qu’un voleur lui a cassé la jambe il y a un an. Elle reviendra dans l’après-midi avec toutes sortes de papiers dans un sac en plastique, dont le compte rendu d’infraction initial. Le 23 février 2010, cette couturière rentrait chez elle rue de Belleville, lorsque dans le hall de son immeuble, un homme tente de lui arracher son sac. « X tente d’arracher le sac de la victime, qui résiste, il en résulte une chute avec fracture« , indique le document. La suite signale une fracture de la hanche gauche et précise que la victime ne parle pas français. C’est sa fille qui sert d’interprète, et, en bas du document, Mme Zheng signe en chinois.

Madame Zheng a été agressée en 2010.

« Le vol  à l’arraché a toujours existé, mais aujourd’hui, il y a un sentiment de ras-le-bol. » Au bar Le Celtic, Patrick Huang, le gérant, exprime sa colère, dans un français parfait. Cet homme de 41 ans, originaire de Wenzhou, a grandi en France et vit à Belleville depuis quinze ans. C’est le vice-président de l’association des commerçants bellevillois, créée après la manifestation de juin 2010, qui portait déjà sur les questions d’insécurité. S’il mentionne l’agression d’une personne de type caucasien lundi soir sur le trottoir d’en face, il explique que « les victimes sont essentiellement asiatiques ». Des cibles de choix, qui privilégient l’argent liquide aux autres moyens de paiement. Pour Donatien Schramm, cela s’explique d’abord parce que les sans-papiers sont une composante importante des Chinois de Belleville. Ils ne peuvent donc pas ouvrir de compte bancaire. Patrick Huang remarque également que « pour faire un chèque, il faut savoir écrire en français ».

Cela relève aussi d’une question de culture : lors d’un mariage, « si quelqu’un met un chèque dans [l']enveloppe [qu'on remet traditionnellement aux mariés], c’est la honte » s’exclame-t-il. Mais beaucoup « sont imprudents », regrette M. Schramm. Pour illustrer son propos, il mentionne l’agression, lundi soir, d’une restauratrice, à la fermeture de son restaurant : « Il faut un peu de jugeotte : tu ne te balades pas avec la recette du jour dans un sac », s’agace-t-il. « Je suis d’accord, mais ce n’est plus une vie », rétorque M. Huang, qui ajoute qu’« il ne faut pas changer nos habitudes à cause de quelques voyous ».

« ON LAISSE POURRIR LES ÉTRANGERS DANS LEUR COIN »

Lui aussi critique vivement le travail de la police, insuffisamment présente sur le terrain, ou trop lente à intervenir. Lors d’une récente agression dans un parking, la police aurait mis 45 minutes avant d’arriver sur les lieux. « On laisse pourrir les étrangers dans leur coin, dans les arrondissements du 18e, 19e et 20e« , résume-t-il. Et quand bien même l’agresseur « est pris en flagrant délit, il n’aura que quinze jours de prison. Mais il peut se faire 1 000 euros [s'il réussit son coup]. A ce prix-là, même moi, je le fais », s’emporte-t-il. Ainsi, le sentiment d’injustice gagne du terrain. « Là, ça commence à bouillir, nous allons prendre notre sécurité en charge nous-mêmes », menace Patrick Huang.

Le problème posé par ces agressions est également qu’il avive les tensions entre communautés, alors même que, selon Donatien Schramm, les auteurs de ces actes sont « des jeunes Français, des gamins du quartier, de toutes origines », et parfois-même asiatique. Il regrette d’ailleurs que les organisateurs de la manifestation n’aient pas réellement cherché à associer l’ensemble des communautés du quartier, averties sur le tard.

Le local de l'association Chinois de France-Français de Chine, rue Rébeval.

Pourtant, depuis l’année dernière, des efforts ont été faits pour redresser la situation. La création de l’association des commerçants bellevillois, à l’initiative de la mairie du 20e, l’un des arrondissements sur lequel se trouve le quartier de Belleville, a permis d’améliorer la situation sur quelques points, comme le dépôt de plainte. M. Huang explique que l’association aide les victimes à porter plainte et leur explique que « même si elles n’ont pas de papiers, elles ne risquent rien ».

« CELA NE SERT À RIEN DE PORTER PLAINTE »

Par ailleurs, une brigade de sécurité territoriale (BST) a été spécifiquement mise en place. Sans réussir à inverser la situation : « La BST, je ne l’ai vue qu’une seule fois, et pas sur le terrain », témoigne Hu Jianguo, le frère de l’homme dont l’agression a suscité la manifestation du 19 juin.

Ce 21 juin, il se trouve au Nouveau Palais de Belleville, un gigantesque restaurant, rue de Belleville, où travaillait son frère. Accompagné d’Olivier Wang, le porte-parole du collectif qui a organisé la manifestation de dimanche, il discute avec trois collaborateurs de la mairie du 20e. Ceux-ci insistent sur le manque d’effectifs de police, l’opportunité de mieux équiper les commerces en terminaux pour carte bancaire, et la nécessité de porter plainte systématiquement, sans sembler convaincre leur interlocuteur. « Nous pensons que cela ne sert à rien de porter plainte », leur lance-t-il. 

Arrive alors une équipe de France Télévisions, venue interroger le frère de la victime. Celui-ci hésite à parler, mais Olivier Wang tente de le convaincre. « Les gens en Bretagne ou à Marseille, ils ne savent pas ce qui se passe ici », lui explique-t-il, en français. Il pointe du doigt l’équipe de la mairie, « eux, ce sont les pouvoirs publics ». Puis les journalistes, « eux, c’est l’opinion publique ». « Toi, tu as un poids important », ajoute-t-il. Résigné, M. Hu accepte finalement de répondre.

Thomas Baïetto

 

http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75020/video-belleville-la-chinoise-se-sent-enfin-en-securite-17-01-2012-1815246.php

VIDEO. Belleville la Chinoise se sent enfin en sécurité

 

>Île-de-France & Oise > Paris > Paris XX|17 janvier 2012, 4h21 | MAJ : 25 juillet 2016, 20h55|9
Paris XX

Après une série d’agressions ultraviolentes, la communauté asiatique de Belleville retrouve un peu de sérénité. Une brigade de police veille sur le quartier.

 

C’était un dimanche après-midi du printemps 2011. Evénement sans précédent,des milliers de membres de la communauté asiatique de Belleville (XXe) descendaient dans la rue pour crier leur colère. Au cœur de ce mouvement de révolte exceptionnel : l’insécurité croissante, les agressions à répétition, dont ont été victimes durant de longs mois les Asiatiques. Avec, en point d’orgue, le passage à tabac de Jiang Hu, un trentenaire employé au restaurant le Nouveau Palais de Belleville, qui a déclenché la colère de toute une communauté et la réaction immédiate du ministre de l’Intérieur. Depuis, la préfecture de police a mis à disposition de Belleville d’importants moyens : 525 policiers supplémentaires ont été affectés à ce seul territoire.

