Quimper, odeurs locales

 

 

Le Sud-Finistère est réputé pour ses conserveries de poissons.

 

https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2002-3-page-61.htm

La conserverie de poisson, 1939-1945 : une activité sinistrée ?

parJean-Christophe Fichou

docteur en histoire, docteur en géographie.

Guerres mondiales et conflits contemporains

2002/3 (n° 207)

 

Au début de l’été 2001, je commençais des recherches sur les conserveurs de poissons installés sur les côtes de Manche et d’Atlantique. En ce qui concerne la période courant de 1939 à 1944, la plupart des sources bibliographiques signalaient les très grandes difficultés rencontrées par les pêcheurs et l’impossibilité pour les fabricants de continuer leurs activités [1][1]  J. Sainclivier, La Bretagne dans la guerre, 1939-1945,…. Mais, à la lecture des rares statistiques retrouvées, il apparaît que ces affirmations sont loin d’être fondées. M. Marie d’Avigneau me fournit la confirmation de mes doutes après m’avoir affirmé que le Bulletin de la pêche de la sardine et du thon, propriété de son grand-père François Gasnier, ne cessa de paraître au cours du conflit, en fournissant toutes les semaines les tonnages débarqués dans chaque port et les prix de vente [2][2]  A. Marie-d’Avigneau, L’industrie des conserves de…. Pourquoi une telle feuille aurait-elle été achetée par les mareyeurs et les conserveurs, si ces derniers n’avaient travaillé les poissons en question ? En fait, la pêche de la sardine et du maquereau en particulier, perdure pendant toute la Seconde Guerre mondiale sur le littoral atlantique et l’activité des usiniers concernés ne s’éteint pas. Qu’en était-il vraiment ?

2Pendant les années 1936, 1937 et 1938, les trois dernières années normales avant les hostilités, les conserveries de poissons des côtes bretonne, vendéenne et basque travaillent une moyenne de 20 000 t. de sardines fraîches et un tonnage équivalent de thons, maquereaux et sprats par an, mais dès le début du conflit les difficultés d’approvisionnement interdisent d’améliorer la production pourtant en forte hausse. Les menaces de guerre ont déjà poussé le ministère de la Marine à mettre en place une organisation plus rationnelle des marchés et de la pêche ; il demande aussi aux conserveurs de moderniser leurs équipements pour traiter des quantités plus importantes de sardines. De son côté et dès septembre 1939, le Service du Ravitaillement prend en main l’organisation de la distribution et de l’approvisionnement des usines ; les services des subsistances de l’Armée assurent l’achat des produits car ils demandent quant à eux la livraison de 1 000 t. de conserves de poisson par mois. Les industriels doivent respecter certaines contraintes pour parvenir à fournir en temps et heures l’effort de guerre et s’astreindre à un règlement plus strict. Ainsi les prix sont fixés avant la campagne et les matières premières, fer-blanc, huile, charbon… sont attribuées en fonction des capacités de chaque usine. Les conserveurs se plient assez facilement à ces quotas dans la mesure où tous savent que « les demandes de l’Intendance sont illimitées » [3][3]  Rapport d’activité du syndicat des conserveurs du… et que les stocks seront vendus sans difficulté. Mais, en mai 1940, l’huile se fait attendre et les entrepôts coloniaux sont hors d’atteinte ; celle d’arachide est rare et celle d’olive est « introuvable ». Les 8 300 t. de fer-blanc nécessaire pour la campagne estivale n’arrivent toujours pas. Raoul Dautry, le ministre de l’Armement, préconise l’emploi de bocaux de verre pour remplacer le métal tant attendu. Les sardines ne parviennent plus non plus aussi facilement à quai ; d’une part 20 % des marins-pêcheurs sont mobilisés et d’autre part le gazole est rationné, les chaloupes ne peuvent effectuer convenablement leur pêche au large. Les camions de plus de 2 t. de charge utile aussi ont été réquisitionnés par l’armée. Ils sont remplacés par des voitures particulières transformées en camionnettes mais les transports ne sont pas faciles et les usines ne sont plus approvisionnées régulièrement. Pourtant, et les statistiques le prouvent, la production atteint son plus haut niveau de la décennie en 1940. Cette année-là plus de 201 usines travaillent sur le littoral atlantique alors qu’on en comptait 162 l’année précédente [4][4]  Enquête sur les positions statistiques des Unions… et les industriels se débrouillent déjà comme ils peuvent pour remplir leurs boîtes : une note, par exemple, prévient les fabricants du Finistère qu’ils disposent de 90 t. d’huile de palme disponibles à Quimper [5][5]  Archives du syndicat des conserveurs du Finistère,… pour les conserves à l’huile.

3Mais les difficultés s’amoncellent et le Syndicat des conserveurs bretons s’inquiète. En juin, plus aucun billet de banque ne circule et, du simple fait de l’impossibilité de payer les marins, la pêche est suspendue. Les Chambres de commerce de Quimper, Lorient et Nantes décident alors d’émettre des bons de paiements garantis par la banque de France bien que certains membres pensent « qu’il suffit d’attendre une quinzaine de jours la signature de l’armistice [laquelle] permettra la reprise des affaires » [6][6]  Archives CCI Quimper, séance du 25 juin 1940. Marcel…. On note la grande combativité et l’esprit de sacrifice du vice-président et conserveur de l’assemblée quimpéroise, Marcel Chacun. La Chambre de commerce de Lorient est plus ardente puisqu’elle donne à « M. le Président du Conseil l’assurance de sa plus entière collaboration… pour mener à bonne fin la lutte entreprise contre l’hitlérisme » [7][7]  Archives CCI Lorient, séance de juin 1940., mais, comme prévu, l’armée allemande s’installe dans une France vaincue et occupée. Les littoraux de Manche et d’Atlantique sont immédiatement soumis aux ordres des troupes d’occupation où leur présence est dense. Les cantonnements sont nombreux et les servitudes qui en découlent pesantes. « Rien n’échappe à la vigilance des occupants qui veulent exercer leur contrôle… sur les stocks. » [8][8]  Dominique Veillon, Vivre et survivre en France, 1939-1947,… Ce joug pesant n’empêche nullement les réunions des Chambres de commerce et des Syndicats de conserveurs.

4À Quimper, lors de la séance du 16 juillet 1940, la situation est jugée « plus que préoccupante, extrêmement grave ». Les Allemands ont envahi la France ? L’Assemblée a voté les pleins pouvoirs constitutionnels au maréchal Pétain ? Non, le stock d’huile est épuisé à Nantes et à Bordeaux ! Il est « à peu près inexistant. Le prix en serait de 1 080 F les 100 kg livrables en petites quantités et paiement comptant » [9][9]  Archives du syndicat des conserveurs, Quimper. Quimper,… et nous sommes au plus fort de la campagne. De plus, le 25 juillet, la préfecture de Quimper interdit toute livraison de charbon afin de constituer un stock de sécurité mais les conserveurs s’insurgent contre cette mesure car les réserves accumulées sont promptement utilisées par les troupes allemandes alors que leurs grils et stérilisateurs ne peuvent fonctionner. Toute la profession se plaint : « … l’année 1940 marque l’avènement de l’économie dirigée, la mise en tutelle de l’industrie de la conserve, l’instauration de la répartition, le blocage des marchandises, la suppression de la concurrence et de toute liberté » [10][10]  Archives du syndicat des conserveurs, Quimper. Quimper,…. De la guerre par elle-même, il n’en est jamais question et seuls les intérêts de la profession sont évoqués. D’ailleurs, pendant les cinq années d’occupation, si les réunions sont de plus en plus espacées, elles continuent de regrouper l’ensemble des membres au moins deux fois par an. Chose extraordinaire, il n’est jamais fait allusion directement à la guerre ; à une seule reprise, le mot « allemand » est utilisé à Quimper : il s’agit de répondre aux « réquisitions de l’armée allemande » formulées en août 1940. Dans ce but, le président du Syndicat des conserveurs bretons adresse à tous les adhérents une lettre leur enjoignant d’accueillir favorablement les désirs de l’armée allemande [11][11]  J’ai l’honneur de vous accuser réception de l’ordre…. La grande majorité d’entre eux, sous la responsabilité de leur président, accepte sans que jamais l’envahisseur ne les oblige à traiter avec eux [12][12]  Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers sous l’occupation,… ; d’ailleurs, ils ne risquent guère d’ennuis financiers. Les conserves de sardines se vendent très bien en Allemagne qui était déjà avant-guerre l’un des premiers pays importateurs. Le haut commandement de la Wehrmacht (OKW) est très vite persuadé qu’il est de son intérêt d’encourager la reprise rapide d’activité des conserveries au bénéfice de l’effort de guerre allemand [13][13]  Arne Radtke-Delacor, La place des commandes allemandes…. Les armées au combat réclament des quantités toujours croissantes de ce produit alimentaire pratique, nourrissant et sain. Les fabricants sont assurés de vendre toute leur production sans aucune difficulté malgré la moindre qualité des produits. Seule la conserverie Noël Larzul décide de cesser complètement le travail et ferme définitivement ses portes durant les cinq années de guerre pour éviter de fournir l’occupant [14][14]  Conversation avec M. Larzul.. Pour les autres, le Trésor public paye directement et généreusement toutes les dépenses de cantonnement et de logement engagé par les soldats allemands en plus des frais journaliers définis par l’article 18 de la convention d’armistice. « Il semble bien au total, qu’il ne faille pas trop s’inquiéter pour les industriels ayant subi des réquisitions de stocks ou de fabrication en cours » [15][15]  R. De Rochebrunne, J.-C. Hazera, Les patrons sous… et d’ailleurs une circulaire est édictée le 25 juillet 1940 pour rembourser le plus rapidement possible les industriels sollicités par les Allemands. De plus, les commandes locales sont effectuées par les troupes allemandes donc au prix du marché : il ne s’agit que très rarement de réquisitions payées en tant que réparations des dommages causés donc sans bénéfice.

5Au cours des années suivantes, c’est par des contrats librement consentis de livraison de produits et d’exécution de commandes [16][16]  Annie Lacroix-Riz, op. cit., p. 127. que l’Allemagne dispose dès 1941 d’une grande part et toujours croissante de la production nationale de conserves alimentaires. En effet, le 5 novembre 1940, les accords Mund-Manaut établissent que 33 % de la production de conserves de poisson seront prélevés pour l’armée d’occupation. Cet acte est considéré alors comme une victoire par les Français qui craignaient des prélèvements proportionnels plus importants. Et puis les Allemands eux-mêmes s’emploient à préserver cette industrie en la classant parmi les entreprises protégées ou S-Betriebe, tout comme les Forges d’Hennebont lesquelles fournissent l’indispensable fer-blanc [17][17]  J. Sainclivier, op. cit., p. 106. En 1939, les Forges…. Les relations s’améliorent même au cours des semaines, si l’on croit l’accord signé en 1941 entre les conserveurs français intéressés et le Syndicat allemand des basses températures. Celui-ci propose de fournir le matériel de congélation rapide, alors inconnu en France, nécessaire pour augmenter les productions sous forme de légumes et de fruits congelés essentiellement. La collaboration technique est manifeste dans ce cas et les 12 usiniers convaincus produisent 8 200 t. en 1942 [18][18]  L’Aurore, le 14 octobre 1944, « L’industrie de la…. Il faut croire que les investissements sont rentables car l’année suivante, ils sont 19 usiniers à disposer du matériel allemand. Dans l’ensemble les fabricants se satisfont de cette situation car nous ne notons aucune doléance ou plainte particulières des conserveurs pendant toute l’Occupation, sinon celles évoquant les difficultés d’approvisionnement et les mauvaises conditions d’exercice et de vente. Alors que de nombreux corps de métiers connaissent des jours beaucoup plus difficiles et le font savoir comme les commerçants dans leur ensemble, les fabricants de meubles, les entreprises de travaux publics.

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Saint-Etienne-du-Rouvray : jeu de pistes

 

 

Etant ingénieur d’études en informatique, conceptrice de systèmes d’information parmi les plus complexes, je ne suis certainement pas plus stupide qu’un journaliste, d’autant que durant toute ma scolarité brestoise, j’ai toujours été unanimement reconnue comme excellente en tous domaines, y compris les sports à ma portée.

Jeu de pistes, donc.

Rouvray, 1981 : découverte d’un corps décomposé, le gendarme Christian Jambert est chargé de l’enquête; c’est le début de la tristement célèbre affaire Emile Louis, liée à celle des torturées d’Appoigny.

Saint-Etienne-du-Rouvray, 2016 : assassinat dans son église du père Jacques Hamel.

De Rouvray à Saint-Etienne-du-Rouvray, il n’y a qu’un nom ou un prénom, Etienne, celui d’un saint.

Lequel ? Lesquels ?

Etienne Morel a pris la suite du Toulousain Christian Barthes à la tête de l’hôpital psychiatrique de Bohars, du CHU de Brest.

Il vénère un proxénète auxerrois ayant exploité des prostituées à Paris et dirigé très tôt ses activités vers Rouen.

Josette Brenterch, Julie Le Goïc et Sylvie Depierre-Zabel sont à son service.

Leurs bons amis rémois financés par mon Chinois de Thaïlande ont fait Charlie Hebdo.

Chérif Kouachi aurait pu être poursuivi pour détention d’images pédopornographiques dès 2010.

Les frères Abdeslam fréquentaient des prostituées.

Trois semaines avant de passer à l’acte, Mohamed Merah avait effectué un dernier voyage en Belgique.

Le 3 mars 2011, le malade mental extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi avait publié un texte de Laurent Morillon de Montluçon sur un western des frères Coen, « True Grit », dédié à leur amie commune Emmanuelle Thomas, devenue toulousaine depuis quelques mois, pour ses scènes d’une violence inouïe, semblables à celle ouïe par les riverains d’une petite impasse caillouteuse de Bouloc le 14 février 2011 avant la levée du jour.

Chacun complètera comme il l’entend.

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20160810.AFP4143/assassinat-du-pere-jacques-hamel-un-homme-en-garde-a-vue.html

Prêtre assassiné: un homme en contact avec les tueurs en garde à vue

 

Prêtre assassiné: un homme en contact avec les tueurs en garde à vue
La maison à Pechbonnieu, à proximité de Toulouse, où a été arrêté un jeune jihadiste de 21 ans, le 10 août 2016 ((c) Afp)

 

Publié le 10 août 2016 à 11h17

 

Pechbonnieu (France) (AFP) – L’enquête sur l’assassinat du prêtre égorgé fin juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray se poursuit dans le cercle relationnel des tueurs: un homme de 21 ans en contact avec les deux jihadistes a été interpellé lundi près de Toulouse et sa garde à vue a été prolongée mercredi.

Né le 17 août 1994, l’homme, interpellé à Pechbonnieu, une petite ville tranquille et résidentielle à une quinzaine de kilomètres au nord de Toulouse, est actuellement entendu dans les locaux de la SDAT (sous-direction antiterroriste) à Toulouse, selon des sources judiciaire et policière.

Sa garde à vue débutée lundi après-midi a été prolongée de 48 heures mercredi. Elle peut durer quatre jours, comme le prévoit la loi dans les affaires de terrorisme.

Selon une source policière, le jeune homme a eu des contacts téléphoniques avec les deux assaillants. Les enquêteurs, pour qui il n’était pas présent sur place le jour de l’attaque, cherchent à savoir s’il s’est rendu à Saint-Etienne-du Rouvray dans les jours précédents.

L’individu vit à Pechbonnieu avec sa mère et ses deux jeunes soeurs dans une grande maison blanche aux volets bleus, entourée d’un jardin en friches, selon les voisins de ce quartier encore en construction.

La famille y vivait plus ou moins cloîtrée: « Personne ne les connaissait », témoigne la voisine d’en face. « On ne les voyait pratiquement jamais », renchérit une autre femme, qui n’a « aperçu le garçon que deux ou trois fois ».

Les habitants du lotissement s’étonnaient que les volets fussent toujours fermés, confirme un jeune homme, qui a assisté à la descente lundi après-midi d’une dizaine de policiers cagoulés et de 7 à 8 autres le visage à découvert.

« J’ai regardé depuis une fenêtre, ils fouillaient toute la maison », a-t-il dit à l’AFP, « puis ils sont sortis avec un jeune cagoulé. Au début j’ai cru à une affaire de drogue puis j’ai vu que c’était du terrorisme« . « Les CRS m’ont intimé l’ordre de rentrer chez moi », a ajouté un autre voisin.

Depuis le début des investigations sur cet attentat inédit en France, les enquêteurs s’intéressent à l’environnement relationnel des deux tueurs du père Jacques Hamel, dont l’assassinat dans une église près de Rouen a été revendiqué par l’organisation jihadiste Etat islamique (EI).

Le 26 juillet, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, tous deux âgés de 19 ans, avaient pris en otage cinq personnes et tué le prêtre en pleine messe dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, avant d’être abattus par la police.

- Messagerie Telegram -

Les deux hommes, qui vivaient à 700 kilomètres de distance, avaient fait connaissance quelques jours avant leur passage à l’acte via la messagerie cryptée Telegram, l’un des moyens de communication préférés des jihadistes, en raison notamment de sa politique de confidentialité. Les enquêteurs étudient toujours le déchiffrement des messages envoyés par les tueurs.

Comme Petitjean, Kermiche était un habitué de Telegram. Il y avait décrit par avance le mode opératoire de l’attaque du 26 juillet, mentionnant « un couteau » ainsi qu’ »une église », et Petitjean y avait posté courant juillet une vidéo où il prêtait allégeance à l’EI et faisait état d’un projet d’action violente contre la France.

Dans cette affaire, un cousin d’Abdel Malik Petitjean, Farid K., a été mis en examen et écroué le 31 juillet. Né à Nancy, cet homme de 30 ans « avait parfaitement connaissance, si ce n’est du lieu et du jour précis, de l’imminence d’un projet d’action violente de son cousin », selon le parquet de Paris qui a ouvert une information judiciaire, confiée à des juges antiterroristes.

Plusieurs autres personnes, dont les noms sont apparus dans d’autres enquêtes, intéressent aussi à divers degrés les enquêteurs ou ont été mises en examen.

Magnanville (13 juin, deux morts), Nice (14 juillet, 85 morts) puis Saint-Etienne-du-Rouvray (26 juillet, un mort): en proie à une menace terroriste sans précédent, la France a subi en un mois et demi trois attaques jihadistes revendiquées par le groupe Etat islamique, plus de six mois après les attentats de Paris et Saint-Denis en novembre (130 morts).

 

http://www.ladepeche.fr/article/2016/08/10/2398891-attentat-saint-etienne-rouvray-homme-interpelle-toulouse.html

Publié le 10/08/2016 à 10:17

Le suspect interpellé près de Toulouse reconnaît s’être rendu à Saint-Etienne-du-Rouvray

 

Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray

La maison de Pechbonnieu où la famille de Yassine S. vit depuis un an./ DDM C.L
La maison de Pechbonnieu où la famille de Yassine S. vit depuis un an./ DDM C.L

Saint-Etienne-du-Rouvray : jeu de pistes dans AC ! Brest image-zoom

De source officielle et confirmée à la rédaction de La Dépêche du Midi, un jeune homme né le 17 août 1994 a été interpellé ce lundi 8 août à Pechbonnieu, dans la banlieue nord de Toulouse, et placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il a été arrêté devant chez lui lundi en début d’après-midi par les policiers de la SDAT, appuyés par les policiers de la BRI du SRPJ de Toulouse. Ce mercredi après-midi, sa garde-à-vue a été prolongée de 24 heures, a-t-on appris de source policière. Selon nos informations, le suspect a reconnu s’être rendu en Normandie pour 24 heures où il a rencontré au moins un des deux terroristes avant l’attaque de l’église. A l’issue de sa garde-à-vue, il devrait être transféré dans les locaux de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) à Levallois-Perret.

Jusque-là inconnu des services de police et de renseignement, le jeune homme qui aurait brutalement basculé dans l’islamisme radical est interrogé depuis lundi après-midi par les policiers de la sous direction anti-terroriste de la police judiciaire à Toulouse.

Ce garçon, âgé de 21 ans, est soupçonné de s’être rendu à Saint-Étienne-du-Rouvray la veille de l’attentat commis le 26 juillet. Il aurait pu procéder aux repérages qui ont précédé la prise d’otage et l’assassinat du père Jacques Hamel.Les enquêteurs n’excluent pas toutefois qu’il aurait pu avoir l’intention de participer à l’attentat avant de finalement renoncer.

C’est l’analyse technique des téléphones utilisés par les deux preneurs d’otage, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, qui a permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à cet individu : le jeune homme aurait en effet été en contact avec les deux assaillants, via l’application de messages cryptés Telegram notamment.

Ce mercredi, le jeune homme est toujours entendu à Toulouse par la Sous-Direction anti-terroriste. Dans le cadre des enquêtes liées au terrorisme, la garde à vue peut être prolongée jusqu’à 96 heures. Si les soupçons se confirment, ce garçon pourrait être transféré dans les locaux de la SDAT à Levallois-Perret mercredi soir ou jeudi.