308 arrestations

Depuis le mois de juillet dernier, la nouvelle brigade spéciale de terrain (BST), créée pour lutter contre toutes les formes de délinquance, a procédé à 308 arrestations, visité des dizaines de commerces, assuré une présence visible et constante, qui semble appréciée de la communauté asiatique : « On se sent vraiment plus en sécurité, souligne Yan, un habitant de la rue de Rampal. Je ne cache plus mon portable dans la rue, alors que j’avais pris ce réflexe. »

Au carrefour des Xe, XIe, XIXe et XXe arrondissements, Belleville est entouré de cités sensibles : « Les délinquants ont commencé à s’en prendre à la communauté asiatique au moment où le cours de l’or a entamé sa hausse exponentielle, souligne le commissaire principal du XXe arrondissement, Bernard Bobrowska. C’est ainsi que sont apparus les premiers vols de chaînes en or, arrachées au cou des passants. » Mais aussi pléthore d’agressions violentes, pour de l’argent liquide, que les Asiatiques ont souvent sur eux. « A cela, poursuit Bernard Bobrowska, s’est ajoutée une nouvelle forme de délinquance, perpétrée, elle, par certains réfugiés tunisiens qui arrivaient de Lampedusa au moment de la révolution de Jasmin. Il a fallu aller à la rencontre de la communauté, de ses représentants associatifs. Les mettre en confiance, les faire sortir de leur silence et de leur discrétion, pour qu’ils acceptent, en tant que victimes, de venir témoigner au commissariat, malgré, parfois, la barrière de la langue et même la peur, lorsqu’ils sont en situation irrégulière. »

VIDEO. La communauté chinoise manifeste contre l’insécurité

 

Le Parisien

Qui sont les Chinois de Paris ?

Il n’y a pas de mystère, les spécialistes du riz cantonais viennent bien des régions côtières du Sud-Est, du Vietnam jusqu’à Shanghai.

 

http://www.des-gens.net/Asiatiques-de-Paris-tous-Chinois

Asiatiques de Paris, tous Chinois ?

 

A Paris, les Asiatiques se diviseraient en 2 catégories : les immigrés qui sont Chinois et les touristes à appareils photos Japonais. Est-ce si sûr ou si simple ? Réponse en compagnie de Donatien Shramm.

Les Chinois de Paris
La France est le pays d’Europe où l’on trouve le plus de Chinois : si 40 000 sont officiellement recensés, on estime en réalité la communauté à 500 000 ou 700 000 personnes, un chiffre qui devrait atteindre le million d’ici 2010.

Qui sont les Chinois de Paris ? dans Attentats

Ce décalage s’explique aussi bien par le nombre de sans-papiers que par tous ceux qui sont naturalisés Français, car de 2e, 3e ou 4e génération.

Les étudiants sont très nombreux, car cela revient extrêmement cher de faire ses études en Chine. Par exemple, qui dirait que dans une petite ville comme Dunkerque, il y a 400 étudiants chinois ?

La motivation économique est aussi évidement importante : Si on envoie 100 € en Chine, pour nous ce serait l’équivalent de 1 000€… Le voyage jusqu’en France est souvent financé par la famille déjà installée ici et non par la mafia comme cela se dit. Les nouveaux arrivants remboursent quand ils en ont les moyens.

Paris, est la seule ville au monde où il y a plusieurs quartiers chinois. Le 13e est le plus connu, mais c’est aussi le moins chinois, Arts et Métiers est le plus ancien, Belleville le plus chinois. Il y a aussi le Faubourg-saint-Martin, la Chapelle, Crimée, et des villes de la banlieue Nord et Nord-Est, comme Pantin, Stains, Bobigny ou Marne-la Vallée.

Histoire

Pendant la guerre de 14-18, il y a eu en France un grand besoin de main d’œuvre. Les Français ont donc commencé à recruter en Chine, au Nord, pensant que du fait du climat, les personnes originaires de ces provinces s’adapteraient plus facilement. Ils avaient juste omis de préciser que le pays était en guerre… Les Chinois du Nord ont bientôt refusé de partir.

 dans Corruption

Du coup, les Français ont dû recruter à Shanghai, dans le Sud. Cependant, la plupart de ces nouveaux migrants sont arrivés peu avant la fin des hostilités, ils n’ont donc pas eu le temps de gagner l’argent pour lequel ils avaient entrepris ce long voyage.

Ainsi, lorsqu’on a voulu les renvoyer chez eux – de gare de Lyon à Marseille et de là, bateau pour la Chine – un certain nombre d’entre eux sont restés. Ils ont fondé le 1er quartier chinois de Paris : l’îlot Chalon, lequel sera rasé dans les années 70.

Ces Chinois sont rentrés en contact avec les grossistes juifs à Arts et Métiers, et ont fini par les supplanter. C’est aujourd’hui, autour de la rue du Temple, le plus ancien quartier chinois de Paris. Même si cette présence n’est pas très visible, 80 % des grossistes sont chinois.

Dans les années 70, après la mort de Mao, il y a eu un grand boom.


Les 3 communautés

 dans Crime

Les Chao Zhou sont des Chinois de la diaspora. Ils ont quitté leur pays d’origine depuis au moins 4 siècles pour s’établir dans toute l’Asie du Sud-Est. Quand ils sont arrivés en France, ils débarquaient des pays de l’ex-Indochine (Laos, Vietnam, Cambodge) et non seulement ils savaient ce qu’on attendait d’eux : l’exotisme, mais ils savaient déjà faire…

Ce sont des personnes d’un certain niveau social et culturel, des francophones lettrés et très francisés. Leur seul problème, c’est que les diplômes ne sont pas reconnus ici, c’est pour cela qu’ils ouvrent des commerces. 80 % des « Chinois » du 13e arrondissement sont des Chao Zhou.

Les Wen Zhou, eux, arrivent directement de Chine en France. Wen Zhou est un « petit » port en dessous de Shanghai, au sein d’une agglomération de 8 millions d’habitants. C’est une vraie communauté très soudée. Ils font des affaires entre eux, ce sont de très bons vendeurs.


 dans Folie

Les 1ers d’entre eux venaient de Qing Tian, une ville située à 60 km de Wen Zhou où l’on trouve des gisements de pierre à savon, une pierre qui ressemble au jade mais qui n’en est pas. C’étaient des colporteurs, ils vendaient des bibelots faits dans cette matière.

En France, depuis Louis XIV, il y a un goût pour les « chinoiseries ». En 1911, il y avait déjà pas mal de colporteurs chinois : 200 ou 300, peut-être même 400. On trouve les Wen Zhou à Belleville et à Crimée.

Les Dong Bei : en réalité, on désigne de la sorte toutes les populations qui viennent de l’Est et du Nord de la Chine. Il ne s’agit donc pas d’une communauté au sens propre du terme, il n’y a pas aucune solidarité spécifique entre les personnes qu’on nomme ainsi.


Les Chinois de Belleville

 dans LCR - NPA

A l’école, sur les photos de classe, entre 1/3 et 1/4 des enfants sont d’origine chinoise. Belleville est le seul quartier où l’on trouve différentes communautés chinoises, l’implantation est relativement récente.

A l’époque où l’on a vidé Paris de ses classes populaires, le quartier s’est retrouvé à l’abandon. Dans les années 70, les habitants quittent Belleville et le quartier a très mauvaise presse. Dans les années 80, la rue Ramponneau est le QG du fameux gang des postiches.

Il y a donc des appartements et de commerces vacants, c’est là, à la fin des années 70 et au début des années 80, que les Chinois sont arrivés.

C’étaient des Chao Zhou qui débarquaient du 13e arrondissement, où il n’y avait plus de place. Ils ont investi de manière stratégique les boutiques autour du métro. Ils n’étaient pas très nombreux, mais ils ont ouvert beaucoup de magasins. Des restaurants surtout, un commerce qui s’adresse à tout le monde et que l’on tient en famille.

 dans Luraghi

Le « Taï Yen », 5 rue de Belleville, ou « Le Président », à la sortie du métro, sont ainsi des restaurants Chao Zhou ainsi qu’en témoigne la transcription des noms selon la codification efeo, celle de l’école française d’Extrême-Orient utilisée par cette population très francisée, et non en pin yin, celle utilisée à l’heure actuelle.

Certains de ceux qui tiennent ces commerces habitent très loin en banlieue, tandis que ceux qui demeurent dans le quartier proviennent essentiellement de Chine populaire, la grosse majorité étant des When Zhou.

Aujourd’hui, il y a un passage de relais, car les commerçants Chao Zhou commencent à prendre leur retraite.

Propos recueillis par Clarisse Bouthier en janvier 2007

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http://www.visitparisregion.com/guides/envie-de/cultures-du-monde/balades/la-chine-et-l-asie-du-sud-est-64620.html

Galerie d'art maison de C.T. Loo et Compagnie

La Chine et l’Asie du Sud-Est

Paris ne compte pas moins de trois quartiers asiatiques : le plus connu et le plus étendu se situe au sud-est, le plus récent autour de Belleville et le plus petit en plein coeur de la capitale. En Ile-de-France, Ivry et Alfortville comptent aussi d’importantes communautés asiatiques. Pour une balade made in Asia suivez le guide !

Enseignes asiatiques à BellevilleLe premier Chinatown se situe dans un « triangle d’or » entre les avenues de Choisy et d’Ivry et la rue de Tolbiac, dans le XIIIe arrondissement. Avec ses cantines vietnamiennes dans lesquelles on se régale d’un pho ou d’un bo bun, ses canards laqués en vitrine des restaurants et ses temples bouddhistes, le quartier est véritablement un petit morceau d’Asie.

Pour plonger dans la culture asiatique, commencez votre promenade par la visite des Temples des Olympiades. Une petite musique exotique discrète flotte dans les airs, se mêlant au fumet d’encens. Fleurs et présents s’amoncellent devant trois bouddhas scintillants. Les fidèles viennent se recueillir dans ces sanctuaires qui ressemblent à s’y méprendre à ceux de leurs pays d’origine.

Vous voulez vous concocter un repas asiatique tout en vous immergeant dans l’atmosphère du quartier ? C’est chez Tang Frères qu’il faut aller ! Tout le quartier s’y retrouve pour y faire ses emplettes et le samedi, l’ambiance est survoltée. Ici, vous trouverez les spécialités asiatiques les plus typiques, du légume rare à la pâte de crevettes. Le magasin Paris Store propose lui aussi un vaste choix de denrées comestibles ainsi que de la vaisselle, des statuettes de bouddha, de l’encens…

Si vous êtes adepte des médecines douces, ou tout simplement curieux, visitez l’herboristerie chinoise A la Calebasse Verte, rue de la Vistule. Tenue par Mme Liu, cette boutique ne propose pas moins de 500 plantes médicinales ! Quant à L’Empire des Thés, c’est l’ambassade du thé chinois à Paris puisqu’il n’offre pas moins de 200 variétés. Cette élégante maison de thé au décor traditionnel chinois organise une dégustation de thé et une petite conférence sur ce fameux breuvage chaque dernier dimanche du mois.

Enseigne asiatique à BellevilleA l’occasion de la fête de nouvel an, en janvier ou février selon le calendrier lunaire, le triangle d’or revêt ses plus beaux atours. Lanternes en papier rouge aux fenêtres, pétards pour chasser les mauvais esprits, défilé de chars, chants et danses folkloriques : Chinatown est en fête. Le nouvel an est également célébré à Belleville, ce vieux quartier populaire afro-judéo-musulman qui s’est ouvert à la communauté asiatique depuis une quinzaine d’années. Tous les matins, admirez la splendide gestuelle des pratiquants de tai-chi-chuan dans le parc de Belleville.

Le Président, immense restaurant qui occupe la place de Belleville, est un incontournable du quartier. Après avoir passé la porte encadrée par deux lions monumentaux, vous gravirez l’escalier à double circonvolution pour rejoindre l’immense salle des festivités et savourer une cuisine chinoise authentique. Pour rester dans cette ambiance typiquement asiatique, vous pouvez aussi dîner au New Nioulaville et y déguster des dim sum (raviolis cuits à la vapeur) de toutes sortes, apportés à votre table tout chauds, sur un chariot roulant. Si vous préférez une atmosphère un peu plus intime et une carte un peu plus courte, choisissez l’une des cantines vietnamiennes du quartier comme Cyclo, rue de Belleville, qui propose de délicieux petits plats dans sa salle minuscule.

En plein coeur de Paris, l’une des plus anciennes communautés de Chinois de la capitale s’est installée autour de la rue du Temple. Parce que ses habitants se sont spécialisés dans la confection, on surnomme ce quartier le « sentier chinois ». On y déjeune pour quelques euros seulement dans l’une de ses nombreuses cantines.

A ne pas manquer : l’impressionnante pagode chinoise qui abrite la galerie d’art maison de C.T. Loo et Compagnie, près du parc Monceau et l’impressionnant complexe Chinagora à Alfortville. De pure architecture chinoise, l’édifice accueille un hôtel, plusieurs restaurants, un karaoké, une galerie marchande et un magnifique « Jardin des Neuf Dragons ».

 

 

http://terrain.revues.org/2909

Les Chinois de Paris : minorité culturelle ou constellation ethnique ?

 

Jean-Pierre Hassoun et Yinh Phong Tan
p. 34-44

Entrées d’index

Lieux d’étude :

Paris et Ile-de-France

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Texte intégral

1L’arrivée récente sur la scène interculturelle parisienne de populations de langue chinoise incite à se poser des questions quant à leur identité collective.

2Tenter d’appréhender l’identité d’une population transplantée oblige, dans un premier temps, l’observateur à se pencher sur le passé et les caractéristiques linguistiques de cette population. Cet a priori méthodologique est illustré ici par une description-classement qui permet de reconstituer des trajectoires individuelles et collectives ; celles-ci aident à mieux comprendre les diverses manifestations identitaires observées dans le contexte parisien parmi lesquelles les réseaux ethniques — multiples et étroitement imbriqués — occupent une place centrale et dont un des exemples les plus significatifs, la tontine, sera analysé dans la deuxième partie de cet article.

Topographie

3Les quatre enclaves où se sont rassemblés les Chinois de Paris sont des points de concentration à la fois humaine et économique. Hormis cela, les quatre chinatown ont peu de ressemblance entre elles. La densité démographique varie et le site dans lequel se sont intégrés les habitants et les commerces est différent, ce qui donne en fin de compte un paysage spécifique à chacune des villes chinoises.

4Le xiiie arrondissement abrite le quartier chinois le plus peuplé de Paris. Aucune délimitation réelle ne le sépare de son voisinage. Malgré tout, on peut situer le cœur de la ville dans un périmètre délimité par quatre voies de passage : l’avenue d’Italie, la rue de Tolbiac, le boulevard Masséna et la rue Nationale. Les gens sont logés en majorité dans des tours imposantes construites au milieu des années 70 et composées d’une trentaine d’étages. A leur pied, les commerces s’alignent le long des rues et remplissent les centres commerciaux. Le « kiosque de Choisy », qui se trouve au sortir du métro, est presque entièrement occupé par des restaurants et des épiceries chinois. Dans les galeries des Olympiades se nichent des ateliers de couture, des bijouteries et des magasins de produits surgelés. De nouveaux restaurants se sont ouverts récemment sur l’esplanade même et dans le centre commercial de Masséna. C’est autour de 1975 que le premier noyau des Chinois originaires du Cambodge (ou Sino-Khmers) s’est établi dans le quartier. Mais l’implantation ne prit de l’ampleur qu’à partir de 1978-1979 avec l’arrivée massive des réfugiés de l’Asie du Sud-Est. Aujourd’hui le xiiie détient le record de concentration de Chinois, bien qu’il soit difficile d’avancer un chiffre exact. Cette densité humaine s’accompagne d’une infrastructure économique plus importante et plus variée qu’ailleurs. Le réseau des entreprises est large et se diversifie de jour en jour. Hormis les commerces traditionnels qui restent les plus nombreux, restaurants et bazars — mais ici ils ont la taille de vrais supermarchés —, on trouve également des salons de coiffure, pressing, salles de jeux, club-vidéo, cinéma, ateliers de confection, magasins d’appareils électriques, cabinets d’assurances… Par sa densité et l’importance de ses services, le xiiie est devenu naturellement le cœur de la communauté chinoise. Point de chute pour les nouveaux arrivants, il constitue aussi un pôle d’attraction pour les réfugiés qui habitent en province et même à l’étranger. Les gens y viennent pour se ravitailler ou pour voir de la famille. Le lieu est visité quotidiennement, mais l’animation est particulièrement intense en fin de semaine, le samedi et le dimanche. La physionomie du quartier est marquée par une opposition architecturale. Les tours massives et grises, serrées les unes contre les autres, se dressent de chaque côté de la rue, un peu en retrait, écrasant les vieux immeubles bas aux façades lépreuses et aux boutiques délabrées, jouxtant eux-mêmes de nouveaux ensembles aux toits d’argile.