Selon nos informations, le suspect interpellé appartient à une famille qui s’est installée à Pechbonnieu voilà seulement quelques mois, dans une maison achetée par une femme seule et mère de trois enfants, dans le cadre d’un parcours sécurisé d’accession à la propriété. On ignore pour l’instant où résidait cette famille avant son arrivée dans la banlieue toulousaine.

Il ne s’agit pas de la première arrestation à laquelle ont procédé les services anti-terroristes dans le cadre de cette affaire. Le 31 juillet, un cousin d’Abdel Malik Petitjean, Farid K., a été mis en examen et écroué. Né à Nancy, cet homme âgé de 30 ans « avait parfaitement connaissance, si ce n’est du lieu et du jour précis, de l’imminence d’un projet d’action violente de son cousin », selon le parquet de Paris qui a ouvert une information judiciaire, confiée à des juges antiterroristes.   Plusieurs autres personnes, dont les noms sont apparus dans d’autres enquêtes, intéressent aussi à divers degrés les enquêteurs ou ont été mises en examen.

Le mardi 26 juillet dernier, une prise d’otages avait eu lieu en pleine messe dans une église de cette commune de Normandie, où un prêtre, le père Jacques Hamel, avait été égorgé par les preneurs d’otages. Cet attentat avait été revendiqué par Daesh.

JEAN COHADON AVEC CLAIRE RAYNAUD

 

http://www.ladepeche.fr/article/2016/08/10/2398929-suspect-interpelle-la-famille-vivait-cloitree-chez-elle.html

Publié le 10/08/2016 à 15:16, Mis à jour le 10/08/2016 à 15:23

Suspect interpellé : «la famille vivait cloîtrée chez elle»

 

Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray

Légende photo : Le suspect interpellé vivait reclus avec sa famille dans cette maison, à Pechbonnieu. / DDM Claire Raynaud - DDM Claire Raynaud
Légende photo : Le suspect interpellé vivait reclus avec sa famille dans cette maison, à Pechbonnieu. / DDM Claire Raynaud DDM Claire Raynaud

image-zoom dans Action Directe

Que sait-on sur Yassine S., interpellé lundi 8 août en début d’après-midi à Pechbonnieu et suspecté d’avoir été en contact avec les deux assaillants de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray ?

Agé de 21 ans, ce jeune homme est décrit par ses voisins comme un personnage plutôt « sauvage », comme les autres membres de sa famille. « Il s’est installé à Pechbonnieu avec sa famille il y a un an pile, avec sa mère et ses deux soeurs », témoigne l’un d’entre-eux.

« Cette famille vivait complètement cloîtrée chez elle. Les volets étaient fermés en permanence, le jardin qui n’est pas entretenu, est vite devenu une forêt vierge. Lors de la fête de quartier, c’est la seule famille qui n’a pas répondu présente. Tous les habitants du quartier étaient là, sauf eux », ajoute un autre. « Cette famille limitait au maximum les contacts avec le voisinage et ne recevait quasiment jamais de visite », raconte une maman du quartier.

« Il ne disait jamais bonjour »

D’après les riverains, la mère est divorcée et le jeune suspect est le fils aîné de la fratrie. Ses petites sœurs (l’une est une jeune adulte, l’autre une lycéenne scolarisée à Toulouse) sont décrites comme « polies » par le voisinage. La mère, elle, est en revanche loin de faire l’unanimité. « Elle a engueulé plusieurs fois les enfants qui jouaient dans la rue », se souvient une voisine. « Elle a fait pleurer ma fille parce que notre chat aurait fait ses besoins dans leur jardin, alors qu’il ressemble à un terrain vague et qu’il n’a jamais été tondu en an », se plaint une autre.

Quant au suspect actuellement en garde à vue à Toulouse, « il ne disait jamais bonjour, ne saluait personne et avait en permanence des écouteurs sur les oreilles », souligne un autre voisin.

Les voisins, en tout cas, sont unanimes pour dire que le jeune Yassine, d’origine maghrébine, ne présentait aucun signe extérieur de radicalisation. « Comme tous les membres de sa famille, il était vêtu à l’européenne, conclut un riverain. Sa maman et ses soeurs ne portent pas de voile et elles étaient plutôt, elles, aussi habillées à la mode. »

Claire Raynaud et Anne Aguer

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/faits-divers/20130529.OBS1025/le-dernier-voyage-de-mohamed-merah-en-belgique.html

Le dernier voyage de Mohamed Merah en Belgique

 

Le dernier voyage de Mohamed Merah en Belgique

Des documents et des photos, comme celle-ci, dévoilées par France 3 Midi-Pyrénées, montrent que Mohamed Merah était dans le viseur des renseignements français depuis 2006. (France 3 Midi-Pyrénées)

 

Trois semaines avant de passer à l’acte, le tueur de Toulouse et Montauban aurait rendu visite à Abou Jaber, éminence grise d’une cellule djihadiste bruxelloise.

 

 

Mohamed Merah pourrait avoir été chercher du soutien en Belgique. Selon des informations révélées par « Le Parisien » (article payant), trois semaines avant de passer à l’acte, l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban aurait passé une journée avec Abdelkader el-Farssaoui, alias Abou Jaber, un Marocain vivant en Belgique et interrogé par la justice belge dans le cadre d’une enquête sur une cellule djihadiste de Bruxelles.

Décrit comme l’éminence grise du groupe, Abou Jaber est un proche de Mohamed Achamlane, dit Abou Hamza, le leader du groupe terroriste niçois Forsane Alizza, démantelé peu après les tueries de Mohamed Merah. C’est par l’intermédiaire de ce dernier que le tueur de Toulouse et Montauban lui a rendu visite, selon les déclarations d’el-Farssaoui à la justice belge.

Des liens étroits entre Merah et la Belgique

Mais pourquoi Merah a-t-il fait cet étrange déplacement ? Non pas pour parler de son projet meurtrier mais pour échanger sur sa vision curieuse de l’islam, selon Abou Jaber. « Il m’a notamment dit que la première femme qu’il aurait serait une femme du paradis », assure-t-il. Merah évoque néanmoins brièvement ses voyages en Afghanistan et au Pakistan. Ce nouvel élément est d’autant plus troublant que ce n’est pas la première fois que la Belgique apparaît dans le dossier, relève « Le Parisien ».

Pas moins de 22 numéros belges ont été relevés sur les factures téléphoniques de Merah, dont l’un correspond à une prostituée bruxelloise, ex-épouse d’un caïd local. En 2006, Merah se serait également rendu dans le plat pays avec Sabri Essid, un ami toulousain condamné en 2009 pour son appartenance à une filière jihadiste irakienne. Enfin, Moez Garsallaoui, un cadre d’Al-Qaïda soupçonné d’avoir formé Merah au Pakistan, a longtemps vécu à Bruxelles, dans les années 2000 avant d’être abattu à l’automne dernier près de la frontière afghano-pakistanaise.

L'Obs

L’Obs

Journaliste

 

http://www.radicalparty.org/fr/content/le-vrai-roman-noir-des-disparues-de-l%E2%80%99yonne

LE VRAI ROMAN NOIR DES DISPARUES DE L’YONNE

Elsa Vigoureux
Le Nouvel Observateur

Depuis l’arrestation d’Emile Louis, Auxerre ose se souvenir

Il y a les faits. Il y a aussi ce silence: cette chape de plomb qui s’abat sur une petite ville, cette omerta qui lie des notables et sur laquelle butent les bonnes volontés. On les a appelées “les disparues de l’Yonne”: violées, torturées, assassinées… “Disparues”, parce que ceux qui avaient pour devoir de les chercher n’ont pas voulu voir, entendre. Elsa Vigoureux a remonté la piste des victimes et des bourreaux. Au fil des témoignages et des procès-verbaux surgissent d’étranges coïncidences. Un voyage dans un coin de France qui a basculé dans l’horreur

Elle parle aussi vite qu’elle courrait pour s’enfuir. Huguette s’excuse, mais ce Dunand l’a tuée “de la tête aux pieds”. En plus de ça, elle a cette trouille qui lui serre le ventre: “Faire attention à la peau de mes deux gosses.” Elle a bien écrit au juge d’application des peines, le suppliant d’interdire à Claude Dunand de mettre les pieds dans le département où elle habite. Parce qu’il est “libre comme l’air maintenant, hein”. Condamné en 1991 pour tortures et actes de barbarie à la prison à perpétuité, Claude Dunand a été remis en liberté en juin 2001. Et le juge n’a pas répondu à Huguette. “Même pas une lettre. Pourquoi?” C’est la panique, elle hache son discours, le ponctue de “y a trop de protections dans cette affaire… Ils sont tous véreux à Auxerre”. Son histoire, c’est une pièce du puzzle dans l’affaire des disparues de l’Yonne. Huguette en est convaincue. Ces sept filles qui ont disparu à la fin des années 70 étaient comme elle des enfants de l’Assist -ance publique. Et Huguette a même connu l’une d’entre elles au foyer de Montmercy. L’un de ces établissements par où passait Emile Louis dans son car de ramassage scolaire des Rapides de Bourgogne. “Des hasards, il y en a trop…” Huguette patauge dans le souvenir qui n’en finit plus de déborder de sa mémoire ouverte. Elle raconte, elle raconte. “Parler, c’est se battre, non?”
Huguette avait quitté les foyers de la Ddass tout en restant sous sa tutelle, lorsqu’en 1983 elle a trouvé du “travail”. Une petite annonce. Un coup de fil. Une rencontre. Et c’est chez Claude et Monique Dunand, allée des Violettes à Appoigny, que la jeune femme atterrit en octobre 1983. Un homme lui enchaîne les pieds et les mains pendant qu’un autre lui jette une couverture sur la tête. Et les deux l’attachent à un tuyau. Avant de la fouetter. Le lendemain, Claude Dunand la viole. Et la laisse plusieurs jours, nue, sans eau ni nourriture. Son premier tortionnaire, un Allemand, qui se fait appeler Helmut. Il la flagelle, lui introduit des aiguilles dans les seins et dans les fesses, qu’on ne lui ôtera que le lendemain. Un autre prend plaisir à la regarder boire son urine. En tout, une trentaine d’hommes la torturent. “Des gens haut placés, venant de Paris, de Lyon…”, se souvient Huguette. C’est 500 francs la pose d’écarteur dans le vagin. Et l’argent est directement reversé à l’Organisation. Dunand lui perfore les lèvres vulvaires avec des épingles à nourrice qu’il attache à ses cuisses. Lui introduit des objets dans l’anus jusqu’à le lui déchirer. Lui brûle les seins avec un tournevis rougi, dessine sur l’un d’eux une croix gammée. Et lui envoie des décharges de courant électrique dans la poitrine. Les plaies s’infectent. Claude Dunand fait venir un ami médecin. Qui soigne des plaies, juste ça. Et repart avec sa malette, comme il est arrivé. “C’est normal, ça?” Huguette n’a pas vu le visage de cet homme-là, elle avait une cagoule sur la tête.
Mais Dunand n’en avait pas assez. Trois mois plus tard, il lui fallait une autre fille. Ce sera Mickaëlla, pupille de la nation. Ces filles-là, c’est mieux que les autres. Plus pratique, puisqu’elles n’ont pas de famille. Et la Ddass a bien trop à faire, elle ne les suit pas à la trace. Ancienne élève de l’Apajh (Association pour Adultes et Jeunes Handicapés), Mickaëlla a fréquenté l’Institut médico-éducatif Grattery, que dirige le réputé “intouchable” Pierre Charrier. Que quatre des sept jeunes filles disparues ont aussi fréquenté à la fin des années 70. Le 17 janvier 1984, la jeune femme est enchaînée aux quatre madriers formant une croix de Saint-André dans le sous-sol du pavillon d’Appoigny. Dans une cellule, au fond d’une pièce où les fenêtres sont obstruées par des journaux et de la laine de verre, juste meublée d’un sommier en fer et de deux tables. Sur l’une d’elles, un carton rempli de phallus artificiels en bois et en caoutchouc, de pinces à linge, d’aiguilles à tricoter, de bougies, de deux tubes de vaseline et d’une pince-crocodile. Mickaëlla, soumise comme Huguette à l’Organisation. Une mystérieuse formation, par le biais de laquelle plusieurs filles avaient été vendues aux enchères comme esclaves, alors que d’autres étaient mortes. C’est ce que racontait Dunand.
Quelques jours plus tard, Huguette parvient à s’enfuir. C’était un vendredi. Son médecin traitant a averti le procureur de la République, René Meyer. “J’ai tout raconté aux flics, le soir même. Je leur disais qu’il y avait Mickaëlla, qu’il fallait la libérer vite. Ils ne me croyaient pas.” Ce qui aurait donc laissé à Dunand le temps de passer quelques coups de fil à l’Organisation pour prévenir qu’Huguette avait fui. Et la police locale n’a débarqué que le lundi dans le pavillon d’Appoigny. Elle a interpellé Claude et Monique Dunand, libéré Mickaëlla, saisi tout le matériel. Et des carnets d’adresses, “dont l’exploitation ne permettait pas de retrouver d’autres tortionnaires”, selon les enquêteurs du SRPJ de Versailles, qui ont repris l’enquête. Ils n’identifieront donc que trois clients: Georges Ethievant, Paul Lefort et Joseph Quiock. Les deux premiers seront mis en examen. Paul Lefort, qui avait reconnu les faits, sera retrouvé mort en avril 1984. Ce qui lui a tout juste laissé le temps de parler aux enquêteurs d’une “fille”, dont le tortionnaire d’Appoigny assurait s’être débarrassé. Georges Ethievant, qui avait connu Dunand au Club des Genêts d’Or à Paris, mourra en 1990, peu avant sa comparution en cour d’assises. Lors de l’instruction, il a nié avoir conseillé à Dunand de faire disparaître l’essentiel des carnets d’adresses. Quant à Quiock, il s’était déclaré étranger à tous ces faits, et avait même fourni de solides alibis: attestations de ses proches signifiant qu’il n’avait pu se trouver dans l’Yonne les jours où il était à Paris avec eux. Forcément. Cet ingénieur au centre de formation de la Marine nationale est donc toujours vivant. Monique, la femme de Claude Dunand, elle, a fait une chute mortelle dans ses escaliers.
A l’époque, l’affaire d’Appoigny intéresse beaucoup un homme à Auxerre. C’est le gendarme Jambert, un enfant de la Ddass lui aussi. Qui s’acharne alors à comprendre comment sept jeunes filles ont pu se volatiliser entre 1977 et 1979. C’est en 1981, quand il retrouve à Rouvray le cadavre d’une jeune femme, pupille de la nation, que commence son enquête. La dernière personne qui avait vu la victime, c’était un certain Emile Louis. Et Jambert s’aperçoit bien vite que ce chauffeur de car connaît chacune des sept disparues. L’affaire d’Appoigny, “il aurait aimé bossé dessus, raconte aujourd’hui son fils. Pour lui, tout ça avait quelque chose à voir avec l’affaire de ces sept filles mystérieusement disparues. Mais personne ne l’écoutait à l’époque. Ni au tribunal ni à la gendarmerie”. Rendue en 1984, l’enquête préliminaire du gendarme restera d’ailleurs introuvable pendant les douze années suivantes.
Pour Jambert, cela ne faisait pas de doute: Claude Dunand et Emile Louis avaient des amis communs. Tous deux ont vécu dans le même village, à Migennes. Puis travaillé au même endroit, à la gare routière d’Auxerre. Et des enquêteurs de l’époque affirment aujourd’hui que “les clients de Dunand sont les mêmes que ceux qui manipulent la justice auxerroise”. Derrière Emile Louis et Claude Dunand, des notables, des gens bien installés au cœur des institutions, qui tiennent à leur place et qui participent, au moins par leur silence, à l’impunité. Emile Louis l’a lui-même répété à plusieurs reprises au cours de ses auditions: “On veut me faire porter le chapeau, mais à Auxerre, il se passe de drôles de choses…” De la Ddass à l’Apajh, en passant par le tribunal de grande instance ou la gendarmerie d’Auxerre, personne ne s’est inquiété du sort qu’ont pu subir les disparues d’Auxerre. On a simplement apposé la mention “fugue” au bas de leurs dossiers. Aux personnels des établissements qui s’interrogeaient, on répondait que les fuites étaient signalées aux autorités. Faux. “Il ne fallait pas qu’on s’en mêle, raconte une éducatrice. C’était quasiment devenu interdit de parler de ces filles.”
Et c’est justement un membre du comité de gestion au CAT (Centre d’Aide par le Travail) de Mézilles, Georges Fritsch, ami d’un des fondateurs de l’Apajh, Georges Decuyper, qui s’improvise visiteur de prison en 1989. Cet ancien curé crée la Fraternité Notre-Dame, une association de réinsertion pour détenus, qui s’occupe aussitôt de Claude Dunand. Georges Fritsch écrit au garde des Sceaux, Pierre Arpaillange, en décembre de la même année: “Je profite de mes vieilles et excellentes relations avec Jean-Pierre Soisson, pour vous atteindre directement, de façon certaine.” Et demander la libération de Dunand ainsi qu’une subvention de 200000 à 220000 francs pour les besoins de l’association. Alors ministre du Travail, Jean-Pierre Soisson intervient même auprès d’Arpaillange et informe Georges Fritsch en juin: “Je note avec plaisir que votre dossier est en cours de constitution et j’espère vivement que vous obtiendrez l’aide financière souhaitée.” Fritsch a l’argent, Dunand retrouve sa liberté jusqu’à son procès. Puis l’ancien curé disparaît de l’Yonne. On retrouve quelques documents dans son local paroissial, dont des invitations à des “soirées Q”. En 1991, le tortionnaire Dunand est jugé et condamné à la prison à perpétuité. Et depuis juin 2001, il est à nouveau libre.
1992, un an à peine après l’affaire d’Appoigny: Pierre Charrier est condamné à six ans de prison ferme pour viol à répétition pendant un an sur une jeune fille déficiente mentale, élève d’un centre de l’Apajh que dirige sa femme, Nicole. Pierre Monnoir est alors adhérent de l’Apajh. Il avait un frère handicapé à l’époque. Et toutes ces histoires lui chauffent les oreilles: Appoigny, la rumeur de ces disparitions, et maintenant ces viols. Il s’en pose, des questions. “Que fait tout ce petit monde intouchable? Ça se passe sous leurs yeux et ils ne disent rien? Les filles disparues, ce ne sont pas des mobylettes. Il s’agit d’êtres humains!” Il demande des comptes. A Alain Drouhin, président de l’Apajh et ancien chef de cabinet du maire Jean-Pierre Soisson. A Nicole Charrier, alors conseillère municipale sur la liste de Soisson. Amie d’Emile Louis, aussi. Toujours prête à lui rendre service: lorsque le chauffeur de car est jugé en 1983 pour attentats à la pudeur sur les gamins de la Ddass confiés à sa femme, Nicole Charrier se porte spontanément témoin de moralité pour lui.
On le prévient, Monnoir: ses insinuations pourraient bien se traduire en diffamations devant la justice. Alors, qu’il passe l’éponge sur tous ces doutes, et on n’en parle plus. Mais l’homme n’est pas du genre à se taire. Plutôt de ceux qui revendiquent le droit de comprendre. Un parent de handicapé, juste ça. Il crée alors l’ADHY (Association de Défense des Handicapés de l’Yonne). Et le voilà, ramant à contre-courant, qui se heurte à “un système puissamment verrouillé, un silence en béton armé”. A la Ddass, au tribunal, dans les cabinets d’avocats, on lui claque les portes au nez. Partout, on lui dit qu’il est “parano”. A la plainte déposée en 1996, la justice répond par une ordonnance de non-information. Il reçoit des coups de fil anonymes, des menaces de mort. Pierre Monnoir “découvre l’omerta auxerroise”. On le traite de “fou”. Il n’y a pas d’affaire dans la région: pas de corps, pas de crime. C’est tout. Et la presse locale enfonce le clou: “On peut simplement affirmer que des filles ont disparu et n’ont pas été retrouvées. Rien d’autre.”
Il faut attendre juillet 1997 pour que la cour d’appel de Paris ordonne l’ouverture d’une information judiciaire pour “enlèvements et séquestrations arbitraires”. Une reconnaissance, si posthume soit-elle, pour ces sept jeunes filles disparues dans le pire des mépris. Comme un hommage aussi pour le travail de Jambert. Il s’est tiré une balle dans la tête un dimanche d’août 1997. Mais finalement, il avait raison: toutes les pistes mènent au même homme. Emile Louis est arrêté en décembre 2000. Et le champ des recherches s’élargit enfin à celui des responsabilités. A la nomenklatura locale de ramer; cette fois, le courant s’inverse. Et le journal “l’Yonne républicaine” plonge: “La presse parisienne est insatiable. […] Il lui faut du scandale, du vrai, politico-judiciaire de préférence. […] Des politiques pourraient être mouillés. Bonjour l’imagination! L’appareil judiciaire et les institutions sont déjà condamnés avant d’avoir été entendus. Il ne reste qu’à épingler Soisson, Henri Nallet ou Guy Roux. L’affaire des disparues aura alors vraiment de l’allure.”
De rapports en enquêtes, les institutions révèlent pourtant leurs manquements. La disparition dans le tribunal de la quasi-totalité des dossiers clos par un non-lieu entre 1958 et 1982 n’est pas une invention. De quoi “semer le doute sur la manière dont le parquet a traité les affaires relatives à la disparition de mineurs ou de jeunes filles majeures dans des conditions suspectes”, comme en convient le procureur de la République d’Auxerre, Marie-Suzanne Le Quéau. Les avocats de la ville estiment qu’une “telle situation est inimaginable”. Comme s’ils refusaient d’y croire. D’ailleurs ils préfèrent ne pas en parler, “personne n’a le temps de s’arrêter là-dessus”. Partout dans la ville, la même attitude. “Parce qu’Auxerre, c’est une ville fermée, si étouffante qu’on se sent oppressé, raconte une ancienne habitante, ex-employée de l’Apajh. Je n’avais qu’une envie, c’était de me tirer de là.” Fuir le souvenir. Le silence est une habitude si confortable, qu’on s’en voudrait de le rompre. Alors “les gens se cachent pour acheter le livre sur l’affaire des disparues (1)”, raconte Pierre Monnoir. Et les questions démangent quelques habitants. Comme cette dame qui a attendu vingt ans avant d’oser demander par courrier au procureur de la République des nouvelles de l’affaire Lucette Evain. Il a fallu l’y pousser. “Je n’ai jamais su de quoi elle était morte, et j’y pensais tout le temps.”
Son corps avait été retrouvé sur un terrain vague en 1970, pas loin du siège des Rapides de Bourgogne, où travaillait déjà Emile Louis. Et alors? C’est une enfant de la Ddass, on boucle l’enquête: elle s’est suicidée. Aujourd’hui, impossible de remettre la main sur la procédure, impossible de retrouver le rapport d’autopsie. En 1979, c’était au tour d’Elisabeth Fontaine. Mystérieusement volatilisée. On retrouve sa voiture sur un parking, au bord de l’Yonne. A la fourrière, direct. Pas d’enquête, rien. Les parents de la jeune fille écrivent au procureur de l’époque. Deux fois, et pas une réponse. Le dossier est refermé, Elisabeth n’allait pas bien, elle a dû vouloir en finir. C’est plus simple comme ça. Même scénario pour Marie-Angèle Domece, encore une jeune fille de la Ddass, disparue le 8 juillet 1988. Affaire classée. Et oubliée. Sylvie Baton, Joanna Parish et Danièle Bernard ont été assassinées en 1989 et 1990. Les circonstances de leurs morts restent non élucidées. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Les souvenirs remontent à la surface d’une eau opaque et sale. Une matière visqueuse, qui vous colle à la mémoire. “On ne mange plus, on ne dort plus, on ne pense plus qu’à ça, raconte une ancienne employée de l’hôpital psychiatrique d’Auxerre. Et on s’interroge, on culpabilise: ai-je été le témoin aveugle d’un ignoble manège?” Tous ces médecins qui se retrouvaient si souvent au restaurant le Saint-Fiacre, à Appoigny. A 100 mètres à peine de l’allée des Violettes, où résidaient Claude et Monique Durand. Oui, c’est sûrement le hasard s’il était tenu par un ancien proxénète. Celui-là même sous la protection duquel Monique Dunand s’était prostituée un temps à Auxerre. Un type qui fréquentait aussi le Nicky Bar, où Emile Louis avait ses habitudes. Et où Françoise Lemoine, l’une des sept jeunes filles portées disparues, avait été embauchée comme serveuse. Mais ce ne sont que des coïncidences.
A l’hôpital, c’est le docteur Dumeige qui a dirigé le service jusqu’en 1985. Il est le beau-frère de l’avocat de Nicole Charrier, adjoint au maire sous le dernier mandat de Jean-Pierre Soisson. “Il parlait de sexe toute la journée, confie l’ancienne employée de l’hôpital. Tout ce qui l’intéressait, c’était de savoir si les femmes baisaient bien… Et il y avait bien cette rumeur dans le service: on disait qu’il organisait des soirées coquines pour les notables de la ville, dans une pièce attenante à son domicile de l’hôpital.” Puis Dumeige est mort. Un jour de l’automne 1985, des amis ont frappé à sa porte. Il a mollement accepté d’aller faire un tour de planeur. Mais avant de s’envoler, Dumeige a bu le café avec eux. Et le docteur a eu un accident. Cause du décès: l’homme s’est endormi dans son cockpit. C’est vrai que ça peut arriver à tout le monde de mourir brutalement.
Le docteur Chauveau reprend le service à l’hôpital d’Auxerre. Il est aussi le psychiatre de l’institut médico-éducatif des Brions, à Tonnerre. Ce centre pour enfants handicapés dont on entendait un peu parler parce que des parents avaient déposé une plainte auprès du juge Bourguignon à Auxerre pour séquestration et coups et blessures. Elle n’a d’ailleurs jamais abouti. Mais c’est dans le service fermé du docteur Chauveau qu’un père a retrouvé son enfant autiste, élève des Brions, attaché. La peau du dos, des bras, arrachée. Et c’est des Brions encore que venait Martine B., cette jeune fille que Chauveau avait fait hospitaliser. “Elle n’avait rien à faire là, raconte une infirmière. Elle était autonome et ne souffrait d’aucun trouble psychique.” Ce à quoi Chauveau répondait qu’il la gardait “par humanité, et en attendant qu’elle trouve un placement”. Les semaines ont passé. Jusqu’à ce que Chauveau annonce enfin, en réunion de synthèse, que “la sortie de Martine B. est prête”. Elle s’en va dans une maison de retraite à Vézelay. Yvan l’infirmier l’accompagnerait là-bas, donc? En fait, pas exactement. Parce que Chauveau a organisé les choses à l’avance: “C’est M…, son tuteur, qui la prendra à mi-chemin.” Voilà. Disparue, Martine B.
L’infirmière encore: “C’est vrai qu’il se passait des choses bizarres dans ce service. On voyait des malades entrer au service libre, et finir au service fermé. Notre boulot, normalement, c’est d’instaurer le processus inverse. Et à Auxerre, un long séjour, ce n’était pas trois mois comme ailleurs. Mais trois ans. Il fallait la fermer. Les médecins étaient souverains.” Celui qui remettait en question leur décision, on l’étiquetait “fou”. C’est ainsi que le silence a fait son nid à l’hôpital. Que personne n’a pris la moindre initiative lorsque Chantal C., patiente au service fermé, est partie en permission chez ses parents un week-end et qu’elle n’est jamais revenue. Mais une assistante sociale et des infirmiers “prétendument bien informés” affirmaient que Chantal C. avait rejoint un “réseau de prostitution”.
Chauveau, un type humain, collectionneur d’armes. De femmes, aussi. Des patientes, le plus souvent. Qui se baladait dans les couloirs, le regard caché derrière des lunettes noires. Une fiole de whisky toujours enfouie dans les poches de sa blouse blanche. Il avait un tas d’amis. Comme ce type, condamné dans une affaire de trafic de diamants. Pendant qu’il purgeait sa peine, le psychiatre a pris sa femme en charge. La pauvre était un peu déprimée, atteinte d’un cancer en plus. Un lit à l’hôpital, ça lui permettrait de prendre de la distance, de se reposer un peu. Et puisqu’il est psychiatre, Chauveau peut bien lui prescrire quelques médicaments. Quand les policiers sont venus l’interroger, l’épouse du trafiquant ne pouvait aligner trois mots.
En fait, tous ces souvenirs, c’est à cause de l’histoire d’Anna, une femme d’origine polonaise. Ces détails laissés au hasard du passé qui resurgissent, et s’emboîtent aujourd’hui. Parce que les gendarmes ont convoqué Anna en janvier 2002. Ils ont retrouvé trace de sa plainte pour séquestration dans leurs ordinateurs. Ils voulaient des précisions, parce que son dossier fait partie de ceux qui ont mystérieusement disparu du tribunal. Elle leur a raconté, Anna. Qu’à l’époque elle vivait avec un médecin de Sens, avec qui elle a eu un enfant. Qu’ils avaient pris la décision de se séparer au milieu des années 80. Mais la rupture était difficile, et Anna a été envoyée trois semaines dans le service libre de l’hôpital psychiatrique d’Auxerre. Le docteur Strutzik, un psychiatre d’origine polonaise comme elle, a voulu lui donner un coup de main. Il l’a présentée à l’un de ses collègues qui avait besoin d’une employée de maison pour garder ses enfants. Anna a travaillé chez lui. Jusqu’à ce que Strutzik débarque un soir, accompagné d’un infirmier. Ils l’ont embarquée sous la menace d’une seringue. Placée au service fermé. Matraquée de neuroleptiques, au point de frôler l’accident cardiaque dans la nuit. Un internement irrégulier qu’il a fallu maquiller le lendemain.
Heureusement que tout le monde se connaît bien et qu’on se serre les coudes, à Auxerre. Parce qu’il n’y a qu’un médecin extérieur à l’établissement hospitalier qui soit habilité à produire un certificat d’internement. C’est donc le docteur Dessens, le médecin qui “semait la terreur” dans les centres de l’Apajh où il travaillait, marié à une psychiatre de l’hôpital, qui a eu la gentillesse d’antidater un acte pour régulariser la situation d’Anna. Quelques semaines plus tard, Chauveau a intégré Anna au service libre. Elle allait bien, elle aurait pu sortir. Mais le chef du service préférait la garder. Comme Martine B.: “Par humanité”. Et il a même engagé une procédure de mise sous curatelle. Pour la protéger, bien entendu. Il l’aimait bien, il lui passait toujours la main dans les cheveux. Et en réunion de synthèse il présentait le projet thérapeutique mis en place pour cette patiente: “La meilleure solution, c’est d’envisager un retour en Pologne.” Anna a pris la fuite un jour pendant que Chauveau faisait sa sieste comme à son habitude jusqu’à 16 heures. C’est d’ailleurs sûrement une coïncidence encore si l’employée de l’hôpital qui a aidé Anna a justement retrouvé les vitres de son appartement brisées un soir de cette semaine-là. Avec un plomb au milieu de son salon.
Anna a déposé une plainte auprès du procureur de la République, René Meyer. Classée. Puis une autre, auprès du juge Bourguignon. L’enquête a été menée avec une célérité exemplaire: le docteur Dessens n’a pas été entendu, et Chauveau n’avait pas beaucoup de temps, alors son procès-verbal est un peu court. Le docteur Strutzik a quant à lui avoué les faits. Il a été mis en examen en 1989 pour séquestration arbitraire, coups et blessures par destination, faux et usages de faux en écriture. Une confrontation devait avoir lieu. Le juge Bourguignon l’a reportée. A jamais. C’est qu’il avait sûrement d’autres chats à fouetter: Danielle Bernard est retrouvée morte le 8 juillet de la même année dans son appartement. La tête rouée de coups de tisonnier, le corps lardée de coups de tournevis. Elle était infirmière à l’hôpital psychiatrique, dans un service délocalisé à Appoigny, qui recevait des enfants et adolescents dans l’attente d’un placement. La Ferme, ça s’appelait. Danielle Bernard était à ce repas champêtre auquel s’est joint le docteur Chauveau, la veille de son meurtre. Quand la police est arrivée au domicile de l’infirmière, il y avait déjà foule autour du cadavre. Des journalistes, un magistrat et l’ex-belle-mère de la victime, conseillère municipale sur la liste de Jean-Pierre Soisson. Impossible de prélever le moindre indice. Le procureur de la République de l’époque, Jacques Cazals, a classé le dossier sans suite.
Plus qu’un simple fait divers, le dossier des disparues de l’Yonne est bel et bien l’affaire d’un système. Sept disparues, et vingt ans de puissant silence auquel la justice a lâchement consenti. Une fois Emile Louis interpellé, on ne pouvait plus ignorer la scandaleuse inertie des institutions, vingt années d’indifférence, d’inaction. “L’inefficacité de la justice”, cet “échec patent”, cette “déficience institutionnelle”, Marylise Lebranchu, garde des Sceaux, devait tenter d’y mettre un terme. Agir. Alors, en mars 2001, elle a convoqué la formation disciplinaire du Conseil supérieur de la Magistrature (CSM). Le linge sale, on le lave d’abord en famille. Publiquement, quand même.
2002, mi-mars. Quatre magistrats en poste à Auxerre de 1979 à 2000 sont convoqués par leurs pairs: deux procureurs, René Meyer et Jacques Cazals; deux substituts, Daniel Stilinovic et Bertrand Daillie. La République ouvre les lourdes et épaisses portes de la première chambre civile de la Cour de Cassation. Quelques petites gens venues de la terre icaunaise en ont le vertige. “C’est beau ici.” Toutes ces dorures, ces sculptures sur les murs. Au plafond, des peintures. Le grand jeu: “Le CSM n’est pas un tribunal, mais une institution disciplinaire.”
Les failles de la justice, on va les voir. On va dire qu’il s’agit d’un scandale judiciaire. Et peut-être même qu’ils auront honte, ces magistrats qui n’ont rien vu ou rien voulu savoir. Voilà ce que les gens attendent sur leurs bancs. Ils vont être déçus. René Meyer n’a pas daigné se déplacer. “Désolé”, il avait un voyage prévu de longue date. Quant aux autres, leurs discours sont prêts. Ficelés. Bertrand Daillie et Jacques Cazals, anciens substitut et procureur d’Auxerre, enfermés dans leur costume, ligotés dans leurs règles de droit, posent leurs mots, comme des briques. Cazals: “En 1993, toute cette histoire n’était qu’une petite affaire de disparitions. Le parquet ne pouvait pas y voir un dossier pénal.” C’est un mur qui se dresse entre les magistrats et le public. Ils n’ont pas de comptes à rendre à l’assistance. Pas un mot pour les victimes. C’est à leurs pairs qu’ils s’adressent. Daillie: “Les personnalités que j’ai rencontrées quand je travaillais au tribunal d’Auxerre ne m’ont jamais fait part de ces disparitions.”
Et puis de toute façon, c’est Pierre Monnoir, président de l’ADHY, qui n’a pas fait son boulot. Parce qu’il ne leur a pas dit, en 1993, qu’il était représentant de cette association. Surtout, Pierre Monnoir a omis l’essentiel: leur livrer le nom d’Emile Louis. Voilà: c’est la faute à cet homme si le dossier n’a pas avancé. Cazals, procureur de la République d’Auxerre de 1992 à 2000, si on ne lui donnait pas “cette clé”, comment aurait-il pu ouvrir les portes? Aux gens de servir la justice, pas l’inverse.
Mettre ainsi en cause des magistrats, ça ne se fait pas. L’ancien plus haut magistrat de France, Pierre Truche, a d’ailleurs fait le déplacement pour le dire. Oui, il est outré par cette audience qui offense la profession. Il lâche même: “Qu’est-ce que c’est que ce pays où on voit un gouvernement poursuivre les magistrats?” A propos de l’affaire, il s’indigne et se permet d’affirmer: “On en fait toute une histoire, mais il n’y a pas d’affaire des disparues d’Auxerre.” Et tente de le démontrer, cite quelques noms de jeunes filles qu’on croyait disparues, et qui ne l’étaient pas. Quitte à écorcher les faits… “On a porté le nom de Katia Chandelier sur la liste des disparues, pour se rendre finalement compte que cette femme est morte en couches.” C’est presque ça, sauf que la jeune femme est toujours vivante. Sur les bancs, une femme dit: “Il se trompe ou c’est nous qui ne comprenons rien?” Pierre Truche tourne le dos à l’assemblée. Comme à Auxerre, ici, on est solidaire. Il désigne ses collègues magistrats: “Ces hommes jetés en pâture… La garde des Sceaux y a-t-elle pensé en convoquant cette audience disciplinaire?” Le monde à l’envers, les représentants de l’action publique victimes de l’affaire des disparues d’Auxerre. Elle en avait la tête qui tournait, l’amie d’une disparue, assise sur le banc, au fond à droite: “C’est de nous qu’il parle? Je ne comprends rien…”
Sanctions de la garde des Sceaux: René Meyer a perdu son titre de magistrat honoraire. Daniel Stilinovic a été mis à la retraite d’office. Jacques Cazals sera déplacé d’office. Et il y en a d’autres, des magistrats, qui devraient s’inquiéter. Marylise Lebranchu a sur son bureau un nouveau rapport de l’Inspection des Services judiciaires. Il pointe de nouvelles défaillances. Alors elle n’est pas malvenue, cette information judiciaire ouverte en mars dernier pour “corruption active et passive, trafic d’influence et recel, destruction, soustraction, recel ou altération d’un document public ou privé de nature à faciliter la découverte d’un crime ou d’un délit, la recherche des preuves ou la condamnation des coupables”. Une instruction dépaysée à Paris, “dans un souci d’impartialité”, a expliqué Marie-Suzanne Le Quéau, procureur de la République d’Auxerre. Ce sont les parents d’Isabelle Laville qui ont déposé la plainte à l’origine de cette information judiciaire. Une jeune fille disparue en décembre 1987. Jamais retrouvée, mais dont le dossier avait été classé sans suite cinq semaines seulement après les faits. La machine judiciaire se met donc en route. Vraiment pas trop tôt.

(1) “Les Disparues d’Auxerre”, par Corinne Herrmann et Philippe Jeanne, Ramsay.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Patrice_Al%C3%A8gre

Patrice Alègre

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Patrice Alègre
Image_manquante dans Calomnie
Information
Nom de naissance Patrice Alègre
Naissance 20 juin 1968 (48 ans)
à Toulouse
Condamnation 21 février 2002
Sentence Réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans
Meurtres
Nombre de victimes 5 +
Période 21 février 19894 septembre 1997
Pays Drapeau de la France France
Régions Midi-Pyrénées, Île-de-France
Villes Toulouse, Verdun, Paris
Arrestation 5 septembre 1997

Patrice Alègre (né le 20 juin 1968 à Toulouse), est un tueur en série français arrêté à Châtenay-Malabry le 5 septembre 19971 et condamné le 21 février 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, pour cinq meurtres, une tentative de meurtre et six viols. Il a par la suite obtenu des non-lieu dans quatre dossiers le 3 juillet 2008.

L’affaire Alègre, à proprement parler, débute en mai 2003, après la réouverture de plusieurs dossiers anciens par les gendarmes de la cellule Homicide 31 (cellule chargée, sous la direction de Michel Roussel de 2000 à 2003, d’enquêter sur les éventuelles victimes de Patrice Alègre).

Sommaire

Biographie

Patrice Alègre est né le 20 juin 1968 à Toulouse d’un père Roland Alègre policier (il devient CRS lorsque Patrice a 6 ans), dépeint comme souvent absent et très violent, et d’une mère Michelle, coiffeuse, qui multiplie les aventures dont Patrice est parfois le témoin. Patrice grandit à Saint-Geniès-Bellevue (31). Il n’est pas un enfant désiré, sa mère n’ayant que 17 ans à sa naissance, au contraire de son frère né 7 ans plus tard. Ses parents sont en conflit perpétuel, Patrice déteste son père mais adore et idéalise sa mère, parfois battue. Vivant une scolarité difficile, renvoyé de trois collèges d’enseignement secondaire, Patrice est inscrit dans une filière de mécanique générale et confié à 14 ans à sa grand-mère dans le quartier des Izards de Toulouse. Dans ce quartier il tombe dans la délinquance, le vol, le trafic de drogues, devient un petit caïd et commet sa première agression sexuelle à 16 ans2.

Barman à la cafétéria du commissariat de police puis au buffet de la gare de Toulouse3, il repère ses proies dans le quartier de la gare. Valérie Tariote sa première victime, assassinée le 21 février 1989, est serveuse dans le même café4. Ce « prédateur urbain », expression des psychiatres qui l’ont expertisé5, les séduit, mais si elles ne lui cèdent pas, il les viole, les étrangle et les déshabille, ne leur laissant que leurs chaussettes6.

En janvier 1988, il rencontre Cécile Chambert7, fonctionnaire d’origine bourgeoise. Ils ont une fille Anaïs née le 23 juillet 1989. Pendant 7 ans, ils vivent une relation houleuse qui reproduit les scènes de ménage des parents de Patrice8. Malgré la relative stabilité de sa vie amoureuse, il plonge toujours davantage dans le crime. Le 16 février 1995, après une nouvelle dispute conjugale, Patrice a « tout cassé dans la chambre » et « jeté la petite contre le mur ». Cécile obtient de la police qu’il quitte leur appartement. Il s’installe chez sa maîtresse Sylvie Prouilhac, gérante de la discothèque Planète Rock à Toulouse et s’y fait embaucher comme videur. Mais elle renvoie ce jeune homme à la houppette blonde à cause de nombreuses bagarres qui font fuir la clientèle9.