5Le deuxième quartier chinois est né dans le xixe arrondissement et présente une configuration toute différente. La population s’est disséminée en différents points, formant un demi-cercle sur la bordure ouest, allant de Belleville jusqu’à la station Crimée. Ici, la ville chinoise a pris racine dans une zone traditionnellement investie par des vagues successives de migrants dont chaque groupe n’a pas manqué à chaque fois de marquer l’espace à sa manière. Les Chinois se sont fondus dans un décor déjà modelé par d’autres populations minoritaires. Ainsi remarque-t-on des boutiques chinoises faisant face à des pâtisseries tunisiennes, des boucheries cacher à proximité de hammams. On relève là le même contraste architectural que dans le xiiie, bien qu’il soit moins heurté. Les ensembles modernes d’une taille plus modeste et dotés de lignes plus heureuses, s’harmonisent davantage avec les structures anciennes pourtant en pleine décrépitude. Les Chinois ont pris d’assaut les habitations modernes tout en investissant les locaux commerciaux très vétustes. Ce paysage multi-ethnique, avec ses échoppes bourdonnantes qui se succèdent dans les rues étroites et accidentées, dégage une atmosphère dont le caractère insolite s’accentue une fois la nuit venue.

6Si l’on pousse un peu plus au nord, en obliquant vers l’ouest, on découvrira presque aux portes de Paris la troisième agglomération chinoise — la plus modeste et la moins peuplée. Elle est située entre le boulevard de la Chapelle et le boulevard Ney, à la jonction de quatre rues : Ordener, la Chapelle, Marx-Dormoy et Riquet. Ce quartier n’est pas compact, il se déploie de tous côtés, semblable à une gigantesque toile d’araignée, à partir de la petite place de Torcy jusqu’aux différentes gares et autres entrepôts qui l’enserrent et l’isolent ainsi comme une frontière. La plupart des Chinois logent dans la tour de Boucry, un imposant building de 28 étages, le plus élevé du secteur. Les entreprises commerciales communautaires ont pris place aux alentours du petit marché couvert de Torcy qui, par sa présence, donne un aspect un peu villageois à cet environnement.

7Enfin, c’est dans le iiie arrondissement que se situe le quatrième point de peuplement chinois. C’est le quartier le plus ancien mais le moins visible1. La présence chinoise se limite à la rue Au Maire et à la rue des Gravailliers où l’implantation, qui remonte à plusieurs décennies, s’est intégrée dans un habitat vétuste. Les Chinois du iiie ne doivent pas être confondus avec ceux qui sont mentionnés plus haut dans la mesure où ils ne font pas partie du groupe des réfugiés. Venus directement de Chine populaire, ils doivent être considérés comme des immigrés économiques (Cf. carte courant migratoire n° 1). Rares sont ceux qui retournent définitivement au pays natal où cependant ils expédient une partie de leurs ressources de façon régulière. Les signes des activités économiques sont rares, à peine visibles : épiceries minuscules, restaurants destinés à la clientèle française et entreprises de maroquinerie dont aucune des devantures n’est marquée des caractères si facilement repérables.

8Ces regroupements territoriaux qui enrichissent les impressions du flâneur parisien fondent-ils pour autant l’existence d’une minorité ethnique ou culturelle aux contours clairement définis ?

Langues et dialectes

9Il faut au préalable prendre connaissance de certaines des particularités de la langue et de l’écriture chinoises. Comme dit V. Alleton, « tous les Chinois, qu’ils habitent la Mandchourie, Pékin, Canton ou Singapour, parlent une variété ou une autre de « chinois » (…). Néanmoins, dans bien des cas, il n’y a pas de communication possible entre ces hommes, pour autant qu’ils se limitent à leur parler quotidien, leur « dialecte » »2. Mais la constatation de cet éclatement linguistique doit tout aussitôt être modulée par l’unité que représente l’écriture, les caractères étant lisibles et compréhensibles par tous. Cette caractéristique tient à la tendance monosyllabique de la langue chinoise. Chaque caractère désigne une syllabe et chaque syllabe ne représente généralement qu’un seul mot3. Cette « forme graphique indépendante », l’idéogramme, n’évoque qu’un seul et même sens au lecteur quel que soit le dialecte qu’il parle. Il faut encore noter que la partie nord de la Chine, la « zone du mandarin »4 est beaucoup plus homogène que les provinces du sud-est qui sont marquées par une forte hétérogénéité dialectale. C’est de ces régions côtières que sont partis la majorité des « Chinois d’outre-mer » hua qiao5 que l’on trouve partout dans le monde. Dans certains points de ces contrées en question, « il y a autant de dialectes que de lieux » pour reprendre une définition générale de F. de Saussure6. Cette hétérogénéité linguistique se retrouve dans le monde chinois immigré, délimitant naturellement des groupes et sous-groupes qui fondent des identités dialectales. Nos enquêtes ont montré que les Chinois parisiens, à l’exception des « Wenzhou », sont issus de ces groupes méridionaux.

M. Lam, un Chinois teochiu originaire du Cambodge : Portrait linguistique

10M. Lam est né en 1947 à Svay Rieng (province de Svay Rieng) au Cambodge. Ses parents avaient quitté tout jeunes le sud de la Chine. Son père était parti de Puning et sa mère de Chao Yang (cf. carte des origines, courant migratoire n° 3). Le teochiu est donc sa langue maternelle.

11M. Lam débute sa scolarité à l’école chinoise tenue par la congrégation teochiu7. C’est là qu’il s’initie à l’écriture chinoise et au mandarin. Il poursuivra ses études jusqu’en classe de 5e (quelques heures par semaine étant consacrées à la langue cambodgienne).

12Puis il commence à travailler avec son père qui tient une épicerie. Dans ce cadre, il lui arrive de parler le khmer au contact des employés et des clients. L’entreprise paternelle ravitaillant aussi les épiceries de village, il circule régulièrement dans la campagne environnante où il doit entrer en relation avec des boutiquiers parmi lesquels des Vietnamiens. Avec le temps, il se familiarise avec la langue vietnamienne dont il garde encore aujourd’hui de solides notions.

13Suite à l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir, M. Lam se réfugie en Thaïlande dans le camp de Khao-I-Dang, puis à Bangkok chez son cousin, le fils de la sœur de son père. Il n’a jamais connu cette tante qui habite toujours à Puning, en pays teochiu, mais correspond de temps en temps avec elle en chinois. Pendant cet intermède thaïlandais, il baigne complètement dans sa « langue de famille » (jia yu).