Le 14 juin 1997, lors d’un méchoui organisé à Foix, il rencontre Mireille Normand, jeune femme de 35 ans qui habite seule dans un chalet à Verdun. Se faisant appeler Franck, il lui propose ses services de bricoleur en échange du gîte et du couvert. Le 19 juin 1997, il la tue. Trois semaines plus tard, le frère de Mireille, Alain, inquiet de ne plus avoir de ses nouvelles, se rend au chalet, découvre dehors un foyer et de la terre meuble récemment retournée. La fouille entreprise par les gendarmes permet de retrouver le corps de Mireille enterré dans le jardin. L’autopsie montre qu’elle a été étranglée et violée. Patrice est identifié sur photo par différents témoins comme l’homme à tout faire du chalet. Dès lors, la traque du tueur en série commence : localisé en Espagne, en Allemagne, puis en Belgique, il revient à Paris où il se fait héberger par Isabelle Chicherie, employée SNCF avec qui il a sympathisé lors de ses vacances en Espagne. Il l’étrangle, la viole et la brûle le 4 septembre 1997. Les gendarmes ayant placé sur écoute ses proches, un de ses amis accepte de collaborer avec les enquêteurs, et indique à Alègre un point de chute à Châtenay-Malabry où il est arrêté le 5 septembre 1997, à 17 h 10. Son arrestation reste relativement inaperçue car la princesse Diana est morte quelques jours plus tôt10.

Chronologie de l’affaire Alègre

  • 5 septembre 1997 : arrestation de Patrice Alègre, soupçonné de meurtres entre le mois de février 1989 et le mois de septembre 199711. Patrice Alègre reconnaît cinq meurtres, une tentative de meurtre et six viols, mais est également mis en examen pour quatre autres meurtres.
  • 21 février 2002 : Patrice Alègre est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans. Les psychiatres Michel Dubec et Daniel Zagury évoquent l’hypothèse de « matricides déplacés » pour expliquer les meurtres de Patrice Alègre qu’ils qualifient de « tueur en série organisé », « psychopathe », « pervers narcissique » ayant subi des « traumatismes désorganisateurs précoces » liés aux « débordements sexuels maternels »12.
  • Mais la cellule Homicide 31 de la gendarmerie créée en juin 2000 pour procéder aux enquêtes, recherche d’autres méfaits imputables à Alègre et ressort divers anciens dossiers sur réquisition du parquet. L’un d’eux, concernant le meurtre à Toulouse en 1992 de la prostituée Line Galbardi, les conduit à entendre deux anciennes prostituées toulousaines disparues le lendemain de ce meurtre, Christèle Bourre alias Patricia et Florence Khelifi alias Fanny.
  • Le 1er avril 2003, le quotidien La Dépêche du Midi lance une campagne de presse, révélant certaines déclarations de ces deux femmes et faisant pression sur la justice pour l’ouverture rapide d’une information judiciaire. Des journaux parisiens suivent et la rumeur enfle, alimentée par deux journalistes locaux.
  • Le 15 avril 2003, le procureur de Toulouse ouvre une information judiciaire contre Patrice Alègre et tous autres des chefs de proxénétisme en bande organisée, viols, viols aggravés, accompagnés d’actes de torture et de barbarie, commis par des personnes abusant de l’autorité que leur confère leur fonction, à la suite des déclarations des ex-prostituées Fanny et Patricia mettant en cause diverses personnalités politiques, judiciaires et policières.
  • Le 12 mai 2003, l’hebdomadaire Marianne présente les résultats de leurs investigations, en particulier de récentes « révélations » faites par une des prostituées. Elle met en cause des policiers toulousains et un gendarme qui « serait au courant de leurs agissements : le système de corruption, mais aussi des « parties fines » organisées en présence d’au moins deux avocats toulousains et autres notables […] dans l’emballement, le nom du maire de Toulouse est même cité ».
  • Le 18 mai 2003, au journal télévisé de 20 h de TF1, l’ancien maire de Toulouse, Dominique Baudis, président à cette date du Conseil supérieur de l’audiovisuel, donne à l’affaire un retentissement maximum en révélant que son nom est cité dans l’enquête et dénonce une « effarante machination », qui serait selon lui à rattacher « aux milieux liés à l’industrie pornographique ».
  • Le 19 mai 2003, Dominique Baudis charge son avocat des poursuites en diffamation.
  • Le 22 mai 2003, deux prostituées confirment leurs propos devant les juges et un prostitué, sous le pseudonyme de Djamel, affirme qu’il y a eu des « morts ».
  • Le 27 mai 2003, Jean Volff, procureur général de Toulouse, annonce que son nom est également cité dans l’affaire. Il est remplacé le 28 mai 2003.
  • Le même jour, une nouvelle information judiciaire est ouverte contre Djamel, Fanny et Patricia pour dénonciation de crimes et de délits imaginaires, témoignages mensongers et complicité. Djamel est placé en détention provisoire. Dominique Baudis, Jean Volff et Marc Bourragué se constitueront parties civiles dans ce dossier.
  • Le 13 juin 2003, Dominique Baudis met en cause Jean-Michel Baylet, patron de La Dépêche du Midi et dénonce à nouveau une machination.
  • Le 30 juin 2003, jour de son installation à la cour de cassation, Jean Volff proteste dans Le Figaro contre la façon dont il a été traité par Dominique Perben, Ministre de la Justice et par les médias.
  • Le 17 septembre 2003, l’ancienne prostituée Fanny revient sur l’accusation de viol qu’elle avait formulée contre l’ancien maire de Toulouse, Dominique Baudis.
  • Le 20 septembre 2003, le travesti Djamel, impliqué dans un des aspects de l’affaire est retrouvé mort dans la chambre d’une clinique de Toulouse.
  • Le 11 juillet 2005, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse confirme le non-lieu général dans le volet « viols et proxénétisme en bande organisée » dans lequel Dominique Baudis et d’autres personnalités avaient été mis en cause.
  • Décembre 2005, Florence Khélifi, surnommée Fanny, 32 ans, est mise en examen pour dénonciation calomnieuse envers M. Baudis et Marc Bourragué13.
  • Septembre 2006, Christelle Bourre, alias Patricia, est mise en examen à la mi-septembre pour dénonciation calomnieuse envers Dominique Baudis.
  • En 2006, Émilie Espès, seule victime survivante d’une agression de Patrice Alègre, met fin à ses jours14.
  • Le 27 mars 2008, le parquet annonce que les ex-prostituées Patricia et Fanny seront jugées en correctionnelle pour « dénonciation calomnieuse » envers l’ancien maire de Toulouse Dominique Baudis et le magistrat Jean Volff. Elles sont reconnues coupables de dénonciation calomnieuse et respectivement condamnées à deux et trois ans de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulouse le 26 mars 200915.
  • Le 3 juillet 2008, les juges d’instruction du tribunal de grande instance de Toulouse, Serge Lemoine et Fabrice Rives, rendent une ordonnance de non-lieu concernant trois homicides volontaires et un viol avec arme instruits contre Patrice Alègre16.

Autres points de vue

L’affaire Alègre garde des zones d’ombre. Les meurtres ont été déclarés en suicides par la police jusqu’à l’arrestation d’Alègre. Plusieurs témoins affirment que le tueur a été longtemps protégé par des policiers et par le haut magistrat Pierre Roche. L’ex-gendarme Roussel dénombre 191 assassinats non élucidés dans la région. L’organisation Stop à l’oubli réunit des familles de victimes, qui continuent de réclamer la vérité sur l’affaire, évoquant « ces disparitions, ces assassinats camouflés en suicide et ces enquêtes tronquées, déformées, bâclées, etc. »17.

Patrice Alègre a pu être débusqué grâce à la plainte qu’Émilie Espès avait déposée à la suite de son viol le 22 février 1997, alors qu’elle avait 21 ans5. La jeune femme, qui était la seule victime de Patrice Alègre à avoir survécu, s’est depuis suicidée.

Notes et références

  1. « Homicide 31 : Au cœur de l’affaire Alègre, l’ex-directeur d’enquêtes parle » [archive], de Michel Roussel
  2. Agnès Grossmann, L’enfance des criminels, Place Des Editeurs, 2012, p. 24-31
  3. Jean-Pierre Vergès, Les tueurs en série, Hachette Pratique, 2007, p. 87
  4. Jean Cohadon, « Le calvaire des victimes » [archive], sur La Dépêche,‎ 6 février 2002
  5. a et b Marie Huret, « L’homme qui aimait tuer les femmes » [archive], sur L’Express,‎ 7 février 2002
  6. « Il repérait ses proies à la gare de Toulouse » [archive], sur Le Parisien,‎ 7 décembre 2001
  7. Patricia Tourancheau, «Sept ans de malheur» auprès de lui [archive], sur liberation.fr,‎ 12 février 2002
  8. Jean-Pierre Vergès, Les tueurs en série, Hachette Pratique, 2007, p. 127
  9. Agnès Grossmann, L’enfance des criminels, Place Des Éditeurs, 2012, p. 57
  10. Guillaume Erner, La société des victimes, La Découverte, 2006, p. 102
  11. G.-R. Souilles, « Patrice Alègre accusé d’un sixième meurtre » [archive], sur La Dépêche,‎ 27 janvier 2000
  12. Patricia Tourancheau, « Cinq meurtres et toute une vie de violence » [archive], sur liberation.fr,‎ 11 février 2002
  13. Gilles Souillès, l’affaire Alègre, la vérité assassinée, hugodoc éditeur
  14. Émission Faites entrer l’accusé – Patrice Alègre, le sang et la rumeur, France 2, 18/01/2015 à 22h40
  15. Affaire Alègre : Fanny et Patricia condamnées pour dénonciation calomnieuse [archive], TF1
  16. Georges Fenech, Criminels récidivistes : peut-on les laisser sortir ?, Archipel, 2009, p. 54
  17. « Les 37 « oubliés » de l’affaire Alègre » [archive] Article de Aziz Zemouri publié le 10 mars 2006 dans Le Figaro

Voir aussi

Bibliographie

  • Livres parlant de l’affaire (par ordre chronologique)
    • Michel Roussel, Homicide 31 – Au cœur de l’affaire Alègre, Éditions Denoël, 24 janvier 2004, 240 pages, (ISBN 2207255646)
    • Ugo Rankl, Patrice Alègre, l’homme qui tuait les femmes, Éditions Nicolas Philippe, 21 octobre 2004, 388 pages, (ISBN 2748800680)
    • Christian English et Frédéric Thibaud, Affaires non classées, tome II (chapitre : L’affaire Patrice Alègre), First édition, 15 juin 2004, 294 pages, (ISBN 2876919095)
    • Dominique Baudis, Face à la calomnie, XO Éditions, 20 janvier 2005, 318 pages, (ISBN 9782845631892)
    • Pierre Alfort et Stéphane Durand-Souffland, J’ai défendu Patrice Alègre, Éditions du Seuil, 28 janvier 2005, 188 pages, (ISBN 2020635135)
    • Marie-France Etchegoin et Mathieu Aron, Le bûcher de Toulouse, D’Alègre à Baudis : histoire d’une mystification, Éditions Grasset et Fasquelle, 18 mai 2005, 425 pages, (ISBN 2246677610)
    • Gilbert Collard et Édouard Martial, L’étrange Affaire Alègre, Éditions du Rocher, 9 juin 2005, 186 pages, (ISBN 978-2268054919)
    • Jean Volff, Un procureur général dans la tourmente. Les dérives de l’affaire Alègre, L’Harmattan, Paris, 2006, 192 pages, (ISBN 2-296-01067-9)
    • Antoine Perraud, La barbarie journalistique, Flammarion, 30 janvier 2007, 193 pages, (ISBN 978-2082105866)
    • Georges Fenech, Presse-Justice : liaisons dangereuses, L’Archipel, 7 mars 2007, 190 pages, (ISBN 978-2841879304)
    • Gilles Souillés, L’Affaire Alègre, la vérité assassinée, Hugo et compagnie, 22 mai 2007, 276 pages, (ISBN 978-2755601206)
    • Agnès Grossmann, L’enfance des criminels, éd. Hors Collection, 20 septembre 2012, 298 pages, (ISBN 2258098424)
    • Jean Volff, Servir, éd. Jerôme Do-Bentzinger, 12 avril 2013, 496 pages, (ISBN 978-2849603635)
  • Roman inspiré de l’affaire
    • G.M. Bon, Contes cruels, Toulouse, Éditions l’Écailler du Sud, 1er septembre 2004 (Roman noir), 248 pages, (ISBN 978-2914264570)

Articles de presse

Documentaires télévisés

Articles connexes

Liens externes

Arrestation de Mourad Hamyd en Bulgarie : où l’on reparle des frères Kouachi et des attentats de Paris

Le jeune beau-frère de Chérif Kouachi qui fut brièvement soupçonné d’être le troisième homme de l’attentat commis contre Charlie Hebdo à Paris le 7 janvier 2015 se trouve actuellement dans un centre de rétention en Bulgarie après avoir été intercepté fin juillet à la frontière turque, alors que, semble-t-il, il tentait de rejoindre Daech.

Par ailleurs, le témoignage d’un djihadiste arrêté en Allemagne après son retour de Syrie le 20 juillet 2015 permet aux services de renseignement occidentaux de mieux appréhender l’organisation terroriste et sa solide implantation française.

Comme l’on pouvait s’en douter, les « loups solitaires » n’existent pas, ils communiquent avec leurs chefs par l’intermédiaire d’islamistes néophytes ou amateurs inconnus comme tels. Daech approuve leurs projets terroristes sans les avoir élaborés et y participe par la fourniture de moyens.

Dans ces conditions, l’on comprend aisément que ses cadres se mettent tous à rire jusqu’à en pleurer dès qu’est évoqué le cas de la France…

Le repenti a aussi donné des informations sur les djihadistes d’Asie du Sud et du Sud-Est, principalement des arrivants du Bangladesh, de Malaisie et d’Indonésie, où Al-Qaïda travaillait activement par le passé.

Enfin, avant de revenir sur ses connexions rémoises, je rappelle que le malade mental extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi est manifestement en relation avec le fournisseur de fausses Nike de Saïd Kouachi dès le mois de juillet 2014.

 

http://www.lejdd.fr/Societe/INFO-JDD-Le-beau-frere-de-Cherif-Kouachi-est-soupconne-d-avoir-voulu-rejoindre-Daech-801109

INFO JDD. Le beau-frère de Chérif Kouachi est soupçonné d’avoir voulu rejoindre Daech

 

Il avait été brièvement soupçonné d’être le troisième homme du commando de Charlie Hebdo en janvier 2015. Mourad Hamyd, 20 ans, le beau-frère de Chérif Kouachi, a été intercepté fin juillet à la frontière turque. Il est suspecté d’avoir voulu rejoindre les rangs de l’Etat islamique.

 

Mourad Hamyd était au lycée Monge de Charleville durant l'attentat de Charlie Hebdo. A paraitre dans leJDDArrestation de Mourad Hamyd en Bulgarie : où l'on reparle des frères Kouachi et des attentats de Paris dans Action Directe blank Mourad Hamyd était au lycée Monge de Charleville durant l’attentat de Charlie Hebdo. (Sipa)

 

Son nom avait surgi sur les réseaux sociaux aux côtés des frères Kouachi après le dévoilement, le mercredi 7 janvier 2015 au soir, de l’avis de recherche national lancé après le massacre de Charlie Hebdo. Mourad Hamyd, frère de la femme de Chérif Kouachi, avait en effet été soupçonné d’être le troisième homme du commando ayant attaqué le journal satirique. Mais grâce à un alibi solide (il était en cours à ce moment là dans son lycée de Charleville-Mézières) et à la mobilisation de ses camarades de classe, il avait rapidement été innocenté par la police.  »On a jeté en pâture mon nom sans vérifications, en me mêlant à ces crimes barbares. J’espère seulement que cela n’entachera pas mon avenir… Je n’ai rien à voir avec cette histoire… Je suis un lycéen qui vit tranquillement avec ses parents… Je veux que mon nom soit lavé… », avait expliqué le samedi 10 janvier 2015 devant la presse le jeune homme de 18 ans.

Information judiciaire ouverte

Mourad Hamyd ne fait alors plus parler de lui jusqu’au 25 juillet 2016, jour où sa famille vient déclarer sa disparition. Ses proches redoutent un aller simple vers la Syrie ou l’Irak. Le parquet de Charleville-Mézières saisit la PJ de Reims qui constate que le jeune homme fait l’objet d’une fiche S et diffuse aussitôt le signalement de celui qui vient de terminer sa première année de fac en Sciences et Technologie. La réponse intervient le 28 : refoulé par les autorités turques, Mourad Hamyd a été placé en centre de rétention en Bulgarie. Dans la foulée, le parquet antiterroriste de Paris ouvre une information judiciaire en vue de délivrer un mandat d’arrêt européen à son encontre.

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Stéphane Joahny – Le Journal du Dimanche

samedi 06 août 2016

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/01/05/01016-20160105ARTFIG00164-un-an-apres-la-veuve-de-said-kouachi-cherche-encore-a-comprendre.php

Un an après, la veuve de Saïd Kouachi cherche encore «à comprendre»

 

  • Par Caroline Piquet
  • Mis à jour le 03/05/2016 à 16:51
  • Publié le 05/01/2016 à 14:40

 

Boîte aux lettres dans le hall d'entrée de l'immeuble où vivait Saïd Kouachi avec son épouse Soumya et leur fils de 3 ans.

 

VIDÉOS – Par la voix de son avocat, Soumya Kouachi raconte comment elle a vécu les mois qui ont suivi les attentats de janvier. Elle en veut à son époux qui a commis «un crime atroce» et lui reproche de l’avoir laissée seule avec son fils.

Un an après le drame, difficile de rentrer en contact avec l’entourage des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly. Seule Soumya, la veuve de Saïd Kouachi, a accepté de s’exprimer par la voix de son avocat. La jeune femme de 30 ans refuse de parler directement aux journalistes, de peur que ses propos soient mal interprétés, nous explique son conseil Me Antoine Flasaquier. Installée depuis 2010 à Reims, la jeune femme de nationalité française vit toujours dans son appartement du quartier de la Croix-Rouge avec son fils de trois ans. «Elle a bien tenté de déménager mais le bailleur social a refusé d’accéder à sa demande», explique l’avocat au barreau de Reims.

Placée en garde à vue le 8 janvier, la jeune femme s’était murée dans le silence face aux enquêteurs, persuadée qu’il s’agissait d’une erreur. À cet instant, elle ne peut imaginer que son mari, avec qui elle était «très complice», a pu tuer douze personnes. Les semaines qui suivent sont tout aussi confuses. «Elle a eu un deuil compliqué», commente Me Flasaquier. «Elle n’a pas pu voir le cercueil, ni assister à l’enterrement et elle doit se faire à l’idée que son mari est un terroriste». Et quand les théories du complot commencent à remettre en question la mort des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, le doute la gagne. «Un jour, elle m’a appelé et m’a demandé: “vous êtes sûre que Saïd est mort”? J’ai dû lui répondre que j’en étais certain».

«Elle en veut énormément à Saïd Kouachi»

Puis elle s’imagine un autre scénario: son époux était peut-être un «agent dormant» qui attendait seulement d’être «réveillé» par une cellule djihadiste. «Cette hypothèse n’étant pas très réaliste, elle a essayé ensuite de comprendre», enchaîne son avocat. «Elle a cherché les signes avant-coureurs qui auraient pu la mettre sur la voie. Mais elle n’a trouvé aucun indice. Rien ne lui permettait d’anticiper ce qu’il s’est malheureusement produit». À son avocat, elle décrit un mari discret, n’ayant jamais versé dans le prosélytisme, ni fait de remarques sur Daech, la coalition en Syrie ou autres.

Aujourd’hui, Soumya Kouachi cherche encore une explication. «Elle se demande si Saïd a pu parler à quelqu’un et lui laisser un testament oral. Mais rien ne semble l’indiquer», suppose Me Flasaquier, qui n’a pas accès au dossier d’instruction. La jeune femme n’a pas souhaité se porter partie civile, par respect pour les victimes. Reste ce sentiment qui ne la quitte pas: Saïd ne s’est pas radicalisé, il s’est laissé embarquer dans cette histoire pour protéger son frère, pense-t-elle. «Du coup, ma cliente en veut énormément à Saïd car il l’a abandonnée, elle et leur enfant…Et que son crime est tout simplement atroce».

Départ pour l’Algérie

Atteinte d’une sclérose en plaque, Soumya Kouachi est déclarée inapte au travail. Entourée de sa mère et de ses sœurs, elle élève seule son enfant dont elle redoute la scolarisation. «Elle se demande aussi si son fils doit continuer à porter le nom de Kouachi mais c’est compliqué pour elle», reprend Me Flasaquier. «Son époux est peut-être un terroriste mais il reste le père de son enfant». En ce début du mois de janvier, la jeune femme n’est pas en France. «Elle m’a dit qu’elle voulait partir en Algérie. Elle sait que les médias vont en reparler et elle ne veut pas revivre tout ça et être pointée du doigt». Aucune charge ne pesant contre la jeune femme, elle est en effet libre de quitter le territoire.

 

http://www.bfmtv.com/societe/attentats-de-janvier-le-plan-secret-des-kouachi-et-de-coulibaly-942297.html

Attentats de janvier: le plan secret des Kouachi et de Coulibaly

 

09/01/2016 à 16h15 Mis à jour le 31/05/2016 à 07h00

 

Depuis un an, les enquêteurs tentent de reconstituer le parcours des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly. BFMTV dévoile les derniers mois et leurs derniers échanges avant les attentats de janvier, qui ont fait dix-sept victimes.

 

En regardant les photos personnelles retrouvées dans les affaires des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, difficile d’imaginer qu’ils allaient commettre un massacre. On y voit Saïd et Chérif sourire en famille, leurs enfants posés sur leurs genoux, ou Amedy enlacer sa compagne à la plage. Des scènes de vie ordinaires pour les terroristes à l’origine des attentats de janvier, qui ont préparé leur plan pendant plusieurs mois. Dans le plus grand secret.

Kouachi Coulibaly

BFMTV – A gauche, les frères Kouachi en famille. A droite, Amedy Coulibaly et sa compagne Hayat Boumediene. Clichés non datés.

 

Octobre 2014. Chérif Kouachi rencontre à trois reprises Farid Benyettou. Premier mentor religieux des deux frères, cet ancien prédicateur a été condamné, comme Chérif, dans le démantèlement de la filière jihadiste des Buttes-Chaumont.

Devenu infirmier aujourd’hui, celui qui passe pour un « traître » dans la sphère islamiste s’est confié à BFMTV.  »Lorsqu’il est venu me voir, le sujet qui était omniprésent dans ses discussions, c’était le combat, la guerre sainte. Pour lui, l’Islam, ce n’était que ça. »

Jamais le cadet des frères Kouachi n’aborde lors de ces trois rencontres Charlie Hebdo, ou ses projets d’attentats. En revanche, il s’en prend ouvertement à la France. « Pour lui, les musulmans étaient opprimés partout dans le monde, leur honneur était bafoué, et tous devaient laver cette humiliation, pour reprendre ces propos », poursuit Farid Benyettou.

Amedy Coulibaly, ami proche de Chérif Kouachi

Chérif Kouachi évoque aussi Amedy Coulibaly, surnommé « Doli », son ancien co-détenu de Fleury-Mérogis, dont il s’est rapproché depuis plusieurs mois. Les deux hommes se voient d’ailleurs régulièrement avec leurs compagnes. Fin novembre 2014, les couples se retrouvent au domicile de Chérif Kouachi à Gennevilliers. Devant les enquêteurs, après les attentats, voici ce que raconte l’épouse de Chérif Kouachi.

« Ils venaient d’accomplir leur voyage à La Mecque. Hayat (compagne d’Amedy Coulibaly, ndlr) est montée à la maison pour me remettre des cadeaux. Doli est resté en bas de l’immeuble. Chérif est descendu pour le voir. Leur visite a duré entre une heure et une heure et demie. Pendant tout ce temps, Hayat et moi sommes restées dans mon appartement. Quant à Chérif et Doli, ils sont restés dehors. »

Des comportements hors de tout soupçon

Une conversation secrète, à peine plus d’un mois avant les attentats, pour n’éveiller aucun soupçon. Dans leur vie quotidienne, les trois tueurs prennent en effet grand soin de ne jamais attirer l’attention.

A Reims, Saïd Kouachi se rend deux fois par jour dans un local qui fait office de salle de prière. Il s’y montre très discret. « Il était quelqu’un d’isolé. Je ne l’ai jamais observé avec des amis. Il ne montrait aucun signe de radicalisme ou d’extrémisme », explique à BFMTV Abdul Hamid Al Khalifa, imam de cette mosquée.

A son domicile, Saïd Kouachi est tout aussi discret: sa femme ne constate aucun changement dans son comportement, comme l’explique son avocat, Antoine Flasaquier.

« Il n’était pas radicalisé, prosélyte ou virulent à l’encontre des musulmans modérés, de la France, ou même de Charlie Hebdo. Elle s’est même demandé pendant un moment si son époux n’avait pas été un agent dormant qu’on aurait réveillé un jour. »

Pourtant, à l’abri des regards, les frères se préparent. Sur certains clichés retrouvés dans leurs affaires personnelles, on découvre Chérif Kouachi dans l’obscurité d’une cave, faisant semblant tenir une arme longue, ou encore posant le doigt levé, comme pour mimer une scène de revendication.

Cherif Kouachi

BFMTV – Chérif Kouachi, posant dans une cave, dans un cliché non daté.

 

Des complices pour acheter les armes

En région parisienne, en décembre 2014, Amedy Coulibaly commence à mettre ses plans à exécution. Il s’est équipé de treize téléphones, pour contacter discrètement plusieurs copains de quartier. Le 27 décembre 2014, trois d’entre eux se rendent dans une armurerie de Montrouge. « Ils vont acheter des tasers, des gilets pare-balles, des couteaux. Ils y retournent une seconde fois sur ordre de Coulibaly pour acheter des couteaux plus gros encore », indique Axel Metzker, avocat d’une partie civile de l’Hyper Cacher. Les armes lourdes, notamment deux kalachnikov, sont récupérées en Belgique, à Charleroi, par d’autres proches.

Le 1er janvier 2015, Amedy Coulibaly organise l’exfiltration de sa compagne, Hayat Boumeddiene. Ils quittent en pleine nuit leur appartement, direction l’Espagne. A l’aéroport de Madrid, la jeune femme est prise en charge par un ami, Medhi Belhoucine. Le 2 janvier, à 13h32, une caméra filme leur embarquement pour la Turquie, porte d’entrée vers la Syrie.

Hayat Boumediene

BFMTV – Hayat Boumediene et un complice en janvier 2015, alors qu’elle prend la fuite vers la Syrie.

 

De retour en France, Amedy Coulibaly est libre pour agir. Il s’installe dans une planque à Gentilly, en région parisienne, le 4 janvier. Le même jour, Saïd Kouachi quitte Reims pour se rendre à Paris en covoiturage. Elisabeth, une jeune femme qui a partagé ce trajet de deux heures se souvient d’un jeune homme courtois, très naturel. Un détail attire toutefois son attention: « A certains moments, son portable sonnait, mais il ne répondait pas… » Ses relevés téléphoniques montrent que Saïd Kouachi se rend ensuite dans le 11e arrondissement. Les enquêteurs pensent qu’il a rejoint Charlie Hebdo, sans doute pour un dernier repérage avant les attentats trois jours après.

Ultime rencontre la veille

6 janvier 2015, veille des attentats. A l’heure du déjeuner, Chérif Kouachi se rend dans une grande zone commerciale de Gennevilliers. Il y achète des bouteilles de verre, une paire de jumelles, des talkies-walkies, des lunettes de protection et des masques de peinture. Puis il rentre chez lui, où il reçoit une visite éclair, vers 23 heures, dont se souvient sa femme.

« Nous étions couchés tous les deux quand l’interphone a sonné. Chérif a répondu. (…) Et c’est quelques minutes après qu’il est sorti, prétextant qu’il avait chaud. Il est resté dehors pendant 15 ou 20 minutes », expliquera son épouse aux enquêteurs.

Les policiers ont pu déterminer que ce soir-là, Chérif Kouachi a vu pour la dernière fois Amedy Coulibaly. Les deux hommes ont sans doute réglé les derniers détails de leur opération. Le 7 janvier, au petit matin, Saïd Kouachi quitte son domicile à Reims pour se rendre de nouveau à Paris, en train.

« Il embrasse sa femme et son fils. Il n’est pas ému ni stressé en partant, il n’y a pas d’effusion de sentiments particulières », raconte à BFMTV Me Antoine Flasaquier.

Un SMS encore mystérieux

A Paris, il rejoint son petit frère à Gennevilliers. « Il devait être 9 heures, il a commencé à regarder par la fenêtre. A ce moment-là, je l’ai trouvé distant, mais certainement pas nerveux. Et ce jusqu’au coup de sonnette de Saïd, vers 9h30″, se rappelle la femme de Chérif Kouachi lors de son audition.

A 10h19, Chérif Kouachi envoie un SMS à Amedy Coulibaly. La teneur du message est à ce jour encore inexploitable, mais les enquêteurs pensent qu’il a averti son complice de leur départ vers Charlie Hebdo, où ils vont abattre froidement douze personnes. Dès le lendemain, Amedy Coulibaly fait à son tour ses premières victimes.

>> Le récit de ces trois jours de terreur dans notre long-format interactif

Adel Kermiche, de Saint-Etienne-du-Rouvray : portrait et dérive, jusqu’au 2 août 2016 à 21h51

Adel Kermiche, 19 ans, connu des services antiterroristes, est l’un des deux assassins du père Hamel le 26 juillet dernier dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, une ville dont il était lui-même originaire.

Abattu par la police quelques minutes plus tard, son compte Telegram s’est remis à émettre une semaine après sa mort.

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160726.OBS5358/saint-etienne-du-rouvray-adel-k-n-avait-plus-d-amis-on-le-fuyait.html

Saint-Etienne-du-Rouvray : Adel Kermiche n’avait « plus d’amis, on le fuyait »

 

Saint-Etienne-du-Rouvray : Adel Kermiche n’avait "plus d’amis, on le fuyait"
Une vue aérienne de la ville de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26/07/2016. ((CHARLY TRIBALLEAU / AFP))

 

Adel Kermiche fait bien partie des deux assaillants. C’est lui qui portait un bracelet électronique. Ceux qui étaient avec lui en classe, disent que c’était « un bouffon ». Reportage.

 

Elsa VigoureuxPublié le 27 juillet 2016 à 07h07

 

La menace est partout, les habitants de Saint-Etienne-Du-Rouvray le savaient bien. Lointaine et proche à la fois, ils la voyaient dans leurs écrans de télé. Abstraite, difforme, spectaculaire, effrayante. Mardi 26 juillet, elle a pris forme au beau milieu de leurs vies, à l’heure de la messe.

En vrai, vers 9h30. Deux jeunes, dont l’un est un enfant du pays, scolarisé dans la ville, sont venus égorger le prêtre, prendre en otage quatre autres personnes, en blessant une grièvement. Saint-Etienne-Du-Rouvray et ses quelques 28.000 habitants tétanisés par l’effroi, s’est comme liquéfiée.

Attaque d’une église près de Rouen, le prêtre tué : ce que l’on sait

« Cela veut dire qu’ils sont là, partout »

D’un coup, plus un bruit, plus une âme dans les rues. Ils ont fermé fenêtres et portes, retenu leur souffle, attendu, « comme si c’était la guerre et qu’on ne sait pas ce qu’on va devenir », raconte une habitante, en face de la mairie. Les policiers ont tué les deux assaillants. « Des morts comme ceux-là, à Saint-Etienne-du-Rouvray… », les gens n’en reviennent pas. Et du côté des français d’oringine algérienne, le choc fait écho à de mauvais souvenirs fuis il y a plusieurs décennies:

« Un prêtre égorgé dans une église, ça rappelle les années sombres de l’Algérie ».

Antoine, la quarantaine, venait de garer son scooter Vespa rouge sur le parking face à l’église, pour faire une course à la « coop’ ». Un policier s’est jeté sur lui, le plaquant au sol. « Il voulait me protéger, j’ai tout de suite compris que c’était un attentat, chez nous, ici ». Il a vu une femme courir avec sa petite fille accrochée au bout de sa main.

« Elle a crié, elle aussi, stupéfaite et effrayée, ‘un attentat !?’ Nous avons été mis à l’abri, et on nous a dit que vers 14 heures, si on voulait, on pouvait aller parler avec la cellule psychologique. »

Antoine a souri pour remercier, et puis il est rentré chez lui. Quatre heures après les faits, il répète en boucle :

« J’ai eu chaud quand même… Cela veut dire qu’ils sont là, partout, dans notre dos, dans nos maisons, dans nos vies, cachés, et qu’ils peuvent surgir et tout détruire. »

 

Saint-Etienne-du-Rouvray : le frère du mineur interpellé avait rejoint la Syrie en 2015

Des trottoirs remplis de journalistes

Un retraité d’origine italienne, arrivé dans les années 1940 en France, passe devant chez lui. Il dit à Antoine que « tout le monde aurait pu s’y trouver ». Son beau-frère, « il va tous les jours à la messe. Aujourd’hui, exceptionnellement, il n’a pas pu. Parce qu’il est dresseur de chien, et qu’il fallait qu’il travaille ce matin ».

Des dizaines de fonctionnaires de police ont investi la petite ville. Et puis les trottoirs se sont remplis au fil des minutes de journalistes venus de toute la France, avec micros, caméras, camions et paraboles.

Les gens les ont rejoints autour de la mairie, comme attirés par les médias. La presse « qui déforme » comme ils disent, mais qui, en fabriquant ses images, fait écran aussi.

Saint-Etienne-du-Rouvray : qui est Adel Kermiche, l’un des deux assaillants de l’église

« On s’est tout de suite dit que c’était Adel Kermiche »

A peine une heure après les faits, la jeunesse des quartiers de Saint-Etienne-du-Rouvray lâchait un nom : « On s’est tout de suite dit que c’était Adel Kermiche », raconte Abdel, 22 ans.

« Parce qu’on connaissait son histoire, sa tentative de départ en Syrie, et tout le reste. »

Le reste, sa vie minable et sans lendemain, où « il a cru qu’il y avait de la lumière dans les ténèbres. En vérité, Adel, il avait un caillou dans le crâne. C’était un faible d’esprit qui n’a jamais rien réussi ». Et la rumeur s’est vite confirmée.

Adel Kermiche fait bien partie des deux assaillants. C’est lui qui portait un bracelet électronique. Deuxième d’une fratrie de trois enfants, dont le plus âgé est handicapé, Adel Kermiche est fils d’un couple d’origine algérienne. Il a fréquenté l’école primaire et le collège Paul Eluard du coin. Ceux qui étaient avec lui en classe, disent que c’était « un bouffon », qui « n’accrochait pas aux apprentissages ».

Saint-Etienne-du-Rouvray : « Ils l’ont obligé à se mettre à genoux’ », raconte sœur Danièle

« Il était influençable, vraiment »

Adel Kermiche a grandi dans une famille qui s’en sortait sans se plaindre, logeant dans une petite maison mitoyenne près du parc Maurice Thorez. A la maison, le père, âgé, restait entre ses murs. La mère, elle, était connue des gens du quartier. Une femme « agréable », « tranquille »,  »pas pratiquante », qui n’a « jamais même porté un petit foulard sur la tête ».

Amir, qui a connu Adel petit, dit que « cette femme s’est battu pour retenir son fils, mais rien n’y a fait ». Tout le monde pense qu’il a fait une « mauvaise rencontre », que c’était « facile avec lui de l’emmener dans n’importe quoi », parce qu’il « n’avait certes pas un mauvais fond, mais il était influençable, vraiment », poursuit Amir. Il a voulu partir en Syrie deux fois en 2015, les autorités turques l’ont intercepté et livré à la France.

Adel Kermiche s’est retrouvé en prison jusqu’en mars 2016 où il a été placé sous bracelet électronique. Quand il est rentré à Saint-Etienne-du-Rouvray, « des fidèles au courant de son histoire lui ont demandé de cesser de venir à la mosquée, il a continué malgré tout ».

« Personne n’adhérait à ses conneries »

Abdel, un de ses camarades du collège, raconte qu’Adel Kermiche n’avait alors « plus d’amis, on le fuyait, personne n’adhérait à ses conneries… Il était dans un autre monde, il parlait des frères musulmans tués à l’autre bout de la planète, alors qu’il ne connaissait rien à la religion ».

Et il y a trois semaines, au moment de l’Aïd, Amir l’a croisé pour la dernière fois. Il était en djellabah devant la mosquée, et s’apprêtait à aller au supermarché « faire des achats pour les familles syriennes ».

Adel Kermiche a voulu qu’Amir lui donne son numéro de téléphone « pour qu’on se voit, mais j’ai pas voulu, moi ». Amir a demandé à Adel Kermiche s’il allait mieux, « parce qu’il avait l’air un peu posé, peut-être changé ». Mais le jeune homme, qui a égorgé ce matin le prêtre de la petite ville où il a grandi, a répondu à Amir que non. Rien ne changeait. « Qu’il s’apprêtait à repartir ».

Elsa Vigoureux  

Elsa Vigoureux

Elsa Vigoureux

Journaliste

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/07/26/01016-20160726ARTFIG00340-les-voisins-de-la-famille-kermiche-sous-le-choc.php

«Fou», «ordinaire», les mots des voisins d’Adel Kermiche

Une femme se recueille devant la mairie de la ville.
 

REPORTAGE – À Saint-Etienne-du-Rouvray, les riverains de la rue Nikola Tesla, bouleversés, décrivent pour la plupart un jeune homme normal.

De notre envoyée spéciale

La zone pavillonnaire, si calme d’ordinaire, est en ébullition. Les voisins sortent voir le dispositif policier, d’autres se cloîtrent derrière leurs volets. C’est ici, rue Nikola Tesla, à Saint-Etienne du Rouvray, qu’Adel Kermiche, auteur de l’attentat qui a coûté la vie au père Jacques Hamel, habitait avec ses parents. Mardi, au soir du drame, l’accès au pavillon est barré par des véhicules de police, les perquisitions sont en cours.

«C’est la honte!, s’exclame Farida, une mère de famille du quartier, d’origine algérienne. D’égorger comme ça, c’est incroyable, on n’a jamais vu ça. Ces gens ne sont pas des musulmans, qui ne tueraient pas un chat. Ce sont des drogués, une secte. Ils vendent de la drogue la journée et ils tuent le soir». Près de la maison familiale du jeune homme de 19 ans, les avis du voisinage sont partagés. Une voisine immédiate dit qu’«il était fou, il parlait tout seul, il disait n’importe quoi». Pour Emmeline, 26 ans, sa famille était «ordinaire, normale», et «lui aussi». Choquée par l’attentat, la jeune femme licenciée en psychologie, enceinte de 9 mois, dit pourtant ne pas être inquiète. «C’est surtout ma famille qui est paniquée, ils m’ont tous appelée toute la journée» . La jeune femme habite juste à côté mais dit n’avoir «jamais rien remarqué de spécial».

«Il était stagiaire BAFA, il était adorable avec les enfants, il se comportait bien»

Bodri est plus disert. Ce jeune homme de 23 ans, assistant d’administration dans un club local de fitness, habite lui aussi tout à côté du pavillon d’Adel Kermiche. Il a «grandi avec lui», raconte-il en le définissant «comme un petit frère», et a même travaillé un temps avec lui. Ils étaient animateurs dans un centre aéré de Saint-Etienne du Rouvray, fin 2015. «Je l’épaulais, il était stagiaire BAFA, il était adorable avec les enfants, il se comportait bien. Il était polyvalent, s’occupait des ateliers manuels et de danse, et il était force de propositions pour organiser des grands jeux». Bodri n’a «jamais remarqué aucun signe de radicalisation». Il portait une barbe très courte, pas de djelaba.

»» À lire aussi: Suivez en direct l’évolution de la situation après l’attentat à Saint-Étienne-du-Rouvray

«Hier soir encore (la veille de l’attentat, NDLR), je l’ai croisé sur le parking ici. Il était habillé en jean, il souriait, il était content, normal», souligne-t-il en précisant qu’il ignorait que le jeune homme portait un bracelet électronique. «On partageait le même goût pour la musique, de la variété, des musiques urbaines, il aimait le mannequinat car il était très beau gosse. Mais c’était un mec posé, qui ne draguait pas les filles». Bodri ne savait pas qu’«il voulait partir en Syrie, il ne parlait jamais de ça, je ne connaissais pas du tout ce côté-là de lui». Au pire de ce qu’il a pu constater, c’est qu’«Adel commençait à traîner avec des mecs des quartiers». «Je suis choqué, ajoute-t-il, car cet attentat est atroce mais c’était une bonne personne, avec une famille qui a des valeurs». Selon lui, Adel Kermiche aurait deux sœurs, qui ont toutes deux quitté le nid familial, dont une médecin.

«Vous verrez qu’ils tueront aussi des imams!»

Devant la mairie.
 