14Réfugié en France en 1979 (c. m. n° 11), il retrouve un frère avec qui il monte une entreprise de confection. Pour réunir le capital de départ, il emprunte à des amis teochiu venus du Cambodge, mais aussi du Laos (cf. infra à propos du hui ou tontine). A Paris, il fait connaissance avec un autre dialecte, le cantonnais, qui se diffuse à travers des films en cassettes-vidéo produits par Hong Kong. Cependant, l’entreprise familiale fait faillite et M. Lam se voit contraint de devenir ouvrier dans une usine française durant deux ans. Cette période lui permet d’améliorer son français. Il se marie alors avec une Teochiu de Thaïlande. Une petite fille est née, prénommée Hélène pour l’état civil, mais appelée Aï Len à la maison.

15Tenté de nouveau par l’entreprise, M. Lam s’y lance cette fois-ci avec un Wenzhou (c.m. n° 1) dont la femme était son ancienne employée. Ils communiquent entre eux en mandarin, bien que le Wenzhou le parle très mal. M. Lam reconnaît oublier de plus en plus le khmer. Il est vrai qu’il a rarement l’occasion de pratiquer cette langue. Par contre, la lecture assez régulière de la presse chinoise entretient sa connaissance des caractères. Après sept ans de séjour en France, M. Lam comprend le français mais le parle difficilement.

16L’itinéraire de M. Lam envisagé ici sous l’angle linguistique est-il un cas limite chez les Chinois parisiens ? Les recherches nous ont permis de mettre en lumière qu’il n’en est rien et que ce cumul de connaissances ou bribes de connaissances est non seulement fréquent mais presque général. Toutefois, selon les positions sociales et surtout selon les trajectoires migratoires, ce phénomène présente des variantes à partir desquelles on peut établir un premier classement.

  • Le premier de ces « types » linguistiques repose sur un rapport central à la langue maternelle, c’est-à-dire le dialecte d’origine qui s’est perpétué à travers une, deux ou trois générations. Il est marqué aussi par une relation secondaire — plus faible mais réelle souvent — avec la langue nationale du premier pays d’émigration (Cambodge, Laos, Vietnam). Ajoutons un troisième trait concernant surtout les hommes de plus de trente ans, à savoir une connaissance minimale du mandarin et des idéogrammes pour ceux qui ont été scolarisés dans les écoles chinoises, assez répandues.

  • Le deuxième « type » se construit autour du premier avec l’adjonction d’un ou de deux dialectes acquis soit par fréquentation du voisinage, soit par inter-mariage, soit enfin par nécessité professionnelle. Pour cette dernière raison, on a pu se familiariser avec une autre langue, le vietnamien par exemple au Cambodge.

  • Le troisième profil linguistique s’est dessiné au cours de la dernière étape des histoires migratoires. Faisant suite aux deux premiers, il s’enrichit d’une autre langue : le thaïlandais pour les uns (c.m. n° 7) ou le vietnamien pour les autres (c.m. n° 8). Dans ce même profil, un dernier exemple : ceux, bien que rares, qui ont transité très tôt par un des pôles du monde chinois (Hong Kong ou Taïwan). Les premiers se sont initiés au cantonnais ou l’ont amélioré, les deuxièmes ont fait de même avec le mandarin.

  • Le quatrième « type » enfin, tout à fait distinct des autres, peut être observé chez les Chinois du Zhejiang (c.m. n° 1). Outre leur extrême diversité dialectale, rappelons qu’ils ont une connaissance du mandarin, au moins pour les jeunes qui ont suivi une scolarité plus longue et plus régulière.

17A partir des éléments récurrents que met en lumière ce premier classement, on peut dégager deux remarques.

18D’une part, on constate que cette double spécificité des Chinois parisiens (dialecte et patchwork linguistique) est aussi l’un de leurs traits distinctifs, le plus saillant si on les compare aux autres populations arrivées dans le même temps d’Asie du Sud-Est. D’autre part, cette personnalité fondée sur un noyau dialectal stable et déterminant — auquel sont venues s’ajouter des connaissances linguistiques diverses mais rudimentaires — n’est pas le résultat d’un plan d’acquisition conscient. Cependant, la formation d’un tel type de personnalité s’explique par deux sortes de facteurs. Le premier, celui qui a trait au socle culturel d’origine, tient aux particularités du domaine linguistique chinois que nous avons déjà mentionnées. En d’autres termes, il s’agit d’un fort ancrage dialectal combiné avec l’existence d’une langue véhiculaire mais pas étrangère (le mandarin) et surtout avec une forme d’écriture (les idéogrammes) aux propriétés unifiantes. A cela, on peut encore relever la possibilité relativement aisée d’acquérir des éléments d’autres dialectes, ce qui permet parfois de limiter l’enclavement dialectal.

19Ainsi à l’intérieur même du groupe chinois, les inter-relations sont-elles orientées par le double principe de « la distance et de la proximité » pour reprendre les termes proposés par G. Simmel8. En effet, considérons par exemple un Teochiu (c.m. n° 3) et un Wenzhou (c.m. n° 1). La différence de leur dialecte maternel est telle que l’intercompréhension est nulle. Par ailleurs, ces deux individus s’opposent aussi par l’histoire migratoire qui a fait du premier un réfugié et du second un simple immigré économique. Enfin, leur contexte social d’origine est extrêmement dissemblable : le Teochiu avait généralement évolué dans le monde du commerce d’une société post-coloniale, alors que le Wenzhou était paysan ou ouvrier dans un pays communiste. Rappelons aussi qu’ils se distinguent par un rapport différent à la Chine que l’un n’a jamais connue, et que l’autre vient de quitter.

20Tout concourt donc à marquer d’éventuelles inter-relations du sceau de la « distance ». Pourtant le sentiment d’appartenir à un même groupe est réel. Il se matérialise par l’utilisation du mandarin, ou encore d’un dialecte véhiculaire comme le cantonnais que certains « Wenzhou » ont quelque peu appris lors d’un séjour à Hong Kong, ou à Paris même. Cette possibilité de communication permet d’engager de simples relations, des associations économiques voire des inter-mariages. Ainsi la « distance » (l’exemple cité ici est sans doute le plus aigu qui soit à l’intérieur de la communauté chinoise) se combine-t-elle avec une « proximité » fondée sur des inter-reconnaissances privilégiées.

21Ce type d’inter-relations est rendu possible par un minimum linguistique commun qui met en interaction des individus historiquement distants mais ethniquement proches. Cela ne relativise pas pour autant les relations intrafamiliales ou intradialectales qui sont privilégiées, mais offre un cercle de relations plus étendu que celui dont chacun pouvait disposer en arrivant en France.

22Toutefois, il faut encore préciser que cette « proximité » n’est pas dépourvue objectivement de « distance » puisque aucune association ou référence nationale ne vient sanctionner ces rapprochements de circonstance.

23Le deuxième facteur qui explique la constitution de ce patchwork linguistique est lié aux multiples situations de contacts interethniques engendrées par les épisodes d’une riche histoire migratoire (cf. portrait de M. Lam). Ces circonstances avaient souvent incité ou forcé à des ouvertures culturelles, donc linguistiques. Tout cela conduit à considérer ces additions successives et ces particularités dialectales comme une sorte de socle de l’identité de cette population. On peut en effet émettre l’hypothèse qu’en situation migratoire l’appartenance à ces groupes dialectaux — proches et distants à la fois — permet de renouer ou de tisser des liens avec plus de commodité et que, parallèlement mais dans une moindre mesure, les connaissances linguistiques diversifiées mais rudimentaires prédisposent à engager avec hardiesse plus de relations.

24Ainsi cumuleraient-ils l’intimité du groupe familial9, la surface relationnelle potentielle du patchwork linguistique, et surtout l’interfacilité offerte par le groupe dialectal qu’ils transportent avec eux tel un capital incorporé. Chacune de ces instances pouvant fonctionner (ou dépérir) séparément ou simultanément.