Mardi soir, dans le centre ville de Saint-Etienne du Rouvray, le périmètre de sécurité, encore très important, se réduisait un peu pour permettre aux habitants d’aller et venir. Près de l’église, on apercevait des tentes blanches qui barraient toute vue sur les lieux du massacre. Une bougie à la main, Farida et Nicole, des riveraines de ce quartier, demandaient aux forces de l’ordre l’autorisation d’aller la déposer dans l’édifice. Refus formel, aucun accès avec l’enquête des policiers de l’identité judiciaire. «On va aller se recueillir vers la mairie, ce n’est pas grave», dit Farida, encore sous le choc. «C’est répugnant, c’est sauvage, on ne trouve pas les mots. Mes filles sont effondrées, elles ont trop de peine pour ce pauvre prêtre, si âgé. Etre égorgé…». Pour elle, ce sont «des criminels qui veulent nous mettre à genoux», qui tuent indifféremment «enfants et hommes d’église». «Vous verrez qu’ils tueront aussi des imams!». Nicole, athée, est épouvantée. «S’en prendre à un prêtre… Mais qu’on respecte la religion de France comme toutes les autres, quoi!».

 

http://www.linfo.re/france/faits-divers/698802-prete-egorge-adel-kermiche-etait-fou-les-langues-se-delient-a-saint-etienne-du-rouvray

Prêtre égorgé : Adel Kermiche était « fou », les langues se délient à Saint-Étienne-du-Rouvray

 

LINFO.RE – créé le 27.07.2016 à 18h00 – mis à jour le 27.07.2016 à 19h10- La rédaction

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Capture d’écran Twitter

 

Adel Kermiche, 19 ans, connu des services antiterroristes est le premier terroriste identifié de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray. Certains de ses voisins le décrivent comme un homme « fou » d’autres le trouvait « adorable ».

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L’un des deux auteurs de l’attaque menée mardi contre une église française, dans laquelle un prêtre de 86 ans a été égorgé, a été « formellement identifié » comme étant Adel Kermiche. Un jeune homme de 19 ans qui avait essayé par deux fois de se rendre en Syrie, avant d’être placé sous surveillance électronique. Son intention était connue. « On savait qu’il voulait aller en Syrie« , a d’ailleurs témoigné un voisin de la famille à Saint-Etienne de Rouvray.

Adel Kermiche, son portrait contradictoire
Un voisin habitant à côté du pavillon d’Adel Kermiche le défini « comme un petit frère« . Ils ont d’ailleurs travaillé ensemble. Ils étaient animateurs dans un centre aéré de Saint-Etienne du Rouvray, fin 2015. « Je l’épaulais, il était stagiaire BAFA, il était adorable avec les enfants, il se comportait bien« . Il assure n’avoir « jamais remarqué aucun signe de radicalisation« . Une autre voisine parle pourtant d’un fou : « il parlait tout seul, il disait n’importe quoi« , raconte-t-elle. « Il ne nous parlait jamais« , a confié un autre voisin de la famille du jeune homme. « Je ne suis pas étonné, il m’en parlait tout le temps« , a déclaré sur RTL un adolescent qui a assuré faire partie de ses connaissances. « Il parlait d’islam, qu’il allait faire des trucs comme ça. Il m’a dit ’je vais aller faire une église’ il y a deux mois. Je l’ai pas cru, il disait beaucoup de choses« .

La radicalisation d’Adel Kermiche était connue de tous
Certains amis ou voisins affirment que la transformation d’Adel Kermiche en tueur djihadiste est tout sauf une surprise. Un homme s’est confié au Parisien  : « Un gars assez dingue pour faire ça, il n’y avait que lui. On ne le supportait plus« , raconte-t-il. Puis il poursuit : « En septembre dernier, il était venu au quartier où l’on était une quinzaine autour d’un barbecue. Il ne parlait que de Syrie, et de son rêve de tuer des soldats de Bachar…« . Adel Kermiche n’aurait rien caché sur ses intentions. Un voisin raconte comment sa sœur, ses parents et lui-même avaient tenté de le raisonner. « Il ne parlait que de religion. (…) Je lui disais d’arrêter ça, que s’il avait besoin de se confier à quelqu’un de confiance hors du cercle familial, j’étais là« , a-t-il expliqué. « Mais il était comme dans une bulle« , affirme ce voisin.

Face à ce terrible drame, les habitants du quartier vivent dans le doute. « Aux infos, ils n’arrêtent pas de dire qu’il y aurait d’autres jeunes radicalisés comme lui dans la région… Alors comment on fait ? On ne laisse plus sortir ses enfants ?« , s’interroge une habitante.

 

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/07/27/saint-etienne-du-rouvray-pourquoi-l-un-des-auteurs-de-l-attentat-a-ete-remis-en-liberte-en-mars_4975134_1653578.html

Saint-Etienne-du-Rouvray : pourquoi l’un des auteurs de l’attentat avait été remis en liberté

 

LE MONDE | 27.07.2016 à 06h34 • Mis à jour le 27.07.2016 à 15h32 | Par Simon Piel et Soren Seelow

Saint-Etienne-du-Rouvray, le soir du 26 juillet.

Pourquoi Adel Kermiche, 19 ans, identifié comme l’un des meurtriers du père Jacques Hamel dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, mardi 25 juillet, a-t-il été remis en liberté le 18 mars, après dix mois de détention provisoire ? Le Monde a obtenu les pièces du débat judiciaire qui a opposé les juges d’instruction et le parquet de Paris. A l’époque, le jeune homme est mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » depuis mars 2015 pour avoir tenté de rejoindre les groupes djihadistes en Syrie. D’abord placé sous contrôle judiciaire, il a été incarcéré en mai 2015 après une deuxième tentative de départ.

 

Lire la totalité de notre enquête (abonnés) :   Adel Kermiche, entre troubles mentaux et folie djihadistele parcours chaotique d’un des deux tueurs

Une enquête de personnalité est ordonnée par la juge d’instruction chargée du dossier d’Adel Kermiche. Elle débute en octobre 2015, et la magistrate en reçoit les conclusions en février. Le jeune homme a connu un parcours chaotique. Il est suivi depuis qu’il a 6 ans et a été régulièrement hospitalisé pour des troubles psychologiques. Lors de l’enquête, il évoque ses projets professionnels : il espère devenir aide médico-psychologique. Sa famille assure qu’il dispose de plusieurs possibilités d’emploi comme animateur dans un centre de loisirs municipal. « Je suis un musulman basé sur les valeurs de miséricorde, de bienveillance (…) Je ne suis pas extrémiste », insiste-t-il, avant de préciser faire deux prières par jour, n’étant « pas réveillé » pour celle du matin.

Lire aussi :   Qui sont les auteurs de l’attentat contre l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray ?

« Déterminé à entamer des démarches d’insertion »

En prison, Adel Kermiche a partagé la cellule d’un Saoudien et fait la connaissance d’un jeune Français ayant passé dix-huit mois dans les troupes de l’EI. Il vit mal son incarcération. Il assure à la magistrate qu’il regrette ses envies de départ : « J’ai envie de reprendre ma vie, de revoir mes amis, de me marier. »

La juge, qui veut croire à un avenir possible pour ce jeune homme perturbé, motive son ordonnance par le fait qu’il aurait « pris conscience de ses erreurs », qu’il a eu des « idées suicidaires » durant son incarcération, qu’il serait « déterminé à entamer des démarches d’insertion » et que sa famille semble disposée à lui apporter « encadrement » et « accompagnement ».

L’enquête réalisée sur la faisabilité de placement sous bracelet électronique précise que ses parents « avouent qu’ils préfèrent savoir leur fils incarcéré et vivant que libre et en route pour la Syrie. S’ils acceptent de l’accueillir, c’est parce qu’ils pensent sincèrement qu’il sait s’être trompé et qu’il ne tentera plus de partir ».

« Risque très important de renouvellement des faits »

Le parquet est peu sensible à ces arguments et fait appel de l’ordonnance du juge, qu’il juge « peu convaincante ». Dans son réquisitoire, il estime que les contraintes prévues par le contrôle judiciaire « s’avèrent parfaitement illusoires au vu du contexte du dossier ». « Dans ces conditions, et quoiqu’il fasse état d’une erreur et réclame une seconde chance, il existe un risque très important de renouvellement des faits en cas de remise en liberté », insiste le ministère public.

La chambre de l’instruction ne suit pas l’appel du parquet. Adel Kermiche sort de prison. Il est assigné à résidence chez ses parents et équipé d’un bracelet électronique. Les modalités de son contrôle judiciaire lui interdisent de quitter le département, l’obligent à se soumettre à une prise en charge psychologique et ne l’autorisent à quitter le domicile familial qu’entre 8 h 30 à 12 h 30 en semaine, période durant laquelle il a commis, mardi, son attentat dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Lire aussi :   Prêtre tué à Saint-Etienne-du-Rouvray : ce que l’on sait

 

http://www.morandinisante.com/article-sante-356695-pretre-egorge-adel-kermiche-hospitalise-a-rouen-dans-un-service-specialise-dans-la-psychopathologie.html

Prêtre égorgé: Adel Kermiche hospitalisé à Rouen dans un service spécialisé dans la psychopathologie

 

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Le Monde révèle les principaux éléments du dossier d’Adel Kermiche, 19 ans l’un des deux meurtriers du prêtre égorgé le 26 juillet dans l’église de Saint-Etienne-du Rouvray .

Durant son incarcération, une enquête de personnalité a été réalisée (entre octobre 2015 et février 2016). La justice apprend dès lors que de 6 à 13 ans, Adel Kermiche a été suivi dans un centre médico-psychologique.

« Hyperactif » il suit un « traitement médicamenteux ». À l’école primaire, ses instituteurs pointent du doigt son comportement troublant. « Ange ou démon ? Selon les jours… Quelquefois enfant modèle, (…) le plus souvent agressif, énervé et pas en état de travailler. »

Les « difficultés » s’accentuent durant l’adolescence : il est exclu de son collège en classe de cinquième pour des « troubles du comportement ». Il est alors hospitalisé à Rouen dans un service spécialisé dans la psychopathologie de l’adolescence ; par la suite il sera suivi à l’hôpital de jour de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il a alors 12 ans.

Il devient « ingérable sur le groupe » au point qu’il faut parfois « le contenir dans une pièce fermée », il est même placé durant quinze jours en milieu fermé dans l’unité psychiatrique du centre hospitalier spécialisé du Rouvray. Puis il intègre, à l’âge de 13 ans, un institut thérapeutique et pédagogique.

Deux ans plus tard, il retrouvera une scolarité normale, en classe de quatrième. Mais en raison de « problèmes relationnels », il est renvoyé quelques jours de son lycée en 2013, ce qu’il vit comme une injustice.

Une de ses professeurs rapporte là encore des troubles du comportement accompagnés de « violences physiques et verbales envers ses camarades » ainsi qu’un « comportement physique provocateur », tout en constatant un « niveau scolaire supérieur » aux autres élèves. Sa scolarité s’arrêtera à l’âge de 16 ans. « J’ai l’impression de ne pas arriver à concrétiser mes projets. J’essaye de m’insérer, de travailler, d’avoir une copine, mais à chaque fois il y a une difficulté, et c’est éprouvant », confiera-t-il à l’enquêteur de personnalité.

En 2015, il n’est plus suivi par l’institut thérapeutique et pédagogique pour la première fois depuis cinq ans et qu’il est au chômage. Il fait la connaissance d’Adel Bouaoun et se radicalise en moins de deux mois. « Il m’a dit que c’était mieux, beaucoup mieux qu’ici où il n’y a pas de travail, que c’était plus facile là-bas », racontera-t-il au juge.

Incarcéré depuis 10 mois à la suite d’une deuxième tentative de rejoindre la Syrie, la magistrate qui suit son dossier ordonne, le 18 mars dernier, son placement sous contrôle judiciaire.

Elle motive son ordonnance par le fait qu’il aurait « pris conscience de ses erreurs », qu’il a eu des « idées suicidaires » durant son incarcération.

Adel Kermiche sort de prison et est assigné à résidence chez ses parents, équipé d’un bracelet électronique. Son contrôle judiciaire lui interdit de quitter le département de la Seine-Maritime et il doit se soumettre à une prise en charge psychologique. Il a l’autorisation de quitter le domicile familial qu’entre 8 h 30 et 12 h 30 en semaine. Une messe était célébrée, dans la matinée du 26 juillet, en l’église de Saint-Etienne du Rouvray. Il passe à l’acte .

 
Saint-Etienne-du-Rouvray : Le témoignage… par morandini

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/07/28/01016-20160728ARTFIG00251-adel-bouaoun-compagnon-de-radicalisation-et-mentor-d-adel-kermiche.php

Adel Bouaoun, compagnon de radicalisation et «mentor» d’Adel Kermiche?

  • Par lefigaro.fr
  • Mis à jour le 28/07/2016 à 18:10
  • Publié le 28/07/2016 à 17:39
Le plus âgé aurait initié le plus jeune à la propagande de Daech.

Cet homme de 26 ans a rejoint la Syrie avec la carte d’identité d’Adel Kermiche en 2015. Les enquêteurs se demandent quelle a pu être son influence sur l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray. Son frère est actuellement entendu par la police.

Adel Bouaoun était-il «le mentor» d’Adel Kermiche, l’un des deux assassins du père Jacques Hamel? C’est une des questions que se posent actuellement les enquêteurs. Les deux jeunes étaient proches, vivaient tous les deux à Saint-Etienne-du-Rouvray et partageaient la même envie de rejoindre les terres du djihad. Le premier, âgé de 26 ans, est parvenu à rejoindre la Syrie en mars 2015, tandis que le second a, par deux fois, été arrêté à temps en Allemagne puis en Turquie.

Tout commence au début de l’année 2015. Adel Bouaoun et Adel Kermiche se rencontrent pour la première fois à la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray. Le plus âgé aurait initié le plus jeune à la propagande de Daech. «J’ai fini par avoir le même mode de pensée que lui, il s’est collé sur moi», racontera Kermiche devant le juge un peu plus tard. «Il m’a retourné le cerveau, enfin, on s’est retourné le cerveau ensemble», selon des propos rapportés par une source proche de l’enquête et cités dans Le Monde. À en croire son audition, c’est même Adel Bouaoun qui l’aurait incité à partir et qui lui aurait fourni sur Facebook un itinéraire pour rejoindre la Syrie. «Il m’a dit que c’était mieux, beaucoup mieux qu’ici où il n’y a pas de travail, que c’était plus facile là-bas», dit Kermiche au juge.

Un changement après l’attentat à Charlie Hebdo

Ainsi, le tueur du prêtre Jacques Hamel aurait été influencé. Une version contestée par l’entourage d’Adel Bouaoun. Interrogée par Libération, la mère du jeune homme pense au contraire que c’est Kermiche qui a entraîné son fils vers la Syrie. Le 20 mars, celui-ci parvient à rejoindre la zone irako-syrienne avec la carte d’identité de son nouvel ami Kermiche. Arrivé sur place, il poste ce message enthousiaste sur Facebook, relayé sur La Tribune de Genève:«Je suis arriver sain et sauf les policier me traquait dans toute leurope mai allah les a aveugler et jai traverser la frontiere de la syrie en courant al hamdoulilah (…) Si jaurai eter bloquer en france j’aurai commis de bon meurrtre contre vous habitant de lenfer» (sic).

Impuissants, ses parents avaient vu leur fils se radicaliser. Interrogé en mai 2015 par le quotidien suisse, son père décrit un changement très rapide, juste après les événements de Charlie Hebdo. Des connaissances évoquent aussi ses penchants radicaux: «Il était dingue. Dans le bus, il hurlait des Allaouh Akbar», se souvient un proche interrogé par Le Parisien. Même s’il se disait religieux, «il achetait de la vodka qu’il buvait pure, puis pétait les plombs. Une autre fois, il gueulait qu’il fallait faire le djihad».

Depuis son départ, l’apprenti djihadiste donnerait peu de nouvelles à sa famille et montre des signes de vie via ses comptes Facebook et Twitter. Selon Le Parisien, il n’hésiterait pas à poster des photos de lui, fusil d’assaut en main. Il se vante aussi de pouvoir combattre pendant le ramadan et se ferait appeler «Adel Abu Younes». Le dernier message reçu par son père date d’il y a 10 jours. Message dans lequel il disait, en substance, qu’il ne serait peut-être plus là «dans une semaine», selon un proche de la famille.

Les enquêteurs se demandent quelle influence a pu avoir Bouaoun dans cette affaire. Son petit frère, né en Algérie et âgé de 16 ans, est d’ailleurs entendu par la police depuis mardi.

 

http://rmc.bfmtv.com/emission/kader-proche-d-adel-kermiche-c-est-adel-bouaoun-qui-lui-a-lave-la-tete-1020726.html

Kader, proche d’Adel Kermiche: « C’est Adel Bouaoun qui lui a lavé la tête »

 

29/07/2016 à 07h28

 

TEMOIGNAGE RMC – Adel Kermiche et Adel Bouaoun se sont rencontrés devant la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray au début de l’année 2015. Ils font partie d’une petite cellule de mineurs et jeunes adultes radicalisés prêts à partir en Syrie rejoindre les rangs de Daesh. Parmi eux, il y avait Kader. Si aujourd’hui il dit avoir tourné la page, il se souvient très bien des deux hommes.

 

L’enquête sur l’attentat de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray avance. Trois jours après cette attaque, au cours de laquelle le père Jacques Hamel a été assassiné, deux hommes sont sous les radars de l’antiterrorisme: Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, qui avaient tenté de rejoindre la Syrie et prêté allégeance au groupe Etat islamique. Ces deux individus se sont rencontrés en début d’année dernière près de la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray et faisaient partie d’une même cellule de jeunes radicalisés.

« Il était obsédé par Daesh »

Dans cette cellule, il y avait aussi Kader (prénom d’emprunt). Signalé en janvier 2015 par son établissement scolaire après avoir revendiqué le droit de dire qu’il « trouve ça bien les attentats de la semaine passée » (ceux de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, ndrl), il a connu Adel Bouaoun au collège. Après ces attentats, les deux jeunes se sont rapidement radicalisés comme il en témoigne ce vendredi sur RMC.

« Adel Bouaoun essayait de faire un petit groupe, assure-t-il. Il était en contact avec plusieurs personnes, dont Adel Kermiche. Il y avait un autre mec avec qui il allait souvent à la mosquée. Il y avait aussi une jeune fille qui a essayé de partir en Syrie mais s’est fait arrêter en Belgique ». D’après Kader, Adel Bouaoun « parlait toujours de la face cachée d’internet ». « Il était obsédé par Daesh », souligne-t-il encore.

Il a croisé Kermiche il y a trois mois

Toujours d’après le jeune homme, Adel Bouaoun et Adel Kermiche se voyaient souvent depuis janvier 2015. Ils fréquentaient ensemble la mosquée de Petit Quevilly et avaient prévu de partir ensemble en Syrie en mars 2015. « Adel Bouaoun s’était rasé les cheveux avant de partir en Syrie pour correspondre à la photo de la carte d’identité d’Adel Kermiche« , révèle Kader. Et d’ajouter: « J’ai vu comment sa mère (celle de Bouaoun, ndlr) a réagi quand elle a découvert qu’il était parti en Syrie. Elle était effondrée… J’étais triste pour elle. »

Si aujourd’hui Kader dit avoir tourné la page grâce à son père, il affirme avoir croisé Adel Kermiche il y a trois mois dans le bus. « Il avait toujours son comportement un petit peu bizarre, comme avant. Je lui ai dit ‘Alors tu comptes partir une troisième fois en Syrie’. Il m’a répondu en rigolant: ‘Non, ça ne sera pas la peine’ ». Mais Adel Kermiche lui demande avec insistance comment contacter Adel Bouaoun, son modèle, car celui-ci a réussi à rejoindre la Syrie en mars 2015 au moment où lui a été interpellé en Turquie.

« Heureusement j’ai rencontré les bonnes personnes »

« Il voulait sûrement essayer de planifier quelques chose ensemble », croit savoir Kader qui certifie: « C’est Adel Bouaoun qui lui a lavé la tête dès le début. J’en suis sûr et certain car c’est quelqu’un de manipulateur. Moi je suis tombé un petit peu dans le panneau aussi. Mais heureusement j’ai rencontré les bonnes personnes qui m’ont aidé… Heureusement je l’ai évité… » Car, rapidement, Kader sent qu’il « commence à se perdre et à se laisser emporter par Adel Bouaoun ».

En plus de son père qui « heureusement » lui « parle », il se fait suivre par les Services Territoriaux Educatifs de Milieu Ouvert et rencontre une éducatrice qui le « raisonne »: « Elle m’a dit ce qui se passait là-bas. Je suis vraiment content de ne pas être tombé dans le même trou qu’eux ». Si Kader a gardé quelques temps le contact avec Adel Bouaoun après son arrivé en Syrie, aujourd’hui, il dit avoir supprimé toutes les conversations sur Facebook. Et quand il a découvert l’attentat à la télévision mardi, il assure avoir immédiatement pensé à Adel Kermiche.

Par Maxime Ricard avec Marion Dubreuil

 

 

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/07/29/le-juge-d-application-des-peines-au-c-ur-des-accusations_4976440_4355770.html

Saint-Etienne-de-Rouvray : qui a décidé de la remise en liberté d’Adel Kermiche ?

 

LE MONDE | 29.07.2016 à 18h16 • Mis à jour le 01.08.2016 à 16h31 | Par Les Décodeurs

(Une version de cet article contenant des erreurs factuelles importantes a été brièvement mise en ligne vendredi 29 juillet. Nous nous en excusons une nouvelle fois auprès de nos lecteurs. En voici une version rectifiée.)

 

Fallait-il remettre Adel Kermiche en liberté ? C’est la question posée par certains à la suite de l’annonce du procureur de la République de Paris, François Molins, révélant que l’auteur de l’assassinat du prêtre Jacques Hamel, à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), était en liberté conditionnelle sous surveillance électronique.

Relâché en mars, au bout de dix mois de détention provisoire après sa deuxième tentative de départ pour la Syrie, le djihadiste de 19 ans résidait au domicile de ses parents, équipé d’un bracelet électronique. C’est lors d’une permission de sortie qu’il a commis la prise d’otages dans l’église de la ville, en banlieue de Rouen, blessant grièvement un homme et tuant l’auxiliaire du curé de la paroisse. Immédiatement, sur les réseaux sociaux, certains se sont empressés d’accuser la justice d’avoir mal travaillé, d’avoir relâché un homme dangereux et, donc, d’être responsable de l’attaque.

Détention provisoire

Dans les accusations, le juge d’application des peines est cité à plusieurs reprises. Le juge d’application des peines intervient à la suite d’une condamnation et supervise l’exécution de la peine et ses modalités. Il peut décider d’aménager la peine grâce au recours à la surveillance électronique. Mais dans l’affaire de Saint-Etienne-du-Rouvray, une instruction était toujours en cours : il n’y avait donc pas encore eu de condamnation, ni de peine.

C’est donc un juge d’instruction spécialisé dans la lutte antiterroriste qui a été saisi. Le juge d’instruction peut ordonner de placer en détention provisoire la personne mise en examen le temps de l’information judiciaire. Ce qui avait été fait à la suite du retour d’Adel Kermiche de Turquie, d’où il cherchait à passer en Syrie. Cette demande doit être émise auprès du juge des libertés et de la détention, qui accorde ou refuse la demande du juge d’instruction.

La détention provisoire permet de garantir que le mis en examen reste à disposition de la justice, de mettre fin à l’infraction ou encore de préserver l’ordre public. Dans une procédure antiterroriste comme dans toute autre, la détention provisoire n’est pas la règle mais « l’exception » : pour la prononcer, le juge doit prendre en compte plusieurs facteurs, notamment le risque existant à laisser une personne en liberté. Ce dernier point est le plus délicat. Comment évaluer avec certitude qu’un individu n’enfreindra pas à nouveau la loi, et ne représentera en aucun cas un danger pour lui-même ou pour autrui ?

Au bout de plusieurs mois de détention provisoire d’Adel Kermiche, le juge d’instruction a décidé sa remise en liberté. Il l’avait toutefois assortie de l’obligation du port d’un bracelet électronique, donc d’horaires de « sortie » de son domicile (une sortie à d’autres horaires déclenchant une alerte).

Décision collective

Y a-t-il eu manquement dans la décision ? C’est ce que pense Manuel Valls aujourd’hui. Le premier ministre a reconnu un « échec », espérant que les dossiers « d’une très grande complexité » seront traités « compte tenu des pratiques de dissimulation très poussées des djihadistes ».

Néanmoins, la décision de sortir Adel Kermiche de détention provisoire n’a pas été prise définitivement par un juge seul. Le juge d’instruction peut être le seul décisionnaire lorsqu’il s’agit de mettre fin à une mise en examen, mais dans le cas de la détention provisoire, sa prolongation ou sa suspension impliquent nécessairement le juge des libertés et de la détention.

Pendant les dix mois d’incarcération temporaire, une enquête de personnalité a été menée pour tenter de déterminer les risques de départ et le niveau de danger de l’accusé. Puis la décision du juge d’instruction de mettre Adel Kermiche en liberté surveillée a été prise.

Cette fois également, la décision n’appartenait pas au seul juge d’instruction. Chacune de ses décisions peut en effet être contestée et une procédure d’appel peut se mettre en place pour tenter de la modifier ou de l’annuler. C’est ce qui s’est passé pour Adel Kermiche : le parquet antiterroriste de Paris a fait appel, estimant peu crédible la « rédemption » de l’accusé.

La chambre de l’instruction spécialisée dans le crime organisé et le terrorisme de la cour d’appel de Paris a alors étudié le dossier avant de confirmer la décision de remise en liberté sous surveillance électronique. Au total, quatre magistrats ont donc participé à l’analyse du cas d’Adel Kermiche.

Lire :   Saint-Etienne-du-Rouvray : pourquoi l’un des auteurs de l’attentat avait été remis en liberté

  • Les Décodeurs
    Journaliste au Monde

 

http://www.lejdd.fr/Societe/Adel-Kermiche-enfant-maudit-de-Saint-Etienne-du-Rouvray-800077

Adel Kermiche, enfant maudit de Saint-Étienne-du-Rouvray

 

Ville ouvrière, solidaire par son histoire, Saint-Étienne-du-Rouvray a vu grandir Adel Kermiche un des assassins du père Hamel. Un gamin « pas méchant mais compliqué », que sa famille, malgré ses efforts, n’a pu retenir.

Ville ouvrière, solidaire par son histoire, Saint-Étienne-du-Rouvray a vu grandir l’assassin du père Hamel. Paru dans leJDDblank Ville ouvrière, solidaire par son histoire, Saint-Étienne-du-Rouvray a vu grandir l’assassin du père Hamel. (Sipa)

Ce fut comme un retour à la vie. L’instant zéro. Mardi, après l’assassinat dans son église du père Jacques Hamel, l’émotion d’Hubert Wulfranc redonna une lueur d’humanité aux écrans de télévision. Les épaisses lunettes du maire de Saint-Étienne-du-Rouvray ne parvenaient pas à masquer ses larmes ; sa grosse moustache gauloise, les tremblements de sa voix.

La vidéo a fait le tour des médias et des records de « partage » sur le Net. « Je n’ai pas réfléchi, raconte-t-il dans son bureau, au premier étage de sa mairie pavoisée de noir. Après toute cette horreur, j’ai pensé que cela ne devait pas se reproduire et j’ai dit ce qui m’est venu spontanément. Il faut que l’on soit les derniers à pleurer. »

D’enfant stéphanais à soldat de Daech

Communiste comme son grand-père Jules, qui a accroché en 1936 le drapeau rouge sur la cheminée des Papeteries de la Chapelle, «Il faut que l’on soit les derniers à pleurer» Hubert Wulfranc a hérité en 2002 d’une ville aux mains du parti depuis plus de quarante ans. L’idée qu’un jeune de 19 ans, enfant stéphanais comme lui, se soit transformé en soldat de Daech lui est insupportable. Et pourtant… Avant de pénétrer mardi vers 9h30 dans l’église du centre-ville, Adel Kermiche a laissé un enregistrement de son serment d’allégeance à l’organisation État islamique (EI). C’est lui qui, avec son complice Abdel Malik Petitjean, a tranché la gorge d’un prêtre de 85 ans célébrant la messe devant trois religieuses et un couple de vieux paroissiens. Sans la vivacité de sœur Danielle qui s’est échappée pour prévenir, le carnage aurait été plus grand encore. Les deux tueurs ont été abattus sur le parvis de l’église par les policiers de la BRI.

Lire aussi : Adel Kermiche, 19 ans : ce que l’on sait du premier tueur de Saint-Etienne-du-Rouvray

Deux jours après le drame, l’hommage aux victimes organisé dans le parc Youri-Gagarine a rassemblé quelque 3.000 personnes, habitants de toutes confessions venus en famille. Hubert Wulfranc insiste alors sur la prochaine rentrée scolaire. Réflexe d’enseignant en lycée professionnel? « C’est un moment collectif, et puis c’est nos gamins, tout ça. Chacun doit se ­demander ce qu’il fait du sien. » Adel Kermiche aurait pu être dans la classe d’Hubert Wulfranc. Un élève médiocre au regard du parcours de ses frères et sœurs, l’aînée chirurgienne, une autre cadre sociale, un frère ingénieur en informatique, le dernier titulaire d’un bac pro…

Une famille avec un joli parcours

Saint-Étienne n’est pas une ­petite bourgade et son église, trompeuse, n’est que le vestige d’une France agricole disparue. Avec ses 28.000 habitants, c’est une banlieue populaire gangrenée par le chômage des jeunes (45%) et le trafic de drogue. Les grands ensembles y ont poussé dans les années 1970 comme des champignons sur les anciens bidonvilles. Les Normands venus de la campagne et les immigrés ont découvert ensemble les salles de bains et le confort moderne. « De cette histoire est née une véritable solidarité », raconte Michèle Ernis, conseillère municipale Ensemble! Saint-Étienne, désormais, c’est un centre-ville vieillissant et un plateau qui abrite deux quartiers difficiles dont le Château-Blanc, où a grandi Adel. Après deux plans de rénovation urbaine, les grandes barres ont été détruites et la ville a repris forme humaine.

Les Kermiche vivent aujourd’hui dans un petit ­pavillon mitoyen d’une rue tranquille. Une famille avec un joli parcours. Le grand-père maternel, maçon arrivé dans les années 1960, a fait venir sa femme et a élevé ses enfants en Normandie. Nacera, la mère d’Adel, a élevé ses cinq enfants tout en s’engageant dans la vie associative, notamment la Confédération syndicale des ­familles, proche de la mairie et très active dans les quartiers. Puis elle a repris des études pour devenir institutrice. Elle enseigne aujourd’hui dans un lycée professionnel. Sans les difficultés d’Adel, la vie aurait été paisible…

Selon d’anciens camarades d’école, le garçon a toujours eu des difficultés psychologiques et aurait bénéficié d’un suivi dès l’enfance. Sans être un délinquant, il traînait avec des petits voyous de la cité. « Un gamin pas méchant mais compliqué » «Un gamin pas méchant mais compliqué», raconte un voisin. Puis est venue la « radicalisation ». Depuis deux ans, la famille vit un enfer. Deux fois, il a fallu aller chercher Adel lorsqu’il a tenté de se rendre en Syrie, en mars et mai 2015. Il est alors mis en examen et placé en détention provisoire. Selon les informations publiées par Le Monde, il partage sa cellule de Fleury-Mérogis avec un Saoudien et fréquente un jeune Français revenu du djihad. Sa famille accepte de le reprendre à la maison pendant son aménagement de peine et son placement sous bracelet électronique. « Elle a demandé de l’aide aux pouvoirs publics mais n’en a pas trouvé. Elle s’est sentie seule », confie une relation.

Lire aussi : « Tu prends un couteau, tu vas dans une église » : quand Adel Kermiche dispensait ses conseils

Soutien aux catholiques

Et puis il y a eu l’affaire « Adel Bouaoun », un copain de quartier parti en Syrie avec les papiers d’Adel. Farid, le père de Bouaoun, a porté plainte contre Adel, lui reprochant d’avoir « retourné le cerveau » de son fils. Les Kermiche avaient plutôt le sentiment du contraire. « Nous avons dû intervenir », ­explique ­Mohammed Karabila, le président de l’association de la mosquée Yahya. « Les Kermiche ne fréquentaient pas la mosquée, mais nous avions monté une structure pour suivre les jeunes en risque de radicalisation, alors nous avons suivi le dossier. » Faute de moyens et de subventions, l’association a renoncé à cette initiative. Mardi, alors que le quartier était bouclé par la police, le jeune frère Bouaoun a été interpellé et placé en garde à vue pour avoir violé le périmètre de sécurité autour de la maison des Kermiche…

Vendredi, Abdellatif Hmito, l’imam d’Oissel, choisi pour son érudition et sa maîtrise parfaite du français, a dit le prêche à la mosquée de Saint-Étienne-du-­Rouvray – l’imam remplaçant celui en congés ne parlant pas le français… Hmito, qui use à volonté de la formule « liberté, égalité, fraternité », est plus conforme à l’esprit républicain. Depuis l’assassinat, les représentants de la communauté musulmane ont multiplié les signes de soutien à leurs frères catholiques. L’association des musulmans de Saint-Étienne du Rouvray, qui a accroché l’inscription « Mosquée en deuil », a invité vendredi deux prêtres à venir s’exprimer avant la prière devant les fidèles. Les familles musulmanes, elles, se sont déplacées en nombre pour déposer des gerbes et des bougies devant la mairie, devant l’église et lors de la manifestation du parc Gagarine.

Les lignes bougent

La mosquée Yahya a pu être construite grâce à l’aide des prêtres de la paroisse, et notamment du père Jacques Hamel. Le terrain qui avait été acheté ne disposait pas d’accès à la rue. La paroisse a cédé à vil prix une bande de terrain pour lever le handicap. « Heureusement que les catholiques étaient là, car la mairie n’a pas été très coopérative », raconte l’un des représentants du culte. Une porte, tout un symbole, relie les deux communautés. Elle n’est restée qu’entre-ouverte pendant la cérémonie de vendredi, sans que personne ose réellement la pousser. Les catholiques invités à la mosquée sont restés de leur côté du mur. Certains déploraient « les femmes voilées de noir » et ces hommes avec de « si longues barbes ». Les musulmans, sans doute en raison de la présence des médias, sont venus moins nombreux que d’habitude. La mort de Jacques Hamel a fait bouger les lignes, mais timidement.

Dans son bureau du centre-ville, Hubert Wulfranc ne cache pas sa distance vis-à-vis de la religion. Fier de l’élan de fraternité qui s’est manifesté dans sa ville, il sait sa fragilité. « Il y a avait plusieurs milliers de personnes dans les rues, mais je sais aussi qu’il faut s’adresser à tous ceux qui sont restés chez eux, quelles que soient leurs croyances. » L’élu, s’il a choisi le parti des ouvriers, sait que celui des religieux se développe très vite. Quand il tracte sur les marchés, il voit que des femmes se dérobent de plus en plus souvent lorsqu’il veut les embrasser. « J’ai mes vieilles pierres », explique ce passionné de préhistoire, « sans doute ma façon à moi de répondre aux questions que tout homme se pose. »

Marie-Christine Tabet, envoyée spéciale à Saint-Étienne-Du-Rouvray (Seine-Maritime) – Le Journal du Dimanche

dimanche 31 juillet 2016

Protection renforcée des lieux de culte

À l’approche du 15 août et de la fête de l’Assomption, le ministre de l’Intérieur a demandé vendredi aux préfets de veiller au renforcement de la protection des lieux de culte, toutes confessions confondues. Un document intitulé « Soyez acteurs de votre sécurité » leur a aussi été envoyé afin qu’ils le transmettent aux représentants locaux de ces cultes. Ce mémento demande entre autres aux fidèles de « détecter les comportements ou tenues non adaptés à l’événement, aux lieux ou à l’environnement » et de « mémoriser tous les détails sur les personnes, véhicules ou objets » jugés suspects « afin de pouvoir le cas échéant renseigner et aider les enquêteurs ».

Par ailleurs, Bernard Cazeneuve rappelle aux représentants de l’État qu’ils ont la possibilité, au regard de l’état d’urgence et de la sécurité, d’interdire ou de modifier les conditions d’organisation de tout rassemblement.

R.B.

 

http://www.liberation.fr/france/2016/07/30/un-proche-d-adel-kermiche-arrete-a-geneve-avant-l-attentat_1469467

Un proche d’Adel Kermiche arrêté à Genève avant l’attentat

 

Par LIBERATION, avec AFP — 30 juillet 2016 à 14:36
Le quartier de l’église Saint-Etienne bouclé, à Saint-Etienne-du-Rouvray, après l’attaque, le 26 juillet. Photo Marc Chaumeil pour Libération

Le mineur de 17 ans avait tenté de partir en Syrie en 2015 avec l’un des deux auteurs de l’attaque jihadiste de Saint-Etienne-du-Rouvray.

  • Un proche d’Adel Kermiche arrêté à Genève avant l’attentat

Un mineur de 17 ans, qui avait tenté de partir en Syrie en 2015 avec Adel Kermiche, l’un des deux auteurs de l’attaque jihadiste de Saint-Etienne-du-Rouvray, a été arrêté à Genève quelques jours avant cet attentat, après une nouvelle tentative de départ vers ce pays, a-t-on appris ce samedi de source proche de l’enquête.

Le jeune homme, alors âgé de 15 ans et résidant à Rouen, avait tenté le 11 mai 2015 de partir en Syrie avec Adel Kermiche, selon cette source qui confirme une information de La Tribune de Genève.

Ils avaient réussi à gagner la Turquie, via la Suisse, mais un mandat d’arrêt avait été délivré à leur encontre par la justice française et ils s’étaient fait refouler du pays. Abdel Kermiche, qui avait déjà voulu gagner la Syrie via l’Allemagne deux mois plus tôt, avait été placé en détention provisoire. Son compagnon de route avait lui été placé sous contrôle judiciaire vu son âge.

«Rien ne montre» son implication dans l’attaque

Le 12 juillet, l’ami de Kermiche a retenté, sans ce dernier mais avec un autre camarade, le voyage vers la Syrie de nouveau via la Suisse, mais s’est fait interpeller à Genève. Visé par un nouveau mandat d’arrêt français, il a été remis à la France, mis en examen le 24 juillet, soit deux jours avant l’attaque de l’église, pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» et placé en détention provisoire. Selon La Tribune de Genève, qui dit connaître son identité, il se trouve encore en prison en France.

A ce stade, «rien ne montre qu’il ait une quelconque implication» dans l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, dans lequel le père Jacques Hamel a été égorgé dans son église, a averti la source proche de l’enquête.

LIBERATION avec AFP

 

http://rmc.bfmtv.com/emission/enquete-rmc-saint-etienne-du-rouvray-qui-sont-les-hommes-qui-ont-influence-adel-kermiche-1022270.html

Saint-Etienne-du-Rouvray: qui sont les hommes qui ont influencé Adel Kermiche

 

03/08/2016 à 07h08

 

ENQUÊTE RMC – Une semaine après l’attaque de l’église de Saint-Étienne du Rouvray, RMC a eu accès à la chaîne Telegram du jeune terroriste. Sur cette chaîne, Adel Kermiche a laissé des dizaines de messages audio depuis début juin dans lesquels il évoque notamment son passage en prison, où il a suivi les enseignements d’un prédicateur mauritanien et de son co-détenu.

 

Formellement identifié comme l’un des terroristes de l’attentat à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), Adel Kermiche, 19 ans, avait tenté par deux fois en 2015 de gagner la Syrie et avait été l’objet d’une fiche S. C’est pour ces faits que le jeune homme a passé près d’un an en détention provisoire à Fleury-Mérogis, de mai 2015 à mars 2016. Plus précisément, Adel Kermiche est sorti de prison le 22 mars. Selon Le Monde, la juge à l’époque estime que le jeune détenu a pris conscience de ses erreurs et qu’il est déterminé à entamer des démarches d’insertion.

Et pourtant, selon nos informations, c’est bien en prison que l’idéologie jihadiste d’Adel Kermiche s’est durcie encore un peu plus. Tout d’abord parce qu’il est placé en détention à Fleury-Mérogis, l’un des plus grand centre pénitentiaire d’Europe où sont incarcérés de nombreux Français de retour de Syrie mais aussi des détenus très radicalisés. Lorsque Adel Kermiche y est incarcéré, il a tout juste 18 ans. Il s’agit de son premier passage en prison.

Inspiré par un prédicateur mauritanien

A son arrivée, le jeune homme a toujours les mêmes convictions radicales. Pour preuve, selon nos informations, en janvier 2016, il reçoit un nouveau réfrigérateur pour sa cellule. Une livraison qui le rend furieux car il estime que ce réfrigérateur, déjà utilisé par un autre détenu, est impropre parce qu’il a notamment contenu du porc. Furieux Adel Kermiche aurait alors menacé le surveillant pénitentiaire en lui lançant: « Vous n’êtes pas musulman, vous acceptez les lois des mécréants, vous allez voir ».

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En prison, Adel Kermiche va aussi étudier les enseignements d’un prédicateur mauritanien bien connu des milieux radicaux. Le jeune homme en parle très souvent dans des messages audio laissés sur sa chaîne Telegram (une messagerie cryptée très prisée des jihadistes, ndlr), chaîne Telegram à laquelle nous avons eu accès. Dans ces messages, on comprend que le jeune homme voit ce prédicateur mauritanien comme un savant. Il assure aussi avoir pu lui parler par téléphone à sa sortie de prison. Plus précisément, Adel Kermiche affirme qu’il l’a appelé plusieurs fois pour avoir des réponses à des questions. Le prédicateur, qui parle français, lui aurait répondu à chaque fois et l’aurait donc inspiré.

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Le rôle clé de son co-détenu, son « cheikh »

Sur les messages audio laissés sur Telegram, Adel Kermiche parle aussi de son co-détenu à Fleury-Mérogis. Selon nos informations, il semblerait que ce soit cet homme de 32 ans qui l’aurait entraîné encore un peu plus vers l’idéologie jihadiste. Originaire d’Amiens, suivi de près depuis 2005, il est très connu des services de renseignements, Après plusieurs séjours en prison, cet homme est un radical. Ainsi, selon nos informations, en détention, il refuse de parler aux femmes, menace souvent les surveillants pénitentiaires. Mais selon une note, « il inquiète bien moins que d’autres ».