25Cependant dans le contexte parisien, ces trois atouts remplissent-ils les mêmes fonctions que dans le passé ? Autrement dit, l’identité dialectale et le bagage historique servent-ils aujourd’hui à assurer une insertion dans la société française ?

26S’il semble présomptueux d’apporter une réponse définitive à l’heure actuelle, on peut constater néanmoins que la communauté chinoise fonctionne d’ores et déjà sur un système de réseaux divers organisés sur la base d’une appartenance familiale, dialectale, ethnique, nationale, professionnelle, ou bien jouant à la fois sur plusieurs de ces références. Le réseau qui illustre le mieux cette figure est sans doute le hui ou la tontine. Au niveau économique, son rôle est fondamental, offrant aux individus un choix économique et une mobilité sociale en conséquence. Le hui ou la tontine est une chose concrète, il possède ses règles et son vocabulaire. Par certains côtés, le hui s’apparente à un jeu, et bien qu’il soit toujours extrêmement difficile de « raconter » un jeu, nous allons tenter d’en faire une description.

Un réseau : le hui ou la tontine

27Le hui ou la tontine10 est un système marqué par la dualité. Mettant en présence des partenaires au rôle différent, il comprend un enjeu financier double.

28A l’origine de la formation d’une tontine, il y a un emprunteur dénommé « président » ou « chef ». Ayant un besoin important d’argent, il fait appel à un certain nombre de personnes susceptibles de l’aider. Celles-ci lui prêtent chacune une part de cette somme. Les parts étant égales, le « président » fera en sorte de réunir suffisamment de prêteurs : s’il a besoin de 100 000 F par exemple, il s’efforcera de recruter vingt personnes (si le cours des parts se situe autour de 5000 F et si cela correspond aux possibilités de ses participants). Ceux-ci lui verseront donc chacun 5000 F. Il s’agit dans cette première phase d’un emprunt. Mais cet emprunt est particulier en ce sens qu’il n’apportera aucun intérêt aux créanciers. En effet, chaque mois le « président » remboursera l’un des membres sans lui donner plus que la mise de départ (dans notre exemple 5000 F). Mais cela ne s’arrête pas là car un second processus intervient dans le hui.

29La deuxième phase est animée par un autre enjeu d’argent. Des réunions mensuelles (elles se répéteront autant de fois qu’il y a de participants, à savoir ici vingt fois) ont lieu au cours desquelles les prêteurs (mais pas le « président ») doivent apporter une nouvelle cotisation, toutefois inférieure à la somme initiale (600 F si l’on se base sur notre exemple). La totalité de ces cotisations reviendra au plus offrant des participants. En effet, pour l’obtenir il n’en va pas de soi. Il faut avoir proposé un intérêt qui sera au bénéfice des autres. Étant donné que tout le monde peut agir de même, il faut alors donner l’intérêt le plus élevé (mettons 160 F). Les propositions sont secrètes et transmises au « chef » qui adjugera. Il s’agit ici d’une sorte de mise aux enchères qui a donc lieu tous les mois. Poursuivons notre description. Si le chiffre gagnant était de 160 F, les autres membres du groupe verseraient chacun à l’adjudicataire 600-160 = 440 F. Ce dernier touchera (440 X 19 =)8360 F en même temps que sa mise de départ que le « président » lui aura remboursée. Donc en tout 13 360 F. Précisons que l’intérêt peut varier à chaque fois et qu’il est invisible, puisqu’il est soustrait de la cotisation mensuelle. Chaque participant qui a remporté les mises, est considéré comme « mort » par les autres (il ne se rendra plus aux réunions mensuelles) car il va de soi qu’on ne peut récolter cette somme qu’une seule fois au cours du jeu. Aussi devra-t-il rembourser mois après mois 600 F aux bénéficiaires des autres adjudications. On comprend donc que la cotisation mensuelle n’est jamais connue à l’avance, puisque son montant est déterminé chaque mois par la mise aux enchères de l’intérêt. Cette dernière règle fait des acteurs non seulement des emprunteurs ou épargnants (miser n’est pas une obligation, on peut simplement se contenter d’attendre la fin du jeu en accumulant les intérêts), mais également des joueurs.

La tontine comme réseau

30Le hui ou la tontine se présente donc comme un cercle privé mettant en contact un nombre variable mais limité de personnes. Si ces inter-relations visent d’abord à satisfaire un but financier, elles ne se limitent pas à ce dessein pratique. Elles sont aussi fondées sur des considérations morales et sociales. En effet, le « chef » lance généralement son emprunt auprès de ses relations personnelles, « parents ou amis ». Ceux-ci lui accorderont ou non, selon leurs moyens ou leurs besoins, ce prêt. Cependant, ce cercle familial et amical est forcément restreint. Aussi le « président » compte-t-il toujours sur ces derniers pour recruter d’autres personnes intéressées afin d’élargir son réseau initial. Il les charge donc de diffuser l’information, mais surtout de persuader les éventuels participants de l’honorabilité de sa personne. Le profil du « chef » doit correspondre à certains critères jugés essentiels : il doit être un individu honnête et avoir un projet louable. Enfin, on s’assurera qu’il dispose d’arrières suffisants pour honorer ses dettes. La présentation de son image de marque, de sa « face » mian joue un rôle primordial dans la formation du hui dans la mesure où ce réseau se déroule sur un mode oral, tacite, donc complètement officieux. Aucun recours n’est possible auprès des instances officielles. La phase du recrutement s’apparente à une sorte de campagne qui est menée essentiellement par les proches du « président ». Devenant ses intermédiaires, ceux-ci recherchent activement dans leur propre réseau de relations s’ils désirent que la tontine voie le jour. En fin de compte, les tontines se créent souvent à l’intérieur de groupes restreints, ce qui leur donne généralement un caractère familial, dialectal et ethnique. Ce cloisonnement n’est pas une règle stricte, une tontine peut comprendre des gens de dialecte différent et même d’une autre ethnie (Khmers par exemple).

31Du point de vue des prêteurs, chacun sait que le « président » est le grand bénéficiaire du groupe. En lui prêtant de l’argent sans exiger d’intérêts, on lui rend service et on lui accorde sa confiance. En retour, le « président » doit assumer des responsabilités dans le déroulement et la gestion du hui. Une fois par mois, il a le devoir d’organiser la mise aux enchères de l’intérêt mensuel. Selon les règles, tous les membres du groupe se réunissent afin d’assister à l’adjudication, y compris ceux qui n’ont pas l’intention de récolter l’argent. Leur participation formelle a pour but de faire monter les enchères, donc d’obtenir un intérêt plus élevé. Cependant, la tontine à Paris voit cette modalité se modifier en raison du nouvel environnement marqué par l’éloignement géographique et le manque de temps. Souvent ici, les séances n’ont pas lieu et les enchères se communiquent par téléphone. Aussi les contacts peuvent être très réduits et les gens ne jamais se rencontrer. Le « président » seul entretient des liens réels avec tout le groupe. Après les enchères, il doit s’acharner à collecter les cotisations et les remettre à l’adjudicataire. Cette gestion de la tontine exige la dépense d’un certain temps et n’est pas exempte de risques. Il est vrai que si l’un des membres tardait à payer, il devrait avancer cette somme. Ou si, par malheur, quelqu’un rompait le contrat en filant sans laisser d’adresse, le « chef » devrait rembourser de sa propre proche. D’un autre côté, si lui-même trahissait, ce serait alors tout le groupe qui en pâtirait. Dans ce jeu aux règles tacites et à l’existence officieuse, la trahison se concrétise par une véritable disparition physique. Cercle privé, le hui apparaît comme un réseau de relations financières et sociales dont le centre est le « chef ». Ce réseau a une vie éphémère et une fonction circonstanciée. Il dure généralement vingt ou trente mois et l’argent récolté est destiné à un projet précis, le plus souvent à caractère commercial. Cependant, une tontine n’est jamais vraiment finie en ce sens où les relations qui se sont créées perdurent bien après le terme du contrat tant la notion de don et de contre-don anime et imprègne ce système. Le « chef » garde toujours une dette envers ses anciens partenaires. Si par la suite, l’un d’eux désire former sa propre tontine, l’ancien « chef » devra alors répondre à l’appel. S’il se dérobait, il perdrait la « face ».

32Enfin, soulignons que les commerces et entreprises de la communauté chinoise qui ont fait surgir les chinatowns parisiennes, ont été mis sur pied en grande partie grâce aux tontines11. La pratique de la tontine permet outre des achats (voitures, appareils ménagers, appartements), la création de son propre commerce. En d’autres termes, en lançant une tontine, un individu employé au départ, peut devenir chef d’entreprise. Cette forme d’ascension sociale est extrêmement positivée au sein de la communauté. Le hui n’est qu’un exemple, mais son caractère essentiel et massif est une première réponse à la question que nous nous posions. Car si les Chinois ont recours à cet outil, c’est aussi parce qu’ils disposent d’identités grégaires (groupes familiaux, dialectaux, ethniques…) que nous avons évoquées. D’autre part, ils peuvent faire référence à d’autres expériences migratoires où ces comportements avaient déjà été adoptés.

33Mais ces comportements peuvent-ils pour autant être considérés comme les éléments d’une stratégie sociale que les circonstances historiques marquées par la transplantation transformeraient de fait en stratégie migratoire ?

34A partir de la réflexion de P. Bourdieu qui se refuse à voir « dans la stratégie le produit d’un programme conscient et rationnel (…) mais le produit du sens pratique comme sens du jeu, d’un jeu social particulier historiquement défini, qui s’acquiert dès l’enfance en participant aux activités sociales » (« De la règle aux stratégies », Terrain, n° 4, p. 94), on peut apprécier ces premières attitudes également comme « un sens pratique comme sens du jeu », mais celui-ci étant acquis, assimilé et perfectionné au cours d’une histoire migratoire commencée il y a une, deux ou trois générations et que les liens familiaux, dialectaux et ethniques propres au monde chinois ont permis de transmettre et de reproduire. Cette sorte d’« habitus ethnique » dont nous ne venons d’éclairer qu’un aspect permet de mener des formes assez sophistiquées de « jeu social » mais également de « jeu de l’étranger » en accordant à ce terme la pertinence sociologique proposée par G. Simmel12. Ce dernier rapprochement veut surtout faire référence à la mobilité que l’on retrouve au cœur de nombreuses trajectoires comme fait observable mais aussi comme valeur. Une fois précisé ces éléments de stratégie et leurs conditions d’existence, il faut tout aussitôt en souligner les limites. En effet, ce type de capital n’est rentable qu’à l’intérieur de la sphère chinoise et dans une certaine mesure dans celle des réfugiés de l’Asie du Sud-Est à Paris. Parallèlement, il trace une sorte de frontière avec la société française et conduit par là même à un enclavement certain.

35Ces réseaux et groupes relationnels sont hétérogènes et ne se réfèrent pas clairement à une nation ou à une culture homogène mais plutôt à des pôles du monde chinois — communautés immigrées à travers le monde, Chine populaire, Taïwan, Hong Kong13 etc. — ; en ce sens, ils ne constituent donc pas véritablement une minorité culturelle mais forment plutôt une constellation ethnique.

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Annexe

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Notes

1Sur l’origine de ce quartier voir C. Archaimbault, « En marge du quartier chinois de Paris » in Bulletin de la Société des études indochinoises, nouvelle série, XXVIII, n° 3, 3e trimestre, 1952, pp. 275-294.
2Viviane Alleton, L’écriture chinoise, Paris, p.u.f., q.s.j., n° 1374, p. 107.
3En mandarin, le sens de chacune de ces syllabes peut être démultiplié par l’existence de quatre tons.
4C’est à partir de ce « parler » du nord que le mandarin s’est forgé comme langue nationale (guo yu). C’est le mandarin que l’on enseigne aujourd’hui dans les écoles.
5Hua qiao de hua « la Chine » et de qiao « à l’étranger ». Le terme est assez fortement positivé, désignant plus qu’une catégorie, un statut social.
6F. de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1979, p. 276.
7Dans le contexte indochinois, la congrégation (bang hui guan) regroupait les immigrés chinois par dialecte. Les autorités coloniales françaises avaient renforcé cette institution qui leur était très utile dans l’administration de ces populations (indirect rule), C.f. W.E. Willmott. The Chinese in Cambodia, University of British Columbia, Vancouver, 1967 et The Political Structure of the Chinese Community in Cambodia, Athlone Press, New York, 1970.
8G. Simmel « Digressions sur l’étranger » in L’école de Chicago. Naissance de l’écologie urbaine, Paris, Ed du Champ Urbain, 1979, pp. 53-60.
9Une des caractéristiques de cette migration est d’être composée de familles et d’être pensée sans projet de retour. Cette attitude s’explique par les situations historiques des trois pays de départ.
10Le mot tontine vient du nom de son inventeur, un Napolitain Laurent Tonti, qui a imaginé un système au xviie siècle de rente viagère par actions au bénéfice des derniers survivants. Balzac y fait référence dans son roman Une ténébreuse affaire. Ce système n’a que peu de rapport avec le hui. Dans le contexte colonial indochinois, les Français avaient utilisé ce terme pour désigner le hui chinois qui s’était fortement répandu. Les Khmers pratiquent également le hui mais ont recours uniquement au terme français tontine.
11Cf Yinh Phong Tan : « Restaurants et ateliers. Le travail des Sino-Khmers », in ASEMI, « Cambodge II », XV, 1-4, 1984.
12G. Simmel, op. cit.
13La danse du lion introduite pour la première fois à Paris en 1983 est un des seuls traits ethniques unificateurs. Cf. Hassoun, Tan « Le bœuf, le tigre et le lion » in Le Monde, 23 février 1986 et « La danse du lion à Paris. Aspects d’un capital ethnique ? » in Actes du Colloque de l’A.F.A. « Vers des sociétés pluriculturelles », janvier 1986.

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Pour citer cet article

Référence papier

 

Hassoun J.-P. & Y. P. Tan, 1986, « Les Chinois de Paris : minorité culturelle ou constellation ethnique ? », Terrain, n° 7, pp. 34-44.

Référence électronique

Jean-Pierre Hassoun et Yinh Phong Tan, « Les Chinois de Paris : minorité culturelle ou constellation ethnique ? », Terrain [En ligne], 7 | octobre 1986, mis en ligne le 19 juillet 2007, consulté le 23 juillet 2016. URL : http://terrain.revues.org/2909 ; DOI : 10.4000/terrain.2909

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Auteurs

Jean-Pierre Hassoun

chargé de recherche au C.N.R.S.

Yinh Phong Tan

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quartiers_asiatiques_de_Paris

Quartiers asiatiques de Paris

image illustrant Paris
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Quartiers asiatiques de Paris
Les Olympiades, cœur du quartier asiatique
Nom chinois
Chinois 巴黎唐人街
Traduction littérale Chinatown de Paris

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Les tours des Olympiades.