Cet homme va partager la cellule d’Adel Kermiche à partir de novembre 2015. Dans les messages audio qu’Adel Kermiche laisse sur Telegram, il le désigne comme son « cheikh », son « guide », un homme avec qui, dit-il, « il a la chance de pouvoir étudier chaque jour ». De plus, toujours selon nos informations, cet homme a organisé des réunions au cœur de la prison et donné des cours à d’autres détenus, des cours suivis par des Français revenus de Syrie notamment. Le co-détenu d’Adel Kermiche est sorti de prison le 18 mars dernier, après quatre mois de détention provisoire.

Par M.R avec Céline Martelet

 

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160728.OBS5469/drague-et-terreur-la-vie-sans-entraves-d-adel-kermiche-sur-les-reseaux-sociaux.html

Drague et terreur : la vie sans entraves d’Adel Kermiche sur les réseaux sociaux

 

Drague et terreur : la vie sans entraves d'Adel Kermiche sur les réseaux sociaux
Adel Kermiche en juillet 2014, huit mois avant sa première tentative de départ vers la Syrie. ( )

 

Sur les réseaux sociaux, le jeune homme mélangeait les appels au djihad et la drague virtuelle. Pratiquement jusqu’au jour même de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray.

 

Lucas BurelPublié le 28 juillet 2016 à 19h37

 

Libéré en mars 2016 et placé sous bracelet électronique après 10 mois de détention, Adel Kermiche avait semble-t-il réussi à convaincre la justice française qu’il avait « pris conscience de ses erreurs » et qu’il était déterminé à entamer des démarches d’insertion », selon « Le Monde« , qui a obtenu les pièces du débat judiciaire.

Pourtant, le jeune homme, moins d’un an après avoir échoué pour la deuxième fois à rejoindre les rangs de l’Etat islamique en Syrie, était loin d’avoir abandonné le djihadisme. Sur les réseaux sociaux, publics et cryptés, il continuait de diffuser la propagande du groupe terroriste… et se distinguait également par son empressement auprès de la gente féminine.

Sur Telegram, Adel Kermiche évoquait depuis plusieurs semaines son projet d’attentat et avait appelé, juste avant de passer à l’acte, la petite communauté de djihadistes qui le suivait à « partager en masse » les images de l’attaque sanglante de Saint-Etienne-du-Rouvray. Abattu par la BRI de Rouen, il n’a probablement pas réussi à les transmettre.

Al-Baghdadi en photo de profil

Son dernier compte Twitter, accessible à ses seuls abonnés, avait été ouvert en mai 2016, quelques semaines seulement après sa libération. Et Adel Kermiche ne semblait pas craindre la surveillance de son activité par les renseignements français.

Le djihadiste affichait la couleur : une photo d’Abou Bakr al-Baghdadi lors de sa première apparition publique à Mossoul (Irak) en juillet 2014 et un drapeau de l’Etat islamique pour illustrer son compte Twitter. Très loin donc du profil de repenti présenté à la justice française.

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(Plus 48 heures après l’attentat, Twitter n’a toujours pas fermé le compte du terroriste – Capture d’écran « L’Obs »)

« Si tous les kouffars (mécréants, NDLR) étaient à ma portée, je les égorgerais tous, fussent-ils un milliard », écrit le terroriste sur sa page, qui mélange discussions personnelles, appels au djihad et images de propagande de l’Etat islamique.

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(Capture d’écran – L’Obs)

Mauvaise réputation

Les seules mentions de son compte sur le réseau social sont pourtant peu glorieuses pour celui qui avait choisi la kunia – nom de guerre -  »Abu Jayyed al-Hanafi » : quelques recadrages théologiques et une mise en garde adressée par une internaute à ses « soeurs » contre celui qu’elle désigne comme un dragueur.

« Les soeurs faites bien attention à vous », avertit la jeune femme.

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Selon nos informations, Adel Kermiche avait plutôt mauvaise réputation. Dans le petit milieu de l’islam radical, il était connu pour ses demandes en mariage à répétition depuis sa sortie de prison en mars 2016 et pour avoir répudié son épouse très peu de temps après leur union devant témoins.

Auprès de « L’Obs », une des connaissances d’Adel Kermiche évoque le comportement « impudique » de l’ex-épouse pour justifier ce divorce express. « Elle sortait dehors sans voile et parlait aux hommes », assure-t-il. En réalité, celui qui rêvait de partir en Syrie était surtout soupçonné de briser les unions une fois consommées.

« Un mec complètement taré », selon une jeune femme qui affirme à « l’Obs » avoir été harcelée  » par tous les moyens possibles » pendant près de 5 ans.

Et quelques jours à peine avant l’attentat contre l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, Adel Kermiche semblait toujours autant occupé par ses activités de drague virtuelle. Il avait encore envoyé une photo de lui – que « l’Obs » a pu consulter - à une femme rencontrée dans le bus.

Adel Kermiche s’y affichait souriant, en tenue de sport, promettant le mariage à cette quasi inconnue et lui assurant qu’elle était la « femme de sa vie ». La photo ressemble à celles qu’on trouve sur les sites de rencontre mais il s’agit bien du visage de celui qui a participé à l’exécution du prêtre Jacques Hamel, moins d’une semaine plus tard.

Un autre compte Twitter ouvert sous pseudo en juillet 2014, le montre, entre autres, posant dans une voiture de luxe. Ces photos remontent à huit mois seulement avant sa première tentative de départ en Syrie et n’indiquent aucun signe de radicalisation.

Sur Facebook, il utilisait également différents pseudos comme « Abu AbdAllah » ou « Adel Ouzou » pour communiquer. Mais seul un ancien compte non alimenté depuis 2011 subsistait sous le nom d’Adel Kermiche et affichait plusieurs photos du terroriste, encore jeune adolescent. Le compte a été fermé dans la soirée de mercredi.

« Partagez en masse »

Mais c’est sur la messagerie cryptée Telegram qu’Adel Kermiche avait annoncé son intention de commettre un attentat. Depuis plusieurs semaines, le djihadiste détaillait son projet meurtrier dans un groupe de discussion, suivi par environ 200 personnes, via des enregistrements audio « aux allures de journal intime de propagande », note « L’Express » qui a eu accès à son contenu.

Doit-on regretter que Telegram échappe aux renseignements ?

Le jeune homme se lançait dans de longs monologues de propagande et vantait notamment les « idées » d’un « guide spirituel » rencontré lors de son incarcération à Fleury-Mérogis entre mai 2015 et mars 2016.

Le 25 juillet, la veille de l’attaque de Saint-Etienne-du-Rouvray, Adel Kermiche promettait des  »des gros trucs » et demandait à « tous ses frères et soeurs » de partager le contenu du groupe de discussion privé qu’il avait créé :  »Je vous préviendrai à l’avance, trois quatre minutes avant et quand le truc arrivera, il faudra le partager direct. »

Son dernier message est daté du 26 juillet à 8h30 :  »Partager ce qui va suivre », écrit Adel Kermiche sur Telegram. Moins d’une heure plus tard, lui et son complice Abdel-Malik Petitjean pénètrent dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray et assassinent Jacques Hamel avant d’être abattus.

Lucas Burel

Lucas Burel

Lucas Burel

Journaliste

 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-terroriste-adel-kermiche-est-mort-mais-son-telegram-s-est-remis-a-parler_1818355.html

Le terroriste Adel Kermiche est mort, mais son Telegram s’est remis à parler

Par , et , publié le 03/08/2016 à 16:44 , mis à jour à 16:54

Adel Kermiche (à gauche) et Abdel Malik Petitjean (à droite), les deux terroristes de l'attentat contre une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, étaient des adeptes de la messagerie cryptée Telegram.

Adel Kermiche (à gauche) et Abdel Malik Petitjean (à droite), les deux terroristes de l’attentat contre une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, étaient des adeptes de la messagerie cryptée Telegram.L’Express

 

La chaîne privée Telegram de l’auteur de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray a subitement émis de nouveaux messages mardi soir, à 21h51. Les enquêteurs cherchent en parallèle à identifier une personne « qui aurait eu une influence » sur le projet d’attentat.

 

[EXCLUSIF] Adel Kermiche, co-auteur de l’attentat à Saint-Etienne-du-Rouvray, a été abattu par les policiers mardi 26 juillet sur le parvis de l’église. Depuis, sa chaîne privée sur l’application chiffrée Telegram, où il avait diffusé de nombreux enregistrements audio et fait part de ses projets morbides, était restée silencieuse.

LIRE AUSSI >> « Tu vas dans une église, tu fais un carnage »: l’enregistrement glaçant de Kermiche

Mais mardi soir, une semaine après l’attentat, elle s’est remise à émettre. A 21h51, une personne non-identifiée prend brièvement possession du canal privé et parvient à publier plusieurs documents, que L’Express a pu consulter. Les messages ne restent en ligne que dix minutes avant d’être supprimés.

Un nouveau message audio glaçant

D’abord trois photos: un cliché de Khaled Kelkal, terroriste islamiste algérien et membre du GIA impliqué dans les attentats de 1995. Une capture d’écran de la vidéo de revendication d’Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, l’autre assassin de l’église. Enfin, un portrait de Larossi Aballa, le terroriste qui a tué deux policiers à Magnanville en juin dernier, issu de la vidéo morbide tournée au domicile de ses victimes. Les clichés sont suivis de la mention « Qu’Allah bénisse les lions solitaires ».

Plus troublant encore, un message audio de moins de deux minutes achève la séquence. Un homme, dont la voix ne correspond pas à celle d’Adel Kermiche, s’exprime dans un français sans accent. Il félicite chaleureusement ses « frères » pour les « opérations » menées en France.

Capture d'écran de la chaine privée Telegram d'Adel Kermiche, mardi 2 août à 21h51, une semaine après la mort du terroriste.

Capture d’écran de la chaine privée Telegram d’Adel Kermiche, mardi 2 août à 21h51, une semaine après la mort du terroriste.L’Express

S’il est difficile d’accorder un quelconque crédit au message proféré, son auteur laisse entendre qu’il se trouve en zone de guerre. « On s’est habitué au sang, on s’est habitué à la guerre, on s’est habitué à beaucoup de choses », détaille-t-il notamment. L’homme ajoute qu’ »ici, des soeurs, des enfants et des hommes » se réjouissent des attentats. En fond sonore, un brouhaha de voix de plusieurs autres personnes est perceptible.

Sur la piste d’un complice virtuel

Ces documents posent de nombreuses questions. Car sur une chaîne privée Telegram, les abonnés sont cantonnés au rôle d’observateurs et ne peuvent en aucun cas émettre des messages. Seul l’administrateur peut publier – dans ce cas, Adel Kermiche. A moins que ce dernier ait nommé, avant sa mort, un ou plusieurs « co-administrateurs ». Autre possibilité: le tueur pourrait avoir donné les clefs de l’ensemble de son compte Telegram. Reste à savoir qui a supprimé les messages dix minutes plus tard et pour quelles raisons.

La réactivation de cette chaîne Telegram confirme en tout cas que Kermiche n’était pas seulement en contact avec Abdel Malik Petitjean, mais avec une, voire plusieurs personnes. Contactée par L’Express, une source proche du dossier confirme que les enquêteurs ont mis en évidence, si ce n’est un commanditaire, au moins un interlocuteur susceptible d’avoir exercé « une influence réelle dans le passage à l’acte« .

« Cet individu aurait agi de façon 100% virtuelle. Il a été repéré sur une discussion Telegram extraite de l’ordinateur de Petitjean », explique notre source. A ce stade, impossible de savoir s’il s’agit de l’homme qui s’exprime dans le dernier message audio.

Deux guides spirituels au coeur des enregistrements

Avant sa mort, Adel Kermiche ne cachait pas avoir été influencé par des guides spirituels. Dans les messages audio de son canal, il mentionne deux cheikhs. Le premier serait un « savant » mauritanien connu des milieux djihadistes avec qui il aurait longuement discuté, notamment par téléphone. « Allah l’a mis sur ma route à un moment où j’étais assez éprouvé. Quand j’ai des questions, je l’appelle », déclame le terroriste.

L’autre, raconte Kermiche, était son « co-détenu » et « professeur particulier » rencontré en prison, comme précédemment indiqué par L’Express. Selon RMC, il pourrait s’agir d’un Saoudien de 32 ans, libéré le 18 mars. Quelques jours après l’attaque de l’église, Adel Kermiche confiait dans l’un de ses enregistrements avoir « rendu visite à son cheikh », sans qu’on comprenne lequel.

Suicide du commissaire Helric Fredou à Limoges le 8 janvier 2015 : qu’en est-il vraiment ?

 

 

On ne le sait toujours pas.

Officiellement, il s’agit toujours d’un suicide dont les raisons restent inconnues, quoique la mère et la soeur du commissaire aient protesté.

Depuis la publication des premiers articles y consacrés est paru un ouvrage du journaliste Alain Hamon sur les suicides dans la police et la gendarmerie.

Quelques extraits de ce livre sont disponibles sur Internet, dont certains concernent le cas du commissaire Helric Fredou et précédemment celui du commissaire Christophe Rivieccio dont il avait lui-même découvert le corps le lundi 18 novembre 2013.

Selon Alain Hamon, ces deux policiers de Limoges étaient perfectionnistes, exigeants, et auraient mal supporté de n’être pas suivis dans leurs enquêtes.

Le premier était originaire de Limoges et en avait été nommé directeur adjoint du Service Régional de Police Judiciaire (SRPJ) à l’été 2012.

Le second, n°3 de ce SRPJ, était son subordonné depuis huit mois lorsqu’il s’était suicidé dans son bureau, un dimanche, le 17 novembre 2013, au même âge de 44 ans. Il avait laissé une lettre pour expliquer son geste, ce que n’a pas fait le commissaire Fredou.

 

http://www.parismatch.com/Actu/Societe/Alain-Hamon-Les-policiers-ne-comprennent-pas-certaines-decisions-de-justice-845463

« Les policiers ne comprennent pas certaines décisions de justice »

 

Paris Match | Publié le 13/10/2015 à 17h59 |Mis à jour le 13/10/2015 à 18h08

Emilie Cabot

Bernard Cazeneuve mardi, lors d'un discours devant les forces de l'ordre à l'Ecole militaire à Paris,

Bernard Cazeneuve mardi, lors d’un discours devant les forces de l’ordre à l’Ecole militaire à Paris, AFP PHOTO/MIGUEL MEDINA
 

Grand reporter spécialisé police-justice, Alain Hamon sort «Le jour où j’ai mangé mon flingue», un ouvrage consacré au suicide des policiers et gendarmes (en librairie depuis le 8 octobre). Pour Paris Match, il décrypte la colère des policiers qui crient leur ras-le-bol mercredi devant le ministère de la Justice.

Paris Match. Les syndicats policiers ont appelé à un «rassemblement» mercredi place Vendôme sous les fenêtres de Christiane Taubira. Quelles sont les raisons de ce ras-le-bol ?
Alain Hamon. Une telle manifestation devant le ministère de la Justice est arrivée deux fois en 32 ans. La dernière datait de 1983 et ça c’est très mal terminé. Ce rassemblement de mercredi est une réaction à la fusillade de la semaine dernière près de Saint-Ouen. Le détenu abattu, qui a grièvement blessé un policier, était en cavale après une permission de sortie. Les policiers veulent dire à la justice que la situation actuelle ne leur convient pas du tout. Ils ne comprennent pas certaines décisions de justice et on ne leur explique pas.

Y’a-t-il d’autres raisons?
Ce braquage mortel est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le ras-le-bol vient surtout du manque de moyens. La révision générale des politiques publiques de Nicolas Sarkozy a réduit les effectifs de 17 000 policiers. En parallèle, il y a eu l’instauration de la politique du chiffre, visant à faire baisser la délinquance. On demande aux forces de l’ordre de faire plus avec moins d’effectifs. Manuel Valls a supprimé la politique du chiffre, la remplaçant par la politique du résultat. Mais comment faire du résultat sans chiffre? Quant aux moyens, Bernard Cazeneuve a promis un réengagement de 500 policiers par an depuis 2012. Mais on reste loin du compte par rapport aux 17.000 supprimés.

S’ajoute également un épuisement lié au plan Vigipirate, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme
En effet, CRS et escadrons de gendarmes mobiles sont en permanence sollicités. Ils n’en peuvent tellement plus qu’avant l’été, plusieurs compagnies de CRS, ne pouvant faire grève, se sont mises en arrêt maladie. Les CRS me disent : «On est plus jamais chez nous, on ne voit plus nos familles. On rentre à la compagnie et on est rappelé immédiatement». Ils sont en déplacement perpétuel.

« Pour les policiers, les outils juridiques actuels ne sont plus adaptés à la criminalité d’aujourd’hui »

Quelles sont les principales revendications des forces de l’ordre avec la manifestation de mercredi?
En manifestant devant la Chancellerie, ils réclament un travail sur le volet pénal, avec notamment une réforme du Code de procédure pénal. Ils estiment en effet que les outils juridiques actuels ne sont plus adaptés à la criminalité d’aujourd’hui. La revendication sous jacente est de faire constater qu’ils ne peuvent plus assurer leurs missions.

La dévalorisation du métier est aussi l’une des raisons du ras-le-bol des policiers. Comment le revaloriser?
Il faut le revaloriser aux yeux de la population, des chefs et des policiers eux-mêmes. Dans le plan anti-suicide présenté par Bernard Cazeneuve fin janvier, un paragraphe à la fin fait état d’une campagne d’information de la direction générale de la police sur la dangerosité et les difficultés du métier de policier. Mais, on n’a pas encore vu la moindre trace de cette campagne. On peut peut-être supposer que c’est lié à un problème de financement. En Belgique ou encore à Montréal, il y a eu des mesures pour revaloriser le métier de policier, eux ont mis les moyens nécessaires.

  »Le suicide des policiers était tabou jusque chez les ministres »

Le ras-le-bol peut mener au burn out, voir au suicide, thème de votre dernier livre. Pourquoi le suicide chez les policiers reste un sujet tabou?
En 2014, il y a eu 55 suicides de policiers. En 2015, nous en sommes déjà à 32 selon mon décompte élaboré à travers la presse (le dernier date de dimanche lorsqu’un gardien du commissariat de Villeurbanne s’est donné la mort, chez lui, avec son arme de service, Ndlr). Un ancien membre de cabinet du ministère de l’Intérieur -qui a officié sous plusieurs ministres- m’a d’ailleurs confié un jour : «Ce n’est pas qu’on a rien fait, c’est qu’on ne voulait même pas savoir». Le sujet était tabou jusque chez les ministres. En 1996, il y a eu 77 suicides dans la police, à chaque fois on évoquait des problèmes personnels et non des raisons professionnelles. Manuel Valls, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, a été le premier à lever le tabou. A l’époque, il n’avait pas non plus les moyens alors il a fait des discours. De même, il n’est pas allé jusqu’à dénoncer officiellement les mauvaises conduites de responsables de la police et de la gendarmerie. Bernard Cazeneuve a aussi levé aussi le tabou mais n’est pas allé jusqu’au bout. Il n’a pas non plus les moyens de faire en sorte que ça change et ne s’attaque pas à bras le corps à certains comportements déviants dans la hiérarchie interne. L’administration continue à jouer sur les mots, évoquant surtout des divorces et autres problèmes personnels pour parler des suicides.

Dans votre livre, vous évoquez aussi la pression hiérarchique et de mauvaises relations humaines qui peuvent être l’une cause de passage à l’acte
Pendant longtemps, quand ça n’allait pas, on tapait sur les patrons, les commissaires de police. En tant que journaliste spécialisé police-justice, j’ai tapé joyeusement sur les commissaires de police. Certains le méritaient, d’autres peut-être pas. En travaillant sur le burn-out chez les policiers ces dernières années les témoignages faisaient ressortir que le harceleur était plutôt un officier (lieutenant, capitaine) ou un «petit chef» (brigadier, brigadier chef, brigadier major). La plupart des rescapés du suicide témoigne du comportement d’un brigadier chef par exemple. Dès qu’ils prennent du galon, ils oublient ce qu’ils ont été et deviennent imbuvables. Pourtant, ils sortent du même moule que les policiers qu’ils maltraitent. Parfois, on ne leur apprend pas à bien faire avec leurs hommes et on ne leur tape pas sur les doigts dans le cas contraire.

Le plan anti-suicide de Bernard Cazeneuve vous paraît-il efficace?
Ce sont des mesurettes. La mise en casiers individuels où déposer son arme à la fin du service -afin de contrer les suicides aux domiciles –  est une mesure qui fait rire les fonctionnaires. De même, il n’y a eu aucun retour d’expérience sur cette mesure depuis janvier.

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