Paris possède plusieurs quartiers asiatiques. Le plus grand est le Triangle de Choisy, situé dans le 13e arrondissement de Paris entre les avenues de Choisy, d’Ivry et le boulevard Masséna, ainsi que sur la dalle des Olympiades et dans les rues environnantes. Y vivent principalement des populations d’origine chinoise, vietnamienne, cambodgienne, laotienne, qui tiennent la plupart des commerces du quartier. La majorité de ces populations habitent les tours de la porte de Choisy, de la porte d’Ivry et des Olympiades. Parmi ces habitants, on compte également des Chinois venus de Polynésie française et de Guyane française mais également diverses ethnies vietnamiennes, sino-vietnamiennes, sino-indonésiennes provenant de Nouvelle-Calédonie. Ce quartier s’étend au sud vers Ivry et Vitry.

Le quartier du Temple et le quartier des Arts-et-Métiers sont les plus anciens quartiers chinois de Paris1. Hors de l’Île-de-France, les seules communautés chinoises véritablement constituées sont à Lyon et à Lille.

Les deux autres quartiers asiatiques de Paris sont situés, l’un à Belleville et le dernier autour des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs pour les japonais et coréens.

La plus grande communauté chinoise hors de Paris vit à Marne-la-Vallée. Une importante communauté vit aussi au nord de Paris (Aubervilliers, Saint-Denis, Sarcelles et Villeneuve-la-Garenne)1.

Sommaire

Description

Triangle de Choisy

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Défilé du nouvel an chinois 2015 dans le 13e arrondissement de Paris
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Le mélange des cultures dans le quartier asiatique.

Le quartier asiatique du 13e arrondissement occupe surtout le triangle formé par l’avenue de Choisy, l’avenue d’Ivry et le boulevard Masséna, ainsi que les rues environnantes et la vaste dalle des Olympiades. Dans ce périmètre, la présence asiatique est particulièrement visible à cause du quasi-monopole des Chinois sur les commerces : restaurants, boutiques de bibelots, coiffeurs et magasins d’alimentation dont les deux grands supermarchés Tang Frères (propriété d’un Chinois laotien) et Paristore. Contrairement aux apparences, le quartier n’est pas habité majoritairement par des Asiatiques, mais il sert de lieu de rendez-vous à l’ensemble des communautés de culture chinoise et indo-chinoise d’Île-de-France. On y trouve ainsi le siège de plusieurs institutions telles que l’Association des Résidents en France d’origine indo-chinoise.

Le jour du Nouvel An chinois a lieu une grande parade qui traverse les rues animées par les danses des lions et des dragons.

Le quartier asiatique du 13e ne présente pas une architecture pittoresque comme le Chinatown de Londres ou de San Francisco, et les toits en forme de pagode du centre commercial des Olympiades n’ont pas de rapport avec la présence des Asiatiques car cet ensemble a été construit avant leur arrivée.

Belleville

D’autres quartiers parisiens, tels que le quartier de Belleville (principalement une partie du boulevard et la rue de Belleville), concentrent également une population asiatique d’origine chinoise venue de l’ancienne Indochine française mais surtout venant de Chine continentale (en particulier de la région de Zhejiang).

Quartier de la rue au Maire

Un autre quartier chinois, plus ancien mais moins visible, occupe le 3e arrondissement (rue au Maire et rue Volta, plus résidentielles et offrant quelques lieux de cuisine chinoise authentique, rue du Temple et rue des Gravilliers, plus commerciales). Sociologiquement séparé des autres quartiers asiatiques de Paris, ce quartier est habité de personnes originaires de Chine, souvent de la région de Wenzhou, qui travaillent généralement dans le commerce en gros de maroquinerie et de bijouterie fantaisie, et dans les industries textiles ou d’import-export du quartier.

Quartier de la rue Sainte-Anne

Enfin, un quartier japonais, puis coréen, qui offre de nombreuses boutiques et restaurants spécialisés, s’est développé à partir des années 1990 aux alentours du croisement des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs, à cheval sur les 1er et 2e arrondissements, à partir de l’Office national du tourisme japonais et de Japan Airlines situés 4 rue de Ventadour.

Histoire

Initialement, la plus ancienne communauté chinoise est celle du quartier des Arts-et-Métiers, rue Volta et rue au Maire, qui vit une première famille s’installer dans le quartier dans les années 1900. Essentiellement dans les métiers de la maroquinerie, les activités artisanales ont subsisté jusque dans les années 1990, remplacées ensuite par des activités commerciales.

Les Chinois combattants du côté allié pendant la Première Guerre mondiale et qui restent en France après le conflit s’installent dans le 3e arrondissement2.

Un petit quartier chinois s’est aussi constitué autour de la gare de Lyon à la fin de la Première Guerre mondiale. La raison en est que c’est par cette gare que les travailleurs chinois ramenés de Chine pour suppléer aux bras manquants de la grande guerre (usines, travaux agricoles, ouvrages militaires comme les tranchées, etc.) devaient être rapatriés via Marseille et que certains ne voulant pas retourner en Chine se sont établis dans ce quartier.

Dans les années 1920, quelques étudiants chinois se sont installés dans le 13e arrondissement, où ils ont créé avec Zhou Enlai la section française du Parti communiste chinois.

Toutefois les premières vagues d’immigration asiatique massive ont commencé au milieu des années 1970, avec les réfugiés fuyant la situation politique en Asie du Sud-Est (guerre au Viêt Nam et Laos, guerre civile au Cambodge). En particulier, les communautés chinoises de ces pays, persécutées, ont grossi les rangs des réfugiés et sont à l’origine de la création de ce « Chinatown ». Originaires du sud de la Chine, leurs dialectes, le teochew et le cantonais, sont encore les plus utilisés dans le quartier. Ils ont choisi le 13e arrondissement en raison de l’abondance de logements disponibles : les tours venaient d’être construites dans le cadre de l’opération Italie 13, mais elles n’avaient pas rencontré le succès escompté auprès du public visé, les jeunes cadres parisiens. De ce fait, les tours étaient vides d’occupants. Par la suite, d’autres vagues de réfugiés ou d’immigrés ont créé dans le quartier des communautés cambodgiennes, laotiennes, thaïlandaises. Des Chinois nés en Chine sont aussi arrivés ces dernières années. Le quartier est souvent considéré comme une étape transitoire lors de l’arrivée en France. Les personnes arrivées dans les premières vagues d’immigration sont, dans beaucoup de cas, parties vivre dans d’autres quartiers ou en banlieue.

L’immigration asiatique a dû faire face au début à une certaine méfiance de la part des habitants du quartier, mais les nouveaux venus ont été assez largement acceptés. Ils apportaient des commerces et de la vitalité au quartier. En occupant les tours du quartier Choisy-Ivry, ils ont sauvé de l’échec une opération immobilière qui n’avait pas réussi à séduire les cadres parisiens.

Particularités

  • Une pagode bouddhiste gérée par l’amicale des Teochew en France est située sur la dalle des Olympiades, derrière la tour Anvers juste à côté de la galerie commerciale Oslo (entrée Nord).
 dans Rue89

Temple bouddhique sur la dalle des Olympiades.
  • Un second temple bouddhiste, géré par l’Association des résidents en France d’origine indochinoise est situé rue du Disque (rue couverte liée au parking souterrain) sur la gauche de la rue souterraine dont la sortie débouche sur l’avenue d’Ivry. Le temple est dédié à la divinité Bodhisattva Guanyin3.

Dans la fiction

Notes et références

  1. a et b La Chine et les chinois de la diaspora, Jean-François Doulet, Marie-Anne Gervais-Lambony, Atlande, 2000, pages 223-224.
  2. Alexandra Michot, «On a testé… la balade à Belleville, version chinoise », in Le Figaro, lundi 10 juin 2013, p. 17.
  3. Antoine Esbelin et Pierre Schneidermann, « À la découverte de Chinatown en famille », Le 13 du mois, no 14,‎ 2012, p. 56-57 (résumé [archive])

Lien externe

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